{"id":214,"date":"2014-12-31T13:45:38","date_gmt":"2014-12-31T12:45:38","guid":{"rendered":"http:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=214"},"modified":"2024-05-12T12:19:39","modified_gmt":"2024-05-12T11:19:39","slug":"mediterranee","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=214","title":{"rendered":"9. MEDITERRANEE"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><strong>CHAPITRE IX<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">SOMMAIRE<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">1. PASTORALISME<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">2. ORIENTALISME<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">3. IMPRESSIONISME<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">4. CONCLUSION<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<h2 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">1. PASTORALISME<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La M&eacute;diterran&eacute;e revisit&eacute;e<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">&laquo;&nbsp;On y sent je ne sais quoi d&#39;oriental [telle] que devait &ecirc;tre la Perse dans l&rsquo;Antiquit&eacute;, Alexandrie au moyen-&acirc;ge [&#8230;\/&#8230;] Vous y entendez parler cent langages inconnus [&#8230;\/&#8230;] ceux qu&rsquo;on parle au pays des neiges, ceux qu&rsquo;on respire dans les terres du Sud [&#8230;\/&#8230;] tous les parfums d&rsquo;Orient, les images de la vie du s&eacute;rail, les caravanes cheminant au d&eacute;sert, les grandes cit&eacute;s ensevelies dans le sable les clairs de lune sous le Bosphore&nbsp;&raquo;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Description de Marseille par FLAUBERT, <em>Voyages<\/em> d&rsquo;apr&egrave;s BECKER, <em>Les hauts lieux du romantisme en France&hellip;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] C&rsquo;est dans ces termes, d&rsquo;un exotisme affirm&eacute;, que Gustave FLAUBERT d&eacute;crit l&rsquo;une des principales stations touristiques de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, la ville de Marseille. Le caract&egrave;re orientalisant de ce r&eacute;cit rend bien compte des rapports que le <em>tourism<\/em> des origines entretient avec les repr&eacute;sentations antiquisantes du monde m&eacute;diterran&eacute;en. Limit&eacute;es aux seules traces de la civilisation gr&eacute;co-romaine et &agrave; l&rsquo;illustration des principaux &eacute;pisodes bibliques, ces repr&eacute;sentations ne donnent toutefois qu&rsquo;une vue partielle de la diversit&eacute; culturelle du monde m&eacute;diterran&eacute;en. Avec la c&eacute;l&eacute;bration des vertus hygi&eacute;niques des climats chauds, les inventions paysag&egrave;res de la vill&eacute;giature vont se r&eacute;v&eacute;ler d&rsquo;une port&eacute;e bien plus universelle. On se propose d&rsquo;examiner ici leur gen&egrave;se, &agrave; travers l&rsquo;histoire de la riche production litt&eacute;raire et artistique qui accompagna l&rsquo;essor de la vill&eacute;giature.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">&laquo;&nbsp;Corsican Jungle&nbsp;&raquo;&nbsp;et mythe pastoral<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"2\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;id&eacute;e de M&eacute;diterran&eacute;e trouve sa source dans les descriptions des paysages et des monuments de l&rsquo;Italie du <em>tour<\/em>, c&eacute;l&eacute;br&eacute;es comme les d&eacute;positaires de l&rsquo;h&eacute;ritage culturel antique. La M&eacute;diterran&eacute;e a effectivement connu, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de la romanisation, une v&eacute;ritable unit&eacute; culturelle, administrative et politique, dont la p&eacute;rennit&eacute; &eacute;tonne encore historiens, g&eacute;ographes et anthropologues [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> VIDAL DELABLACHE P, GALLOIS L, <em>G&eacute;ographie universelle, tVII M&eacute;diterran&eacute;e<\/em>, Paris, Colin, 1934, et les travaux de g&eacute;ographie agraire de Braudel et de ses collaborateurs, notamment <em>La M&eacute;diterran&eacute;e<\/em>, Paris, Arts et M&eacute;tiers Graphiques Ed., 1988. <\/span>[\/ref]. Les principaux foyers de ces repr&eacute;sentations se situent alors &agrave; Venise et &agrave; Rome, ainsi que dans les r&eacute;gions m&eacute;ridionales de la P&eacute;ninsule, d&eacute;sign&eacute;es sous le vocable de &ldquo;Grande Gr&egrave;ce&ldquo;. Elles sont l&rsquo;&oelig;uvre des voyageurs &eacute;rudits et des artistes qui s&rsquo;attachent &agrave; l&rsquo;&eacute;tude et &agrave; la description de leurs ruines monumentales et de leur riche patrimoine arch&eacute;ologique. L&rsquo;essor de la climatoth&eacute;rapie va profond&eacute;ment renouveler ces repr&eacute;sentations antiquisantes, avec l&rsquo;entr&eacute;e en sc&egrave;ne de r&eacute;gions d&eacute;pourvues des monuments historiques correspondant aux canons du go&ucirc;t classique. Les nouvelles destinations du tourisme th&eacute;rapeutique sont en effet des soci&eacute;t&eacute;s rurales, domin&eacute;es par une &eacute;conomie pastorale. La description de leurs archa&iuml;smes d&eacute;bouche rapidement sur l&rsquo;&eacute;laboration d&rsquo;une image id&eacute;alis&eacute;e de la M&eacute;diterran&eacute;e des origines. Contemporaine de l&rsquo;&eacute;mergence des nations modernes, cette relecture de l&rsquo;h&eacute;ritage antique va rev&ecirc;tir une dimension fondatrice dans la g&eacute;ographie des identit&eacute;s qui est en train de prendre forme.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"3\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le mythe m&eacute;diterran&eacute;en auquel elle donne naissance prend ses sources en Corse, d&egrave;s le XVIIIe si&egrave;cle, sous l&rsquo;influence du <em>Corsican Tour<\/em> de Boswell. On a d&eacute;j&agrave; &eacute;voqu&eacute; l&rsquo;importance tenue par cet ouvrage dans la &laquo;&nbsp;pr&eacute;histoire&nbsp;&raquo; du tourisme. De nombreux voyageurs vont d&egrave;s lors s&rsquo;attacher &agrave; la description de &laquo;&nbsp;l&rsquo;&icirc;le de beaut&eacute;&nbsp;&raquo;. Plusieurs centaines d&rsquo;&eacute;crivains visitent ainsi la Corse dans les premi&egrave;res d&eacute;cennies du XIXe si&egrave;cle. A c&ocirc;t&eacute; des Anglais et des Allemands, les Fran&ccedil;ais ne sont pas en reste, avec CHATEAUBRIAND et BALZAC d&egrave;s 1814, puis en 1840 FLAUBERT et HUGO. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BECKER, <em>Les hauts lieux du romantisme&hellip;; op. cit.,<\/em> JEOFFROY-FAGIANELLI, <em>Images de la Corse, op. cit<\/em>., ainsi que Versini Xavier, <em>Les grandes heures du tourisme en Corse,<\/em> 1969. <\/span>[\/ref] Tous participent, &agrave; des titres divers, de l&rsquo;invention d&rsquo;une imagerie paysag&egrave;re qui va faire date. La construction du paysage corse correspond, dans ses grandes lignes, au sch&eacute;ma g&eacute;n&eacute;ral qui pr&eacute;side &agrave; &ldquo;l&rsquo;invention du paysage&rdquo; dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe. Les r&eacute;cits des voyageurs se consacrent ainsi &agrave; une m&ecirc;me d&eacute;composition des &eacute;l&eacute;ments traditionnels de l&rsquo;espace rural, puis &agrave; leur recomposition sur un mode exotique et antiquisant. Les t&eacute;moignages d&rsquo;excursions romantiques &agrave; la recherche de &quot;l&#39;&acirc;me des lieux&quot; vont rapidement trouver leur expression embl&eacute;matique dans la figure exotique du maquis.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"4\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le ton est donn&eacute; d&egrave;s l&#39;&eacute;poque de BOSWELL, qui met en parall&egrave;le la soci&eacute;t&eacute; corse et l&#39;Antiquit&eacute; grecque. Son portrait hagiographique de PAOLI fait d&rsquo;ailleurs penser aux h&eacute;ros de Plutarque. Boswell, qui compare la rudesse du paysage et des m&oelig;urs de l&#39;&icirc;le &agrave; la soci&eacute;t&eacute; spartiate, se livre &agrave; une description des paysages insulaires dont les r&eacute;f&eacute;rences empruntent largement aux auteurs antiques, &agrave; Procope et Virgile pour la faune (et plus particuli&egrave;rement &agrave; Juvenal en ce qui concerne les poissons), &agrave; S&eacute;n&egrave;que pour l&#39;orographie (il compare par ailleurs ses rivi&egrave;res au Tayg&egrave;te et &agrave; l&#39;Eurotos), ou encore aux <em>Georgiques<\/em> pour la flore. Quand aux Corses, ils repr&eacute;sentent selon Boswell (qui rapporte s&rsquo;&ecirc;tre lui-m&ecirc;me nourri de ch&acirc;taignes et de l&rsquo;eau des ruisseaux), les vertus primitives d&rsquo;un peuple pr&eacute;serv&eacute; de la civilisation. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BOSWELL, <em>Account of Corsica, op. cit<\/em>., p 51, et les commentaires de la traduction fran&ccedil;aise. <\/span>[\/ref] Sous l&rsquo;influence des voyageurs, les paysages du maquis deviennent rapidement une incarnation de cet \u00ab\u00a0&eacute;tat de Nature\u00a0\u00bb cher aux Philosophes et aux Romantiques. A cette &eacute;poque, le territoire insulaire est en effet marqu&eacute; par de fortes survivances pastorales, qui ont pour corollaire une grande discr&eacute;tion de l&rsquo;agriculture dans le paysage. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir &agrave; ce propos CAISSON Max, <em>Fronti&egrave;res et limites<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, et sa description des particularit&eacute;s du rapport au territoire dans les soci&eacute;t&eacute;s m&eacute;diterran&eacute;ennes traditionnelles. <\/span>[\/ref] Passant pour repr&eacute;senter la v&eacute;g&eacute;tation originelle m&eacute;diterran&eacute;enne et son monde pastoral pr&eacute;serv&eacute;, le maquis va &ecirc;tre d&eacute;peint comme le refuge d&#39;un code de l&#39;honneur r&eacute;gi par des valeurs individuelles et familiales jug&eacute;es &quot;typiquement&quot; m&eacute;diterran&eacute;ennes, celles de la <em>vendetta<\/em>.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"5\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Par ses connotations tragiques et ses r&eacute;miniscences antiques, cette imagerie d&#39;Epinal conna&icirc;t un succ&egrave;s qui lui assure la plus large diffusion. Elle est plus particuli&egrave;rement popularis&eacute;e par Alexandre DUMAS p&egrave;re, Dion BOUCICAULT, Charles KEAN et Henry IRVING. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> D&rsquo;apr&egrave;s JEOFFROY FAGGIANELLI, <em>Images de la Corse&hellip;, op. cit<\/em>.. <\/span>[\/ref] Bien que son s&eacute;jour en Corse (vers 1830) soit motiv&eacute; par un souci arch&eacute;ologique (le relev&eacute; des antiquit&eacute;s de l&rsquo;&icirc;le), Prosper M&eacute;rim&eacute;e sacrifie lui aussi &agrave; cette imagerie d&rsquo;Epinal, au travers d&rsquo;un roman [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MERIMEE Prosper, <em>Colomba<\/em>. <\/span>[\/ref] qui fixe durablement ses principaux caract&egrave;res. La montagne corse devient d&egrave;s lors un but d&rsquo;excursion institutionnalis&eacute; et fort pris&eacute; des touristes. &laquo;&nbsp;Il est impossible de voyager en Corse sans avoir affaire avec d&rsquo;anciens bandits. Le pr&eacute;fet Jourdan m&rsquo;a promis de m&rsquo;en faire conna&icirc;tre quelques uns dans les courses que je vais faire dans la montagne&nbsp;&raquo; rapporte ainsi FLAUBERT dans un propos qui reste d&rsquo;actualit&eacute;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> FLAUBERT cite par JEOFFROY FAGGIANELLI, <em>Images de la Corse&hellip;, op. cit<\/em>., p39 <\/span>[\/ref] Les voyageurs ram&egrave;nent de leurs rencontres avec les habitants du maquis, bergers et bandits, le &quot;visa&quot; que ces derniers leur ont d&eacute;livr&eacute;, ainsi que des r&eacute;cits st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;s relatifs aux coutumes de l&rsquo;honneur et de l&rsquo;hospitalit&eacute;. Ils ne manquent pas non plus de faire l&rsquo;acquisition de couteaux dont la lame s&rsquo;orne d&rsquo;inscriptions grav&eacute;es, telles que <em>Vendetta<\/em> et <em>Morte al nemico<\/em>. Ces souvenirs, dont la pr&eacute;sence est encore attest&eacute;e &agrave; une date r&eacute;cente, sont en fait &laquo;&nbsp;fabriqu&eacute;s &agrave; Paris ou &agrave; Birmingham&nbsp;&raquo;, selon le t&eacute;moignage d&rsquo;un touriste anglais qui &eacute;voque par ailleurs les paysages du maquis sous le terme de <em>Corsican Jungle<\/em>, du fait que &laquo;&nbsp;l&rsquo;int&eacute;rieur de la Corse est substantiellement aussi sauvage que l&rsquo;int&eacute;rieur de l&rsquo;Afrique&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> SALA George Augustus, <em>A journey due South travels in search of sunshine<\/em>, London, Vizelelly, 1885, pp99 &amp; 124, et D&rsquo;ANGELIS Gaston, DON GIORGI, <em>Guide de la Corse myst&eacute;rieuse<\/em>, Paris, Tchou, 1968. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;invention du maquis<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"6\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Contrairement &agrave; une croyance toujours pr&eacute;gnante, qui en fait la v&eacute;g&eacute;tation m&eacute;diterran&eacute;enne originelle, le maquis est un paysage extr&ecirc;mement anthropis&eacute;. Il a pris la place de la for&ecirc;t primitive, d&eacute;truite par l&#39;homme et ses activit&eacute;s agro-pastorales, notamment par les pratiques particuli&egrave;rement agressives de l&#39;&eacute;cobuage. Les grandes phases de ce processus sont bien connues. C&rsquo;est apr&egrave;s la destruction du couvert forestier &agrave; des fins culturales que le maquis s&rsquo;installe sous la forme d&#39;une v&eacute;g&eacute;tation touffue, dense et toujours verte. Caract&eacute;ris&eacute; par une forte propension &agrave; la propagation des incendies, il finit &agrave; la longue par c&eacute;der la place &agrave; une formation v&eacute;g&eacute;tale beaucoup plus pauvre, voire m&ecirc;me conduire &agrave; la d&eacute;sertification. L&rsquo;impact de l&rsquo;anthropisation s&rsquo;est de plus renforc&eacute;, au fil des si&egrave;cles, par l&#39;introduction d&#39;esp&egrave;ces allog&egrave;nes ayant trouv&eacute; dans les sols et les climats de la M&eacute;diterran&eacute;e un terrain favorable &agrave; leur croissance et &agrave; leur multiplication. Les repr&eacute;sentations faisant du maquis la v&eacute;g&eacute;tation originelle du monde m&eacute;diterran&eacute;en ne sont en r&eacute;alit&eacute; que le r&eacute;sultat d&#39;un processus de &quot;naturalisation&quot;, caract&eacute;ristique des inventions paysag&egrave;res de la modernit&eacute;.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"7\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La dimension identitaire de cette construction imaginaire demeure toutefois extr&ecirc;mement vivace. Elle se laisse plus particuli&egrave;rement appr&eacute;hender &agrave; travers le r&ocirc;le jou&eacute; par les voyageurs dans l&#39;&eacute;lection du genre musical qui va pendant longtemps incarner &quot;l&#39;&acirc;me corse&quot;. A l&#39;&eacute;poque, la musique traditionnelle est en effet cens&eacute;e repr&eacute;senter l&#39;esprit d&#39;un peuple. Rousseau, dont on a soulign&eacute; l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t qu&rsquo;il porte &agrave; la Corse, fut aussi l&#39;un des promoteurs de la collecte des musiques populaires. Les touristes allaient suivre son exemple et s&rsquo;int&eacute;resser &agrave; leur tour &agrave; la transcription des principaux chants populaires de l&#39;&icirc;le. D&rsquo;un r&eacute;pertoire particuli&egrave;rement riche et document&eacute; (par l&rsquo;interm&eacute;diaire des &eacute;rudits locaux), ils ne vont toutefois retenir qu&rsquo;un genre bien particulier, le <em>voceru <\/em>[ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LO PRESTI Carlo, <em>Actes des 3&deg; Rencontres du Mus&eacute;e d&#39;Anthropologie de la Corse<\/em>, Corte, Museu di a Corsica, 1996. <\/span>[\/ref]. Li&eacute; &agrave; la <em>vendetta<\/em>, ce chant fun&eacute;raire correspond en effet, par ses connotations tragiques, &agrave; l&rsquo;imagerie m&eacute;diterran&eacute;enne dont ils assurent parall&egrave;lement l&rsquo;&eacute;laboration [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Elle va &ecirc;tre renvoy&eacute;e aux autochtones, dans un jeu de miroirs qui conditionne encore les ren&eacute;gociations de l&#39;identit&eacute; insulaire. La r&eacute;cente &eacute;lection, au titre d&rsquo;ambassadeur de la culture corse, d&rsquo;un autre genre musical traditionnel, la <em>paghella, <\/em>atteste de la permanence de ce processus. <\/span>[\/ref].<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"8\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&#39;image de la Corse en tant que repr&eacute;sentation id&eacute;ale d&#39;une nature et d&#39;une culture authentiques et pr&eacute;serv&eacute;es, continue de m&ecirc;me &agrave; fonder les strat&eacute;gies promotionnelles du tourisme dans nombre de r&eacute;gions du monde. De toute &eacute;vidence, ce choix ne correspond pas &agrave; un calcul &eacute;conomique rationnel. La notion de rationalit&eacute; &eacute;conomique existe-t-elle, en fait, ind&eacute;pendamment de l&rsquo;impact identitaire du tourisme sur les soci&eacute;t&eacute;s locales&nbsp;? Le tourisme de type ethnique et &eacute;cologique concerne effectivement la majorit&eacute; des pays &eacute;conomiquement sous-d&eacute;velopp&eacute;s. On en trouve cependant la trace dans les soci&eacute;t&eacute;s occidentales, avec l&rsquo;invention paysag&egrave;re des parcs naturels ou celle des terroirs. Nous allons nous attacher ici &agrave; l&rsquo;histoire de repr&eacute;sentations d&rsquo;une port&eacute;e plus universelle que l&rsquo;imagerie ethnicisante et folklorisante issue de la Corse du <em>tour<\/em>. Elles vont en effet conduire, de ce fait, &agrave; l&rsquo;invention et &agrave; la diffusion des paysages fondateurs du tourisme moderne.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">2. ORIENTALISME<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Un exotisme v&eacute;g&eacute;talisant<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"9\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;id&eacute;e de M&eacute;diterran&eacute;e prend sa forme d&eacute;finitive &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle, autour de la c&eacute;l&eacute;bration de sa lumi&egrave;re et de sa v&eacute;g&eacute;tation par la peinture paysag&egrave;re et la vill&eacute;giature climat&eacute;rique. Les pr&eacute;mices de cette imagerie sont &agrave; rechercher dans l&#39;Italie du <em>tour <\/em>et les premi&egrave;res figurations des paysages m&eacute;diterran&eacute;ens de l&rsquo;&eacute;poque. Ces repr&eacute;sentations servent alors de cadre aux monuments ornant les figurations des grands &eacute;pisodes de l&rsquo;Antiquit&eacute; classique. Leur esth&eacute;tique repose sur une mise en sc&egrave;ne de type th&eacute;&acirc;tral, bas&eacute;e sur la pr&eacute;sence syst&eacute;matique de premiers plans arbor&eacute;s, dont l&rsquo;&oelig;uvre de Nicolas Poussin et de Claude Lorrain offre une illustration exemplaire. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BENSI, BERLIOCCHI, <em>L&#39;histoire des plantes en M&eacute;diterran&eacute;e<\/em>, <em>op. cit<\/em>. L&rsquo;exotisme v&eacute;g&eacute;tal fut cependant loin d&rsquo;&ecirc;tre la r&egrave;gle dans la peinture des paysages de l&rsquo;Antiquit&eacute;, m&ecirc;me chez LORRAIN ou POUSSIN. La plupart des repr&eacute;sentations imaginaires des paysages de l&rsquo;Egypte, de la Palestine ou de la Gr&egrave;ce de l&rsquo;&eacute;poque surprennent ainsi par leur v&eacute;g&eacute;tation verdoyante qui n&rsquo;a rien de m&eacute;diterran&eacute;en. <\/span>[\/ref] La vill&eacute;giature va rapidement entra&icirc;ner l&#39;introduction massive d&rsquo;un important mat&eacute;riel v&eacute;g&eacute;tatif exotique acclimat&eacute; dans les jardins botaniques ou d&#39;agr&eacute;ment. Des plantes comme l&#39;agave, le figuier ou le laurier cerise commencent d&egrave;s lors &agrave; se r&eacute;pandre et &agrave; prendre possession du littoral m&eacute;diterran&eacute;en. Ce dernier va ainsi retrouver la <em>koin&eacute;<\/em> territoriale qu&rsquo;il avait perdue depuis l&#39;&eacute;poque gr&eacute;co-romaine.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Parfums d&#39;Orient<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"10\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;exemple de la C&ocirc;te d&#39;Azur rend plus particuli&egrave;rement compte de la mise en oeuvre et de l&rsquo;impact de ce processus paysager original, ainsi que du r&ocirc;le jou&eacute; par la promotion des vertus th&eacute;rapeutiques des climats chauds de la vill&eacute;giature. D&eacute;passant le seul cadre des repr&eacute;sentations, il va conditionner plus durablement les expressions des identit&eacute;s m&eacute;diterran&eacute;ennes et leur perception, avec l&rsquo;invention d&rsquo;un exotisme orientalisant dont le tourisme continue inlassablement de diffuser les repr&eacute;sentations. &laquo;&nbsp;Le port de Marseille est le rendez-vous du monde entier, &eacute;crit Alexandre DUMAS lors de son s&eacute;jour en Provence, dont il d&eacute;peint la population, au teint arabe et au sang espagnol, [les femmes dont les] traits d&rsquo;une d&eacute;licatesse extr&ecirc;me appartiennent au type grec, [les p&ecirc;cheurs qui sont les] descendants des Phoc&eacute;ens [&hellip;\/&hellip;] au bord d&rsquo;une mer ionienne, [et les villes fortifi&eacute;es qui] &eacute;voquent la citadelle d&rsquo;Ali Pacha.