{"id":171,"date":"2014-12-31T13:29:31","date_gmt":"2014-12-31T12:29:31","guid":{"rendered":"http:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=171"},"modified":"2024-05-12T12:19:04","modified_gmt":"2024-05-12T11:19:04","slug":"pittoresque","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=171","title":{"rendered":"6. PITTORESQUE"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><strong>II&deg; PARTIE<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">PAYSAGES ET IDENTITES<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><strong>CHAPITRE VI<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">SOMMAIRE<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">1. PAYSAGE<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">2. PITTORESQUE<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">3. MONTAGNE<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">4. ALPINISME<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">5. ROMANTISME<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le tourisme est &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une abondante production, &agrave; la fois litt&eacute;raire, artistique et scientifique, regroup&eacute;e dans des genres consid&eacute;r&eacute;s comme mineurs tels que la litt&eacute;rature de voyage ou l&rsquo;illustration. Comme on s&rsquo;efforcera de le d&eacute;montrer dans les pages qui suivent, son influence est beaucoup plus importante qu&rsquo;il n&rsquo;y parait au premier abord, notamment dans le domaine des repr&eacute;sentations paysag&egrave;res. La vision du monde chr&eacute;tien h&eacute;rit&eacute;e de l&rsquo;Antiquit&eacute; &eacute;tait en effet anthropocentrique. Elle reposait sur l&rsquo;id&eacute;e d&#39;un univers harmonieux, bas&eacute;e sur les correspondances unissant le microcosme et le macrocosme, l&rsquo;esprit et la mati&egrave;re, l&rsquo;humain et le divin. L&rsquo;&eacute;rection du monde en spectacle, dont le tourisme fut le principal artisan, allait conduire &agrave; une remise en cause radicale de la cosmographie traditionnelle. Cette mise en sc&egrave;ne g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e du territoire participe aussi, dans de nombreux domaines, de la gen&egrave;se des identit&eacute;s contemporaines.&nbsp;<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">1. PAYSAGE<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Le tourisme et l&rsquo;invention du paysage<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"2\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;histoire des repr&eacute;sentations du paysage joue un r&ocirc;le essentiel dans les &eacute;volutions modernes de l&rsquo;art. Elle est &eacute;troitement li&eacute;e &agrave; l&rsquo;histoire du tourisme. C&rsquo;est en effet sous l&rsquo;impulsion des adeptes du tour, que naissent les premi&egrave;res repr&eacute;sentations paysag&egrave;res comme genre artistique. Les paysages repr&eacute;sent&eacute;s sont par ailleurs les lieux qui abritent la vill&eacute;giature. Il s&rsquo;agit dans un premier temps des monuments antiques de l&rsquo;Italie du tour, puis des paysages du voyage th&eacute;rapeutique, la montagne et la mer. Les d&eacute;veloppements de la climathoth&eacute;rapie impulsent aussi un int&eacute;r&ecirc;t nouveau pour la nature, notamment celle des jardins de la vill&eacute;giature. Avec la d&eacute;couverte des vertus salutaires des climats chauds, la peinture paysag&egrave;re invente enfin l&rsquo;orientalisme et l&rsquo;exotisme.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;influence du tour<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"3\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">C&rsquo;est tout r&eacute;cemment que l&#39;histoire de l&#39;art a mis en &eacute;vidence l&rsquo;apport des peintres et des illustrateurs &agrave; l&#39;invention de la notion de paysage. Elle a tout d&rsquo;abord montr&eacute; que la sensibilit&eacute; au paysage est loin d&#39;&ecirc;tre une attitude universelle. Localis&eacute;e dans le temps et dans l&rsquo;espace, elle ne concerne que certaines soci&eacute;t&eacute;s. Parmi les riches travaux consacr&eacute;s &agrave; l&rsquo;histoire des repr&eacute;sentations du paysage, on a fort utilement cherch&eacute; &agrave; d&eacute;finir les crit&egrave;res qui caract&eacute;risent la gen&egrave;se des cultures paysag&egrave;res. Ils consisteraient dans la convergence d&#39;une terminologie sp&eacute;cifique, d&#39;une litt&eacute;rature descriptive, de repr&eacute;sentations picturales et d&#39;un art du jardin d&#39;agr&eacute;ment. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> BERQUE A (dir.), <em>Cinq propositions pour une th&eacute;orie du paysage<\/em>, Seyscell, Champ Vallon, 1994. <\/span>[\/ref] Cette typologie, qui pourrait passer pour une description des principales caract&eacute;ristiques du tourisme de stations, a le m&eacute;rite de mettre en &eacute;vidence le r&ocirc;le jou&eacute; par les voyageurs. N&eacute; en Occident au XVIe si&egrave;cle, le terme de \u00ab\u00a0paysage\u00a0\u00bb est un vocabulaire de peintre, [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Bloch Oscar Wartburg Walther von, <em>Dictionnaire &eacute;tymologique<\/em>. <\/span>[\/ref] qui appara&icirc;t effectivement &agrave; la fin du Moyen-Age dans l&rsquo;Italie des <em>tourists<\/em>, les premiers artistes paysagers &eacute;tant des adeptes du<em> tour.<\/em><\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"4\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Jusque l&agrave;, le paysage est absent des figurations du monde rural qui ornent essentiellement les manuscrits liturgiques, les portails, les mosa&iuml;ques ou les vitraux des &eacute;glises. Seul le paysan est repr&eacute;sent&eacute;, isol&eacute; de son espace quotidien et int&eacute;gr&eacute; au monde biblique en tant qu&rsquo;illustration du calendrier des travaux des champs. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> On s&#39;est report&eacute; &agrave; l&#39;ouvrage tr&egrave;s document&eacute; de LE ROY LADURIE Emmanuel (dir.), <em>Paysages, paysans. L&#39;art et la terre en Europe du Moyen Age au XX&deg; si&egrave;cle<\/em>, Paris, RMN, 1994, pp37-42 pour l&rsquo;histoire de l&#39;invention du paysage. <\/span>[\/ref] Associ&eacute;es aux signes du zodiaque, ces sc&egrave;nes rendent compte du sens chr&eacute;tien du travail et de l&rsquo;unit&eacute; cosmique de la cr&eacute;ation. En dehors de quelques v&eacute;g&eacute;taux, outils ou animaux, les connotations paysag&egrave;res qui les accompagnent se limitent &agrave; des fonds color&eacute;s, orn&eacute;s d&rsquo;&eacute;toiles, de rinceaux ou de motifs g&eacute;om&eacute;triques inspir&eacute;s de l&rsquo;art de la tapisserie. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au XIIIe si&egrave;cle qu&rsquo;apparaissent, timidement, des &eacute;l&eacute;ments &eacute;voquant le paysage, le sol, l&rsquo;arbre ou les repr&eacute;sentations st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;es de la montagne, issus de la tradition byzantine de l&rsquo;ic&ocirc;ne. Ils continuent d&rsquo;occuper une fonction purement d&eacute;corative ou p&eacute;dagogique jusqu&rsquo;au si&egrave;cle suivant, o&ugrave; ces formes symboliques laissent progressivement la place &agrave; des repr&eacute;sentations plus &eacute;labor&eacute;es, annon&ccedil;ant l&rsquo;art de la Renaissance. