{"id":122,"date":"2015-01-25T15:16:37","date_gmt":"2015-01-25T14:16:37","guid":{"rendered":"http:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=122"},"modified":"2024-05-12T12:18:41","modified_gmt":"2024-05-12T11:18:41","slug":"climatisme","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=122","title":{"rendered":"4. CLIMATISME"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>CHAPITRE IV<\/strong><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">SOMMAIRE<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">1. TUBERCULOSE<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">2. CLIMATOTHERAPIE<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">3. COTE D\u2019AZUR<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">***<\/div>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">1.TUBERCULOSE<\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Les climats chauds et l\u2019english malady<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">La vill\u00e9giature \u201cclimatique\u201d voit le jour devant la forte recrudescence de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de tuberculose qui marque le XVIII\u00b0 si\u00e8cle. Ses principes reposent sur des conceptions m\u00e9dicales h\u00e9rit\u00e9es de l\u2019Antiquit\u00e9, les m\u00e9decins grecs ayant alors attribu\u00e9 l\u2019absence de cette maladie en Egypte aux vertus de son climat sec et chaud. Le <em>revival<\/em> de ces conceptions s&rsquo;explique par le contexte \u00e9pid\u00e9miologique de la maladie, laquelle frappe tout d&rsquo;abord quasi-exclusivement l&rsquo;Angleterre. En r\u00e9v\u00e9lant les profondes disparit\u00e9s r\u00e9gionales existant dans la r\u00e9partition des maladies, le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes statistiques va apporter une caution scientifique \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 des vieilles th\u00e8ses hippocratiques.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Invalids et val\u00e9tudinaires<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"2\"><span style=\"color: #000000;\">Guy de MAUPASSANT est l\u2019un des adeptes assidus des s\u00e9jours th\u00e9rapeutiques azur\u00e9ens. Il en a laiss\u00e9 une \u00e9tonnante description, celle d\u2019un \u00ab cimeti\u00e8re fleuri de l&rsquo;Europe occidentale |\u2026\/\u2026] Dans tous les coins du monde on doit la maudire cette terre charmante et redoutable, antichambre de la mort, parfum\u00e9e et douce, o\u00f9 tant de familles ont laiss\u00e9 quelqu&rsquo;un, presque toutes un enfant \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">MAUPASSANT Guy de, <em>Sur l&rsquo;eau<\/em>, cit\u00e9 d\u2019apr\u00e8s BIANCHI Blanche, <em>La saison d&rsquo;hiver \u00e0 Cannes de 1870 \u00e0 1914<\/em>, Nice, Meyerbeer, 1964, p40.<\/span>] rapporte-t-il ainsi quelques ann\u00e9es avant qu\u2019il ne soit \u00e0 son tour emport\u00e9 par la \u00ab phtisie \u00bb. Aux antipodes de l\u2019imagerie paradisiaque \u00e0 laquelle nous sommes habitu\u00e9s, ce sombre tableau est bel et bien le reflet fid\u00e8le d\u2019une triste r\u00e9alit\u00e9. Les premiers voyageurs qui fr\u00e9quentent la <em>Riviera<\/em> sont pour la plupart de grands malades. G\u00e9n\u00e9ralement qualifi\u00e9s <em>d&rsquo;invalids<\/em> ou de \u00ab\u00a0val\u00e9tudinaires\u00a0\u00bb, ils sont atteints de la tuberculose. C\u2019est pour cette raison qu\u2019ils viennent, comme le fait \u00e0 ses d\u00e9pens MAUPASSANT, exp\u00e9rimenter les vertus salutaires pr\u00eat\u00e9es aux climats chauds par la litt\u00e9rature m\u00e9dicale de l&rsquo;\u00e9poque. Il est difficile d\u2019\u00e9tablir une distinction pr\u00e9cise entre les touristes et les <em>invalids<\/em> qui fr\u00e9quentent alors la C\u00f4te d\u2019Azur. Il faut tout d\u2019abord prendre en compte la nombreuse domesticit\u00e9 et les amis ou les familiers qui accompagnent les hivernants. La grande confusion qui r\u00e8gne en la mati\u00e8re dans le monde m\u00e9dical, a par ailleurs cr\u00e9\u00e9 une v\u00e9ritable psychose collective. Un simple rhume est ainsi consid\u00e9r\u00e9 comme \u201cphtisiog\u00e8ne\u201d, comme toute maladie des voies respiratoires. Les m\u00e9decins sont port\u00e9s en cons\u00e9quence \u00e0 mettre en avant les vertus pr\u00e9ventives de la \u201cclimatoth\u00e9rapie\u201d. Ils vont m\u00eame parfois jusqu&rsquo;\u00e0 conseiller aux jeunes mari\u00e9s quelques ann\u00e9es de s\u00e9jour climatique, en compagnie de leurs enfants en bas \u00e2ge, afin de pr\u00e9venir une affection commun\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9e comme une maladie h\u00e9r\u00e9ditaire.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Des vertus des climats chauds<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"3\"><span style=\"color: #000000;\">La premi\u00e8re mention connue des vertus du s\u00e9jour climatique ni\u00e7ois remonte \u00e0 la seconde moiti\u00e9 du XVIII\u00b0 si\u00e8cle. Elle est due au docteur SMOLETT, un m\u00e9decin anglais atteint de troubles pulmonaires, probablement de la tuberculose, auquel un compatriote a vivement conseill\u00e9 le climat de Nice : \u00ab que j\u2019avais bien s\u00fbr souvent entendu vanter et o\u00f9 je pourrais profiter des bains, et il y a par mer une route directe pour l\u2019Italie si jamais je dois t\u00e2ter de l\u2019air de Naples [rapporte-t-il \u00e0 ce propos, ajoutant qu\u2019il a aussi rencontr\u00e9 l\u2019ancien gouverneur de la ville, lequel fait si grand cas du climat de Nice pour les troubles de la poitrine] que maintenant j\u2019ai pris la d\u00e9cision d\u2019y aller. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">SMOLLETT Dr, <em>Travels through France and Italy, op. cit.<\/em>, pp20, 29 &amp; 122.<\/span>] Dans le r\u00e9cit de son s\u00e9jour ni\u00e7ois, le docteur SMOLETT s&rsquo;\u00e9tonne de la curiosit\u00e9 que suscite alors la pratique du bain, dans le traitement des affections pulmonaires : \u00ab J\u2019observe que les m\u00e9decins de ce pays [ne prescrivent jamais] l\u2019exercice et les bains froids \u00bb remarque-t-il \u00e0 propos de la rusticit\u00e9 des infrastructures baln\u00e9aires locales et notamment de l&rsquo;absence de cabines r\u00e9serv\u00e9es aux femmes. Conquis toutefois par les bienfaits du climat ni\u00e7ois, lequel l&rsquo;a d\u00e9barrass\u00e9 de sa fi\u00e8vre, SMOLETT brigue vainement le poste de Gouverneur de la ville. Il se fixe en fin de compte dans la station climatique italienne voisine de Livourne, o\u00f9 il meurt quelques ann\u00e9es plus tard. [<span style=\"font-size: 12px;\">CIAMPI Gabriella, \u00ab\u00a0I bagni Pancaldi di Livorno\u00a0\u00bb, <em>Risorgimento, 45(2),<\/em> Italie, 1993, pp279-288 <\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"4\"><span style=\"color: #000000;\">A la m\u00eame \u00e9poque, un voyageur fran\u00e7ais se fait \u00e0 son tour le d\u00e9fenseur des qualit\u00e9s du climat ni\u00e7ois, estimant que\u00a0 \u00ab m\u00eame le climat de Naples n&rsquo;est pas plus doux en hiver [et pr\u00e9cisant que] Nice est depuis quelques ann\u00e9es le refuge des \u00e9trangers que le froid et l&rsquo;humidit\u00e9 incommodent, et il en est peu qui passent de France en Italie sans reconnoitre ce pays justement c\u00e9l\u00e8bre par la douceur du climat et la beaut\u00e9 de ses campagnes \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">LALANDE J.J. de, Voyages d&rsquo;un Fran\u00e7ais en Italie fait dans les ann\u00e9es 1765 et 1766 comprenant l&rsquo;histoire &#8230;, sa description, Paris, Desaint, 1769, t7.<\/span>] Dans les ann\u00e9es suivantes, un touriste allemand, pr\u00e9cise de m\u00eame que : \u00ab On y jouit, pour ainsi dire, en hiver d&rsquo;un printemps perp\u00e9tuel |ajoutant que] un val\u00e9tudinaire qui a besoin de respirer un air pur et sec, et de se tenir en exercice, trouvera \u00e0 Nice pendant l&rsquo;hiver tout ce qui lui est n\u00e9cessaire. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">SULZER G, <em>Viaggio da Berlino a Nizza e ritorno<\/em> [1775], a cura di C. Amoretti, Milano, 1838.<\/span>] Un voyageur contemporain confirme quand \u00e0 lui que: \u00ab Les maisons de campagne des environs de Nice sont peupl\u00e9es d&rsquo;Anglais, de Fran\u00e7ais, et d&rsquo;Allemands [&#8230;\/&#8230;] Nice pendant l&rsquo;hiver est une esp\u00e8ce de serre pour les sant\u00e9s d\u00e9licates [&#8230;\/&#8230;] J&rsquo;ai vu des Anglaises [&#8230;\/&#8230;] A leur arriv\u00e9e elles mouraient; elles ont refleuri dans l&rsquo;air de Nice. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">DUPATY, <em>Lettres sur l&rsquo;Italie en 1785,<\/em> <em>op. cit.<\/em>, tI, pp16-17.<\/span>] Un autre hivernant ajoute que \u00ab la ville de Nice est devenue depuis quelques ann\u00e9es un s\u00e9jour de d\u00e9lices par le nombre des \u00e9trangers qui s&rsquo;y rassemblent chaque hiver \u00bb. [<span style=\"font-size: 12px;\">ALBANIS de BEAUMONT J.F, <em>Selected views in the south of France, with topographical and historical descriptions, by the author of The Retian Alps&#8230;,<\/em> London, 1794, p5.<\/span>] A cette \u00e9poque, la station ni\u00e7oise accueille seulement une centaine de familles de touristes, dont des h\u00f4tes de qualit\u00e9 comme le prince ORLOFF, accompagnant sa femme en vill\u00e9giature th\u00e9rapeutique entre Nice et Montpellier [<span style=\"font-size: 12px;\"><em>ATLAS BELFRAM, op. cit.,<\/em> ainsi que les s\u00e9jours de Luis VAN LOO en 1699, de CAVENDISH en 1731, de Lady FITZGERALD en 1755 ou du Marquis D&rsquo;YORK en 1764. En 1857, Nice h\u00e9berge pr\u00e8s de 5 000 hivernants, 10 000 en 1869, 25 000 en 1875, et quelques 35 000 en 1880. Ces chiffres sont toutefois des approximations grossi\u00e8res, aucune recherche historique s\u00e9rieuse n&rsquo;ayant \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 ce sujet.<\/span>]. Dans les d\u00e9cennies suivantes, la <em>Riviera<\/em> va conna\u00eetre un essor fulgurant : \u00ab L\u2019air salubre de Nice a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme un (rem\u00e8de contre) les maladies de poitrine, des nerfs, de la consomption et de la phtisie. Les lettres n\u2019oublieront jamais qu\u2019elles lui doivent d\u2019avoir ajout\u00e9 quelques ann\u00e9es \u00e0 la vie du c\u00e9l\u00e8bre Thomas \u00bb, peut ainsi \u00e9crire \u00e0 la fin du si\u00e8cle un voyageur fran\u00e7ais. [<span style=\"font-size: 12px;\">LAVALLEE J, <em>Voyage dans les d\u00e9partements de la France, enrichi de tableaux g\u00e9ographiques et d&rsquo;estampes<\/em>, Paris, Brion, An IX [1800].