&nbsp;&raquo; MERIMEE rapporte, dans une inspiration similaire, que &laquo;&nbsp;arrivant &agrave; Avignon, il me sembla que j&rsquo;avais quitt&eacute; la France. Je me croyais au milieu d&rsquo;une ville espagnole.&nbsp;&raquo; MICHELET &eacute;voque pour sa part les villes &laquo;&nbsp;grecques et mauresques&nbsp;&raquo; d&rsquo;une r&eacute;gion dont TAINE fait, quand &agrave; lui, &laquo;&nbsp;une Italie, une s&oelig;ur de la Gr&egrave;ce et de l&rsquo;Espagne [&hellip;\/&hellip;] une France qui n&rsquo;est pas la France.&nbsp;&raquo;<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"11\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Pour Victor HUGO, Avignon, premi&egrave;re &eacute;tape du p&eacute;riple m&eacute;diterran&eacute;en des touristes, poss&egrave;de indiscutablement &laquo;&nbsp;quelque chose du destin de Rome, quelque chose de la fortune d&rsquo;Ath&egrave;nes, [avec] ses murailles dont la pierre est dor&eacute;e comme les ruines du P&eacute;loponn&egrave;se.&nbsp;&raquo; STENDHAL estime pour sa part qu&rsquo;en &laquo;&nbsp;entrant dans Avignon, on se croit dans une ville d&rsquo;Italie [o&ugrave;] les habitants vivent dans la rue comme &agrave; Naples, [et que] Beaucaire a quelque chose d&rsquo;oriental.&nbsp;&raquo; Quand &agrave; Th&eacute;ophile GAUTIER, il affirme dans la m&ecirc;me veine que &laquo;&nbsp;la Provence c&rsquo;est presque l&rsquo;Italie; Avignon c&rsquo;est presque Rome [tandis que] les femmes au profil grec coiff&eacute;es d&rsquo;un bonnet qui rappelle le bonnet phrygien [&eacute;voquent la Gr&egrave;ce et que] Beaucaire nous ravit par son air espagnol&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> D&rsquo;apr&egrave;s SOUBIRAN Jean Roger, <em>Le paysage proven&ccedil;al et l&rsquo;Ecole de Marseille avant l&rsquo;Impressionnisme, <\/em>1845-1874, Toulon, RNM, 1992, et BECKER, <em>Les hauts lieux du romantisme&hellip;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Cet &eacute;tonnant syncr&eacute;tisme, rassemblant sous la m&ecirc;me &eacute;tiquette des civilisations d&rsquo;une extr&ecirc;me diversit&eacute; culturelle, prend tout son sens dans le caract&egrave;re affirm&eacute; de ses connotations identitaires. Elles trouvent leurs sources, comme on va le voir, dans la vaste entreprise de tropicalisation de la C&ocirc;te engag&eacute;e par la vill&eacute;giature et popularis&eacute;e par la riche litt&eacute;rature illustr&eacute;e qui l&rsquo;accompagne.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"12\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Comme le note avec humour l&rsquo;&eacute;crivain Alphonse KARR, qui fut aussi l&rsquo;un des principaux artisans de la tropicalisation de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur; &laquo;&nbsp;il faudrait ici corriger et amender la composition de l&#39;air promulgu&eacute;e par les chimistes et dire : oxyg&egrave;ne, azote, chants d&#39;oiseaux et parfums.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> D&rsquo;apr&egrave;s LANGLOIS, <em>Album-guide illustr&eacute;&#8230;, op. cit.,<\/em> p20. <\/span>[\/ref] Les plantes aromatiques occupent assur&eacute;ment une place privil&eacute;gi&eacute;e dans les repr&eacute;sentations de l&#39;exotisme m&eacute;diterran&eacute;en qui prennent alors forme sur la <em>Riviera<\/em>. Il s&rsquo;agit l&agrave; de repr&eacute;sentations qui ne sont pas sans faire penser aux descriptions m&eacute;di&eacute;vales de l&rsquo;Arabie Heureuse. Elles sont en effet porteuses d&rsquo;une m&ecirc;me imagerie orientalisante, dont la nature d&rsquo;invention paysag&egrave;re appara&icirc;t dans leurs rapports aux pratiques agricoles traditionnelles de ces r&eacute;gions. De m&ecirc;me que les agrumes et les palmiers, la culture et le n&eacute;goce des mati&egrave;res aromatiques repr&eacute;sentent depuis l&#39;Antiquit&eacute; une activit&eacute; majeure dans l&rsquo;ensemble du monde m&eacute;diterran&eacute;en. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir FAURE P, <em>Parfums et aromates dans l&rsquo;Antiquit&eacute;<\/em>, Paris, Fayard, 1987. <\/span>[\/ref] Sous l&rsquo;influence des th&egrave;ses de la climatoth&eacute;rapie et de l&rsquo;impulsion qu&rsquo;elle apporte &agrave; l&#39;industrie des parfums, elles vont devenir au cours du&nbsp; XIX&deg; si&egrave;cle l&#39;indice des qualit&eacute;s de son climat ainsi que l&rsquo;ambassadeur des paysages de la vill&eacute;giature. La France et l&rsquo;Italie, principales destinations touristiques de notre &eacute;poque, leur restent toujours redevables d&rsquo;une institution qui demeure l&rsquo;un des symboles les plus prestigieux de la modernit&eacute;. Quand &agrave; la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, elle leur doit le succ&egrave;s international de ses paysages.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Paysages de Provence<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"13\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La d&eacute;couverte des propri&eacute;t&eacute;s aromatiques des plantes des terroirs azur&eacute;ens remonterait au XVIe si&egrave;cle, selon une l&eacute;gende locale bien &eacute;tablie. Catherine de M&eacute;dicis aurait alors envoy&eacute; en Provence un naturaliste Florentin du nom de Tombarelli, dans le but d&rsquo;&eacute;tudier les propri&eacute;t&eacute;s aromatiques de la v&eacute;g&eacute;tation locale en vue de la production d&#39;essences parfum&eacute;es. Ce voyage savant passe pour avoir d&eacute;bouch&eacute; sur la reconnaissance officielle des qualit&eacute;s exceptionnelles de la r&eacute;gion. Cette l&eacute;gende ne manque pas de fondements. Comme on l&rsquo;a vu pr&eacute;c&eacute;demment, la C&ocirc;te d&#39;Azur est en effet vou&eacute;e depuis le Moyen Age &agrave; l&rsquo;agrumiculture, dont les d&eacute;riv&eacute;s sont &agrave; la base des parfums modernes. L&rsquo;industrie du parfum existe vraisemblablement depuis cette &eacute;poque. Elle demeure toutefois une activit&eacute; artisanale discr&egrave;te, &agrave; l&#39;&eacute;poque o&ugrave; les premiers touristes d&eacute;couvrent le climat et la v&eacute;g&eacute;tation de la <em>Riviera<\/em>. La vill&eacute;giature va exercer un impact d&eacute;terminant sur son d&eacute;veloppement. Il s&rsquo;explique par la pr&eacute;sence dans les stations de la r&eacute;gion, d&#39;une grande partie de l&#39;aristocratie europ&eacute;enne. Les riches touristes anglais ou russes repr&eacute;sentent en effet une client&egrave;le de choix. Le passage de la reine Victoria &agrave; Grasse, dont elle visite les parfumeries, consacre la renomm&eacute;e de cette industrie naissante. L&#39;int&eacute;r&ecirc;t manifest&eacute; par les hivernants fortun&eacute;s pour les jardins d&#39;agr&eacute;ment favorise dans le m&ecirc;me temps la diversification de ces cultures, avec la demande massive de v&eacute;g&eacute;taux exotiques destin&eacute;s &agrave; embellir le cadre de leurs s&eacute;jours. La tropicalisation du paysage agraire conna&icirc;t son apog&eacute;e au tournant du XX&egrave;me si&egrave;cle, o&ugrave; l&rsquo;on produit quelque 2000 tonnes de fleurs d&#39;oranger, 1000 de roses, 500 de jasmin et 300 de violettes, ainsi que de substantielles quantit&eacute;s de tub&eacute;reuse, g&eacute;ranium, h&eacute;liotrope, jonquille, r&eacute;s&eacute;da, &oelig;illet ou cassier.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"14\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Il s&#39;agit l&agrave; d&#39;une v&eacute;ritable r&eacute;volution dans un espace rural jusqu&#39;alors domin&eacute; par une agriculture m&eacute;diterran&eacute;enne traditionnelle et essentiellement alimentaire, marqu&eacute;e par l&#39;autosuffisance et l&#39;autoconsommation. Les parfumeurs de la place grassoise imposent plus particuli&egrave;rement leurs savoir-faire avec la ma&icirc;trise des subtilit&eacute;s de la palette florale, qui r&eacute;pond &agrave; l&rsquo;essor contemporain de la floriculture dans l&rsquo;ensemble de la r&eacute;gion. Ces cultures d&#39;agr&eacute;ment vont jouer un r&ocirc;le majeur dans le succ&egrave;s touristique de la C&ocirc;te, comme le prouve la mention syst&eacute;matique dans les guides climat&eacute;riques de cette v&eacute;g&eacute;tation parfum&eacute;e. Ses principaux repr&eacute;sentants sont alors le jasmin, la rose et l&#39;oranger, les plus anciens et les plus r&eacute;pandus. A la fin du XIXe si&egrave;cle, Stephen Li&eacute;geard invente la d&eacute;nomination C&ocirc;te d&#39;Azur dans un guide touristique dont la premi&egrave;re page s&#39;orne d&#39;un rameau d&#39;oranger. Dans le m&ecirc;me temps, l&#39;exotisme des parfums est en train de c&eacute;der la place &agrave; un orientalisme plus marqu&eacute; et plus m&eacute;diterran&eacute;en. Les &eacute;ditions successives de l&#39;ouvrage de Li&eacute;geard attestent de ces &eacute;volutions, en prenant d&eacute;sormais pour ic&ocirc;ne le palmier. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LIEGEARD Stephen, <em>La C&ocirc;te d&#39;Azur<\/em>, Paris, Quantin, sd (1887). <\/span>[\/ref] L&#39;histoire de cet embl&egrave;me majeur de la communication touristique moderne trouve lui aussi ses sources dans la tradition horticole de la C&ocirc;te d&#39;Azur. Il offre une illustration exemplaire de ces m&ecirc;mes synergies, et de leur impact sur l&rsquo;invention d&rsquo;un nouveau paysage.