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Voir &agrave; ce propos &agrave; la pr&eacute;sence de ces m&ecirc;mes motifs dans l&rsquo;oeuvre du Greco (1541-1614). <\/span>[\/ref] L&#39;horizon va d&egrave;s lors s&#39;abaisser et s&#39;&eacute;loigner, tandis que les espaces, les nuances et les lumi&egrave;res se complexifient et que les atmosph&egrave;res et les saisons commencent &agrave; &ecirc;tre figur&eacute;es. Les premiers paysages voient le jour &agrave; cette &eacute;poque dans le cadre du Voyage en Italie, avec un panorama tr&egrave;s touristique de Rome et de ses monuments arch&eacute;ologiques et religieux. D&eacute;corant l&rsquo;&eacute;glise d&rsquo;Assise, il est l&rsquo;&oelig;uvre de Cimabue, un auteur de plans topographiques.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"5\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Un autre artiste italien, Ambrogio Lorenzetti, r&eacute;alise alors une repr&eacute;sentation du paysage rural de la r&eacute;gion de Sienne, intitul&eacute;e Les effets du Bon Gouvernement dans les campagnes. D&rsquo;un rendu tr&egrave;s r&eacute;aliste, m&ecirc;me si elle rassemble les travaux de chaque saison dans une seule sc&egrave;ne, elle atteste de la naissance d&rsquo;un th&egrave;me qui passionnera bient&ocirc;t les voyageurs des Lumi&egrave;res. L&rsquo;influence du tour s&rsquo;affirme pleinement au cours du XVe si&egrave;cle, avec l&rsquo;apparition des deux &eacute;coles qui vont dominer pour longtemps le genre, l&#39;italienne fond&eacute;e sur l&rsquo;&eacute;tude de la perspective lin&eacute;aire et la flamande, plut&ocirc;t tourn&eacute;e vers l&#39;observation de la nature et de ses atmosph&egrave;res. Correspondant aux deux principales destinations originelles du tour, l&#39;Italie et les Pays-Bas, ces deux grands courants artistiques vont converger au si&egrave;cle suivant, accompagnant jusqu&rsquo;&agrave; nos jours l&rsquo;essor de la litt&eacute;rature pittoresque et de l&rsquo;illustration. Des peintres hollandais, h&eacute;ritiers d&rsquo;une longue tradition de compagnonnage itin&eacute;rant, aux impressionnistes du Nord adeptes de la vill&eacute;giature th&eacute;rapeutique, en passant par les ateliers des stations climatiques du Sud, l&rsquo;histoire de l&rsquo;art se confondra d&egrave;s lors, pendant plus de quatre si&egrave;cles, avec celle du tourisme. Les pr&eacute;occupations climatiques du tourisme th&eacute;rapeutique, la mer, la montagne et la M&eacute;diterran&eacute;e, constituent le fil directeur qui donne son unit&eacute; &agrave; ce tableau disparate.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;italie des tourists<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"6\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;une des principales influences exerc&eacute;es par le Voyage &agrave; l&rsquo;Italie sur le d&eacute;veloppement de la peinture de paysage rel&egrave;ve du go&ucirc;t manifest&eacute; par les premiers <em>tourists<\/em> pour le classicisme. Il s&rsquo;inscrit dans la tradition de repr&eacute;sentation des &eacute;pisodes bibliques inaugur&eacute;e par les ma&icirc;tres de la Renaissance italienne. Outre son impact &eacute;conomique ind&eacute;niable, cette demande stimule l&#39;imagination des artistes, auxquels les voyageurs demandent &agrave; pr&eacute;sent de r&eacute;inventer les paysages de l&rsquo;Antiquit&eacute; classique. Les repr&eacute;sentations de l&rsquo;Italie vont d&egrave;s lors devenir une source in&eacute;puisable d&#39;inspiration et fonder une identit&eacute; commune aux &eacute;lites des nations europ&eacute;ennes. Avec l&rsquo;essor du <em>tour<\/em>, les peintres du Nord, hollandais, allemands ou anglais sont ainsi de plus en plus nombreux &agrave; se rendre dans la P&eacute;ninsule. D&Uuml;RER s&eacute;journe &agrave; Venise en 1494-1495 et de 1505 &agrave; 1507, [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Lors de ses s&eacute;jours &agrave; Venise Albrecht D&uuml;rer (1471-1528) fut fortement influenc&eacute; par les peintres italiens de la Renaissance et notamment par Andrea Mantegna, Antonio Pollaiuolo et Giovanni Bellini. <\/span>[\/ref] suivi par BRUEGHEL vers 1550 [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Il faudrait aussi citer JAN VAN EYCK (1376 &#8211; 1441), qui apporta des perfectionnements majeurs &agrave; la technique de la peinture &agrave; l&rsquo;huile. <\/span>[\/ref]. Servis par l&rsquo;essor contemporain de l&rsquo;estampe, ces artistes vont permettre au paysage de devenir un objet de repr&eacute;sentation, en imposant dans toute l&#39;Europe les paysages italiens.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"7\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au XVII&deg; si&egrave;cle, l&#39;Acad&eacute;mie de France pour la formation des artistes s&rsquo;installe officiellement &agrave; Rome, o&ugrave; se trouvent d&eacute;j&agrave; les principaux ma&icirc;tres fran&ccedil;ais de la peinture de paysage, les fran&ccedil;ais Poussin, LE Lorrain et Dughet, le britannique Richard Wilson, les allemands ELSHEIMER, WALS et VON SANDART, ainsi que de nombreux peintres hollandais, lesquels seront rejoints au si&egrave;cle suivant par les artistes russes et polonais. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Notamment Bartholomeus Breenbergh, Andries &amp; Jan Both, Nicolaes Berchem, Jan Asselijn, etc. Voir VAUGHAN William, <em>XIX&deg; si&egrave;cle. 1780-1850<\/em>, Paris, Citadelles, 1989, p175, ainsi que MEROT Alain, <em>Poussin<\/em>, Paris, Hazan, 1990 et SCHADE Werner, <em>Claude Lorrain<\/em>, Paris, Imp. National, 1999. <\/span>[\/ref] Le tourisme va jouer un r&ocirc;le majeur dans la synth&egrave;se de ces apports artistiques, issus de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe. Comme le rapporte un voyageur, &laquo;&nbsp;la communaut&eacute; des touristes est [&hellip;\/&hellip;] la plus libre et la plus nombreuse acad&eacute;mie itin&eacute;rante que la civilisation occidentale ait jamais connue&nbsp;&raquo;. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> SETA Cesare De, Il Grand Tour, cit&eacute; par AMIC et alii, <em>Le pays de Nice et ses peintres, op. cit.,<\/em> p26. <\/span>[\/ref] En dehors de leur formation artistique, r&eacute;pondant aux vis&eacute;es du <em>tour<\/em>, ces peintres sont souvent les envoy&eacute;s de riches commanditaires d&eacute;sireux de poss&eacute;der des vues de la campagne romaine, du Tivoli, du V&eacute;suve, de la Baie de Naples ou des monuments et des ruines de l&rsquo;Antiquit&eacute; gr&eacute;co-romaine. Ils leur servent aussi &agrave; l&rsquo;occasion de conseillers, voire m&ecirc;me de courtiers, pour le commerce d&eacute;j&agrave; florissant de l&#39;art antique. Les voyageurs les plus fortun&eacute;s les engagent parfois dans leur suite, tandis que leurs compatriotes plus d&eacute;favoris&eacute;s se contentent de se faire repr&eacute;senter, &agrave; moindre frais, devant les monuments et les vestiges de l&rsquo;Antiquit&eacute;. Vivant de ce commerce, de v&eacute;ritables colonies de peintres de toutes nationalit&eacute;s s&rsquo;installent ainsi &agrave; Rome, &agrave; Venise ou &agrave; Naples. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> GAEHTGENS Thomas, <em>Le XVIII&deg; si&egrave;cle. Histoire artistique de l&#39;Europe<\/em>, Paris, Seuil, 1998, pp277-284, citant aussi BATONI, qui commen&ccedil;a d&egrave;s 1744 &agrave; peindre les <em>tourists<\/em> et eut comme clients l&#39;empereur Joseph II et le Grand Duc L&eacute;opold, Trevisani, Mengs, Kaufmann, Ricci, Sablet et Pannini. Voir aussi MOREL Philippe, <em>L&rsquo;art italien de la Renaissance &agrave; 1905<\/em>, Paris, Mazenod, 1988, pp2112sq sur les d&eacute;veloppements de la peinture de paysage en Italie. <\/span>[\/ref] Sous leur influence, les repr&eacute;sentations des paysages italiens vont donner naissance aux premi&egrave;res manifestations de l&rsquo;imagerie touristique moderne.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Veduta&nbsp; et Pausilippe<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"8\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"color:#000000;\">Autour des th&egrave;mes des ruines et de l&rsquo;exotisme v&eacute;g&eacute;tal [ref] <span style=\"font-size: 12px;\">BENSI Fabio, BERLIOCCHI Luigi, <em>L&#39;histoire des plantes en M&eacute;diterran&eacute;e. Art et botanique<\/em>, Milan, Actes Sud\/Motta, 1999. <\/span>[\/ref], l&#39;art de la <em>veduta <\/em>et l&rsquo;&eacute;cole dite &rdquo;du Pausilippe&rdquo; signent l&rsquo;apparition de genres picturaux mineurs, comme la technique de l&rsquo;aquarelle, de la topographie, et par la suite de la photographie et de l&rsquo;affiche. Avec le go&ucirc;t du &laquo;&nbsp;pittoresque&nbsp;&raquo;, toujours bien vivant de nos jours, le tourisme va ainsi &eacute;laborer un art sp&eacute;cifique du paysage, dont l&rsquo;impact demeure extr&egrave;mement pr&eacute;gnant. La technique de la <em>veduta<\/em> est invent&eacute;e, au tournant du XVIIIe si&egrave;cle, par des peintres v&eacute;nitiens, Bernardo Belotto, Francesco Guardi et surtout Giovanni Canaletto, ainsi que par des artistes &eacute;trangers de renom, comme Carlevarijis ou Van Wittel [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Giovanni Antonio Canale, dit Canaletto (1697-1768). Bellotto Bernardo Michiel (1721-1780). <\/span>[\/ref]. Il s&rsquo;agit de vues urbaines, anim&eacute;es de sc&egrave;nes de genre d&rsquo;une grande exactitude topographique. Elles pr&eacute;figurent l&rsquo;invention de la photographie, avec l&rsquo;emploi d&rsquo;une chambre noire pour le choix du cadrage, une technique qui permet d&rsquo;accuser les effets de perspective et de ramener le point de vue &agrave; la hauteur du spectateur [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> LEGRAND C, MEJANES JF, STARCKY E, <em>Le paysage en Europe du XVI&deg; au XVIII&deg; si&egrave;cle, Catalogue de l&rsquo;exposition du Mus&eacute;e du Louvre<\/em>, Paris, RMN, 1990, p101. <\/span>[\/ref]. La repr&eacute;sentation des paysages italiens re&ccedil;oit une impulsion majeure &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque lorsque Jakob Philipp Hackert, l&#39;un des ma&icirc;tres allemands les plus appr&eacute;ci&eacute;s, vient s&rsquo;installer &agrave; Naples &agrave; la demande d&rsquo;un voyageur britannique, Sir William Hamilton pour l&#39;illustration des <em>Campi Phlegraei<\/em>. Il s&rsquo;&eacute;tablit par la suite en Italie, comme peintre officiel de la cour du roi de Naples. Sous son influence et sous celle d&rsquo;un autre ma&icirc;tre nordique du paysage, Anton Sminck PITLOO, les peintres napolitains vont adopter la mode de la peinture en plein air, qui deviendra tr&egrave;s vite une pratique caract&eacute;ristique du tourisme [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> VAUGHAN, XIX&deg; si&egrave;cle&hellip;, op. cit., p 175. <\/span>[\/ref]. On d&eacute;signe sous le terme d&rsquo;&eacute;cole du Pausilippe, d&rsquo;apr&egrave;s le fleuve du m&ecirc;me nom, cette production st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e d&rsquo;aquarelles rehauss&eacute;es &agrave; la gouache, vendues comme souvenirs aux touristes [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Avec notamment Giaciato GIGANTE et les fr&egrave;res CARELLI, lesquels r&eacute;alis&egrave;rent aussi des vues de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur. Cf. AMIC <em>et alii, Le pays de Nice&#8230;, op. cit.,<\/em> p20. <\/span>[\/ref].<\/span><\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"9\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;art touristique du paysage conna&icirc;t d&egrave;s lors des d&eacute;veloppements innovants. Si la peinture des monuments domine le genre, elle inclue aussi les sites qui les entourent, g&eacute;n&eacute;ralement interpr&eacute;t&eacute;s suivant le go&ucirc;t historicisant de l&#39;&eacute;poque. Ces premi&egrave;res repr&eacute;sentations de la nature m&eacute;diterran&eacute;enne contribuent de mani&egrave;re significative &agrave; l&rsquo;autonomie de la peinture paysag&egrave;re. Elle servira d&egrave;s lors de r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la lecture des paysages, voire m&ecirc;me &agrave; leur am&eacute;nagement, comme l&rsquo;attestent &agrave; ce propos les t&eacute;moignages d&rsquo;&eacute;minents voyageurs. &laquo;&nbsp;Je ne sais pas si les voyageurs vous ont donn&eacute; une id&eacute;e bien juste du tableau que repr&eacute;sente la campagne de Rome [rapporte ainsi Chateaubriand], quelque chose de la d&eacute;solation de Tyr et de Babylone dont parle l&rsquo;Ecriture. Vous croirez peut-&ecirc;tre d&rsquo;apr&egrave;s ces descriptions qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de plus affreux que les campagnes romaines. Vous vous tromperiez beaucoup. Elles ont une inconcevable grandeur [&hellip;\/&hellip;] Vous avez sans doute admir&eacute; dans les paysages de Claude Lorrain cette lumi&egrave;re qui semble id&eacute;ale et plus belle que nature ? eh bien, c&rsquo;est la lumi&egrave;re de Rome&nbsp;&raquo;, ajoute-t-il en conclusion d&rsquo;une description des qualit&eacute;s esth&eacute;tiques de ce paysage &eacute;minemment touristique. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Chateaubriand, <em>Correspondance g&eacute;n&eacute;rale<\/em>,. tI, 1789-1809, Paris, Gallimard, 1977, Lettre &agrave; Fontanes, p300. <\/span>[\/ref] &laquo;&nbsp;Maintenant seulement je comprends Claude Lorrain&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> GOETHE Wolfgang Von, <em>Voyage en Italie<\/em>, Paris, Champion, 1931, p233 et les commentaires de KANCEFF, <em>La letteratura del viaggio in Italia e le origine del Romantismo, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] &eacute;crit de m&ecirc;me Goethe, alors qu&rsquo;il d&eacute;couvre les paysages de la Sicile. L&rsquo;imagerie exotique du monde m&eacute;diterran&eacute;en est en train de voir le jour, sous l&rsquo;influence de la diffusion de ses st&eacute;r&eacute;otypes paysagers par la litt&eacute;rature touristique.