<\/span>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Les controverses<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"5\"><span style=\"color: #000000;\">Les vertus du climat azur\u00e9en sont toutefois loin de faire l&rsquo;unanimit\u00e9. L&rsquo;\u00e9tat sanitaire de la r\u00e9gion ne joue pas en la faveur de cette r\u00e9gion arri\u00e9r\u00e9e, si l\u2019on en croit par exemple le docteur SMOLETT, lequel rel\u00e8ve la quasi-absence de m\u00e9decins \u00e0 Nice : \u00ab Ils sont onze en tout, mais quatre ou cinq doivent se d\u00e9placer pour pouvoir vivre de leur profession. Leurs honoraires se montent \u00e0 dix sols (six pence) la visite et encore ont-ils du mal \u00e0 les toucher. Vous voyez donc s\u2019ils sont en mesure de soutenir la dignit\u00e9 de la m\u00e9decine et si un homme qui a fait des \u00e9tudes peut accepter de s\u2019enterrer \u00e0 Nice dans ces conditions. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">SMOLETT, <em>Travels through France and Italy, op. cit<\/em>, p220.<\/span>] Au si\u00e8cle suivant, le docteur FOD\u00c9R\u00c9, professeur de m\u00e9decine l\u00e9gale \u00e0 la Facult\u00e9 de Strasbourg, va mettre directement en cause les pr\u00e9tentions \u201cclimatoth\u00e9rapiques\u201d du pays ni\u00e7ois, avec la premi\u00e8re \u00e9tude m\u00e9dicale d&rsquo;envergure consacr\u00e9e \u00e0 la r\u00e9gion. Au terme de quelques cent cinquante pages extr\u00eamement document\u00e9es, s&rsquo;appuyant sur des enqu\u00eates m\u00e9ticuleuses, FOD\u00c9R\u00c9 n&rsquo;admet ainsi la r\u00e9alit\u00e9 des qualit\u00e9s pr\u00eat\u00e9es au climat azur\u00e9en qu&rsquo;en ce qui concerne l&rsquo;absence de goutte, d&rsquo;asthme et de rhumatisme. Il reconna\u00eet cependant l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que peut pr\u00e9senter, pour des personnes malades ou convalescentes, la douceur d&rsquo;un climat permettant toute l&rsquo;ann\u00e9e l&rsquo;exercice quotidien d&rsquo;activit\u00e9s de plein air, comme le bain ou la promenade.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"6\"><span style=\"color: #000000;\">FOD\u00c9R\u00c9 estime toutefois pr\u00e9f\u00e9rable, \u00e0 climat \u00e9gal, la situation de la station voisine de Hy\u00e8res favoris\u00e9e par son \u00e9loignement du littoral. Il ajoute cependant, se faisant l\u2019\u00e9cho des d\u00e9veloppements contemporains du climatisme dans la montagne des Alpes : \u00ab Pour le bien \u00eatre que j&rsquo;y ai \u00e9prouv\u00e9 moi-m\u00eame, une gorge de montagne, un vallon garanti des vents violents, orn\u00e9 d&rsquo;une brillante verdure et de quelques bouquets de pins, visit\u00e9 chaque jour par un beau soleil et habit\u00e9 par de nombreux troupeaux, est l&rsquo;endroit o\u00f9 l&rsquo;on respire le plein air \u00e0 son aise et o\u00f9 avec la paix de l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;ex\u00e9cutent \u00e0 notre insu et avec facilit\u00e9 les diverses fonctions auxquelles se rattache le principe de la vie \u00bb. Dans un long chapitre intitul\u00e9 \u201cSur les migrations des phtisiques\u201d, FOD\u00c9R\u00c9 s\u2019attache plus particuli\u00e8rement \u00e0 une critique des propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicales attribu\u00e9es au climat azur\u00e9en, en mati\u00e8re de traitement de la tuberculose. S&rsquo;il prend acte de l&rsquo;essor du voyage th\u00e9rapeutique comme rem\u00e8de \u00e0 cette maladie, il l&rsquo;explique par contre du seul fait que les malades : \u00ab ne sont jamais bien dans le m\u00eame endroit [et non par les vertus attribu\u00e9es au climat] Les m\u00e9decins ne doivent donc pas n\u00e9gliger cet instinct, mais il faut voir vers quel point plus propice il convient de les diriger \u00bb, ajoute-t-il en d\u00e9non\u00e7ant les effets de mode qui d\u00e9terminent, selon lui, le choix des destinations climatiques. [<span style=\"font-size: 12px;\">FODERE F.E, <em>Voyage aux Alpes-Maritimes ou histoire naturelle agraire, civile et m\u00e9dicale du Comt\u00e9 de Nice et pays limitrophes<\/em>, Paris, Levrault, 1821, pp269sq.<\/span>] FODERE n\u2019est pas le seul \u00e0 douter des vertus du climat de la <em>Riviera<\/em>. Le docteur James JOHNSON d\u00e9nonce de son c\u00f4t\u00e9 la nocivit\u00e9 que pr\u00e9sente le soleil pour les patients atteints de la tuberculose. Ce m\u00e9decin anglais, qui s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 au cours de ses voyages \u00e0 l&rsquo;influence des climats europ\u00e9ens et m\u00e9diterran\u00e9ens sur la sant\u00e9, estime comme FOD\u00c9R\u00c9 que le voyage et la vari\u00e9t\u00e9 des paysages constituent, bien plus que le climat, un rem\u00e8de souverain contre une maladie qu&rsquo;il attribue avant tout aux m\u00e9faits de la civilisation. [<span style=\"font-size: 12px;\">JOHNSON Dr James, <em>Change of Air or the Pursuit of Health. An autumnal excursion through France, Switzerland and Italy in the year 1829 with observations and reflexions on the moral, physical and medicinal influence of travelling exwercise, change of scene, foreign skies and voluntary expatriation<\/em>, London, Highley-Underwood, 1831. On pourrait encore citer Lady Marguerite Power BLESSINGTON, qui a parcouru pendant cinq ans l&rsquo;Italie et la France, et notamment la <em>Riviera<\/em> \u00e0 dos de mulets. Elle fait-elle aussi part de la m\u00e9fiance que lui inspire le climat de la C\u00f4te, trop froid \u00e0 son go\u00fbt. Cf. BLESSINGTON Gardiner Marguerite Countess of, <em>The idler in Italy<\/em>, London, Colburn, 1839-1840. Atteint du \u201c\u00a0scorbut\u00a0\u201d, son compatriote WEATHERHEAD juge pour sa part le climat de Nice trop \u201c\u00a0changeant\u00a0\u201d. Cf WEATHERHEAD G Hume, <em>Pedestrian tour through France and Italy<\/em>, London, Simpskin-Marshall, 1834.<\/span>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">La concurrence<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"7\"><span style=\"color: #000000;\">Les r\u00e9ticences que suscite la vocation th\u00e9rapeutique de la C\u00f4te, s&rsquo;expliquent en partie par la concurrence des stations climatiques qui voient le jour, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, dans les r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes et alpines. Outre l\u2019Italie, avec Merano, Trieste, Pise, Palerme, G\u00e8nes, Livourne, Naples, Rome et surtout Venise et les lacs italiens, la vill\u00e9giature climatique se d\u00e9veloppe aussi dans l\u2019ensemble du bassin m\u00e9diterran\u00e9en, de Mad\u00e8re \u00e0 l\u2019Afrique du Nord et \u00e0 l\u2019Egypte, en passant par le Portugal et la montagne des Alpes. [<span style=\"font-size: 12px;\">Faute d&rsquo;avoir pu trouver une bibliographie exhaustive sur les d\u00e9veloppements du climatisme, nous nous sommes content\u00e9s de recenser les ouvrages mentionn\u00e9s dans les fonds consult\u00e9s et les auteurs \u00e9tudi\u00e9s. Outre les titres \u00e9voqu\u00e9s dans le texte, on mentionnera en 1820 CLARK Dr James, The Sanative influence of climate, London, Murray, 1846, 412p., en 1856 ROCHARD Dr Jules, <em>De l&rsquo;influence des voyages sur mer et de l&rsquo;\u00e9migration dans les pays chauds sur la marche de la phthisie pulmonaire<\/em>, en 1859 HELFS Dr, <em>Trait\u00e9 sur les bains et les climats d&rsquo;Europe<\/em>, SIGMUND Dr Carl Ludwig, <em>Sudliche klimatische Curorte mit besonderer Rucksicht auf Venedig, Nizza, Pisa, Meran und Triest<\/em>, Edition fran\u00e7aise, <em>Les lieux climatiques du Sud ou les s\u00e9jours d&rsquo;hiver<\/em>, en 1860 LAURE Dr, <em>Les stations d&rsquo;hiver au point de vue des maladies du poumon<\/em>, en 1861 BONNET DE MALHERBE, <em>Du Choix d&rsquo;un climat d&rsquo;hiver dans le traitement des affections chroniques de la poitrine et sp\u00e9cialement de la phthisie pulmonaire<\/em>, en 1862 GIGOT-SUARD J.A. L\u00e9on, <em>Des Climats sous le rapport hygi\u00e9nique et m\u00e9dical : guide pratique dans les r\u00e9gions du globe les plus propices \u00e0 la gu\u00e9rison des maladies chroniques<\/em>, en 1864 RECLUS E, <em>Les villes d&rsquo;hiver de la M\u00e9diterran\u00e9e et les Alpes-Maritimes<\/em>, et TURREL L., <em>Les R\u00e9sidences d&rsquo;hiver<\/em>, en 1867 BREWSTER Margaret Maria, <em>Les villes d&rsquo;hiver de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, en 1874 LUBANSKI Dr, <em>Guide du poitrinaire et de celui qui ne veut pas le devenir<\/em>, en 1875 HOWE Joseph WMD, <em>Winter Homes for Invalids<\/em>, en 1883 GIANNELLI G, <em>Manuale per i bagni di mare<\/em>, en 1885 CHARMES G, <em>Les stations d&rsquo;hiver de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, en 1892 REYNOLDS BALL EA, <em>Mediterranean winter resorts<\/em>, en 1893 MACQUARIE J.L, <em>Villes d&rsquo;hiver et plages de la M\u00e9diterran\u00e9e,<\/em> en 1894-1895 AUD\u2019HOUI Dr Victor, JAMES Constantin<em>, Les <\/em>r\u00e9sidences<em> d\u00a0hiver de la France et de l\u2019\u00e9tranger<\/em>, <em>Villes d&rsquo;hiver et plages de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, en 1899 WEBER H &amp; F, <em>Eaux min\u00e9rales et stations climat\u00e9riques de l&rsquo;Europe<\/em>, en 1906 HEUSMANN Georg, <em>Ratschl\u00e4ge f\u00fcr Gesunde und Kranke<\/em>, ainsi que MARCET William, <em>The Principal southern and Swiss health resorts : their climate and medical aspect<\/em> (sd) ou encore POTTER JW, <em>Some summer resorts in the South of France<\/em>, (sd)<\/span>] Le docteur James CLARK place Rome loin devant Nice, quant \u00e0 la douceur de son climat hivernal et printanier. [<span style=\"font-size: 12px;\">CLARK 1820, <em>The Sanative influence of climate<\/em>, <em>op. cit.<\/em><\/span>] Le docteur CARRIERE, dont l&rsquo;ouvrage fort document\u00e9 faisait alors autorit\u00e9, se demande de m\u00eame : \u00ab Nice m\u00e9rite-t-elle la renomm\u00e9e m\u00e9dicale qu&rsquo;on lui a faite ? [jugeant que] elle la m\u00e9rite sous des r\u00e9serves, pour les malades de temp\u00e9rament scrofuleux qui ont besoin d&rsquo;une action tonique sans cesser d&rsquo;\u00eatre douce \u00bb. [<span style=\"font-size: 12px;\">CARRIERE Dr\u00a0 Edouard,<em> Le Climat de l&rsquo;Italie sous le rapport hygi\u00e9nique et m\u00e9dical<\/em>, Paris, Bailliere, 1849.