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;oasis azur&eacute;enne<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"15\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le palmier fait une apparition remarqu&eacute;e dans l&#39;imagerie touristique &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle, avec la diffusion massive du mod&egrave;le paysager d&rsquo;urbanisme incarn&eacute; par la Promenade des Anglais. Il va d&egrave;s lors incarner l&rsquo;identit&eacute; de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur et du tourisme de stations. Comme les plantes &agrave; parfums, cet ambassadeur d&rsquo;un exotisme v&eacute;g&eacute;tal et orientalisant prend ses racines dans le paysage agraire traditionnel de la r&eacute;gion. Les palmiers d&eacute;crits par les voyageurs sont en effet cultiv&eacute;s &agrave; grande &eacute;chelle sur la <em>Riviera<\/em> italienne, &agrave; San Remo et &agrave; Bordighera, en vue de leurs usages rituels communs aux f&ecirc;tes juives et chr&eacute;tiennes de la P&acirc;que et du Nouvel An. &laquo;&nbsp;Il s&#39;y voit encore multitude d&#39;arbres &agrave; palmes, les fruits desquels ne parviennent pas &agrave; maturit&eacute;&nbsp;&raquo;, rapportent &agrave; ce propos les descriptions les plus anciennes des voyageurs. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> T&eacute;moignage rapport&eacute; par QUAINI M, <em>Per la storia del paesaggio agrario in Liguria, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une forme d&rsquo;agriculture rituelle tr&egrave;s ancienne, dont les principaux sites de production (Corse, Calabre, &icirc;les grecques et Andalousie) sont &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;introduction des agrumes et des palmiers en M&eacute;diterran&eacute;e occidentale, d&egrave;s l&rsquo;&eacute;poque romaine. Ces cultures sont soumises &agrave; de strictes exigences religieuses, cens&eacute;es remonter &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de l&rsquo;exode des Juifs hors de l&rsquo;Egypte.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"16\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Elles concernent quatre plantes d&rsquo;une grande importance &eacute;conomique, le palmier nourricier (<em>phoenix dactylifera<\/em>), le c&eacute;drat aux vertus m&eacute;dicinales (<em>citrus medica<\/em>), le myrte (<em>myrtus comunis<\/em>), parfum et donc monnaie d&rsquo;&eacute;change et enfin le saule (<em>salix<\/em>), indispensable &agrave; la vannerie c&rsquo;est &agrave; dire au transport des marchandises. Pour r&eacute;pondre &agrave; ces exigences cultuelles, les palmiers sont &laquo;&nbsp;ligatur&eacute;s&nbsp;&raquo; afin d&rsquo;obtenir une feuille blanche qui sert &agrave; la confection de bouquets et d&rsquo;objets tress&eacute;s. Le myrte est pour sa part incendi&eacute;, afin de donner naissance &agrave; des rejets tri-foli&eacute;s au lieu des feuilles oppos&eacute;es qui le caract&eacute;risent habituellement. Quand au c&eacute;drat et au saule, ils font l&rsquo;objet de prescriptions d&rsquo;ordre morphologique extr&ecirc;mement complexes. Le &lsquo;sanctuaire v&eacute;g&eacute;tal&rsquo; de Bordighera rassemble pr&egrave;s de quinze mille palmiers, avec les cultures qui leur sont associ&eacute;es, lorsque les touristes le red&eacute;couvrent et le font conna&icirc;tre par leurs r&eacute;cits et leurs repr&eacute;sentations. &laquo;&nbsp;Le voyageur se croit transport&eacute; en Afrique&nbsp;&raquo;, &eacute;crit &agrave; ce sujet Stephen LIEGEARD. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LIEGEARD, <em>La C&ocirc;te d&#39;Azur, op. cit<\/em>. Pour l&rsquo;histoire de la palmeraie de Bordighera et de son impact sur l&rsquo;image de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur voir BESSONE Giuseppe, <em>Palme d&rsquo;autore<\/em>, Bordighera, Chiesa Anglicana, 1995, et CASTELLANA Robert, <em>Les palmes de la passion. D&#39;un r&ecirc;ve d&#39;Orient &agrave; l&#39;invention de la C&ocirc;te d&#39;Azur<\/em>, Nice, ROM, 1997, ainsi que CASTELLANA R, &laquo;&nbsp;Introduction et diffusion de plantes &agrave; usages rituels en M&eacute;diterran&eacute;e occidentale&nbsp;&raquo;, <em>Actes des Rencontres Corses de Nice<\/em>, Nice, UNSA, Centre d&#39;Etudes Corses, 2000 o&ugrave; nous avons rassembl&eacute; les t&eacute;moignages directs des derniers agriculteurs qui pratiquent encore ces cultures rituelles, ainsi que celui des n&eacute;gociants qui continuent d&rsquo;en assurer la diffusion. <\/span>[\/ref] L&#39;un des principaux artisans du renouveau de ce paysage traditionnel, le jardinier allemand Ludwig Winter, a install&eacute; &agrave; cette &eacute;poque son <em>Palm-Garten<\/em> dans la palmeraie ligure. Il passe alors pour l&rsquo;un des plus riches collections de palmiers, bien que Winter ne soit pas &agrave; proprement parler un collectionneur excentrique mais plut&ocirc;t un commer&ccedil;ant habile et inspir&eacute;. Il a ainsi cr&eacute;&eacute; une p&eacute;pini&egrave;re &agrave; vocation commerciale europ&eacute;enne, tourn&eacute;e vers l&#39;exportation de plants en pots et de compositions florales profanes inspir&eacute;es de la tradition locale du tressage, l&#39;acclimatation et l&#39;introduction de nouvelles esp&egrave;ces et (d&eacute;j&agrave;) l&#39;accueil du touriste. [ref] <span style=\"font-size:12px;\">VIACAVA, <em>Ludovico Winter, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref].<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"17\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;architecte fran&ccedil;ais Charles Garnier s&#39;est &eacute;tabli au m&ecirc;me moment &agrave; Bordighera, dans l&rsquo;espoir de soigner son fils atteint de la tuberculose. B&acirc;tie au c&oelig;ur de l&rsquo;antique palmeraie, sa <em>Villa<\/em> est largement ouverte, comme il le pr&eacute;cise lui-m&ecirc;me, aux touristes de passage. Sous l&#39;influence de ces architectes et paysagistes renomm&eacute;s, Bordighera devient l&#39;une des stations les plus pris&eacute;es de la <em>Riviera<\/em>. L&#39;image exotique de la C&ocirc;te d&#39;Azur lui est plus particuli&egrave;rement redevable de son arbre embl&eacute;matique. Longuement d&eacute;crits par les guides touristiques et leurs riches illustrations, ses palmiers sont export&eacute;s en direction de la capitale azur&eacute;enne, o&ugrave; ils vont servir de d&eacute;cor orientalisant au front de mer &eacute;difi&eacute; sur la Promenade des Anglais. Les stations baln&eacute;aires voisines s&rsquo;emparent rapidement d&#39;une mode paysag&egrave;re destin&eacute;e &agrave; conna&icirc;tre un succ&egrave;s touristique mondial, encore bien vivant de nos jours.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"18\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Cette tropicalisation du paysage azur&eacute;en rencontre toutefois des oppositions farouches. Leur dimension identitaire ressort des propos indign&eacute;s du maire de la vill&eacute;giature hy&egrave;roise, lequel&nbsp; d&eacute;nonce&nbsp;: &laquo;&nbsp;Certains industriels et sp&eacute;culateurs &eacute;trangers&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] persuad&eacute;s que de nos jours la r&eacute;clame est l&rsquo;unique moyen de lancer et de faire r&eacute;ussir son affaire&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] N&#39;ont-ils pas eu l&#39;id&eacute;e burlesque de vouloir changer le nom de la ville et de l&#39;appeler <em>Hy&egrave;res-les-Palmiers<\/em>, &agrave; cause des quelques palmiers que l&#39;on voit dans ses jardins et ses promenades; donnant ainsi une &eacute;tiquette de boutique &agrave; une ville ancienne et respectable&nbsp;?&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DENIS, <em>Hy&egrave;res ancien et moderne, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Ces r&eacute;ticences sont rapidement balay&eacute;es par le dynamisme de la &quot;r&eacute;clame&quot; et de l&#39;esprit de &quot;boutique&quot; d&eacute;velopp&eacute; par les promoteurs du tourisme moderne. L&#39;essor de l&#39;illustration occupe une place majeure dans la n&eacute;gociation et la diffusion de ces inventions paysag&egrave;res. Elle va contribuer de mani&egrave;re d&eacute;terminante &agrave; l&rsquo;&eacute;laboration et &agrave; la promotion des paysages canoniques de la vill&eacute;giature, ainsi qu&rsquo;&agrave; leur d&eacute;mocratisation.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La photographie et l&rsquo;affiche<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"19\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La lithographie, qui domine la production artistique tout au long du XIXe si&egrave;cle, est aux origines de cette d&eacute;mocratisation. Par bien des aspects, elle a inaugur&eacute; l&rsquo;&eacute;laboration esth&eacute;tique des paysages azur&eacute;ens, en assurant notamment l&rsquo;individualisation de ses principaux th&egrave;mes. A la fin du si&egrave;cle, elle c&egrave;de la place &agrave; la photographie et &agrave; l&rsquo;affiche. Si leurs rapports aux &eacute;volutions de la peinture de paysage posent encore probl&egrave;me aux historiens de l&rsquo;art, cette transition trouve assur&eacute;ment l&rsquo;une de ses sources majeures sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur. Mise au point par NIEPCE en 1822, la photographie est contemporaine des premiers d&eacute;veloppements du tourisme de stations. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs dans la litt&eacute;rature pittoresque qu&rsquo;elle trouve tout d&rsquo;abord sa place. Venant en compl&eacute;ment de la lithographie, elle sert alors &agrave; animer les sc&egrave;nes traditionnelles par l&rsquo;ajout de personnages typiques. L&rsquo;ouvrage <em>Nice Pittoresque<\/em> en offre une illustration, gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;association de CRETTE, un photographe parisien originaire de Turin, avec le lithographe Jacques GUIAUD [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> CRETTE, <em>Nice pittoresque, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]. En 1878, l&rsquo;apparition de la photogravure met un terme &agrave; ces collaborations, en entra&icirc;nant la disparition de la lithographie. Entre temps, les photographes ont repris &agrave; leur compte les principaux motifs touristiques &agrave; la mode, servis par les progr&egrave;s des techniques de prise de vue et de reproduction. La dimension paysag&egrave;re de la photographie s&rsquo;affirme d&egrave;s lors, comme en t&eacute;moigne (d&egrave;s 1851) l&rsquo;ouvrage de COXE [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> COXE Frederic, <em>The photograph tourist containing full directions for the producing of landscaps,<\/em> 1850. <\/span>[\/ref], un manuel consacr&eacute; &agrave; la photographie de paysages &agrave; l&rsquo;attention des touristes. Les premi&egrave;res photographies consacr&eacute;es aux paysages de la Provence apparaissent &agrave; la cette &eacute;poque, avec Denis BALDUS et Charles NEGRE.