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">2. &quot;PITTORESQUE&quot;<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Le tourisme et l&rsquo;essor de l&rsquo;illustration<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"10\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Par sa contribution au d&eacute;veloppement des techniques de l&#39;illustration, le tourisme a jou&eacute; un r&ocirc;le d&eacute;terminant dans la diffusion des repr&eacute;sentations paysag&egrave;res &eacute;labor&eacute;es sur la sc&egrave;ne artistique italienne. Issues de genres mineurs tels que les croquis ou les aquarelles, ces repr&eacute;sentations vont prendre une place essentielle dans l&#39;art de voyager gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;essor de la litt&eacute;rature pittoresque. Sous l&rsquo;influence des pr&eacute;occupations &quot;climatoth&eacute;rapiques&quot;, elles d&eacute;bordent rapidement du seul th&egrave;me des ruines et des antiquit&eacute;s romaines de l&rsquo;Italie du <em>tour<\/em>. Avec la mention syst&eacute;matique des panoramas et des points de vue par les guides touristiques, elles s&#39;&eacute;tendent plus particuli&egrave;rement &agrave; la repr&eacute;sentation des paysages naturels, et notamment des paysages marins et alpestres de la P&eacute;ninsule. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ANDREWS Malcolm, <em>The Search for the Picturesque: Landscape Aesthetics and Tourism in Britain, 1760-1800. <\/em>Stanford, Un. Press, 1989, 269 pp. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Paysages marins et esth&eacute;tique du &lsquo;sublime&rsquo;<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"11\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les premi&egrave;res figurations de paysages marins voient le jour aux Pays-Bas, &agrave; la fin du XVIe si&egrave;cle, sous l&rsquo;impulsion de commandes publiques soucieuses de c&eacute;l&eacute;brer la prosp&eacute;rit&eacute; commerciale et la puissance maritime flamande. Le tourisme va exercer, d&egrave;s le si&egrave;cle suivant, une profonde influence sur le d&eacute;veloppement de ces repr&eacute;sentations. Le <em>Grand Tour<\/em> conduit en effet nombre de voyageurs en Hollande, &agrave; la d&eacute;couverte d&#39;un mod&egrave;le de bon gouvernement et des charmes exotiques offerts par le spectacle &eacute;tonnant d&#39;un littoral domestiqu&eacute;. C&#39;est &agrave; Scheveningen, qu&#39;appara&icirc;t ainsi le premier exemple d&#39;une promenade littorale paysag&egrave;re, d&eacute;bouchant sur l&#39;horizon marin. Elle devient d&egrave;s lors une &eacute;tape oblig&eacute;e du <em>tour<\/em>; tandis que sa plage s&rsquo;impose comme un sujet pictural fort appr&eacute;ci&eacute; des voyageurs. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> CORBIN, <em>Le territoire du vide., op. cit<\/em>., pp46-47 et 50-53. <\/span>[\/ref] La peinture flamande contribue, dans le m&ecirc;me temps, &agrave; former la sensibilit&eacute; contemporaine &agrave; l&#39;esth&eacute;tique de ces m&ecirc;mes paysages, par sa vision fortement dramatis&eacute;e de la mer. Les peintres hollandais n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; se rendre sur les navires, dessinant sur le vif les man&oelig;uvres ou les batailles, les temp&ecirc;tes et les &eacute;l&eacute;ments d&eacute;cha&icirc;n&eacute;s. Leurs oeuvres vont influencer notablement l&#39;&eacute;mergence d&#39;une esth&eacute;tique du &laquo;&nbsp;sublime&nbsp;&raquo;, qui annonce l&rsquo;av&egrave;nement du go&ucirc;t romantique.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"12\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au XVIII&deg; si&egrave;cle les peintres romains inaugurent, dans un esprit voisin, la mode des sujets tragiques, fantastiques et horribles, dont le fran&ccedil;ais Joseph Vernet donnera une illustration exemplaire. Suite &agrave; une commande du roi de France, relative &agrave; une s&eacute;rie de tableaux des principaux ports du Royaume, les paysages maritimes lui inspirent des repr&eacute;sentations remarqu&eacute;es de sc&egrave;nes de naufrages et de temp&ecirc;tes. A l&rsquo;image des ma&icirc;tres hollandais, il va jusqu&#39;&agrave; se faire attacher au mat d&#39;un bateau pendant une temp&ecirc;te, pour mieux observer cet &eacute;tonnant spectacle. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> En ce qui concerne la place du sublime chez VERNET et TURNER voir VAUGHAN, <em>XIX&deg; si&egrave;cle&hellip;, op. cit<\/em>., pp177-180. <\/span>[\/ref] L&rsquo;&oelig;uvre de Vernet va indirectement influencer les artistes anglais, notamment par l&rsquo;interm&eacute;diaire de Richard Wilson et de Jacques de Loutherbourg. Le principal apport des peintres britanniques r&eacute;side dans la th&eacute;orisation du sentiment d&rsquo;obscurit&eacute;, de crainte, voire de douleur, provoqu&eacute; par des paysages ou des ph&eacute;nom&egrave;nes naturels dont l&rsquo;&eacute;chelle n&rsquo;est plus l&rsquo;homme mais l&rsquo;infini. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> BURKE Edmund, <em>A Philosophical Inquiry into the Origin of our Ideas of the Sublime and the Beautiful<\/em>, London, 1756, et les commentaires de GAEHTGENS, <em>Le XVIII&deg; si&egrave;cle&#8230;, op. cit.<\/em>, p378. et MINSKY, <em>Le pr&eacute;romantisme, op. cit.<\/em>, p239. <\/span>[\/ref] R&eacute;v&eacute;latrices d&rsquo;une crise profonde de l&rsquo;anthropocentrisme qui fonde la vision du monde chr&eacute;tien, ces influences trouvent leur concr&eacute;tisation avec Joseph William Turner, qui porte &agrave; son sommet l&#39;art anglais du paysage. La confrontation directe avec la nature est essentielle pour ce grand voyageur, qui parcourt l&#39;Angleterre puis le continent dans une longue qu&ecirc;te paysag&egrave;re. La repr&eacute;sentation de l&#39;oc&eacute;an d&eacute;cha&icirc;n&eacute; lui inspire ainsi l&#39;une de ses &oelig;uvres majeures, &quot;Naufrage&quot;. Quelques ann&eacute;es auparavant, il a d&eacute;couvert les Alpes, lors d&rsquo;un voyage en Italie au cours duquel il met en sc&egrave;ne les drames de la montagne dans des aquarelles vigoureuses, dont son chef d&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;inspiration antiquisante, &quot;Hannibal franchissant les Alpes&quot;, figure une temp&ecirc;te en montagne. &nbsp;D&egrave;s lors montagnes, grottes, cascades, glaciers et volcans ne cessent d&rsquo;attirer l&#39;attention des peintres professionnels et du peuple des voyageurs, &agrave; la recherche d&#39;exotisme et de pittoresque.