<\/span>] En mati\u00e8re de traitement de la tuberculose, CARRIERE recommande plut\u00f4t les stations italiennes. A son avis, elles offrent aux malades le pr\u00e9cieux avantage de pouvoir passer l&rsquo;hiver pr\u00e8s du littoral et l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dans les stations thermales de leurs montagnes. A l\u2019inverse de la <em>Riviera<\/em>, d\u00e9favoris\u00e9e de ce point de vue, les lieux de s\u00e9jour proposant ces commodit\u00e9s vont de Naples ou Salernes \u00e0 Rome, Venise et aux stations du Pi\u00e9mont. Ind\u00e9pendamment de cette forte concurrence des stations italiennes et de l&rsquo;\u00e9tat sanitaire d\u00e9plorable de la r\u00e9gion, les <em>invalids<\/em> sont pourtant de plus en plus nombreux \u00e0 venir s\u00e9journer sur la <em>Riviera<\/em>, devenue\u00a0 \u00ab\u00a0l&rsquo;une des stations les plus fr\u00e9quent\u00e9es pour la phthisie pulmonaire\u00a0\u00bb comme le reconna\u00eet malgr\u00e9 ses pr\u00e9ventions le docteur CARRIERE. Cet engouement est redevable de plusieurs d\u00e9cennies de publications et de pratiques originales, lesquelles ont abouti, par leur caract\u00e8re novateur, \u00e0 asseoir la r\u00e9putation de la vill\u00e9giature azur\u00e9enne.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">2. CLIMATOTHERAPIE<\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Les vertus du climat azur\u00e9en<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"8\"><span style=\"color: #000000;\">Malgr\u00e9 son \u00e9loignement des destinations traditionnelles du Voyage \u00e0 l&rsquo;Italie et son absence d&rsquo;infrastructures baln\u00e9aires ou thermales, la C\u00f4te d&rsquo;Azur s\u2019affirme rapidement comme une station climatique de premier plan. Une litt\u00e9rature \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb pl\u00e9thorique est \u00e0 l&rsquo;origine de cet essor irr\u00e9sistible. Son succ\u00e8s repose sur l\u2019\u00e9laboration d\u2019un argumentaire m\u00e9dical novateur et de pratiques th\u00e9rapeutiques tout aussi originales. C&rsquo;est au tout d\u00e9but du XIX\u00b0 si\u00e8cle que para\u00eet la premi\u00e8re \u00e9tude m\u00e9dicale relative aux vertus sanitaires du climat azur\u00e9en. Publi\u00e9e en latin, elle inaugure une riche production consacr\u00e9e \u00e0 \u00e9tablir la sp\u00e9cificit\u00e9 du climat de la <em>Riviera<\/em> dans le traitement de la tuberculose. [<span style=\"font-size: 12px;\">DAVIS Dr John Burnell, <em>De Coeli Nicaensis utilitate in phthisi pulmonari deque varii hujus morbi periodis in quibus per novum aerem salutis obtinendae spes remanet<\/em>, Nice, St\u00e9 typographique, 1803, comment\u00e9 par POTRON Jean-Paul, \u00ab\u00a0Contribution britannique \u00e0 la repr\u00e9sentation du pays de Nice ou les aventures du Dr Davis sous le Consulat\u00a0\u00bb, <em>Nice-Historique<\/em>.<\/span>] Tout juste \u00e2g\u00e9 de vingt-trois ans, son auteur, le docteur DAVIS, vient d&rsquo;obtenir son dipl\u00f4me de chirurgien lorsqu&rsquo;il part en France au service d&rsquo;une famille de <em>tourists<\/em>. DAVIS profite de ce s\u00e9jour dans le Midi de la France pour poursuivre ses \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 renomm\u00e9e de Montpellier. De retour en Angleterre, il s&rsquo;inscrit \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine d&rsquo;Edimbourg, o\u00f9 il soutient son doctorat sur le th\u00e8me de la phtisie. DAVIS r\u00e9dige dans le m\u00eame temps ses notes de voyage, lesquelles donnent lieu \u00e0 la publication du premier guide destin\u00e9 aux hivernants en s\u00e9jour th\u00e9rapeutique \u00e0 Nice. Le climat de la C\u00f4te est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 pour ses vertus th\u00e9rapeutiques, rappelle DAVIS, pr\u00e9cisant qu&rsquo;avant\u00a0 \u00ab la R\u00e9volution en France, la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 du climat de Nice attira des \u00e9trangers de plus d&rsquo;un pays d&rsquo;Europe et que les autochtones b\u00e2tirent de petites fortunes avec les s\u00e9jours des Anglais, Allemands, Russes, Polonais, Italiens, etc [lesquels] passaient six mois de l&rsquo;ann\u00e9e dans une place o\u00f9 les plaisirs d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 agr\u00e9able se joignaient \u00e0 la douceur du climat, redonnant de la sant\u00e9 aux invalides. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">DAVIS Dr John Burnell, <em>The Ancient and modern history of Nice : comprehending an account of the foundation of Marseille<\/em>, <em>to which are prefixed descriptive observations on the nature, produce, and climate of the territory of the former city, and its adjoinings towns: with an introduction, containing hints of advice to invalids, who, with the hope of arresting the progress of disease, seek the renovating influence of these salubrious climes,<\/em> London, Tipper &amp; Richards, 1807, p104.<\/span>] Se pr\u00e9sentant fort curieusement sous l\u2019aspect d\u2019un guide, \u00e0 la fois m\u00e9dical et touristique, le livre de DAVIS inaugure une longue s\u00e9rie d&rsquo;ouvrages auxquels il va servir de mod\u00e8le. Son plan inclue ainsi une dissertation sur les vertus hygi\u00e9niques du climat, comprenant des tableaux m\u00e9t\u00e9orologiques et des recommandations m\u00e9dicales sur la cure, allant de sa dur\u00e9e (2 \u00e0 3 saisons) \u00e0 des conseils di\u00e9t\u00e9tiques. Dans le m\u00eame temps, il fait aussi une large part \u00e0 la description de la r\u00e9gion, avec des itin\u00e9raires de promenade, l&rsquo;inventaire de la flore et notamment de la v\u00e9g\u00e9tation exotique, ainsi que des \u00e9l\u00e9ments relatifs \u00e0 son histoire (Antiquit\u00e9 et histoire m\u00e9di\u00e9vale, hommes c\u00e9l\u00e8bres), \u00e0 ses coutumes, son dialecte et sa religion.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Les pr\u00e9curseurs<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"9\"><span style=\"color: #000000;\">L&rsquo;ouvrage de DAVIS est suivi, quelques ann\u00e9es plus tard, par celui d&rsquo;un m\u00e9decin ni\u00e7ois, le docteur RICHELMI. Compos\u00e9 de quelques quatre cent pages, ce dernier s&rsquo;affiche comme un plaidoyer en faveur des qualit\u00e9s hygi\u00e9niques et th\u00e9rapeutiques du climat ni\u00e7ois, en mati\u00e8re de traitement des diff\u00e9rentes formes de phtisie. Il est .d\u00e9dicac\u00e9 \u00e0 son confr\u00e8re Matthias BAILLIE, \u00ab m\u00e9decin extraordinaire de SM le Roi de la Grande-Bretagne [en hommage \u00e0 ses] travaux pr\u00e9cieux \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">RICHELMI Pierre<em>, Essai sur les agremens et sur la salubrit\u00e9 du climat de Nice<\/em>, Nice, Canis, 1822.<\/span>] Le baln\u00e9arisme et la r\u00e9habilitation des vertus de l\u2019air marin occupent une place secondaire dans le livre de RICHELMI, qui d\u00e9veloppe un argumentaire \u00e9labor\u00e9 et novateur. Malgr\u00e9 leur caract\u00e8re promotionnel clairement revendiqu\u00e9, les arguments de RICHELMI reposent en effet sur un r\u00e9el souci scientifique. Il s\u2019efforce plus particuli\u00e8rement de relativiser la port\u00e9e des observations de son illustre pr\u00e9d\u00e9cesseur, le docteur FOD\u00c9R\u00c9. RICHELMI s\u2019appuie pour cela sur plus d&rsquo;une centaine de tableaux, cens\u00e9s r\u00e9sumer une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;observations m\u00e9ticuleuses portant sur les temp\u00e9ratures, l&rsquo;hygrom\u00e9trie, le r\u00e9gime des vents, l&rsquo;\u00e9tude comparative des causes de mortalit\u00e9 ou l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 du climat. Son ouvrage va servir de mod\u00e8le \u00e0 toutes les publications ult\u00e9rieures sur le sujet. Au premier rang de l&rsquo;argumentaire climatique de RICHELMI vient l&rsquo;observation des temp\u00e9ratures (avec deux chapitres comprenant 19 tables et des tableaux comparatifs europ\u00e9ens), des mesures d&rsquo;hygrom\u00e9trie (un chapitre), des mesures de \u201cl&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 de l&rsquo;air\u201d (un chapitre) et deux chapitres d\u2019\u00e9tudes statistiques intitul\u00e9es \u201cla pesanteur et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;air\u201d. Ces derniers sont suivis de mesures similaires sur les vents et la puret\u00e9 de l&rsquo;atmosph\u00e8re, une partie plus descriptive \u00e9tablissant l&rsquo;absence de toute source de putr\u00e9faction susceptible de corrompre l&rsquo;atmosph\u00e8re de la ville et de la campagne environnante. Une vingtaine de pages est enfin consacr\u00e9e \u00e0 ce propos \u00e0 la question des vertus de l&rsquo;oxyg\u00e8ne.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"10\"><span style=\"color: #000000;\">Le second type d&rsquo;arguments d\u00e9velopp\u00e9s par RICHELMI concerne l&rsquo;hygi\u00e8ne de la ville. Il occupe deux chapitres et porte sur la description des propri\u00e9t\u00e9s et de la puret\u00e9 des eaux des sources ni\u00e7oises, ainsi que sur celle des qualit\u00e9s hygi\u00e9niques de l&rsquo;habitat. Si RICHELMI admet \u00e0 ce propos l&rsquo;insalubrit\u00e9 et le manque d&rsquo;ensoleillement de la vieille ville, il la juge toutefois temp\u00e9r\u00e9e par un \u201cflux d&rsquo;air ext\u00e9rieur\u201d salutaire. Il fait par ailleurs l&rsquo;\u00e9loge de la nouvelle ville et de son architecture, pr\u00e9tendant \u00e0 ce sujet que \u00ab\u00a0les habitations de Nice [sont] du monde entier les plus propres au traitement de la phtisie pulmonaire.\u00a0\u00bb \u00a0[ref]<span style=\"font-size: 12px;\"><em> Ibidem,<\/em> pp16sq.<\/span>[\/ref] L\u2019auteur signale aussi que depuis une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, on a construit des cimeti\u00e8res et que l&rsquo;on n&rsquo;enterre plus les gens dans la fosse commune des \u00e9glises. Une troisi\u00e8me partie de l&rsquo;ouvrage de RICHELMI va devenir un classique de l&rsquo;argumentaire climatique. Elle consiste dans la description des maladies r\u00e9pandues dans le pays, des principales causes de la mortalit\u00e9, ainsi que des r\u00e9sultats des cures prescrites. Vu l&rsquo;\u00e9tat sanitaire alors d\u00e9sastreux de la population ni\u00e7oise, ces donn\u00e9es occupent toutefois une place discr\u00e8te.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"11\"><span style=\"color: #000000;\">La quatri\u00e8me cat\u00e9gorie d&rsquo;arguments, forte d\u2019une centaine de pages, concerne la description des beaut\u00e9s naturelles et paysag\u00e8res de la ville et de sa r\u00e9gion. RICHELMI est visiblement bien renseign\u00e9 sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que les m\u00e9decins anglais portent alors aux influences de \u201cl&rsquo;environnement\u201d sur la sant\u00e9. \u00ab\u00a0{Les <em>invalids<\/em>, \u00e9crit-il \u00e0 ce sujet] y jouissent de l&rsquo;aspect riant de ses divers sites, de toutes ses belles vues et des parfums d\u00e9licats de ses jardins et y go\u00fbtent des sommes extr\u00eamement doux, au bruit sourd, lentement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 des vagues d&rsquo;une mer paisible et aux accents m\u00e9lodieux du rossignol qui habite ses rosiers.