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"20\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Sur la <em>Riviera<\/em> italienne, Pietro GUIDI publie avec le pharmacien Francesco PANIZZI [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> GUIDI P, PANIZZI F, <em>Flora San Remese<\/em>, San Remo, 1870. <\/span>[\/ref] une flore illustr&eacute;e par 160 planches photographiques, pr&eacute;sent&eacute;e par la presse locale comme &laquo;&nbsp;un pr&eacute;cieux cadeau fait &agrave; la colonie &eacute;trang&egrave;re, apte &agrave; rendre plus profitables les excursions&nbsp;&raquo;. A c&ocirc;t&eacute; des plantes, les photos de GUIDI concernent aussi des personnages et des m&eacute;tiers traditionnels (p&ecirc;cheurs, paysans et bergers), ainsi que des vues paysag&egrave;res. Elles vont faire conna&icirc;tre la C&ocirc;te d&rsquo;Azur dans le monde entier. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Journal de San Remo du 26\/11\/1870, d&rsquo;apr&egrave;s ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit<\/em> et ANTONELLI R, MORESCHI A, RICCI H, &laquo;&nbsp;I fotografi sanremesi dell&#39;ottocento&nbsp;&raquo;, <em>Cat. della mostra di San Remo, Ottobre 1981<\/em>, San Remo, 1981. <\/span>[\/ref] De grands noms de la photographie s&#39;int&eacute;ressent &agrave; partir de ce moment &agrave; la r&eacute;gion, comme BROGI, ALINARI, ou NADAR. Au tournant du XXe si&egrave;cle, les photographes remplacent progressivement les peintres aupr&egrave;s de la client&egrave;le touristique de la vill&eacute;giature. La photographie ne se contente pas d&rsquo;&ocirc;ter aux artistes leur client&egrave;le traditionnelle. La cr&eacute;ativit&eacute; d&eacute;brid&eacute;e de sa production bouleverse dans le m&ecirc;me temps les r&egrave;gles de l&rsquo;art pictural, et notamment de l&rsquo;art du paysage. Il serait hasardeux de vouloir &eacute;tablir l&rsquo;inventaire des motifs abord&eacute;s par la photographie azur&eacute;enne. On se contentera de remarquer que les principaux th&egrave;mes iconographiques &eacute;labor&eacute;s sous l&rsquo;influence du tourisme y sont particuli&egrave;rement repr&eacute;sent&eacute;s, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des panoramas classiques, des sc&egrave;nes de genre &agrave; caract&egrave;re folklorique ou des vues de la v&eacute;g&eacute;tation exotique de la r&eacute;gion. En mati&egrave;re de paysage, la photographie va plus particuli&egrave;rement renouveler l&rsquo;art classique de la composition par la diversit&eacute; de ses cadrages. Les premiers daguerr&eacute;otypes servent ainsi aux &eacute;tudes de peintres renomm&eacute;s, comme COROT ou D&rsquo;AUBIGNY.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"21\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La photographie s&rsquo;inscrit en effet dans le champ des recherches des artistes de la modernit&eacute; et notamment des impressionnistes, opposant &agrave; la tradition descriptive du r&eacute;alisme et du naturalisme l&rsquo;analyse des ph&eacute;nom&egrave;nes de la perception. Cet impact artistique de la photographie est extr&ecirc;mement sensible sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur. Les peintres qui y s&eacute;journent o&ugrave; s&rsquo;y sont &eacute;tablis, comme DELACROIX, Horace VERNET, Paul HUET, Paul DELAROCHE ou COURBET, suivent ainsi avec le plus grand int&eacute;r&ecirc;t les &eacute;volutions de ce nouveau proc&eacute;d&eacute; de reproduction. Install&eacute; &agrave; Nice en 1861 pour des raisons de sant&eacute;, le photographe Charles NEGRE est d&rsquo;ailleurs peintre de formation. Il donne des cours de dessin dans le studio qu&rsquo;il ouvre dans la capitale de la vill&eacute;giature azur&eacute;enne. A Marseille, L&eacute;on VIDAL fonde &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque la Soci&eacute;t&eacute; photographique, qui rassemble autour du nouveau m&eacute;dia des peintres et des illustrateurs. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> SOUBIRAN, <em>Le paysage proven&ccedil;al, op. cit. et <\/em>MARCENARO Giuseppe, <em>La fotografia ligure dell&#39;Ottocento, <\/em>Genova, 1984. <\/span>[\/ref] Avec l&rsquo;essor de la photogravure et surtout de la carte postale, les repr&eacute;sentations paysag&egrave;res de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur connaissent une diffusion massive, qui annonce et impulse la d&eacute;mocratisation &agrave; venir du tourisme. En 1900, on chiffre ainsi &agrave; pr&egrave;s de huit millions le nombre de cartes postales qui circulent en France, et &agrave; six millions en Italie. A titre d&rsquo;exemple, elles passent, en ce qui concerne la France, &agrave; 123 millions en 1911&nbsp;!<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"22\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une industrie florissante, qui emploie pr&egrave;s de trente mille personnes. Sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, le seul photographe ni&ccedil;ois GILETTA diffuse &agrave; cette &eacute;poque (entre 1880 et 1920), environ cinq mille mod&egrave;les &agrave; plusieurs millions d&#39;exemplaires. Outre les touristes, les principaux clients des photographes sont les mairies, les offices de tourisme, les h&ocirc;tels et les caf&eacute;s, qui pl&eacute;biscitent ce support promotionnel bon march&eacute;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Dans le m&ecirc;me temps, l&rsquo;apparition de l&rsquo;affiche relaye elle aussi les repr&eacute;sentations picturales des paysages azur&eacute;ens, avec des th&egrave;mes et des proc&eacute;d&eacute;s plus directement influenc&eacute;s par les recherches des peintres de la modernit&eacute;. La plage est ainsi largement repr&eacute;sent&eacute;e, syst&eacute;matiquement anim&eacute;e par les baigneuses qu&rsquo;affectionnaient les impressionnistes, autour de figurations paysag&egrave;res relevant des m&ecirc;mes connotations &eacute;d&eacute;niques et paradisiaques. L&rsquo;exotisme v&eacute;g&eacute;tal est non moins omnipr&eacute;sent et les affiches promotionnelles en d&eacute;clinent la gamme sous des variantes st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;es. Quand &agrave; la gamme chromatique, elle fait appel sans aucun complexe aux tonalit&eacute;s puissantes &eacute;labor&eacute;es sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur par la peinture moderne. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera notamment &agrave; WOBMANN Karl, <em>Affiches touristiques de la Suisse. 1880-1940<\/em>, Aarau, AT Verlag, 1980, HILLION Daniel, <em>La mer s&#39;affiche<\/em>, Rennes, Ed. Ouest France, 1990, MARTINI DE CHATEAUNEUF Charles, <em>Affiches d&#39;Azur<\/em>, Nice, Giletta, 1992, HILLION Daniel, <em>La montagne s&#39;affiche<\/em>, Rennes, Ed. Ouest France, 1991; SBORGI Franco (a cura di), <em>Invito al viaggio. The image of touristic promotion in Liguria in the 20th century<\/em>, Genova, Corigraf, 1991 (aussi pour la bibliographie italienne) et WEILL, <em>L&#39;invitation au voyage&hellip;<\/em>, <em>op. cit<\/em>. <\/span>[\/ref] Les peintres modernes sont en effet les principaux artisans de l&rsquo;&eacute;laboration picturale du th&egrave;me de l&rsquo;exotisme v&eacute;g&eacute;tal. Sous leur influence, les repr&eacute;sentations d&rsquo;une v&eacute;g&eacute;tation typiquement m&eacute;diterran&eacute;enne, &eacute;bauch&eacute;es par les ma&icirc;tres du paysage italien et d&eacute;velopp&eacute;es par les peintres azur&eacute;ens, trouvent leur forme d&eacute;finitive. Les th&egrave;mes &eacute;labor&eacute;s &agrave; cette &eacute;poque demeurent au centre de la promotion touristique contemporaine. Notre civilisation du spectacle et de l&rsquo;image trouve par ailleurs, dans ces influences, une part (peu connue) de son inspiration.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">3. IMPRESSIONISME<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Azur et paysages<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"23\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;&oelig;uvre de MONET offre une illustration exemplaire du r&ocirc;le jou&eacute; par les peintres qualifi&eacute;s de &laquo;&nbsp;modernes&nbsp;&raquo; dans l&rsquo;&eacute;laboration de l&rsquo;id&eacute;e de M&eacute;diterran&eacute;e qui prend forme sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur au tournant du XX&deg; si&egrave;cle, ainsi que de ses rapports au tourisme de stations. Comme on l&rsquo;a vu pr&eacute;c&eacute;demment, de nombreux peintres de renom ont alors investi les stations azur&eacute;ennes dans le cadre de la vill&eacute;giature climatique et du voyage pittoresque. MONET va lui aussi s&rsquo;attacher &agrave; l&rsquo;illustration des hauts-lieux du tourisme naissant, de Venise &agrave; la c&ocirc;te normande, en passant par la <em>Riviera<\/em>. Cet accord entre son art et le go&ucirc;t du public a vraisemblablement contribu&eacute;, pour une grande part, &agrave; sa popularit&eacute; toujours extr&ecirc;mement vivante. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> HERBERT Robert L, <em>Monet on the Normandy Coast: Tourism and Painting,<\/em> 1867-1886, New Haven, Yale U. Pr., 1994, pp2-6. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Monet et la C&ocirc;te d&rsquo;Azur<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"24\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Dans les repr&eacute;sentations des paysages de sa Normandie natale, le futur ma&icirc;tre de l&rsquo;impressionnisme s&rsquo;est d&eacute;j&agrave; largement consacr&eacute; aux th&egrave;mes les plus courus par les guides touristiques. Il s&rsquo;est m&ecirc;me efforc&eacute; d&rsquo;effacer les traces de la modernit&eacute; r&eacute;cente, afin de mieux coller &agrave; l&rsquo;image correspondant &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de sa d&eacute;couverte par les premiers voyageurs. En cette fin de si&egrave;cle, le jeune artiste suit &agrave; pr&eacute;sent la trace des touristes qui installent leur chevalet devant les panoramas recommand&eacute;s par les guides azur&eacute;ens. Il s&rsquo;&eacute;tablit pour cela &agrave; Bordighera, o&ugrave; il passe pr&egrave;s de trois mois. Charles Garnier vient tout juste de publier un ouvrage &agrave; l&#39;usage des nombreux peintres de la colonie &eacute;trang&egrave;re. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> GARNIER Charles, HAMILTON Fr&eacute;d&eacute;ric Fitzroy, <em>Bordighera et la Ligurie occidentale. Manuel &agrave; l&#39;usage de la colonie &eacute;trang&egrave;re. Les motifs artistiques de Bordighera<\/em>, Nice, Giletta, 1883. <\/span>[\/ref] Si les deux artistes ne semblent pas s&#39;&ecirc;tre rencontr&eacute;s en cette occasion, Monet ne manque pas de se rendre dans les lieux recommand&eacute;s par l&rsquo;illustre <em>cicerone,<\/em> o&ugrave; il r&eacute;alise une quarantaine de&nbsp; toiles qui constituent un v&eacute;ritable manifeste de l&rsquo;exotisme v&eacute;g&eacute;tal m&eacute;diterran&eacute;en. &laquo;&nbsp;Bordighera est plus Palestine qu&#39;Italie [&#8230;\/&#8230;] On peut volontiers s&rsquo;imaginer [&#8230;\/&#8230;] &ecirc;tre transport&eacute; dans l&#39;Orient biblique&nbsp;&raquo; rapporte alors le guide Garnier, qui donne les itin&eacute;raires des principales promenades &agrave; l&#39;attention des &laquo;&nbsp;artistes de passage et des amants du pittoresque&nbsp;&raquo;. Il mentionne &agrave; ce propos les meilleurs panoramas et les motifs dignes d&#39;&ecirc;tre peints ou dessin&eacute;s.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"25\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ces indications &agrave; l&rsquo;usage des touristes, reprises par la plupart des guides contemporains, se retrouvent dans les toiles du futur chef de file de l&rsquo;impressionnisme&nbsp;: une branche d&#39;oranger, des oliviers, des palmiers ou des pins parasols sur fond de mer M&eacute;diterran&eacute;e, le jardin botanique de Moreno &agrave; Bordighera et les paysages non moins oblig&eacute;s des vallons du Sasso, du Borghetto ou de la Nervia, avec le classique pont m&eacute;di&eacute;val de Dolceacqua, sans oublier le Casino de Monte-Carlo, o&ugrave; Monet s&rsquo;est rendu pr&eacute;c&eacute;demment en compagnie de Renoir. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> HOUSE John, <em>Monet. Nature into Art<\/em>, London, New-Haven, 1986, pp24-25. <\/span>[\/ref] Monet a laiss&eacute; un important courrier relatif &agrave; l&rsquo;&eacute;volution de ses travaux. Il s&rsquo;y fait l&rsquo;&eacute;cho des pr&eacute;occupations qui vont marquer durablement la nouvelle g&eacute;n&eacute;ration d&rsquo;illustrateurs des paysages de la vill&eacute;giature&nbsp;: &laquo;&nbsp;Je n&rsquo;arrive pas encore &agrave; saisir le ton de ce pays. Par moment je suis &eacute;pouvant&eacute; des tons qu&rsquo;il me faut employer [&hellip;\/&#8230;] Quand au bleu du ciel et de la mer c&rsquo;est impossible [&hellip;\/&hellip;] Je vois les motifs que je ne voyais pas les premiers jours [rapporte-t-il par la suite.] Maintenant je sens bien le pays. J&rsquo;ose mettre tous les tons de rose et de bleu; c&rsquo;est de la f&eacute;&eacute;rie, c&rsquo;est d&eacute;licieux.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> HERBERT, <em>Monet on the Normandy Coast, op. cit.,<\/em> pp2-6 et GREGOIRE St&eacute;phanie, <em>Plein air. Les impressionnistes dans le paysage, <\/em>Paris, Hazan, 1993. <\/span>[\/ref] L&rsquo;&oelig;uvre azur&eacute;enne de MONET va plus particuli&egrave;rement attirer l&rsquo;attention des voyageurs am&eacute;ricains qui investissent alors la <em>Riviera<\/em>. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> HERBERT, <em>Monet on the Normandy Coast, op. cit<\/em>., pr&eacute;cise ainsi que les paysages m&eacute;diterran&eacute;ens de MONET furent imm&eacute;diatement vendus &agrave; des collectionneurs am&eacute;ricains. <\/span>[\/ref] Dans le m&ecirc;me temps, les principaux repr&eacute;sentants de la peinture moderne s&rsquo;installent eux aussi sur la C&ocirc;te, dont ils vont immortaliser les paysages.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"26\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Avec l&rsquo;arriv&eacute;e des peintres modernes sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, les inventions paysag&egrave;res mises en &oelig;uvre par les promoteurs du tourisme th&eacute;rapeutique, donnent naissance &agrave; un renouveau radical des repr&eacute;sentations du monde m&eacute;diterran&eacute;en issues du <em>tour<\/em>. La critique d&#39;art commence tout juste &agrave; mesurer cet apport et &agrave; d&eacute;gager ses principales th&eacute;matiques [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Le Grand Palais vient ainsi de consacrer une importante exposition &agrave; ce th&egrave;me. Il avait &eacute;t&eacute; pr&eacute;c&eacute;d&eacute; par l&rsquo;exposition am&eacute;ricaine <em>Monet and the Mediterranean<\/em>, et par nombre de travaux et d&rsquo;expositions &agrave; caract&egrave;re r&eacute;gional o&ugrave; nous avons puis&eacute; l&rsquo;essentiel notre documentation, notamment l&rsquo;exposition collective des mus&eacute;es de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur intitul&eacute;e <em>La C&ocirc;te d&#39;Azur et la Modernit&eacute;<\/em>, Paris, RMN, 1997. Voir aussi&nbsp;: ALBORNO Silvia, <em>Monet a Bordighera.<\/em> Milano, Italia, Leonardo periodici, 1998, 128 pp. with 59 ill. <\/span>[\/ref], auxquelles l&rsquo;imagerie touristique contemporaine doit, depuis longtemps, l&rsquo;essentiel de son inspiration. La fascination exerc&eacute;e par les paysages de l&rsquo;Italie sur ces artistes, originaires dans leur majorit&eacute; du nord de la France ou de l&#39;Europe, ne s&rsquo;inscrit qu&rsquo;en apparence dans la continuit&eacute; du <em>tour<\/em>. Elle s&rsquo;accompagne en effet d&rsquo;une d&eacute;saffection marqu&eacute;e pour les pr&eacute;occupations traditionnelles du voyage aristocratique, d&eacute;saffection dont atteste l&rsquo;omnipr&eacute;sence des obsessions de la vill&eacute;giature climat&eacute;rique, la c&eacute;l&eacute;bration de la mer, de la nature et du soleil. Les recherches des impressionnistes signent par ailleurs le terme d&rsquo;une longue tradition de r&eacute;alisme et de naturalisme, bien analys&eacute;e par les historiens de l&rsquo;art. Comme on le sait, les peintres se d&eacute;tournent d&egrave;s lors de la description, pour se consacrer &agrave; l&rsquo;analyse des ph&eacute;nom&egrave;nes de la perception. L&rsquo;essor de la vill&eacute;giature occupe une place essentielle dans ces &eacute;volutions. Elle est attest&eacute;e &agrave; la fois par les motifs picturaux, emprunt&eacute;s aux th&egrave;mes de la litt&eacute;rature climato-th&eacute;rapique, et par le r&ocirc;le jou&eacute; par le tourisme dans les innovations artistiques qui voient alors le jour.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La mer et la modernit&eacute;<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"27\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;eau, et notamment la mer et les paysages marins, tiennent une place centrale dans la production paysag&egrave;re des ma&icirc;tres de l&rsquo;impressionnisme. Ces pr&eacute;occupations artistiques sont grandement redevables des influences de la vill&eacute;giature baln&eacute;aire. Inaugur&eacute;es par <em>La joie de vivre<\/em> de Courbet, peignant la plage de la station touristique de Palavas (en 1854), elles connaissent leurs premiers d&eacute;veloppements avec l&rsquo;&oelig;uvre de CEZANNE. Bien qu&rsquo;il soit n&eacute; &agrave; Aix-en-Provence, o&ugrave; il s&eacute;journe r&eacute;guli&egrave;rement, ce n&rsquo;est qu&rsquo;&agrave; la fin de sa vie que CEZANNE va s&rsquo;attacher &agrave; l&rsquo;&eacute;tude du paysage proven&ccedil;al. Il s&rsquo;int&eacute;resse notamment &agrave; la repr&eacute;sentation du littoral de la vill&eacute;giature marseillaise, dont il a laiss&eacute; la s&eacute;rie des vues de l&rsquo;Estaque, avec une trentaine de tableaux. En 1881, il s&#39;installe d&eacute;finitivement dans sa r&eacute;gion natale, o&ugrave; il re&ccedil;oit l&rsquo;ann&eacute;e suivante la visite de RENOIR de retour d&rsquo;un voyage italien qui l&rsquo;a conduit &agrave; Naples et en Sicile pour des raisons de sant&eacute;. Ce premier s&eacute;jour marseillais du vieux ma&icirc;tre va d&rsquo;ailleurs &ecirc;tre perturb&eacute; par une forte atteinte de pneumonie.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"28\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">RENOIR revient cependant l&rsquo;ann&eacute;e suivante, accompagn&eacute; cette fois de MONET avec qui il parcourt la C&ocirc;te jusqu&#39;&agrave; Bordighera. RENOIR peint lui aussi l&rsquo;Estaque, ainsi que l&rsquo;ensemble du littoral azur&eacute;en dont il fr&eacute;quente assid&ucirc;ment les stations pour soigner ses poumons malades, de Tamaris &agrave; Beaulieu, en passant par Grasse et le Lavandou, avant de se fixer d&eacute;finitivement &agrave; Cagnes (en 1907). A la m&ecirc;me &eacute;poque (en 1883), Charles Edward CROSS effectue de fr&eacute;quents s&eacute;jours sur la C&ocirc;te, &agrave; Monaco puis au Lavandou o&ugrave; il s&rsquo;installe (en 1891), &agrave; l&rsquo;exception de quelques incursions vers les hauts lieux de la vill&eacute;giature italienne voisine. VAN GOGH s&eacute;journe lui aussi (en 1888) dans la r&eacute;gion d&rsquo;Arles, en plein c&oelig;ur de la Provence des <em>tourists<\/em>. A la suite de Fr&eacute;d&eacute;rique MISTRAL, il contribue avec ses <em>Arl&eacute;siennes<\/em> &agrave; consacrer l&rsquo;identit&eacute; embl&eacute;matique de la r&eacute;gion, dans un jeu de miroir typique des processus de l&rsquo;identit&eacute;. VAN GOGH immortalise de m&ecirc;me les paysages maritimes des Saintes Maries de la Mer, chers aux voyageurs. Au cours de son s&eacute;jour proven&ccedil;al, il rencontre CEZANNE et re&ccedil;oit la visite de GAUGUIN, qui repr&eacute;sente &agrave; son tour les paysages de la Provence, ainsi que celle de Paul SIGNAC.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"29\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ce dernier a d&eacute;couvert Cassis deux ans plus t&ocirc;t. S&eacute;duit par les paysages de la C&ocirc;te, il s&rsquo;&eacute;tablit (en 1893) &agrave; Saint-Tropez, d&rsquo;o&ugrave; il va exercer une profonde influence sur les principaux artistes de la modernit&eacute;, nombreux &agrave; lui rendre visite. A la suite des impressionnistes, les peintres dits &laquo;&nbsp;modernes&nbsp;&raquo; manifestent en effet un grand int&eacute;r&ecirc;t pour les paysages azur&eacute;ens. Ils vont principalement s&rsquo;attacher &agrave; l&rsquo;illustration des th&egrave;mes touristiques que nous venons d&rsquo;&eacute;voquer, la plage et l&rsquo;exotisme v&eacute;g&eacute;tal. On ne peut que s&rsquo;&eacute;tonner de la place occup&eacute;e par ces repr&eacute;sentations, dans des &oelig;uvres dont les pr&eacute;occupations paysag&egrave;res sont loin d&rsquo;&ecirc;tre le souci principal. Apr&egrave;s un voyage en Corse (en 1898), MATISSE d&eacute;couvre ainsi Saint-Tropez (en 1904), lors d&rsquo;une visite &agrave; Paul SIGNAC. Il va d&egrave;s lors multiplier les s&eacute;jours azur&eacute;ens, &agrave; Marseille o&ugrave; il peint lui aussi l&rsquo;Estaque, puis &agrave; Collioures. A Nice, o&ugrave; il s&rsquo;&eacute;tablit d&eacute;finitivement (en 1921), il repr&eacute;sente &agrave; plusieurs reprises la Promenade des Anglais. Les paysages de l&#39;Estaque attirent de m&ecirc;me l&#39;attention de BRAQUE (avec plus de 50 vues&nbsp;!), ainsi que de DERAIN. Raoul DUFY passe aussi par Marseille (en 1905) avant de s&rsquo;installer &agrave; Vence (en 1920). Il va plus particuli&egrave;rement s&rsquo;attacher &agrave; la peinture de la Promenade des Anglais et de ses palmiers.