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La litt&eacute;rature pittoresque<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"13\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le go&ucirc;t du pittoresque constitue l&rsquo;apport majeur du tourisme &agrave; l&rsquo;institutionnalisation des repr&eacute;sentations du paysage. Comme l&rsquo;indique son nom issu du vocable italien <em>pittore<\/em>, il s&rsquo;agit au d&eacute;part d&rsquo;un terme de peinture, lequel va rapidement s&#39;enrichir sous l&rsquo;influence des voyageurs et des premiers touristes, de connotations r&eacute;v&eacute;lant l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;une nouvelle sensibilit&eacute; &agrave; l&rsquo;esth&eacute;tique paysag&egrave;re. Le pittoresque concerne originellement un sujet digne d&#39;&ecirc;tre peint ou des techniques picturales aptes &agrave; produire une impression esth&eacute;tique. Le concept s&#39;&eacute;largit avec l&rsquo;apparition, en Angleterre, des jardins paysagers qui accompagnent l&rsquo;invention de la vill&eacute;giature. Leur intronisation dans le registre du pittoresque s&rsquo;inscrit pleinement dans le processus d&rsquo;invention du paysage initi&eacute; par les peintres sur les routes du <em>tour<\/em>. L&rsquo;art du jardin paysager devient d&egrave;s lors la principale institution du tourisme de stations. Le terme de pittoresque d&eacute;signe, &agrave; partir de ce moment, un spectacle naturel &quot;singulier et piquant&quot;. On commence ainsi &agrave; qualifier de pittoresques les r&eacute;cits de voyages, lorsqu&rsquo;ils fournissent des indications utiles aux peintres [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> MUNSTERS Will, <em>La po&eacute;tique du pittoresque en France de 1700 &agrave; 1830<\/em>, Gen&egrave;ve, Droz, 1991, pp36 et 71-73. <\/span>[\/ref]. Avec l&rsquo;apparition d&rsquo;une litt&eacute;rature sp&eacute;cifique, l&rsquo;ensemble des &eacute;l&eacute;ments requis pour la naissance d&rsquo;une culture paysag&egrave;re sont &agrave; pr&eacute;sent r&eacute;unis.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"14\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La peinture constitue la principale r&eacute;f&eacute;rence des premi&egrave;res descriptions litt&eacute;raires du paysage qui voient le jour &agrave; cette &eacute;poque. &laquo;&nbsp;Le po&egrave;te et le peintre, rivaux et amis, empruntent aux m&ecirc;mes sources, puisent dans la nature, tous deux suivant des r&egrave;gles analogues&nbsp;&raquo;, &eacute;crit Gessner [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Gessner, <em>Lettre sur le paysage,<\/em> cit&eacute; par CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature , op. cit<\/em>., p186, qui donne l&rsquo;exemple de&nbsp; DUSAULX, <em>Voyage &agrave; Bar&egrave;ges et dans les Hautes-Pyr&eacute;n&eacute;es en1788. Th&eacute;orie des sensations et des sentimens que l&#39;on &eacute;prouve sur les monts Pyr&eacute;n&eacute;es<\/em>, Paris, 1796, comparant les Pyr&eacute;n&eacute;es &agrave; un tableau de Verne. <\/span>[\/ref] tandis que DIDEROT &eacute;voque dans des termes voisins les rapports du \u00ab\u00a0pittoresque\u00a0\u00bb et de la litt&eacute;rature&nbsp;: &laquo;&nbsp;On retrouve les po&egrave;tes dans les peintres et les peintres dans les po&egrave;tes. La vue des tableaux des grands ma&icirc;tres est aussi utile &agrave; un auteur que la lecture des grands ouvrages &agrave; un artiste&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Diderot, <em>Pens&eacute;es d&eacute;tach&eacute;es<\/em>, t.XII, p.75, et les commentaires de CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature , op. cit<\/em>., pp90-92, 104-105 et 150-151. <\/span>[\/ref] A la suite de Voltaire, DIDEROT s&rsquo;interroge toutefois sur la capacit&eacute; de la langue fran&ccedil;aise &agrave; d&eacute;crire la nature. &laquo;&nbsp;Nous n&rsquo;avons jamais &eacute;t&eacute; un peuple purement agricole; notre idiome usuel n&rsquo;a point &eacute;t&eacute; champ&ecirc;tre. [Admettant l&rsquo;existence d&rsquo;un vocabulaire agricole technique, il estime cependant que] un po&egrave;me o&ugrave; ces expressions rustiques seraient employ&eacute;es aurait souvent [&agrave; cause de sa nature dialectale] le d&eacute;faut de manquer d&rsquo;harmonie, d&rsquo;&eacute;l&eacute;gance et de dignit&eacute;.&nbsp;&raquo; [ref] <span style=\"font-size: 12px;\">CHARLIER, <em>Ibidem.<\/em> <\/span>[\/ref] Bernardin de Saint Pierre, qui marquera les romantiques tout autant que Rousseau, pense de m&ecirc;me que &laquo;&nbsp;l&rsquo;art de peindre la nature est si nouveau, que les termes n&rsquo;en sont pas invent&eacute;s. Essayez de faire la description d&rsquo;une montagne de mani&egrave;re &agrave; la faire reconna&icirc;tre [&#8230;\/&hellip;] vous ne trouvez que des p&eacute;riphrases.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Saint Pierre, Bernardin de, <em>Voyage &agrave; l&rsquo;&icirc;le de France<\/em>, lettre XXVIII, t.I, p217, et <em>Etudes de la Nature<\/em>, lettre X, tIII, p22, d&rsquo;apr&egrave;s CHARLIER, <em>Ibidem<\/em>. <\/span>[\/ref] Dans ses <em>Etudes de la Nature<\/em>, Bernardin de Saint Pierre fait cependant preuve d&rsquo;imagination, en choisissant de faire appel aux parlers techniques, notamment au langage des marins, ou encore &agrave; l&#39;association de termes courants.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"15\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Afin de rendre compte de la diversit&eacute; des couleurs, il invente ainsi un vocabulaire propre &agrave; d&eacute;crire la gamme des jaunes, souffre, citron ou jaune d&rsquo;&oelig;uf, celle des rouges, aurore, plein, carmin&eacute;, pourpre ou encore les teintes cuivr&eacute;es, fum&eacute;e de pipe, rousses noires, livides ou gueule de four enflamm&eacute;. Ses contemporains vont, dans la m&ecirc;me veine, solliciter les m&eacute;taux rares et les pierres pr&eacute;cieuses, &eacute;laborant un lexique dont les nuances renvoient l&agrave; encore &agrave; la palette du peintre. Ind&eacute;pendamment des difficult&eacute;s et des r&eacute;ticences qu&rsquo;il suscite, le go&ucirc;t du pittoresque s&rsquo;affirme irr&eacute;sistiblement dans la litt&eacute;rature de voyage. Si le terme de &quot;voyage pittoresque&quot; est limit&eacute; originellement aux peintres se rendant en Italie pour &eacute;tudier les ma&icirc;tres c&eacute;l&egrave;bres, il d&eacute;signe tr&egrave;s rapidement l&rsquo;ensemble des publications illustr&eacute;es &eacute;voquant des beaut&eacute;s artistiques et naturelles. Les premiers ouvrages qui adoptent cette d&eacute;nomination apparaissent vers la fin du XVIIIe si&egrave;cle et se multiplient au si&egrave;cle suivant. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> CAMBRY, <em>Voyage pittoresque en Suisse et en Italie en 1788<\/em>, Paris, Jansen, An IX, offre un bon exemple de ce type de litt&eacute;rature, qui renouvelait les destinations traditionnelles de la tradition aristocratique du tour. Le p&eacute;riple italien de CAMBRY le conduisit ainsi de Chamonix &agrave; Grindelwald, en passant par les lacs des Alpes, sur les traces de Voltaire &agrave; Ferney ou de Rousseau &agrave; Clarens. Dans son r&eacute;cit de voyage, les paysages naturels l&#39;emportaient largement sur le go&ucirc;t des Antiquit&eacute;s et des &oelig;uvres de l&#39;art italien. <\/span>[\/ref] Le tr&egrave;s officiel <em>Dictionnaire des Beaux-Arts<\/em> atteste alors de leur institutionnalisation&nbsp;: &quot;On doit entendre par cette expression tout voyage qu&#39;un artiste entreprend [&#8230;\/&#8230;] pour y &eacute;tudier la nature dans toutes ses productions, pour en recueillir les sites, les vues, les paysages les plus susceptibles de beaux effets et surtout pour y prendre connaissance des m&oelig;urs, des usages, des costumes et des monumens, tant anciens que modernes.