\u00a0\u00bb La description des campagnes qui entourent la ville met en valeur la richesse et la diversit\u00e9 de ses productions v\u00e9g\u00e9tales, sous la forme d&rsquo;un calendrier des cultures d&rsquo;une grande rigueur botanique, repris des travaux du naturaliste ni\u00e7ois RISSO. Comme chez DAVIS, le propos scientifique c\u00e8de la place ainsi \u00e0 un v\u00e9ritable guide touristique, d\u00e9crivant les itin\u00e9raires des promenades sans manquer d&rsquo;insister sur l\u2019int\u00e9r\u00eat que pr\u00e9sentent ses paysages et ses panoramas pour les peintres et les aquarellistes. Il s&rsquo;agit l\u00e0 de l&rsquo;une des occupations particuli\u00e8rement recommand\u00e9es dans la panoplie th\u00e9rapeutique du climatisme. RICHELMI conclue par un essai \u201cd&rsquo;individuation\u201d des sites qui va devenir syst\u00e9matique dans la litt\u00e9rature climat\u00e9rique. La plaine ni\u00e7oise lui parait de ce point de vue plus appropri\u00e9e au traitement des maladies de type \u00ab\u00a0inflammatoire chronique, [les pentes des collines \u00e9tant pr\u00e9f\u00e9rables pour la phtisie] pulmonaire muqueuse ou scrofuleuse, [\u00e0 cause de l&rsquo;air plus pur et plus doux, de] la nature pierreuse du site, plus sec qu&rsquo;humide\u00a0\u00bb et de sa situation abrit\u00e9e des vents.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Les promoteurs<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"12\"><span style=\"color: #000000;\">Ces ouvrages vont impulser une abondante litt\u00e9rature, qui accompagnera l&rsquo;essor des principales stations de la C\u00f4te d\u2019Azur. On a ainsi d\u00e9nombr\u00e9 plusieurs centaines de livres et brochures consacr\u00e9s aux vertus salutaires de leur climat, dont les pages qui suivent pr\u00e9sentent un bref r\u00e9sum\u00e9. [<span style=\"font-size: 12px;\">A partir des ann\u00e9es 1860, la litt\u00e9rature climatique se concentre sur la <em>Riviera<\/em> ainsi qu\u2019accessoirement sur les stations de la C\u00f4te basque. En 1862 para\u00eet ainsi l\u2019ouvrage de BENNETT James Henry, <em>Mentone, the Riviera, Corsica and Biarritz as a winter climate<\/em>, suivi en 1865 de <em>Winter in the South of France<\/em>, et en 1870 de <em>Winter and spring on the shores of the Mediterranean, <\/em>ainsi que d\u2019une version fran\u00e7aise en 1876, <em>La M\u00e9diterran\u00e9e. La Riviera de G\u00eanes \u00e0 Menton. comme climat d&rsquo;hiver et de printemps<\/em>. A la m\u00eame \u00e9poque PESCETTO GB publiait son <em>Guida igienica per i bagni di mare della Liguria,<\/em> suivi en 1864 par HUGUES, <em>La Curabilit\u00e9 de la phthisie pulmonaire devant le congr\u00e8s m\u00e9dical de Lyon<\/em>, puis en 1865 de LUBANSKI Dr, <em>Guide aux stations d&rsquo;hiver du littoral m\u00e9diterran\u00e9en&#8230;<\/em>, et de VALCOURT Th. de, <em>Climatologie des stations hivernales du midi de la France<\/em>. Viennent ensuite en 1866 BARBIER Dr E, <em>Les Plages des Alpes-Maritimes au point de vue m\u00e9dical<\/em>, en 1867 WILLIAMS Charles Th\u00e9odore, <em>The Climate of the south of France<\/em>, en 1871 GILLEBERT D&rsquo;HERCOURT L-A, <em>Le Climat des stations hivernales des Alpes-Maritimes<\/em>, en 1873 RAYNARD L\u00e9opold, <em>Guide des villes de saison de la Ligurie, Nice, Monaco, Menton,<\/em> en 1881 STORY Robert Herbert<em>, Healths haunts of the Riviera and South West of France<\/em>, en 1884 GOUBET Dr Am\u00e9d\u00e9e Bernard, <em>Les stations sanitaires de la France (littoral proven\u00e7al)<\/em>, et WARLOMONT, <em>O\u00f9 faut-il passer ses hivers ?,<\/em> en 1888 LABAT A, <em>Villes d&rsquo;hiver et bains de mer de la corniche franco-italienne<\/em>, ORGEAS J, <em>L&rsquo;Hiver \u00e0 Cannes, Saint-Raphael, Grasse et Antibes : guide descriptif, historique, scientifique, m\u00e9dical et pratique<\/em>, et ORGEVAL Georges, <em>La vie en hiver (C\u00f4te d&rsquo;Azur). La vie en \u00e9t\u00e9 (Trouville, Deauville, Hennequeville)<\/em>, en 1889 YEO Burney, <em>Climate and Healthresorts<\/em>, dans le <em>British Medical Journal<\/em>, en 1891 LINN Thomas, <em>On the Necessary precautions to be taken to obtain the most benefit from the climate of Nice and the Riviera, <\/em>en 1894 ONIMUS E, <em>L&rsquo;hiver dans les Alpes Maritimes et la Principaut\u00e9 de Monaco. Climatologie et hygi\u00e8ne<\/em>, et en 1897 LINN Thomas, <em>The Climate of Nice and the Riviera<\/em>. Vers la m\u00eame \u00e9poque paraissent aussi le <em>Guide pratique du touriste.<\/em> <em>La C\u00f4te d&rsquo;azur, thermes et plages<\/em>, ainsi que LOMBARD, <em>Climatologie m\u00e9dicale<\/em>, VON LLANOR, <em>S\u00fcdliche Klimatische Kurorte<\/em>, LINDSAY, <em>The climatic traitment of consumption<\/em>, WEBER H, <em>Climate and Healthresorts<\/em>, trad fran\u00e7aise de RODET P, <em>Climats et stations climatiques<\/em>, SCHREIBER, <em>Uber das Wesen klimatischen Kuren bei Lungenkranken<\/em>, THAON, <em>Die Lungenphthisie behandelt am dem K\u00fcsten des Mittelmeers<\/em>. Au XX\u00b0 si\u00e8cle la litt\u00e9rature \u00ab\u00a0climatoth\u00e9rapique\u00a0\u00bb va brutalement dispara\u00eetre, \u00e0 l&rsquo;exception en 1904 des <em>Actes du 1er Congres fran\u00e7ais de climatoth\u00e9rapie et d\u2019hygi\u00e8ne urbaine tenu \u00e0 Nice<\/em>, puis en 1907 \u00e0<em> Cannes, Nice, Monaco, Menton, Ajaccio<\/em>. En 1951, le Dr Jean DUCOEUR faisait exception avec <em>Les Alpes-Maritimes : \u00e9tages climatiques et indications m\u00e9dicales,<\/em> une tentative sans lendemain de r\u00e9habilitation de la vocation th\u00e9rapeutique de la C\u00f4te d&rsquo;Azur.<\/span>] Cette abondante litt\u00e9rature est g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019oeuvre des m\u00e9decins, autochtones ou \u00e9trangers, qui officient dans ces m\u00eames stations. Ils s&rsquo;efforcent \u00e0 la fois de d\u00e9montrer l\u2019efficacit\u00e9 des pratiques et des principes de la \u201cclimatoth\u00e9rapie\u201d, ainsi que d&rsquo;\u00e9tablir les qualit\u00e9s respectives et les sp\u00e9cificit\u00e9s th\u00e9rapeutiques de leur climat : \u00ab Pour le m\u00e9decin [nous apprend ainsi l&rsquo;un de ces praticiens], la description d&rsquo;un climat se compose de l&rsquo;\u00e9tude du sol, de sa configuration, de la nature des masses min\u00e9rales qui constituent son organisation, des eaux qui l&rsquo;arrosent, des v\u00e9g\u00e9taux qui y poussent spontan\u00e9ment et de ceux que l&rsquo;art est parvenu \u00e0 acclimater, des animaux qui peuplent ses campagnes, de l&rsquo;air atmosph\u00e9rique, de sa temp\u00e9rature, de l&rsquo;intensit\u00e9 de la lumi\u00e8re solaire, des ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques, enfin l&rsquo;appr\u00e9ciation que ces choses exercent sur le physique et le moral de l&rsquo;homme. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">NAUDOT Dr M, <em>Influence du climat de Nice sur la marche des maladies chroniques et particuli\u00e8rement sur la phthisie pulmonaire<\/em>. <em>M\u00e9moire sur l&rsquo;influence du climat de Nice<\/em>, Paris, Allouard, 1842, p5.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"13\"><span style=\"color: #000000;\">Malgr\u00e9 ces allusions \u00e0 la g\u00e9ologie et \u00e0 la g\u00e9ographie, cens\u00e9es attester de sa scientificit\u00e9, l\u2019argumentaire m\u00e9dical de la \u201cclimatoth\u00e9rapie\u201d est en r\u00e9alit\u00e9 des plus archa\u00efques. Reposant pour l&rsquo;essentiel sur les conceptions de la m\u00e9decine hippocratique, la litt\u00e9rature \u201cclimat\u00e9rique\u201d est en fait plus proche de la pens\u00e9e magique que de la science moderne. \u00ab [Il faut] faire pour les hommes ce que les jardiniers font pour les plantes [qui v\u00e9g\u00e8tent, estimait ainsi l&rsquo;un de ses promoteurs, c\u2019est-\u00e0-dire leur donner] une exposition meilleure [et en hiver les mettre dans une] serre chaude bien \u00e9clair\u00e9e. Toutes les maladies ayant pour r\u00e9sultat le refroidissement de l&rsquo;organisme [ajoutait-il], le meilleur tonique c&rsquo;est la chaleur, c&rsquo;est le soleil. Les eaux min\u00e9rales s&rsquo;adressent toutes \u00e0 une humeur ou \u00e0 un organe d\u00e9termin\u00e9s. Les toniques, la lumi\u00e8re et le soleil [&#8230; \/&#8230;] s&rsquo;adressent \u00e0 toutes les constitutions affaiblies par la maladie. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">BERGERET A, <em>Du Choix d&rsquo;une station d&rsquo;hiver et en particulier du climat d&rsquo;Antibes : \u00e9tudes physiologiques, hygi\u00e9niques et m\u00e9dicales<\/em>, Paris, Bailli\u00e8re, 1864, pp5&amp;8.<\/span>] Il faut cependant relativiser la na\u00efvet\u00e9 apparente de ces propos, toutes les sciences ayant fait appel, au cours de leur \u00ab pr\u00e9histoire \u00bb, \u00e0 un appareil conceptuel issu d\u2019autres disciplines. Il en va de m\u00eame pour la climatoth\u00e9rapie. Si elle ne fait gu\u00e8re avancer la m\u00e9decine, elle contribue tout au moins aux progr\u00e8s de la g\u00e9ographie et de la botanique et plus directement encore \u00e0 ceux du tourisme. Dans la continuation du <em>tour<\/em>, qui a vu l&rsquo;\u00e9largissement des centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat des voyageurs \u00e0 des destinations rurales, la climatologie s\u2019efforce en effet d\u2019investir ces nouveaux espaces par ses discours et ses pratiques. En permettant de renouveler durablement leurs repr\u00e9sentations, elle va constituer le fil conducteur permettant r\u00e9trospectivement de comprendre l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne aux multiples visages.