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"30\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Install&eacute; sur la c&ocirc;te catalane, &agrave; Ceret, MANOLO re&ccedil;oit vers la m&ecirc;me &eacute;poque (en 1908) PICASSO, BRAQUE et JUAN GRIS, tandis que PICABIA peint les paysages de Saint-Tropez. D&egrave;s la fin de la guerre, PICASSO se rend sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, &agrave; Saint-Rapha&euml;l puis &agrave; Antibes, o&ugrave; il r&eacute;alise (en 1920) un <em>Paysage de Juan-les-Pins<\/em>. Il se fixe alors d&eacute;finitivement dans la r&eacute;gion, dont il peint encore le littoral en 1958, avec <em>La baie de Cannes<\/em> et ses palmiers. BONNARD vient &agrave; son tour &agrave; Saint-Tropez (en 1909), toujours sous l&rsquo;influence de SIGNAC. Il r&eacute;side par la suite &agrave; Cannes, o&ugrave; il se consacre &agrave; la repr&eacute;sentation des paysages azur&eacute;ens. En 1918, MODIGLIANI s&eacute;journe lui aussi sur la C&ocirc;te, &agrave; Cagnes-sur-mer, en compagnie de SOUTINE et de FOUJITA. Il r&eacute;alise &agrave; cette occasion l&rsquo;une de ses rares peintures de paysages. LA FRESNAYE, bless&eacute; aux poumons pendant la grande guerre, s&rsquo;&eacute;tablit au m&ecirc;me moment dans la r&eacute;gion, pour un s&eacute;jour sanitaire. Il d&eacute;c&egrave;de d&rsquo;ailleurs (en 1925) dans la station climatique de Grasse, dont il peint <em>Les rochers<\/em>. Nicolas de STAEL va par la suite s&rsquo;installer &agrave; Antibes, tandis que Fernand LEGER choisit Biot et CHAGALL Vence, apr&egrave;s un s&eacute;jour ni&ccedil;ois. A la m&ecirc;me &eacute;poque, KANDINSKY fr&eacute;quente lui aussi la <em>Riviera<\/em> et repr&eacute;sente ses paysages, &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;un voyage qui le conduit de la station ligure de Rapallo au Cap Ferrat et &agrave; La Napoule. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"><em> La C&ocirc;te d&rsquo;Azur et Modernit&eacute;, op. cit.,<\/em> BOISSIEU Jean, LATOUR Mireille, <em>Marseille et les peintres, <\/em>Paris, Lafitte, 1990, et <em>D&rsquo;EZE, La Provence vue par les peintres, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;Antiquit&eacute; &laquo;&nbsp;revisit&eacute;e&nbsp;&raquo;<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"31\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au travers des &oelig;uvres des artistes install&eacute;s sur la C&ocirc;te, la peinture moderne apporte une contribution majeure au renouvellement des th&egrave;mes classiques de l&rsquo;Orientalisme et de l&rsquo;arch&eacute;ologie italianisante issus du <em>tour.<\/em> La production picturale des peintres de la modernit&eacute; rejoint en cela les pr&eacute;occupations du tourisme th&eacute;rapeutique, avec l&rsquo;&eacute;laboration d&rsquo;une imagerie m&eacute;diterran&eacute;enne d&eacute;pourvue de toute r&eacute;f&eacute;rence monumentale &agrave; l&rsquo;Antiquit&eacute;. Ces influences conduisent &agrave; une relecture &quot;&eacute;d&eacute;nique&quot; de l&#39;Antiquit&eacute; m&eacute;diterran&eacute;enne. CEZANNE va plus particuli&egrave;rement d&eacute;velopper cette inspiration autour d&rsquo;une s&eacute;rie de sc&egrave;nes orgiaques, dont ses baigneuses qui ne sont pas sans &eacute;voquer les Nymphes de la peinture antiquisante. Il est suivi par SIGNAC, MATISSE et BONNARD avec <em>Luxe, calme et volupt&eacute;<\/em>, <em>Pastorale<\/em>, <em>M&eacute;diterran&eacute;e<\/em> et <em>Le Paradis<\/em>. Assurant la transition avec les grands th&egrave;mes classiques de la peinture du paysage italien, cette relecture dionysiaque co&iuml;ncide avec l&rsquo;un des apports majeurs du tourisme &agrave; la modernit&eacute;, la naissance de la civilisation des loisirs. La figuration des grands mythes m&eacute;diterran&eacute;ens va d&egrave;s lors se multiplier autour des faunes, centaures, taureaux et minotaures, lesquels viennent prendre la place des monuments et des ruines chers aux ma&icirc;tres italiens et aux romantiques.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"32\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Apr&egrave;s CEZANNE et son <em>Enl&egrave;vement<\/em>, BONNARD illustre &agrave; son tour <em>L&#39;enl&egrave;vement d&#39;Europe<\/em> (en 1919), suivi par MATISSE (en 1925) qui poursuit dans la m&ecirc;me veine avec <em>Pasiphae<\/em> (en 1943) et la <em>Femme &agrave; l&#39;amphore<\/em> (en 1953), tandis que DUFY repr&eacute;sente la <em>Naissance de V&eacute;nus<\/em>. MASSON, qui s&eacute;journe &agrave; Antibes (en 1925), puis &agrave; Sanary et &agrave; Grasse, s&rsquo;attache de son c&ocirc;t&eacute; &agrave; la peinture d&rsquo;une M&eacute;diterran&eacute;e mal&eacute;fique, peupl&eacute;e de monstres d&eacute;moniaques et f&eacute;roces. Ces th&egrave;mes vont &ecirc;tre plus particuli&egrave;rement illustr&eacute;s par PICASSO, qui r&eacute;alise d&egrave;s les premi&egrave;res ann&eacute;es de son s&eacute;jour azur&eacute;en une &oelig;uvre revisitant les r&eacute;f&eacute;rences antiques, <em>La fl&ucirc;te de Pan<\/em>. On les retrouve encore chez COCTEAU, qui s&rsquo;&eacute;tablit sur la C&ocirc;te en 1924, et dans l&rsquo;&oelig;uvre de CHAGALL avec <em>Jardin d&#39;Eden<\/em>, <em>Minotaure<\/em> et ses r&eacute;f&eacute;rences obsessionnelles &agrave; la Gr&egrave;ce antique. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> GIRARD Xavier, &laquo;&nbsp;Le mythe m&eacute;diterran&eacute;en&nbsp;&raquo;, in <em>La C&ocirc;te d&#39;Azur et la Modernit&eacute;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Inaugur&eacute;e par CEZANNE, la peinture des pin&egrave;des de la Provence sur fond d&rsquo;horizon marin est l&rsquo;un de ses th&egrave;mes majeurs. MONET introduit comme on l&rsquo;a vu le palmier, lors de son s&eacute;jour &agrave; Bordighera, suivi par DUFY, MATISSE et PICASSO, avec leurs repr&eacute;sentations de la Promenade des Anglais et de la Croisette. Le paysage azur&eacute;en touche d&egrave;s lors &agrave; l&rsquo;abstraction, se r&eacute;sumant &agrave; la figuration d&rsquo;un arbre exotique, pin, palmier, laurier, agave, olivier, oranger ou mimosa sur fonds d&rsquo;Azur. L&#39;&eacute;mergence de nouveaux proc&eacute;d&eacute;s de reproduction va assurer &agrave; ces repr&eacute;sentations une diffusion massive, tout en contribuant significativement &agrave; leur mise en forme picturale.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&#39;Azur comme paysage<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"33\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au tournant du XXe si&egrave;cle, les repr&eacute;sentations paysag&egrave;res qui prennent forme dans le cadre de la vill&eacute;giature &quot;azur&eacute;enne&quot; d&eacute;bouchent sur une imagerie destin&eacute;e &agrave; faire date sur les rivages de la &quot;Grande Bleue&quot;. Issue de l&rsquo;ouvrage &eacute;ponyme de Stephen Li&eacute;geard, la d&eacute;nomination &quot;C&ocirc;te d&#39;Azur&quot; en est l&rsquo;anc&ecirc;tre direct. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LI&Eacute;GEARD, <em>La C&ocirc;te d&#39;Azur, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]. Il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une r&eacute;elle innovation, l&rsquo;irruption du bleu ayant &eacute;t&eacute; plut&ocirc;t tardive dans la tradition chromatique europ&eacute;enne, o&ugrave; le noir et le rouge &eacute;taient les couleurs de base. Si le bleu devient ainsi, &agrave; partir du XIIIe si&egrave;cle, une couleur dominante dans les armoiries royales de l&rsquo;Europe, il reste par contre plut&ocirc;t marginal dans le domaine de la peinture. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On fait ici r&eacute;f&eacute;rence aux travaux de PASTOUREAU Michel, <em>Bleu : Histoire D&#39;une Couleur, <\/em>Paris, Seuil, 2000. <\/span>[\/ref] La couleur bleue ne va r&eacute;ellement s&rsquo;imposer qu&rsquo;au travers de la litt&eacute;rature, lorsque &ldquo;l&#39;ennui bleu&rdquo; de Maeterlinck ou la &ldquo;Fleur bleue&rdquo; de Novalis deviennent les embl&egrave;mes du romantisme. &laquo;&nbsp;L&rsquo;art c&rsquo;est l&rsquo;Azur&nbsp;&raquo;, &eacute;crit alors Victor Hugo, qui se fait le porte parole de l&rsquo;id&eacute;al romantique, pour lequel le bleu est avant tout un appel au voyage.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"34\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">&nbsp;&laquo;&nbsp;Mot du Sud, le bleu guide la qu&ecirc;te d&#39;un paysage id&eacute;al [rappellent &agrave; ce propos les historiens de l&rsquo;art]. L&rsquo;heure bleue, ce moment d&rsquo;intensification des couleurs qui se produit [&#8230;\/&#8230;] &agrave; l&rsquo;annonce du cr&eacute;puscule [&#8230;\/&#8230;] devient le moment privil&eacute;gi&eacute; par la nouvelle g&eacute;n&eacute;ration des symbolistes. [&#8230;\/&#8230;] L&rsquo;heure bleue renvoie symboliquement &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;&acirc;me des d&eacute;cadents. Elle est c&eacute;l&eacute;br&eacute;e par les salons litt&eacute;raires, o&ugrave; &agrave; travers les vitres du jardin d&rsquo;hiver le regard embrasse un parc.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> R&eacute;f&eacute;rences extraites de OVERATH Angelika, &ldquo;Fragments d&rsquo;Azur&rdquo;, in <em>Azur<\/em>, Paris, Fondation Cartier pour l&rsquo;Art Contemporain, 1993, pp. 58, 62, 66. <\/span>[\/ref] Cette histoire litt&eacute;raire du bleu est grandement redevable de l&rsquo;essor de la vill&eacute;giature. Sous son influence, elle donne naissance &agrave; un processus d&rsquo;invention paysag&egrave;re innovant, dont l&rsquo;esth&eacute;tique touche &agrave; l&rsquo;abstraction. L&rsquo;h&eacute;t&eacute;rog&eacute;n&eacute;it&eacute; des &eacute;l&eacute;ments qui composent un paysage vont &ecirc;tre ainsi ramen&eacute;s &agrave; un \u00ab\u00a0plus petit d&eacute;nominateur commun\u00a0\u00bb, en l&rsquo;occurrence une couleur cens&eacute;e incarner la lumi&egrave;re. &laquo;&nbsp;Le bleu est la couleur typiquement c&eacute;leste [&eacute;crit &agrave; ce propos KANDINSKY lors de son s&eacute;jour azur&eacute;en]. Il apaise et calme en s&rsquo;approfondissant. En glissant vers le noir, il se colore d&rsquo;une tristesse qui d&eacute;passe l&rsquo;humain [&hellip;\/&hellip;] A mesure qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;claircit le bleu perd de sa sonorit&eacute; [&hellip;\/&hellip;] il devient blanc.