\u00a0\u00bb [ref] <span style=\"font-size: 12px;\">MILLIN, <em>Dictionnaire des Beaux Arts, s.v<\/em>. &laquo;&nbsp;voyage pittoresque&nbsp;&raquo;, 1806, cit&eacute; par WOLFZETTEL, <em>Le discours du voyageur&hellip;, op. cit.<\/em>, p235. <\/span>[\/ref] On reconna&icirc;t sans peine, dans cette br&egrave;ve notice, la description des principales rubriques qui composent les guides touristiques de l&rsquo;&eacute;poque.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">De la topographie &agrave; l&#39;aquarelle<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"16\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">C&#39;est dans un genre pictural mineur, la topographie, que le voyage pittoresque puise l&#39;une des sources essentielles de son inspiration. Destin&eacute;e &agrave; jouer un r&ocirc;le majeur dans la diffusion des repr&eacute;sentations paysag&egrave;res, la topographie conna&icirc;t ses principaux d&eacute;veloppements au cours du XVIIe si&egrave;cle, avec la multiplication des ouvrages cartographiques r&eacute;pondant &agrave; la d&eacute;nomination de &quot;th&eacute;&acirc;tres&quot;. Il s&#39;agit au d&eacute;part d&rsquo;&oelig;uvres savantes, &eacute;manant de commandes publiques et visant &agrave; justifier des qualit&eacute;s de l&rsquo;administration d&#39;un &eacute;tat. La beaut&eacute; des paysages agraires est en effet, dans la tradition physiocratique et agronomique, la preuve par excellence d&#39;un bon gouvernement. L&rsquo;essor contemporain des cartographies panoramiques des limites de communes et des relev&eacute;s de fortifications r&eacute;pond &agrave; des soucis voisins, consistant &agrave; fixer les fronti&egrave;res et permettre d&#39;arbitrer dans les conflits les concernant. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera&hellip;, op. cit<\/em>., avec en ce qui concerne la <em>Riviera<\/em>, le <em>Theatrum Sabaudiae<\/em>, du &agrave; ORTELIO Abramo en 1682, et les cartes de VINZONI Matteo, une commande de l&#39;Etat G&eacute;nois. Bien d&#39;autres cartes de ce type ont exist&eacute; &agrave; cette &eacute;poque. <\/span>[\/ref] Ces ouvrages vont conna&icirc;tre un grand succ&egrave;s aupr&egrave;s des voyageurs, pour lesquels sont r&eacute;alis&eacute;es des &eacute;ditions en petit format. Cet int&eacute;r&ecirc;t se renforce au si&egrave;cle suivant avec l&#39;apparition du go&ucirc;t &quot;pittoresque&quot;. La litt&eacute;rature topographique a en effet rejoint dans le m&ecirc;me temps les pr&eacute;occupations de la peinture paysag&egrave;re, gr&acirc;ce &agrave; sa contribution au perfectionnement des techniques de l&#39;aquarelle.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"17\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">R&eacute;invent&eacute;e avec le papier coll&eacute; de WHATMAN et les couleurs solides de REEVES, l&#39;aquarelle est tout d&rsquo;abord employ&eacute;e &agrave; des fins scientifiques par les g&eacute;ographes et les naturalistes. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> AMIC <em>et alii, Le pays de Nice&#8230;, op. cit.,<\/em>&nbsp; 1999 p19. <\/span>[\/ref] Elle prend tr&egrave;s rapidement une importance artistique r&eacute;elle, gr&acirc;ce &agrave; ses qualit&eacute;s en mati&egrave;re de rendus des atmosph&egrave;res. Un peintre de renom comme Turner commence ainsi &agrave; gagner sa vie dans la production topographique. Il n&rsquo;abandonne jamais cette pratique, qui demeure sa principale source de revenus. Cette technique picturale va conna&icirc;tre une large diffusion aupr&egrave;s du public des touristes, sous l&rsquo;influence simultan&eacute;e de la mode romantique du voyage p&eacute;destre au contact direct de la nature et de la promotion de ses vertus m&eacute;dicales par la climatoth&eacute;rapie. RENOIR &eacute;voque &agrave; ce propos, non sans humour, les voyageuses &eacute;cossaises qu&rsquo;il fr&eacute;quente lors de son s&eacute;jour sur la Riviera&nbsp;: &laquo;&nbsp;Elles font deux cent cinquante ann&eacute;es &agrave; elles quatre et voyagent &agrave; pied le long de la C&ocirc;te. Elles viennent de Biarritz en direction de l&rsquo;Italie et font tout le temps de petites aquarelles&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] Il n&rsquo;y a pas une anglaise qui ne fasse des aquarelles.\u00a0\u00bb [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera&hellip;, op. cit.,<\/em>&nbsp; qui mentionne notamment T&Ouml;PFFER Rodolphe, <em>Nouveaux voyages en zig-zag &agrave; la grande chartreuse, autour du Mont Blanc, dans les vall&eacute;es d&#39;Herens, de Zermatt au Grimsel, &agrave; G&egrave;nes et &agrave; la Corniche<\/em>, Paris, Lecou, 1853, un Genevois qui parcourut les Alpes ainsi que la C&ocirc;te d&#39;Azur &agrave; pied avec les &eacute;tudiants de son pensionnat. <\/span>[\/ref] L&rsquo;un des promoteurs du tourisme th&eacute;rapeutique rapporte quant &agrave; lui, dans un parall&egrave;le &eacute;loquent, que &laquo;&nbsp;le touriste et le malade, l&rsquo;un et l&rsquo;autre cherchent le soleil et la chaude nature. Ce qu&rsquo;il faut &agrave; l&rsquo;artiste et au malade, c&rsquo;est le recueillement et le repos.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> GIRARD <em>et alii<\/em>, <em>Cannes et ses environs, op. cit.<\/em>, p3. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Les canons du pittoresque<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"18\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">En mati&egrave;re de peinture de paysage, les r&egrave;gles du go&ucirc;t classique pr&eacute;conisent de peindre la nature comme elle devrait &ecirc;tre et non pas telle qu&rsquo;elle est&nbsp;: &laquo;&nbsp;Se d&eacute;gageant des v&eacute;rit&eacute;s minutieuses [le peintre] grandit ces rochers, il porte la cime des montagnes dans les nues, et pr&eacute;cipite son imagination dans les gouffres, il leur donne la profondeur de l&rsquo;ab&icirc;me. Ces ch&ecirc;nes deviennent majestueux et forment la for&ecirc;t des druides&nbsp;&raquo; &eacute;crit ainsi Valenciennes, dans un texte \u00ab\u00a0&agrave; l&rsquo;usage des artistes\u00a0\u00bb: [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> VALENCIENNES, <em>El&eacute;mens de perspective pratique &agrave; l&#39;usage des artistes<\/em>, Paris, Desenne-Duprat, an VIII, pp384-385, d&rsquo;apr&egrave;s CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature&hellip;, op. cit.