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">L&rsquo;english malady<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"14\"><span style=\"color: #000000;\">Si la tuberculose (ou \u00ab\u00a0phtisie\u00a0\u00bb) arrive largement en t\u00eate des maladies cens\u00e9es relever de la \u00ab\u00a0climatoth\u00e9rapie\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0vill\u00e9giature th\u00e9rapeutique\u00a0\u00bb, il est en fait difficile de se prononcer sur la nature exacte des pathologies que recouvre r\u00e9ellement cette d\u00e9nomination. L\u2019unit\u00e9 clinique de la tuberculose est en effet \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la m\u00e9decine de l&rsquo;\u00e9poque. Les manifestations du bacille de Koch se pr\u00e9sentent effectivement sous des sympt\u00f4mes extr\u00eamement vari\u00e9es, allant des affections pulmonaires \u00e0 des atteintes osseuses, r\u00e9nales, intestinales, g\u00e9nitales, m\u00e9ning\u00e9es ou cutan\u00e9es. Un grand nombre de ces localisations anatomiques de la tuberculose appartiennent donc davantage \u00e0 la pathologie de l\u2019organe int\u00e9ress\u00e9. C\u2019est ainsi que les tuberculoses extra-pulmonaires sont g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9es par les m\u00e9decins comme des maladies distinctes. Les atteintes des ganglions cervicaux sont par exemple nomm\u00e9es \u201c\u00e9crouelles\u201d ou \u201cscrofules\u201d au Moyen Age, tandis que celles de l\u2019intestin et du p\u00e9ritoine sont d\u00e9sign\u00e9es sous le nom de \u201ccarreau\u201d. Quant \u00e0 la m\u00e9ningite tuberculeuse, elle n\u2019est identifi\u00e9e qu&rsquo;au milieu du XVIII\u00b0 si\u00e8cle, comme les p\u00e9ricardites et leurs retentissements h\u00e9patiques. Le diagnostic de la tuberculose vert\u00e9brale ou des atteintes tuberculeuses des s\u00e9reuses, confondues sous le terme g\u00e9n\u00e9rique \u201cd&rsquo;hydropisie\u201d, rel\u00e8ve de la m\u00eame confusion. [<span style=\"font-size: 12px;\">COURY Charles, \u00ab\u00a0Tuberculose\u00a0\u00bb, in <em>Enciclopaedia Universalis, <\/em>Paris, 1999.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"15\"><span style=\"color: #000000;\">En mati\u00e8re de traitement de la tuberculose, les \u00e9garements de la m\u00e9decine moderne sont plus particuli\u00e8rement illustr\u00e9s par la d\u00e9nomination <em>d&rsquo;english malady<\/em>. Le terme refl\u00e8te exemplairement la compl\u00e8te ignorance dont fait alors preuve la m\u00e9decine en mati\u00e8re d\u2019\u00e9pid\u00e9miologie. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 constat\u00e9e dans la r\u00e9partition de la tuberculose est ainsi \u00e0 l\u2019origine de l\u2019opinion selon laquelle il s\u2019agit d\u2019une maladie h\u00e9r\u00e9ditaire. L\u2019\u00e9pid\u00e9mie a en effet atteint son acm\u00e9 en Angleterre vers le milieu du XVIII\u00b0 si\u00e8cle, avec quelque soixante-quinze ans d&rsquo;avance sur le reste de l&rsquo;Europe. Les m\u00eames raisons ont aussi conduit \u00e0 l\u2019expliquer par des facteurs climatiques ou encore par l\u2019effet des nuisances et des pollutions de la civilisation industrielle que l\u2019Angleterre inaugure alors. La pr\u00e9dominance de la tuberculose pulmonaire, caract\u00e9ristique des premi\u00e8res phases de la propagation de la maladie, ne fit qu&rsquo;accr\u00e9diter ce type d&rsquo;explications. Connu d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 par les chinois, le caract\u00e8re infectieux de la tuberculose a pourtant \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 d\u00e8s le XVI\u00b0 si\u00e8cle par un m\u00e9decin italien, le docteur FRACASTORO. En Italie et en Espagne, ses th\u00e8ses seront m\u00eame \u00e0 l&rsquo;origine de mesures prophylactiques parfois s\u00e9v\u00e8res. Ces avanc\u00e9es significatives seront malheureusement battues en br\u00e8che par l&rsquo;autorit\u00e9 de la tradition hippocratique et par la th\u00e9orisation des vertus m\u00e9dicales des climats chauds. La nature contagieuse de la maladie n\u2019est en fait admise qu\u2019\u00e0 la fin du XIX\u00b0 si\u00e8cle et non sans de fortes r\u00e9ticences. Malgr\u00e9 les preuves exp\u00e9rimentales apport\u00e9es par Jean-Antoine VILLEMIN d\u00e8s 1865, il faut ainsi attendre les travaux de Robert KOCHEN, qui identifie en 1884 le germe responsable de l&rsquo;infection, le bacille de Koch (<em>Mycobacterium tuberculosis<\/em>), auquel il laisse son nom. [<em><span style=\"font-size: 12px;\">Ibidem<\/span><\/em>] S&rsquo;il est particuli\u00e8rement n\u00e9faste \u00e0 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de malades, ce triomphe de l&rsquo;obscurantisme aura par contre des incidences plut\u00f4t favorables sur le d\u00e9veloppement du tourisme. Dans le temps o\u00f9 <em>l&rsquo;english malady<\/em> part \u00e0 la conqu\u00eate du monde, la \u201cclimatoth\u00e9rapie\u201d donne naissance \u00e0 des infrastructures qui vont survivre durablement aux errements de leurs concepteurs.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">3. COTE D\u2019AZUR<\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Les stations azur\u00e9ennes<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"16\"><span style=\"color: #000000;\">Les climatologues distinguent deux types de climats, le s\u00e9datif (temp\u00e9r\u00e9 et humide) et le tonique (plus changeant et plus sec), lequel passe pour constituer la sp\u00e9cificit\u00e9 de la C\u00f4te d\u2019Azur. Fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9tude de leurs propri\u00e9t\u00e9s physiologiques, cette typologie oppose les climats o\u00f9\u00a0 \u00ab les \u00e9changes mat\u00e9riels y sont augment\u00e9s ou diminu\u00e9s, donc tonique (fortifiant) ou d\u00e9bilitant [\u00e0 ceux o\u00f9] le syst\u00e8me nerveux y est excit\u00e9 ou calm\u00e9, donc stimulant ou s\u00e9datif.\u00a0\u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">FRANCKEN W, <em>Menton station climatique d&rsquo;hiver sous le rapport medical et pittoresque, avec observations de meteorologie<\/em>, Paris, St\u00e9 d&rsquo;\u00e9d. scientifiques, 1894, pp57&amp;75.<\/span>] Ces crit\u00e8res sont cens\u00e9s d\u00e9terminer le choix des destinations les plus adapt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat des malades. Ils retiennent de ce point de vue toute l\u2019attention des promoteurs du climat azur\u00e9en. Ces derniers affirment ainsi qu\u2019un s\u00e9jour prolong\u00e9 dans un climat de type \u00ab\u00a0s\u00e9datif\u00a0\u00bb, comme par exemple celui de Mad\u00e8re, a pour inconv\u00e9nient majeur de rendre impossible le retour du patient dans son pays d\u2019origine. Ce n\u2019est pas le cas, affirment-ils, du climat \u00ab\u00a0tonique\u00a0\u00bb de la C\u00f4te du fait de ses variations quotidiennes de temp\u00e9rature. Certains font preuve de plus de subtilit\u00e9, en pr\u00e9tendant que le climat de la r\u00e9gion r\u00e9unit l\u2019ensemble de ces qualit\u00e9s. A l\u2019appui de leur argumentation, ils divisent le territoire de la station en trois zones distinctes. Le bord de mer leur semble plus particuli\u00e8rement recommand\u00e9 pour les caract\u00e8res lymphatiques et les constitutions scrofuleuses, pouvant ainsi concerner \u00e0 la fois les enfants, les vieillards et surtout les phtisiques, \u00e0 cause de son climat excitant du \u00e0 un air sec, vivifiant et tonique. Plus humide, la ville nouvelle et les collines sont qualifi\u00e9es de s\u00e9datives et jug\u00e9es presque \u00e9quivalentes aux climats de Pau, de Pise voire de Mad\u00e8re. Quelques vont jusqu\u2019\u00e0 ajouter \u00e0 cette nomenclature une zone \u00ab\u00a0mixte\u00a0\u00bb, soumise selon les expositions \u00e0 une combinaison de ces influences. [<span style=\"font-size: 12px;\">Voir \u00e0 ce propos CAMOUS Dr, <em>Conseils hygi\u00e9niques et m\u00e9dicaux aux malades qui viennent passer l&rsquo;hiver \u00e0 Nice<\/em>, Batignolles, Hennuyer, 1847, MACARIO Maurice-Martin-Antonin, <em>De l\u2019influence m\u00e9dicatrice du climat de Nice ou Guide des malades dans cette ville<\/em>, Nice, Faraud, 1860, pp37sq et SALEMI F, <em>Nice surtout au point de vue th\u00e9rapeutique et climat\u00e9rique<\/em>, Nice, Gauthier, 1893.<\/span>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Les stations historiques<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"17\"><span style=\"color: #000000;\">Sous l\u2019influence de ces arguments et de l&rsquo;activisme \u00e9ditorial de leurs promoteurs, [<span style=\"font-size: 12px;\">Syst\u00e9matiquement mentionn\u00e9e dans tous les trait\u00e9s de climatoth\u00e9rapie, Nice fait ainsi l\u2019objet d\u2019un grand nombre de monographies. Outre les ouvrages d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s, on rel\u00e8ve en 1841 FARR William, <em>A Medical guide to Nice, containing every information necessary to the invalid<\/em>, en 1851 LEE Dr Edwin, <em>Nice et son climat <\/em>(trad. anglaise <em>Nice and its climate<\/em> en 1865), en 1856 POLLET, <em>Des Bains de mer<\/em>, en 1858 FITZ-PATRICK P, <em>A guide to Nice, historical, topographical and medical<\/em>, en 1886 MACARIO, <em>Des Bains de mer et de l\u2019atmosph\u00e8re maritime\u2026, op. cit.,<\/em> suivi en 1889 d&rsquo;un <em>Manuel d\u2019hydroth\u00e9rapie<\/em>, en 1861 SIMONIN Adolphe, <em>Nice : opuscule m\u00e9dical<\/em>, et WAHU A, <em>Conseiller m\u00e9dical de l\u2019\u00e9tranger \u00e0 Nice<\/em>, en 1870 ESCALLIER, <em>Lettre sur le climat de Nice et des stations hivernales voisines<\/em>, en 1870 LUBANSKI Dr, <em>Nice-guide. Histoire, climat<\/em>, en 1874 PETREQUIN J-E, <em>Recherches exp\u00e9rimentales de thermom\u00e9trie sur la climatologie du Midi de la France et en particulier sur Nice compar\u00e9 \u00e0 Lyon avec des applications \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne des malades et des touristes<\/em>, ou encore \u00e0 Budapest SZONTAGH Dr Miklos, <em>Nizza termeszeti Viszonyai<\/em>, en 1877 LIPPERT Dr Henri, <em>Le Climat de Nice, ses propri\u00e9t\u00e9s hygi\u00e9niques, son application th\u00e9rapeutique<\/em>, (trad. allemande, <em>Das Klima von Nizza<\/em>), ainsi que NIEPCE Etienne Bernard, <em>Du Climat de Nice<\/em> et NIEPCE Alexandre, <em>Etude sur la constitution climatologique et m\u00e9dicale de Nice pendant l&rsquo;ann\u00e9e 1878<\/em>, et GRELLETY Lucien, <em>Du Climat de Nice et des maladies trait\u00e9es dans cette ville particuli\u00e8rement de la phthisie<\/em>, puis en 1880 PLANAT F, <em>Les Moyens accessoires du traitement climatologique \u00e0 Nice<\/em>, en 1881 TEYSSEIRE T, <em>Monographie sur le climat de Nice<\/em>, en 1882 BARETY Alexandre, <em>Du Climat de Nice<\/em>, en 1887 ODIN Marius, <em>Le Climat de Nice (r\u00e9ponse \u00e0 ses d\u00e9tracteurs)<\/em>, en 1893 SALEMI, <em>Nice surtout au point de vue th\u00e9rapeutique et climat\u00e9rique, op.cit\u00a0;<\/em>, en 1897 LIOTARD Ernest, <em>Nice : climat, hygi\u00e8ne, et Riviera-climat : guide m\u00e9dical,<\/em> qui para\u00eetra d\u00e8s lors chaque ann\u00e9e, en 1900 FAURE Maurice, <em>Nice station climatique<\/em>, et MALGAT Jean-Joseph, <em>Nice en hiver : essai de climatologie,<\/em> suivi en 1903 de <em>La Cure solaire de la tuberculose pulmonaire \u00e0 Nice<\/em>, ainsi que vers la m\u00eame \u00e9poque NASH J, <em>The guide to Nice, historical, descriptive and hygienic<\/em>, (s.d.).