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> KANDINSKI, <em>Du spirituel dans l&rsquo;art<\/em>, d&rsquo;apr&egrave;s BAZZOLI, MUNTANER, <em>Les Provences de la peinture&hellip;, op. cit<\/em>., qui font remarquer &agrave; ce propos la possible influence de la photographie. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"35\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au tournant du XXe si&egrave;cle, la couleur de la mer se densifie et le bleu dit &quot;marine&quot; envahit la palette des peintres azur&eacute;ens. &laquo;&nbsp;Cela fera peut-&ecirc;tre un peu crier les ennemis du bleu et du rose, car c&#39;est justement cet &eacute;clat, cette lumi&egrave;re f&eacute;erique que je m&#39;attache &agrave; rendre&nbsp;&raquo;, &eacute;crit ainsi MONET, lors de son s&eacute;jour sur la <em>Riviera<\/em>. Cette irruption du bleu est particuli&egrave;rement sensible chez CEZANNE, VAN GOGH, BONNARD ou MATISSE, et surtout chez DUFY qui est incontestablement le plus &quot;azur&eacute;en&quot; des peintres modernes. Cette histoire du bleu trouve parall&egrave;lement des racines r&eacute;gionales qui t&eacute;moignent de ce jeu de miroirs qui caract&eacute;rise la nature identitaire des processus paysagers. La ville de Toulouse est ainsi nomm&eacute;e depuis le XIIIe si&egrave;cle le &quot;pays de Cocagne&quot;, par allusion &agrave; ses industries textiles. A l&#39;&eacute;poque, la couleur dite de Cocagne est obtenue &agrave; partir du Pastel (ou Gu&egrave;de), une plante europ&eacute;enne cultiv&eacute;e dans la r&eacute;gion. Les n&eacute;gociants marseillais vont par la suite la concurrencer, avec l&#39;introduction d&#39;une mati&egrave;re exotique plus rentable, l&#39;Indigo ou Indigotier. Plus r&eacute;cemment, les villes voisines de N&icirc;mes (<em>Denim<\/em>), et de G&ecirc;nes (le <em>Jean<\/em>) vont consacrer internationalement le bleu dans l&#39;histoire moderne du v&ecirc;tement. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> OVERATH, <em>Fragments d&rsquo;Azur, op. cit<\/em>., pp. 58, 62, 66. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"36\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">De la Promenade des Anglais aux paysages de la Gr&egrave;ce ou de la Tunisie, en passant par la <em>Costa Esmeralda<\/em> espagnole, l&#39;Azur est devenu d&eacute;sormais l&rsquo;incarnation par excellence de la &laquo;&nbsp;m&eacute;diterran&eacute;it&eacute;&nbsp;&raquo;. L&rsquo;histoire de cette imagerie fondatrice r&eacute;v&egrave;le de mani&egrave;re exemplaire la nature du projet touristique et aide &agrave; comprendre sa permanence. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On pourrait aussi citer entre autres exemples les d&eacute;nominations du type C&ocirc;te d&rsquo;Azur qui s&rsquo;&eacute;taient d&eacute;velopp&eacute;es &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque avec la C&ocirc;te d&rsquo;Or en Bourgogne, la C&ocirc;te d&rsquo;Argent sur le littoral basque ou encore la C&ocirc;te d&rsquo;Opale sur les rivages de l&rsquo;Atlantique. <\/span>[\/ref] Au d&eacute;but du XX&deg; si&egrave;cle, le tourisme climat&eacute;rique touche en effet &agrave; sa fin. Les croyances relatives aux vertus salutaires des climats perdent alors leur caution m&eacute;dicale. Le corpus sur lequel repose notre &eacute;tude s&rsquo;arr&ecirc;te &agrave; cette &eacute;poque. Le tourisme conna&icirc;t pourtant des d&eacute;veloppements majeurs par la suite, sous des formes nouvelles mais largement redevables de l&rsquo;h&eacute;ritage de la climatoth&eacute;rapie. Ces &eacute;volutions s&rsquo;expliquent en grande partie par l&rsquo;impact identitaire des repr&eacute;sentations &eacute;labor&eacute;es dans le cadre de la vill&eacute;giature. Loin des r&eacute;f&eacute;rences historiques ou acad&eacute;miques, elles se r&eacute;clament en effet d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments existentiels, voire intimes, un style de vie, un climat, une cuisine, une lumi&egrave;re ou un paysage. Elles rassemblent ainsi tous les ingr&eacute;dients qui vont donner naissance au marketing touristique moderne. L&rsquo;exemple de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, o&ugrave; l&rsquo;&eacute;mergence des identit&eacute;s accompagne celle du tourisme, permet de mieux comprendre leur impact dans la construction des formes contemporaines de leurs expressions.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">4. CONCLUSION<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Les mutations du tourisme et l&rsquo;h&eacute;ritage de l&rsquo;urbanisme de station<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"37\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les vertus th&eacute;rapeutiques attribu&eacute;es aux climats marins, chauds et d&rsquo;altitude sont &agrave; l&rsquo;origine des destinations fondatrices du tourisme moderne, la mer, la montagne et le soleil. On est en droit de s&rsquo;interroger sur cette permanence. Elle s&rsquo;explique en partie par le poids de l&rsquo;institution et notamment des infrastructures qu&rsquo;elle a mis en place tout au long du XIX&egrave;me si&egrave;cle, servies par des moyens financiers dont on a d&eacute;crit l&rsquo;importance. La panoplie des loisirs mondains issus de l&rsquo;antique institution du thermalisme, offre assur&eacute;ment le meilleur exemple de l&rsquo;impact exerc&eacute; par la vill&eacute;giature climat&eacute;rique sur le tourisme contemporain et &agrave; travers lui, sur nos soci&eacute;t&eacute;s modernes. Les distractions climato-th&eacute;rapiques continuent ainsi d&rsquo;occuper une place &eacute;minente dans ses pratiques et notamment dans l&rsquo;architecture ostentatoire et mondaine des h&ocirc;tels, villas et palaces. Elles ont par ailleurs donn&eacute; naissance aux principaux sports modernes et &agrave; leurs grandes messes identitaires, du <em>football<\/em>, au <em>tennis,<\/em> en passant par le <em>cricket<\/em>, le <em>golf,<\/em> <em>l&#39;archery<\/em>, le <em>bowling,<\/em> le patinage et la natation. Elles ont aussi influenc&eacute; des activit&eacute;s plus traditionnelles comme la chasse, la p&ecirc;che ou l&#39;&eacute;quitation. Ses pr&eacute;occupations hygi&eacute;niques demeurent de m&ecirc;me toujours aussi vivaces. Si leur caract&egrave;re th&eacute;rapeutique s&rsquo;est fortement att&eacute;nu&eacute;, elles ont par contre profond&eacute;ment r&eacute;volutionn&eacute; nos modes de vie. C&rsquo;est notamment le cas de l&rsquo;institutionnalisation des vacances et du caract&egrave;re salutaire qu&rsquo;on leur attribue. Il en va de m&ecirc;me de la longue dur&eacute;e des s&eacute;jours, avec ses installations saisonni&egrave;res et parfois d&eacute;finitives, lesquelles ont donn&eacute; naissance au ph&eacute;nom&egrave;ne de la r&eacute;sidence secondaire ou &agrave; la migration massive des retrait&eacute;s. La climatoth&eacute;rapie a encore conduit &agrave; une r&eacute;habilitation des valeurs de la mer et du soleil, dont les loisirs baln&eacute;aires sont les h&eacute;ritiers directs, de m&ecirc;me que le tourisme de montagne avec les &laquo;&nbsp;sports d&rsquo;hiver&nbsp;&raquo;.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"38\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ces destinations touristiques majeures sont particuli&egrave;rement redevables des infrastructures invent&eacute;es au si&egrave;cle dernier sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur et dans les Alpes. Leurs pr&eacute;occupations hygi&eacute;niques demeurent d&rsquo;une grande actualit&eacute; avec le <em>revival<\/em> r&eacute;cent de la thalassoth&eacute;rapie, de l&rsquo;hydroth&eacute;rapie. et de l&#39;h&eacute;lioth&eacute;rapie. Toujours objet de pol&eacute;miques relatives &agrave; son influence sur la sant&eacute;, la forte m&eacute;fiance inspir&eacute;e par le soleil continue, de mani&egrave;re tout aussi ambigu&euml;, &agrave; nourrir les pr&eacute;jug&eacute;s socio-culturels attach&eacute;s &agrave; la couleur de la peau. Les valeurs esth&eacute;tiques reconnues au bronzage restent ainsi per&ccedil;ues soit comme le stigmate d&rsquo;une origine sociale populaire, soit comme l&rsquo;indice d&rsquo;une bonne sant&eacute;, malgr&eacute; les r&eacute;ticences manifest&eacute;es par le corps m&eacute;dical. Elles sont en tout cas &agrave; l&rsquo;origine de la d&eacute;mocratisation du tourisme, avec l&rsquo;instauration des &laquo;&nbsp;cong&eacute;s pay&eacute;s&nbsp;&raquo;. L&rsquo;impact du tourisme d&eacute;borde donc largement le seul domaine du paysage et de ses repr&eacute;sentations. Avec l&rsquo;invention du mod&egrave;le de l&rsquo;urbanisme &laquo;&nbsp;int&eacute;gr&eacute;&nbsp;&raquo; et la diffusion de ses innovations architecturales, le tourisme de station est ainsi devenu un mod&egrave;le majeur de d&eacute;veloppement pour nombre de pays, et pas n&eacute;cessairement des plus pauvres. La p&eacute;rennit&eacute; du tourisme s&rsquo;explique aussi par l&rsquo;impact de la litt&eacute;rature climat&eacute;rique sur l&rsquo;&eacute;laboration des r&eacute;f&eacute;rences symboliques qui ont servi et servent encore &agrave; la construction des identit&eacute;s. Cette dimension ressort plus particuli&egrave;rement de l&rsquo;histoire de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur. Elle r&eacute;v&egrave;le la nature identitaire de ces repr&eacute;sentations et &eacute;claire leurs rapports aux pratiques perp&eacute;tuant de nos jours cette fonction majeure de l&rsquo;institution touristique, incarn&eacute;e par les strat&eacute;gies du patrimoine et les pratiques ostentatoires qui ont envahi notre univers quotidien.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHAPITRE IX SOMMAIRE 1. PASTORALISME 2. ORIENTALISME 3. IMPRESSIONISME 4. CONCLUSION &nbsp; 1. PASTORALISME La M&eacute;diterran&eacute;e revisit&eacute;e &laquo;&nbsp;On y sent je ne sais quoi d&#39;oriental&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=214\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">9. 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