<\/em>, p188 et CHAMPIN, <em>Album portatif de l&#39;Italie destin&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;tude du paysage d&#39;apr&egrave;s nature<\/em>, Paris, chez l&#39;auteur, s.d. (ca1850), qui d&eacute;crivait ainsi les canons du &quot;pittoresque&quot; : des traits &eacute;nergiques, bien marqu&eacute;s pour l&#39;objet principal du dessin, plus cadenc&eacute;s pour le paysage, avec un d&eacute;tail en premier plan. Il donnait en exemple une cinquantaine de paysages italiens, dont cinq de la Riviera. <\/span>[\/ref] Le romantisme ne fait que d&eacute;velopper ces pr&eacute;ceptes, en mettant plus exclusivement l&rsquo;accent sur les aspects susceptibles d&rsquo;impressionner l&rsquo;&acirc;me. On attribue g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; Rousseau, qualifiant de romantique une sensation &eacute;veillant &laquo;&nbsp;dans l&rsquo;&acirc;me &eacute;mue des affections tendres et des id&eacute;es m&eacute;lancoliques&nbsp;&raquo;, la naissance de cette nouvelle sensibilit&eacute;. Elle conduit ses contemporains &agrave; un engouement sans pr&eacute;c&eacute;dent pour le spectacle de la nature. Les romantiques sont ainsi des peintres assidus, &agrave; la recherche permanente du motif pittoresque, une &eacute;glise en ruines, un vieux ch&acirc;teau, une gorge sauvage ou un torrent imp&eacute;tueux. &nbsp;[ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ADHEMAR J, <em>La France romantique. Les lithographies de paysage au XIX&deg; si&egrave;cle<\/em>, Paris, Somogy, 1997. <\/span>[\/ref] Ils sont aussi, en r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale, des adeptes du tourisme. L&rsquo;importance &eacute;motionnelle qu&rsquo;ils accordent aux repr&eacute;sentations du paysage, n&rsquo;est pas sans entretenir d&rsquo;&eacute;troits rapports avec les conceptions de l&rsquo;influence du climat sur la sant&eacute; que d&eacute;fendent &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque les promoteurs de la vill&eacute;giature. L&rsquo;essor de la litt&eacute;rature pittoresque conna&icirc;t ainsi ses premiers succ&egrave;s avec la parution des <em>Tableaux de la Suisse,<\/em> en 1777, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; les touristes investissent les Alpes. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> L&rsquo;essor contemporain de l&rsquo;alpinisme n&rsquo;&eacute;tait pas &eacute;tranger &agrave; cet engouement, avec notamment quelques ann&eacute;es plus t&ocirc;t BORDIER LC, <em>Voyage pittoresque aux glaci&egrave;res de Savoie<\/em>, 1773. <\/span>[\/ref] Ils sont suivis, avec la r&eacute;habilitation des vertus des climats chauds, des repr&eacute;sentations de la Sicile par MONEL, de l&#39;Istrie, de la Dalmatie et de la Syrie par CASSAS, et surtout de la grande description de l&#39;Egypte issue de la campagne de Bonaparte. C&rsquo;est dans les premi&egrave;res d&eacute;cennies du XIXe si&egrave;cle, que la litt&eacute;rature illustr&eacute;e s&rsquo;impose v&eacute;ritablement.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"19\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les publications illustr&eacute;es se multiplient d&egrave;s lors. Elles s&rsquo;&eacute;tendent &agrave; la France, avec les descriptions des Pyr&eacute;n&eacute;es par MELLING, la tr&egrave;s document&eacute;e<em> France pittoresque<\/em> d&rsquo;Abel HUGO, le fr&egrave;re de Victor, en 1836, ou encore la s&eacute;rie de p&eacute;riodiques intitul&eacute;es <em>Suites<\/em>, exemplairement illustr&eacute;e par les <em>Voyages Pittoresques et Romantiques dans l&#39;Ancienne France<\/em>. &nbsp;[ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Nodier C, <em>Voyages Pittoresques et Romantiques dans l&#39;Ancienne France<\/em>, 1820-1870, 21 volumes, 3000 planches et illustrations de Taylor et Caillaux et BERALDI, <em>Le Pass&eacute; du Pyr&eacute;n&eacute;isme<\/em> <em>Notices d&#39;un bibliophile. Le sentiment de la montagne en 1780, <\/em>Paris, Lahure, 1917, p7. Publi&eacute;s de 1820 &agrave; 1878, ils r&eacute;unissent quelques 21 volumes et pr&egrave;s de 3000 planches et illustrations. <\/span>[\/ref] Vers 1870, les techniques de la lithographie c&egrave;dent la place &agrave; l&#39;illustration moderne, avec les affiches publicitaires, les photographies et les cartes postales. Ce ne sont plus d&eacute;sormais la peinture et la litt&eacute;rature qui vont fixer et faire &eacute;voluer les paysages. Elles laissent cependant &agrave; leurs successeurs le riche h&eacute;ritage des repr&eacute;sentations qu&rsquo;elles ont &eacute;labor&eacute;es. La C&ocirc;te d&rsquo;Azur saura largement profiter de cet engouement. Avec <em>Nice et Savoie<\/em>, elle offre l&#39;une des derni&egrave;res productions ambitieuses de la litt&eacute;rature pittoresque. D&eacute;di&eacute; &agrave; Napol&eacute;on III, cet ouvrage se propose &laquo;&nbsp;de glorifier l&#39;annexion [de Nice &agrave; la France]. Votre glorieuse campagne d&rsquo;Italie ayant dot&eacute; notre pays de trois nouveaux d&eacute;partements, j&rsquo;ai voulu [d&eacute;crire] les aspects si pittoresques de ces magnifiques provinces [pr&eacute;cise l&rsquo;auteur ajoutant, tourisme oblige, que l&rsquo;ouvrage est aussi destin&eacute;] aux regards &eacute;merveill&eacute;s des voyageurs&nbsp;&raquo; &nbsp;[ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Du &agrave; F&eacute;lix BENOIST et au directeur &eacute;ditorial des <em>Voyages Pittoresques,<\/em> CHAPUY, un artiste &agrave; la mode, ex-architecte, qui s&rsquo;&eacute;tait rendu en Italie en 1838. Voir &agrave; ce propos CHAPUY Nicolas, CUVILLIER Armand, <em>Promenade de Nice &agrave; G&egrave;nes &#8230;,<\/em> Paris, Bulla, 1838. <\/span>[\/ref]. Les st&eacute;r&eacute;otypes paysagers sont &agrave; pr&eacute;sent bien &eacute;tablis. &laquo;&nbsp;En Savoie, les magnificences de la Nature, ses spectacles les plus grandioses, ses plus sublimes horreurs&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] A Nice, son beau ciel, ses orangers, ses oliviers, ses figuiers, ses palmiers.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> BENOIST F, DESSAIX Xavier Eyma Joseph, <em>Nice et Savoie: Sites pittoresques, monuments, description et histoire des d&eacute;partements de la Savoie, de la Haute-Savoie et des Alpes-Maritimes (ancienne province de Nice) r&eacute;unis &agrave; la France en 1860<\/em>, Paris, Charpentier, 1864, introduction. <\/span>[\/ref] Leur nature identitaire, ici clairement revendiqu&eacute;e, va jouer un r&ocirc;le important dans l&rsquo;histoire de ces r&eacute;gions. Elle r&eacute;v&egrave;le par l&agrave; m&ecirc;me l&rsquo;une des dimensions majeures du tourisme contemporain.