<\/span>] Nice devient rapidement la principale station touristique de la C\u00f4te. Entre autres personnes de qualit\u00e9 (la liste en serait fastidieuse), on retiendra le s\u00e9jour th\u00e9rapeutique du tzarevitch Nicolas qui conna\u00eet une issue tragique. Le prince h\u00e9ritier est enterr\u00e9 sur place dans un somptueux mausol\u00e9e. L&rsquo;essor des cimeti\u00e8res azur\u00e9ens va accompagner de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale celui de la \u201cclimatoth\u00e9rapie\u201d, sans pour autant remettre en cause la croyance dans son efficacit\u00e9. Servie par la proximit\u00e9 de Marseille, Hy\u00e8res est la principale rivale historique de Nice en mati\u00e8re de climatisme. Elle compte ainsi jusqu&rsquo;\u00e0 1500 familles d&rsquo;hivernants. [<span style=\"font-size: 12px;\"><em>ATLAS BELFRAM, op. cit.<\/em><\/span>] La station phare de la Provence ne donne cependant pas naissance \u00e0 une litt\u00e9rature climatique comparable \u00e0 celle de la capitale de la <em>Riviera<\/em>. [<span style=\"font-size: 12px;\">La litt\u00e9rature relative au climat de Hy\u00e8res fut relativement modeste, avec BAYLE, <em>De l&rsquo;influence du climat d&rsquo;Hy\u00e8re, op.cit.<\/em>, HONNORATY Dr, <em>Lettre sur Hy\u00e8res, son climat et son influence dans les maladies de poitrine<\/em>, 1834, BARTH Dr , <em>Notice topographique sur Hy\u00e8res<\/em>, Archives de M\u00e9decine, 1841, <em>Indicateur topographique et m\u00e9dical de Hy\u00e8res en Provence par M. le Dr<\/em>, 1861, DENIS, <em>Hy\u00e8res ancien et moderne<\/em>, <em>op. cit.<\/em> \u00a0et GENSOLLEN Honor\u00e9-Z\u00e9non, <em>Essai historique, topographique et m\u00e9dical sur la ville d\u2019Hy\u00e8res<\/em>, Paris, 1820<\/span>] Il est vrai que les vertus de son climat sont \u00e9tablies depuis longtemps. Elle poss\u00e8de ainsi la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre\u00a0 \u00ab la meilleure cure fran\u00e7aise pour les poitrinaires [selon le docteur Edwin LEE dont l\u2019ouvrage affiche en couverture ses titres de] membre de plusieurs acad\u00e9mies et soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicales [et d\u2019auteur d\u2019une \u00e9tude traduite d\u2019un m\u00e9moire] r\u00e9compens\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9dicale am\u00e9ricaine \u00bb.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"18\"><span style=\"color: #000000;\">LEE justifie l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de sa brochure par l&rsquo;absence de \u201cguide \u00e0 l\u2019usage des hivernants\u201d. Elle se partage entre la description des principaux itin\u00e9raires de promenade et celle du climat, des temp\u00e9ratures et de leurs variations L\u2019auteur recommande par exemple d&rsquo;am\u00e9liorer l\u2019\u00e9tat des routes et de pallier l\u2019absence de \u201cpromenades abrit\u00e9es\u201d. Dans le m\u00eame temps, il s\u2019attache \u00e0 l\u2019\u00e9tude climatique du territoire de la ville, qu\u2019il divise en trois zones. Ces distinctions lui semblent essentielles, d&rsquo;un point de vue th\u00e9rapeutique, afin d\u2019adapter le lieu de cure \u00e0 l\u2019\u00e9tat du malade, notamment lorsqu\u2019il souffre d\u2019insomnies ou si son \u00e9tat change en cours de saison. En mati\u00e8re climat\u00e9rique, le docteur LEE estime que Hy\u00e8res offre des vents moins capricieux qu\u2019\u00e0 Nice, un air plus sec et un climat g\u00e9n\u00e9ralement moins excitant. Les climats du type \u00ab\u00a0hy\u00e9rois\u00a0\u00bb, mod\u00e9r\u00e9ment chauds et secs, lui paraissent plus particuli\u00e8rement appropri\u00e9s aux temp\u00e9raments lymphatiques ou scrofuleux, ainsi qu\u2019aux \u00e9tats se traduisant par une circulation ralentie, la p\u00e2leur ou l\u2019an\u00e9mie. Ils les d\u00e9conseille par contre dans les cas de temp\u00e9raments sanguins, excitables ou nerveux et de maladies aigu\u00ebs ou chroniques, avec fi\u00e8vre ou excitation vasculaire ou nerveuse. [<span style=\"font-size: 12px;\">LEE Edwin, <em>Notices sur Hy\u00e9res et Cannes, suivies d&rsquo;Observations sur l&rsquo;influence du climat dans la phthisie pulmonaire<\/em>, Paris, Bailliere, 1857, pp22&amp;39sq.<\/span>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">Les nouvelles stations<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"19\"><span style=\"color: #000000;\">Le succ\u00e8s que conna\u00eet la vill\u00e9giature th\u00e9rapeutique conduit rapidement ses promoteurs \u00e0 investir l&rsquo;ensemble du littoral azur\u00e9en. La premi\u00e8re de ces nouvelles destinations est un petit village de p\u00eacheurs, situ\u00e9 au voisinage de la fronti\u00e8re entre Nice et la Provence, alors ferm\u00e9e \u00e0 la suite d&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra. Parmi les hivernants contraints \u00e0 s\u00e9journer dans la future station cannoise, se trouve un voyageur de qualit\u00e9, en route vers Naples en compagnie de sa fille atteinte de la tuberculose. S\u00e9duit par les charmes de la r\u00e9gion, Lord BROUGHAM s\u2019y fait construire une villa, \u00e0 laquelle il donne le nom de sa fille et dans laquelle il se rend d\u00e8s lors chaque ann\u00e9e en vill\u00e9giature. BROUGHAM va largement contribuer par sa notori\u00e9t\u00e9 au lancement de la nouvelle station aupr\u00e8s de ses compatriotes. Il convainc notamment Sir Herbert TAYLOR, accompagnant lui aussi sa fille malade en Italie, des vertus m\u00e9dicales de son climat, de m\u00eame que Sir Temple LEADER qui effectue sous sa recommandation une cure thalassoth\u00e9rapique \u00e0 Cannes. Les m\u00e9decins [<span style=\"font-size: 12px;\">La station cannoise est \u00e9voqu\u00e9e d\u00e8s 1850 avec BAILLIE COCHRANE A, <em>Young Italy<\/em>, puis en 1857 par LEE, <em>Notices sur Hyeres et Cannes, op. cit.<\/em>., suivis en 1859 de GIRARD, SEVE &amp; WHITLEY, <em>Cannes et ses environs : guide historique et pittoresque et Consid\u00e9rations m\u00e9dicales sur le climat de Cannes<\/em>, en 1860 BARBIER Dr E, <em>Les Plages de la Provence au point de vue m\u00e9dical : Cannes et son climat<\/em>, en 1868 VALCOURT, <em>Sketch on Cannes and its climate, op. cit.<\/em>, en 1880 GOUBET, <em>Guide de Cannes, op. cit.<\/em>, en 1882, BERNARD Dr<em>, Constitution m\u00e9dicale de Cannes pendant l&rsquo;ann\u00e9e 1881-1882<\/em>, et CRIST Georges, <em>Une Ann\u00e9e \u00e0 Cannes ou Moyens de combattre les rhumatismes, le phylloxera et les terribles cons\u00e9quences des naufrages par collision<\/em>, en 1883 BUTTURA A, <em>L&rsquo;Hiver \u00e0 Cannes : les bains de mer de la M\u00e9diterran\u00e9e, les bains de sable<\/em>. Le Dr ORGEAS publie en 1889 <em>L&rsquo;Hiver \u00e0 Cannes, op. cit.<\/em>, tandis que paraissent vers la m\u00eame \u00e9poque les brochures de DELANNE P, sd, <em>L&rsquo;hiver au soleil<\/em> et de CAZALIS, <em>Etude sur le climat de Cannes.<\/em><\/span>] vont vite prendre le relais : \u00ab Sous le rapport de la puret\u00e9, de l&rsquo;\u00e9clat du ciel et de la s\u00e9cheresse de l&rsquo;atmosph\u00e8re pendant la nuit, le bassin de Cannes n&rsquo;a pas son pareil sur les c\u00f4tes europ\u00e9ennes de la M\u00e9diterran\u00e9e. Il semble vraiment que cette r\u00e9sidence ait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e tout expr\u00e8s pour les poitrinaires [\u00e9crit ainsi le docteur SEVE, ajoutant que l&rsquo;effet de l&rsquo;air pur et tonique est renforc\u00e9 par les] \u00e9manations balsamiques [des for\u00eats de pins] \u00bb. [<span style=\"font-size: 12px;\">GIRARD<em> et alii<\/em>, <em>Cannes et ses environs\u2026<\/em>, <em>op. cit<\/em>., pp9&amp;12.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"20\"><span style=\"color: #000000;\">Parmi les <em>invalids<\/em> illustres qui fr\u00e9quentent la station cannoise, on retiendra l\u2019\u00e9crivain Prosper MERIMEE, atteint d&rsquo;une affection pulmonaire et de crises d&rsquo;asthme ou la trag\u00e9dienne RACHEL, soignant sa tuberculose par des promenades en barque, lesquels d\u00e9c\u00e8dent au cours de leur s\u00e9jour. En 1867, la vill\u00e9giature cannoise recense quelques 600 familles d&rsquo;hivernants et pr\u00e8s de 1500 en 1878, dont une importante colonie russe que consacre le s\u00e9jour th\u00e9rapeutique de l&rsquo;Imp\u00e9ratrice Marie Alexandrovna, accompagn\u00e9e d&rsquo;une partie de la cour. D\u00e8s lors, le climatisme cannois conna\u00eet un grand d\u00e9veloppement et la station prend place dans tous les guides \u00e0 l&rsquo;usage des hivernants. [<span style=\"font-size: 12px;\">BIANCHI, <em>La saison d&rsquo;hiver\u2026, op. cit.<\/em>, pp13-19.<\/span>] L\u2019essor de la vill\u00e9giature climatique est tout aussi important dans la ville voisine de Menton, [<span style=\"font-size: 12px;\">La vill\u00e9giature mentonnaise est tr\u00e8s t\u00f4t mentionn\u00e9e dans tous les ouvrages de climatologie, sous l\u2019impulsion du livre de CARRIERE, <em>Le climat de l&rsquo;Italie, op. cit., <\/em>en 1849, suivi par LEE Dr Edwin, <em>Menton and San Remo with observations of the influence of climate having special reference to the climate of the Riviera<\/em>. Elle donne d\u00e8s lors lieu \u00e0 une litt\u00e9rature cosmopolite et pl\u00e9thorique avec, outre les auteurs cit\u00e9s, en 1862 BOTTINI Dr, <em>Menton et son climat<\/em>, en 1865 GENZMER W, <em>Mentone und die Riviera In Klimatologisch Darstellung<\/em>, puis en 1869 <em>Mentone als klimatischer Winteraufenthalt fur Brustleidende,<\/em> en 1868 STIEGE Dr A, <em>Mentone und sein Klima<\/em>, en 1872 BROWN Alexander, <em>Wintering at Mentone on the Riviera<\/em>, en 1875 FARINA Jacques-Francois, <em>Menton sous le rapport climatologique et medical<\/em>, en 1879 CAZENAVE DE LA ROCHE, <em>Une Visite m\u00e9dicale \u00e0 Menton<\/em>, suivi en 1882 de <em>Climat de Menton : sa sp\u00e9cialisation m\u00e9dicale<\/em>, en 1893 FARINA Paul, <em>Notes sur le climat hivernal de Menton<\/em>, en 1894 FRANCKEN, <em>Menton station climatique d&rsquo;hiver sous le rapport m\u00e9dical et pittoresque, op. cit.<\/em>, et en 1897 CHIAIS F, <em>Paris-Menton : la pr\u00e9servation des maladies par les changements de climats<\/em> et <em>Menton : analyse climatologique, topographie, climatologie, climatotherapie.<\/em><\/span>] sous l\u2019influence de l&rsquo;un des pionniers du climatisme, le docteur CARRIERE. Malgr\u00e9 sa pr\u00e9vention affich\u00e9e envers les vertus th\u00e9rapeutiques de la C\u00f4te d\u2019Azur, il fait l\u2019\u00e9loge de son climat \u00e0 l&rsquo;humidit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, chaud et temp\u00e9r\u00e9, offrant peu de variations, une belle v\u00e9g\u00e9tation, de beaux paysages et permettant selon lui un s\u00e9jour allant de l&rsquo;automne au printemps, voire m\u00eame l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dans les villages environnants : \u00ab La phthisie et les affections chroniques avec exaltation de la sensibilit\u00e9 et de la douleur trouveront un climat excellent dans les campagnes de Menton, la phtisie surtout \u00bb pr\u00e9cise-t-il explicitement. [<span style=\"font-size: 12px;\">CARRIERE,<em> Le Climat de l&rsquo;Italie\u2026, op. cit.<\/em><\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"21\"><span style=\"color: #000000;\">En quelques d\u00e9cennies, la station se dote d&rsquo;infrastructures th\u00e9rapeutiques de qualit\u00e9s : \u00ab Les promenades, les abris, les h\u00f4tels, les villas y sont am\u00e9nag\u00e9s pour [les phtisiques] \u00bb rapporte \u00e0 ce propos le docteur WARLOMONT, \u00e0 la fin du si\u00e8cle. [<span style=\"font-size: 12px;\">WARLOMONT, <em>Ou faut-il passer ses hivers ? op. cit.<\/em><\/span>] Ce succ\u00e8s est redevable d\u2019une riche litt\u00e9rature m\u00e9dicale, initi\u00e9e par le docteur James Henry BENNET. [<span style=\"font-size: 12px;\">En ce qui concerne James Henry BENNETT, on se reportera \u00e0 <em>Mentone, the Riviera, Corsica and Biarritz as a winter climate<\/em>, London, Churchill, 1861 suivi en 1865 de <em>Winter in the South of France, op. cit.<\/em>, et en 1870 de <em>Winter and spring on the shores of the Mediterranean\u2026, op. cit., <\/em>ainsi que d\u2019une version fran\u00e7aise en 1876, <em>La M\u00e9diterran\u00e9e, op. cit<\/em>.<\/span>] Par l\u2019autorit\u00e9 de ses \u00e9crits, relatifs \u00e0 l&rsquo;ensemble des stations climatiques m\u00e9diterran\u00e9ennes, ce m\u00e9decin britannique est le principal artisan de son d\u00e9veloppement, au cours des vingt ans de carri\u00e8re qu\u2019il consacre \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des propri\u00e9t\u00e9s th\u00e9rapeutiques de son climat. A la m\u00eame \u00e9poque, le docteur FARINA, m\u00e9decin honoraire de la ville, rapporte qu&rsquo;il a\u00a0 \u00ab eu l&rsquo;honneur de conna\u00eetre personnellement les deux premi\u00e8res familles qui, il y a vingt-cinq ans, se sont d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 hiverner [\u00e0 Menton] uniquement sur l&rsquo;autorit\u00e9 du docteur Carri\u00e8re, dont le livre leur avait indiqu\u00e9 ce charmant petit coin de terre. Les deux malades de 1852 eurent bient\u00f4t de nombreux imitateurs. La nation anglaise plante ses jalons sur ce site enchanteur. Elle y \u00e9tablit un temple comme point de r\u00e9union et d\u00e8s lors les bases d&rsquo;une nouvelle station hivernale furent jet\u00e9es. \u00bb Auteur d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ouvrages sur la climatologie de la station mentonnaise, FARINA n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 individualiser les propri\u00e9t\u00e9s de son climat quartier par quartier, signalant par exemple tel hameau de la commune, d\u00e9crit \u00ab comme tout sp\u00e9cialement favorable pour les malades qui recherchent les zones \u00e0 influence calmante et s\u00e9dative. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">FARINA Jacques-Francois, <em>Le Climat de Menton : son influence sur le traitement de la phtisie pulmonaire : \u00e9tude clinique accompagn\u00e9e de statistiques et d&rsquo;observations m\u00e9t\u00e9orologiques<\/em>, Paris, Bailliere, 1879<\/span>.]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">La Riviera italienne<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"22\"><span style=\"color: #000000;\">A Cannes comme \u00e0 Menton, les premiers d\u00e9veloppements du climatisme b\u00e9n\u00e9ficient de la proximit\u00e9 de la station ni\u00e7oise. Rapidement, le mouvement va s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;ensemble du littoral azur\u00e9en, indiff\u00e9rent aux fronti\u00e8res qui divisent alors la r\u00e9gion entre trois \u00e9tats, la France, l&rsquo;Italie et la Principaut\u00e9 de Monaco. Cet essor de la vill\u00e9giature climatique est particuli\u00e8rement important sur la <em>Riviera<\/em> italienne. \u00ab Si vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9s en \u00e2ge et que vous aimiez encore vivre [&#8230; \/&#8230;] sans toutes les mis\u00e8res de la d\u00e9cr\u00e9pitude ? Dans ce cas prenez vite votre sac de voyage et partez pour Bordighera \u00bb \u00e9crit ainsi le docteur DEPRAZ se faisant l\u2019\u00e9cho de l&rsquo;engouement que suscite alors la petite station italienne. [<span style=\"font-size: 12px;\">La litt\u00e9rature climatique semble particuli\u00e8rement pauvre en ce qui concerne Bordighera. Outre les ouvrages cit\u00e9s, nous n&rsquo;avons trouv\u00e9 que SEMERIA F, <em>Bordighera e il suo clima<\/em> en 1870.<\/span>] Le tourisme th\u00e9rapeutique se d\u00e9veloppe tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 Bordighera. On a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 ses premi\u00e8res mentions, au travers de l\u2018\u0153uvre romanesque de Giovanni \u201cJohn\u201d RUFFINI [<span style=\"font-size: 12px;\">On se reportera \u00e0 ce propos aux citations de RUFFINI, <em>The Dr Antonio, op. cit.<\/em><\/span>]. Dans ce livre \u00e9crit en anglais, dont l&rsquo;action prend place dans les ann\u00e9es 1840, l\u2019auteur met en sc\u00e8ne une jeune britannique en s\u00e9jour th\u00e9rapeutique, tombant amoureuse de son m\u00e9decin. Parmi les hivernants de qualit\u00e9 qui font la r\u00e9putation de Bordighera, on rel\u00e8ve \u00e0 nouveau l&rsquo;Imp\u00e9ratrice russe Marie Alexandrovna ou encore le chef de file de l&rsquo;architecture fran\u00e7aise Charles GARNIER, lequel accompagne son fils atteint de la tuberculose. [<span style=\"font-size: 12px;\">BERNARDI E, BESSONE G, <em>Bordighera ieri<\/em>, Bordighera, s.e., 1971.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"23\"><span style=\"color: #000000;\">La ville voisine de San Remo devient de m\u00eame, \u00e0 la fin du si\u00e8cle\u00a0 \u00ab\u00a0la principale station hivernale du Golfe de G\u00e8nes [selon le <em>Guide Simons<\/em> pr\u00e9cisant que] son d\u00e9veloppement pendant les derni\u00e8res ann\u00e9es a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rapide. San Remo ville de saison date de 1860. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\"><em>Guide Simons, Au pays des enchantements, Vol II D&rsquo;Antibes \u00e0 San Remo<\/em>, Paris, Dentu, 1892<em>., <\/em>p327. L&rsquo;essor de la station de San-Remo fut redevable aux \u00e9crits du Dr Edwin LEE et \u00e0 l&rsquo;association d&rsquo;un m\u00e9decin local le Dr Giambattista PANIZZI avec le publiciste anglais TAYLOR et deux th\u00e9rapeutes autrichiens, les docteurs SIGMUND et PROLL. Le climat de San-Remo fit ainsi l&rsquo;objet, outre des \u00e9crits de LEE, <em>Menton and San Remo, op. cit., <\/em>en 1850<em>, <\/em>des publications de PANIZZI GB, <em>San Remo and its climate<\/em> en 1863, de DAUBENY E, <em>Il clima di San Remo<\/em> (trad. de l&rsquo;anglais) en 1865, puis \u00e0 nouveau de PANIZZI GB, <em>Norme igieniche per i bagni di mare<\/em> en 1870, de HASSAL Dr Arthur Hill, <em>San Remo climatically and medically considered<\/em> vers 1879 et en 1877 de COUGNET Dr Alberto, <em>Sulle spiagge del mare appunti di climatologia, balneoterapia, e botanica marina<\/em> ainsi que de ONETTI Dr Francesco, <em>Il clima di San-Remo.<\/em><\/span>] L\u2019un de ses principaux promoteurs est un m\u00e9decin italien, le docteur PANIZZI. Dans le guide climatique de la ville, qu\u2019il pr\u00e9sente au Conseil Sanitaire de Londres, il insiste particuli\u00e8rement sur les qualit\u00e9s de ses plages. San Remo conna\u00eet effectivement un r\u00e9el succ\u00e8s en mati\u00e8re de baln\u00e9arisme, dont on trouve la confirmation dans la liste que publie le docteur ONETTI des maladies trait\u00e9es dans la station, class\u00e9es par saison et mortalit\u00e9, avec un comparatif concernant la C\u00f4te et l&rsquo;Europe [<span style=\"font-size: 12px;\">ONETTI Dr Francesco, <em>San-Remo, il suo clima e i suoi monumenti<\/em>, Oneglia, Ghibelini, 1877.<\/span>] : \u00ab L&rsquo;air est \u00e0 la fois tr\u00e8s balsamique, limpide et exhilarant, et curieusement absent de poussi\u00e8re [pr\u00e9cise \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque un curiste anglais d\u00e9\u00e7u par le climat de Nice] dans l&rsquo;espoir que d&rsquo;autres malades puissent tirer profit de [son] exp\u00e9rience. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">ASPINALL WB, <em>San Remo as a winter residence by an invalid<\/em>, 1862-1865, London, Churchill, 1865. On d\u00e9nombrait alors 167 anglais et 171 allemands en vill\u00e9giature et quelques 40 m\u00e9decins \u00e9tablis dans la station, dont la moiti\u00e9 \u00e9taient \u00e9trangers. En 1901 San Remo recevait environ 20 000 personnes pour 20 000 habitants, soit en moyenne 4000 personnes jour en saison. En 1906, elle abritait une cinquantaine d&rsquo;h\u00f4tels, dont la moiti\u00e9 g\u00e9r\u00e9s par des \u00e9trangers, et plus de 200 villas. Cf <em>Liste g\u00e9n\u00e9rale des Etrangers<\/em>\u00a0 et ONATE Lopez de, <em>San Remo et ses environs<\/em>, 1897, d\u2019apr\u00e8s ASTENGO <em>et alii<\/em>, <em>La scoperta della Riviera, op. cit.<\/em><\/span>] Les\u00a0 tentatives de lancement de nouvelles stations ne rencontrent pas toujours le m\u00eame enthousiasme. Malgr\u00e9 l&rsquo;ampleur des investissements et la qualit\u00e9 de ses am\u00e9nagements, la station voisine d\u2019Ospedaletti en offre un bon exemple : \u00ab En 1860, le docteur KAREL, m\u00e9decin de SM l&rsquo;Imp\u00e9ratrice de Russie qui avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de rechercher sur le littoral de la Provence et de la Ligurie la localit\u00e9 la plus chaude et la plus s\u00fbre, d\u00e9signa \u00e0 sa souveraine Ospedaletti \u00bb nous apprend ainsi le Guide SIMONS. [<span style=\"font-size: 12px;\"><em>Guide SIMONS,<\/em> <em>op cit,<\/em> p308. La station ne semble pas avoir connu une litt\u00e9rature climatique sp\u00e9cifique, malgr\u00e9 l\u2019importance des infrastructures mises en place.<\/span>] On peut de nos jours contempler les ruines majestueuses de cette exp\u00e9rience sans lendemain.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">La Riviera fran\u00e7aise<\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"24\"><span style=\"color: #000000;\">Le climatisme eut tout autant du mal \u00e0 s&rsquo;affirmer en ce qui concerne la Principaut\u00e9 de Monaco. Sa vocation th\u00e9rapeutique souffrit assur\u00e9ment des s\u00e9v\u00e8res r\u00e9serves du docteur CARRIERE, jugeant son climat favorable au seul traitement des maladies intestinales et estimant qu\u2019elle \u00ab ne pourrait \u00eatre favorable \u00e0 la phtisie pendant l&rsquo;hiver. Il n&rsquo;est gu\u00e8re possible [ajoutait-il] qu&rsquo;elle puisse le devenir pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9, malgr\u00e9 les t\u00e9moignages de la pratique locale \u00bb qu&rsquo;il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 qualifier de \u201cmercantilisme\u201d. [<span style=\"font-size: 12px;\">CARRIERE,<em> Le climat de l\u2019Italie, op. cit.<\/em> Les ouvrages relatifs au climat de Monaco sont quasiment inexistants, \u00e0 l\u2019exception de ACHARD D&rsquo;ENTRAIGUES, J.A., <em>Bains de mer de Monaco\u2026, Description et climatologie de la plage ; indications sp\u00e9ciales et avantages de ce climat pour la gu\u00e9rison des malades, <\/em>Nice, St\u00e9 typographique, 1867.<\/span>] L&rsquo;essor touristique de la Principaut\u00e9 est tardif. Il repose sur la mise en \u0153uvre\u00a0 d&rsquo;importantes infrastructures baln\u00e9aires, impuls\u00e9es par l&rsquo;ouverture du Casino de Monte-Carlo et de la Soci\u00e9t\u00e9 des Bains de Mer. Les promoteurs du tourisme th\u00e9rapeutique rencontrent des difficult\u00e9s analogues sur la c\u00f4te proven\u00e7ale, dont le climat est jug\u00e9 n\u00e9faste car trop expos\u00e9 aux influences du vent. L&rsquo;\u00e9tude des qualit\u00e9s de l&rsquo;air domine en effet la litt\u00e9rature climatologique, suite \u00e0 l&rsquo;importance qu\u2019occupent alors les affections respiratoires en mati\u00e8re de tuberculose. Les m\u00e9decins d\u00e9noncent ainsi les dangers de refroidissements que peut provoquer le vent, les infections thoraciques \u00e9tant r\u00e9put\u00e9es \u00ab phtisiog\u00e8nes \u00bb pour peu qu\u2019elles se prolongent plus de quelques semaines. Evoquant les effets d&rsquo;une mauvaise alimentation dans le d\u00e9veloppement de la tuberculose, les docteurs ne manquent pas de rappeler par ailleurs que \u00ab l&rsquo;air est le principal aliment. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">VALCOURT, <em>Sketch on Cannes, op. cit., <\/em>p11.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"25\"><span style=\"color: #000000;\">Le r\u00f4le des v\u00eatements est de m\u00eame d\u00e9nonc\u00e9, lorsqu&rsquo;ils entravent les fonctions respiratoires, ainsi que l&rsquo;inhalation de poussi\u00e8res entra\u00een\u00e9 par l\u2019exercice de certaines professions, la pollution atmosph\u00e9rique ou encore le milieu urbain en g\u00e9n\u00e9ral. Ces conceptions vont nuire fortement \u00e0 la r\u00e9putation climatique de l&rsquo;ensemble de la Provence, \u00e0 l&rsquo;exception de Hy\u00e8res et de Cannes, prot\u00e9g\u00e9es du violent Mistral et de son influence n\u00e9faste par leur situation abrit\u00e9e. Le climatisme s\u2019efforce cependant de d\u00e9velopper son r\u00e9seau de vill\u00e9giatures sur l\u2019ensemble du littoral. Le docteur BERGERET cherche ainsi, sans grand succ\u00e8s, \u00e0 promouvoir les vertus du climat d\u2019Antibes. Il r\u00e9dige \u00e0 ce propos un guide m\u00e9dical original, faisant une large place \u00e0 l&rsquo;histoire de sa propre gu\u00e9rison. BERGERET est en effet venu sur la C\u00f4te pour un s\u00e9jour th\u00e9rapeutique, avec sa femme et des amis eux aussi malades. Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage beaucoup plus intimiste que celui de ses confr\u00e8res, m\u00eame s\u2019il reprend l&rsquo;argumentaire classique de la climatologie, avec une description des vents, des eaux, du sol, du relief et des temp\u00e9ratures. Suite au succ\u00e8s de son s\u00e9jour, BERGERET n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 affirmer qu\u2019Antibes est\u00a0 \u00ab la station que je mets \u00e0 la t\u00eate des stations hivernales fran\u00e7aises [\u2026\/\u2026] Elle r\u00e9unit toutes les conditions hygi\u00e9niques d\u00e9sirables, ce qui ne se rencontre dans aucune autre station. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">BERGERET, <em>Du choix d&rsquo;une station d&rsquo;hiver, op. cit.<\/em>, p7.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"26\"><span style=\"color: #000000;\">Une nouvelle \u00e9tude climat\u00e9rique, plus classique, est publi\u00e9e dans les ann\u00e9es suivantes. Son auteur s\u2019attache \u00e0 d\u00e9montrer que\u00a0 \u00ab Antibes convient surtout aux enfants de constitution lymphatique ou scrofuleuses et \u00e0 la tuberculose [ainsi que pour] les vieillards et les val\u00e9tudinaires [et] les maladies chroniques \u00e0 peu d&rsquo;exceptions. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">CHUQUET A, <em>Antibes station hivernale (Juan-les-Pins, Cap d&rsquo;Antibes), <\/em>Antibes, Marchand, 1883, pp100sq.<\/span>] La vill\u00e9giature antiboise n\u2019entre pas pour autant dans le gotha des stations recommand\u00e9es par les ouvrages de climatologie. Elle offre cependant, dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XIX\u00b0 si\u00e8cle, une soixantaine de villas et de ch\u00e2teaux \u00e0 la location, ce qui laisse penser qu\u2019elle dut conna\u00eetre une relative fr\u00e9quentation. Il en est de m\u00eame pour l\u2019ensemble des petites villes de la C\u00f4te, dont la vill\u00e9giature assure \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque le d\u00e9veloppement, sans toutefois donner lieu \u00e0 des r\u00e9alisations majeures. On pourrait ainsi citer le lancement de Beaulieu-sur-mer, auquel contribue l\u2019architecte Gustave Eiffel, \u00a0[<span style=\"font-size: 12px;\">On trouve ainsi la mention, en 1875, de <em>La station hivernale de Beaulieu<\/em>, (anonyme) suivie en 1907 d\u2019une brochure de EIFFEL Gustave, <em>Etude de climatologie de Beaulieu\/Mer<\/em>,\u00a0 qui s\u2019y \u00e9tablit. En 1884, le docteur Am\u00e9d\u00e9e Bernard GOUBET publiait une s\u00e9rie pl\u00e9thorique de brochures intitul\u00e9es <em>Les stations sanitaires de la <\/em>France. Dans les livraisons consacr\u00e9es aux <em>Stations d&rsquo;hiver<\/em>, on relevait les mentions de<em> Villefranche, Beaulieu, St-Jean, Eze, St-Laurent-du-Var, St-Paul, La Colle, Villeneuve-Loubet, Vence, Cagnes, la Vallee du Loup, etc.<\/em><\/span>] ou encore celui Saint-Raphael, sur la c\u00f4te varoise, du \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain Alphonse KARR. De l\u2019avis du docteur AUD\u2019HOUI, m\u00e9decin des eaux de Vichy, il s\u2019agit d\u2019une\u00a0 \u00ab station m\u00e9dicale de premier ordre [du fait que son atmosph\u00e8re se charge] des effluves odorants fournis par les deux kilom\u00e8tres d\u2019essences r\u00e9sineuses [que le vent] traverse, se d\u00e9pouillant sur son parcours des principes sal\u00e9s charri\u00e9s du littoral et devenant de la sorte tr\u00e8s doux], et que les bananes y m\u00fbrissent ! [<span style=\"font-size: 12px;\">AUD\u2019HOUI-JAMES<em>, Les r\u00e9sidences d\u00a0hiver\u2026, op. cit<\/em>, p33.<\/span>] La station de Grasse est apparemment la seule de ces tentatives climat\u00e9riques \u00e0 conna\u00eetre un certain succ\u00e8s, du \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019exotisme de ses campagnes, consacr\u00e9es \u00e0 la culture des plantes \u00e0 parfums et \u00e0 son relatif \u00e9loignement du littoral. Comme le rapporte le docteur Burney YEO, \u00ab le climat de Grasse semblerait sp\u00e9cialement utile aux malades des poumons ou des nerfs |du fait qu\u2019il offre \u00e0 la fois les avantages du climat marin de la C\u00f4te et de celui de la montagne en bien moins rigoureux] \u00bb. [<span style=\"font-size: 12px;\">YEO, <em>Climate and Healthresorts<\/em>, <em>op. cit.<\/em>. Le climat de Grasse fut mentionn\u00e9 d\u00e8s 1869 par EDWARD J, <em>Grasse : Notice, description, climat, curiosit\u00e9s, industrie, excursions<\/em>, en 1884 par GOUBET A, <em>Les stations sanitaires de la France, op. cit.<\/em>, en 1887 par BROCAS, <em>The International Illustrated Album Guide&#8230;, op. cit.,<\/em> pp113-115 et en 1899 par SENEQUIER P, CHUQUET A, <em>Grasse : Notice historique et climatologique<\/em>.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"27\"><span style=\"color: #000000;\">La vill\u00e9giature th\u00e9rapeutique conna\u00eet aussi des d\u00e9veloppements significatifs sur le littoral voisin de la Corse [<span style=\"font-size: 12px;\">En dehors d\u2019Ajaccio, la litt\u00e9rature climatique relative \u00e0 la Corse concerne exclusivement le thermalisme. Cf. GHERARDI Dr Paul, <em>Histoire des m\u00e9decins en Corse<\/em>, Ajaccio, La Marge, 1987, pp.147-156, pour sa bibliographie relative au thermalisme et au climatisme. Les principaux ouvrages sur le climat d\u2019Ajaccio sont ceux de PIETRA SANTA Prosper de, <em>Les Climats du Midi de la France : la Corse et la station d&rsquo;Ajaccio<\/em> en 1864, BENNETT James Henry, <em>La Corse et la Sardaigne, \u00e9tude de voyage et de climatologie<\/em> en 1876, GUERIN, <em>Ajaccio station d\u2019hiver<\/em> en 1883, POMPEANI P, <em>Le climat d&rsquo;Ajaccio et le traitement de la tuberculose pulmonaire, <\/em>en 1897. La station est aussi mentionn\u00e9e dans le Guide JOANNE de 1890, mais dans l&rsquo;ensemble la litt\u00e9rature climatique corse est loin d&rsquo;offrir la diversit\u00e9 de celle de la C\u00f4te. En 1908, on rel\u00e8ve toutefois une tentative de promotion de Porto-Vecchio au statut de station d\u2019hiver avec QUENZA J, <em>Porto Vecchio. Station d&rsquo;hiver<\/em>.<\/span>], ainsi que dans la montagne des Alpes et en Italie o\u00f9 des stations de premier plan voient le jour. Impuls\u00e9 par ces r\u00e9alisations embl\u00e9matiques, le mod\u00e8le de la station \u201cclimat\u00e9rique\u201d va d\u00e9sormais se diffuser tr\u00e8s largement, tout au long du XIX\u00b0 si\u00e8cle, dans l\u2019ensemble de l\u2019Europe du sud et du monde m\u00e9diterran\u00e9en. Le tourisme moderne voit le jour, avec ses infrastructures originales qui survivront \u00e0 la climatoth\u00e9rapie et donneront sa physionomie actuelle \u00e0 cette institution majeure de la modernit\u00e9.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHAPITRE IV SOMMAIRE 1. TUBERCULOSE 2. CLIMATOTHERAPIE 3. COTE D\u2019AZUR *** 1.TUBERCULOSE Les climats chauds et l\u2019english malady La vill\u00e9giature \u201cclimatique\u201d voit le jour devant&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=122\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">4. 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