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">3. MONTAGNE<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Fascination et r&eacute;enchantement<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"20\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La conqu&ecirc;te de la montagne a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;ouvrages fort document&eacute;s. Suite aux difficult&eacute;s inh&eacute;rentes &agrave; ce milieu hostile, la saga h&eacute;ro&iuml;que de l&rsquo;alpinisme a toutefois quelque peu occult&eacute; l&rsquo;importance du r&ocirc;le jou&eacute; par les voyageurs sur l&rsquo;histoire des repr&eacute;sentations de ses paysages. L&rsquo;alpinisme sont ainsi &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une v&eacute;ritable entreprise de colonisation int&eacute;rieure, comme le baln&eacute;arisme. Tous deux concernent les anciennes fronti&egrave;res inqui&eacute;tantes de la g&eacute;ographie mythique m&eacute;di&eacute;vale, la mer et la montagne. Ce vaste mouvement de &laquo;&nbsp;d&eacute;senchantement du monde&nbsp;&raquo; va accompagner, avec une grande efficacit&eacute;, l&rsquo;essor des sciences et des techniques, et notamment l&#39;homog&eacute;n&eacute;isation de l&#39;espace cons&eacute;cutif au d&eacute;veloppement des transports. Le tourisme occupe par l&agrave; m&ecirc;me une place originale, g&eacute;n&eacute;ralement m&eacute;connue, dans l&rsquo;&eacute;laboration des cat&eacute;gories qui nous permettent aujourd&rsquo;hui encore de penser l&rsquo;expansion de la civilisation industrielle. Son apport est cependant marqu&eacute; d&#39;une grande ambivalence. Tout en participant de mani&egrave;re d&eacute;terminante &agrave; l&rsquo;&eacute;mergence de la modernit&eacute;, le tourisme a en effet contribu&eacute; dans le m&ecirc;me temps &agrave; un d&eacute;sir collectif de retour vers une nature idyllique. Les pr&eacute;occupations fondatrices du mouvement romantique ont &eacute;t&eacute; particuli&egrave;rement marqu&eacute;es, de ce point de vue, par les conceptions hygi&eacute;nistes de la &quot;climatoth&eacute;rapie&quot;. L&rsquo;&eacute;tude du r&ocirc;le jou&eacute; par les voyageurs dans l&rsquo;&eacute;volution des repr&eacute;sentations de la montagne en offre une illustration exemplaire.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La montagne maudite<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"21\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;int&eacute;gration de la montagne &agrave; notre espace quotidien s&rsquo;est accompagn&eacute;e d&rsquo;une profonde m&eacute;tamorphose de ses repr&eacute;sentations. Depuis le moyen-&acirc;ge, les montagnes sont en effet ignor&eacute;es ou seulement per&ccedil;ues comme un objet d&#39;&eacute;pouvante et d&#39;effroi, voire encore mises &agrave; distance en tant qu&rsquo;imagerie exotique. La profonde r&eacute;pulsion qu&rsquo;inspirent leurs paysages d&eacute;shumanis&eacute;s est entach&eacute;e d&#39;une grande ambigu&iuml;t&eacute;, issue de la position m&eacute;diatrice que leur conf&egrave;re la cosmologie chr&eacute;tienne. Situ&eacute;e au contact de la terre et des espaces c&eacute;lestes, la montagne passe en effet pour une fronti&egrave;re avec le monde de l&#39;au-del&agrave;. Le monde chr&eacute;tien ne fait que reprendre en cela les cat&eacute;gories de la tradition antique, qui d&eacute;peint la montagne &agrave; la fois comme le s&eacute;jour des Dieux ou la porte des Enfers. C&rsquo;est ainsi que Dante, s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;autorit&eacute; des textes bibliques, &eacute;voque l&rsquo;image de la montagne en tant que porte du monde infernal, tandis que la litt&eacute;rature des <em>Mirabilia<\/em> place l&#39;Eden au sommet de la plus haute montagne de la terre. Sous ces influences, les chroniqueurs m&eacute;di&eacute;vaux vont mentionner de mani&egrave;re syst&eacute;matique les montagnes lointaines, tout en faisant preuve d&rsquo;une ignorance d&eacute;lib&eacute;r&eacute;e envers celles de l&rsquo;Europe, sauf lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de lieux de p&egrave;lerinage. P&eacute;trarque est l&rsquo;un des rares auteurs qui se soit attach&eacute; &agrave; d&eacute;crire la montagne des Alpes. S&rsquo;&eacute;tant rendu au sommet du Mont Ventoux, qui domine de ses 2000 m&egrave;tres les Pr&eacute;alpes proven&ccedil;ales, il reste toutefois prisonnier de cette m&ecirc;me inspiration, empreinte de religiosit&eacute;, comme le montre son &eacute;vocation de l&#39;extase quasi mystique provoqu&eacute;e par son ascension. M&ecirc;me si les Romantiques font de cet &eacute;pisode une pr&eacute;figuration du &laquo;&nbsp;sentiment de la montagne&nbsp;&raquo; et l&#39;objet de l&#39;un de leurs p&egrave;lerinages touristiques favoris, [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> On se reportera &agrave; ce propos &agrave; l&rsquo;ATLAS BELFRAM, <em>op. cit.,<\/em> p.84 et &agrave; l&rsquo;importance du souvenir de Laure et P&eacute;trarque chez les voyageurs romantiques. <\/span>[\/ref] la g&eacute;ographie mythique du monde chr&eacute;tien continue de dominer les repr&eacute;sentations des paysages alpins jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;poque moderne. Les descriptions paradisiaques qui accompagnent la d&eacute;couverte des vall&eacute;es recul&eacute;es des Alpes par les premiers touristes attestent de cette permanence. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Voir les r&eacute;cits rapport&eacute;s par BOZONNET Jean Paul, <em>Des monts et des mythes. L&#39;imaginaire social de la montagne<\/em>, Grenoble, Presses Universitaires, 1992, pp30-34, qui &eacute;voque aussi l&quot;humanisation&quot; des paysages de la montagne au travers des l&eacute;gendes de p&eacute;trifications et de leur l&rsquo;ambivalence. <\/span>[\/ref] La litt&eacute;rature du voyage pr&eacute;pare cependant, dans le m&ecirc;me temps, une &eacute;volution radicale des mentalit&eacute;s.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;&acirc;ge de la fascination<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"22\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Adepte avant l&rsquo;heure du tourisme th&eacute;rapeutique, MONTAIGNE est aussi un pr&eacute;curseur de la revalorisation esth&eacute;tique de la montagne. A l&rsquo;occasion de son passage dans les Alpes, son secr&eacute;taire rapporte ainsi que&nbsp;: &laquo;&nbsp;ce vallon sambloit &agrave; M. de Montaigne repr&eacute;senter le plus agr&eacute;able pa&iuml;sage qu&#39;il eust jamais veu ; tant&ocirc;t se resserrant, les montagnes venant &agrave; se presser et puis s&#39;&eacute;largissant [&#8230;\/&#8230;] et tout cela enferm&eacute; et emmur&eacute; de tous cost&eacute;s de mons d&rsquo;une hauteur infinie.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> MONTAIGNE, <em>Journal d&#39;un voyage en Italie, op. cit.<\/em>, p52. <\/span>[\/ref] Il faut toutefois attendre la fin du XVIIIe si&egrave;cle et les premiers touristes, pour que la montagne commence &agrave; susciter un r&eacute;el int&eacute;r&ecirc;t. Le sentiment religieux continue cependant &agrave; dominer les premiers amateurs des sommets, comme l&rsquo;atteste le registre ambivalent de la fascination dans lequel s&rsquo;expriment leurs descriptions. &laquo;&nbsp;Disparaissez, objets affreux, Rochers qui montez jusqu&rsquo;aux cieux [&#8230;\/&#8230;] De vos cascades effrayantes, Ne fatiguez plus mes regards&nbsp;&raquo; &eacute;crit ainsi un voyageur, [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Le Franc de Pompignan<em>, En revenant de Bar&egrave;ges,<\/em> 1745, Ode V. <\/span>[\/ref] &agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; les premiers <em>tourists<\/em> se rendent &agrave; Chamonix pour visiter &quot;la mer de glace&quot; et les &quot;glaci&egrave;res&quot; des Alpes, &laquo;&nbsp;ces monts tout de glace et sans doute inhabitables, [qui] n&rsquo;ont point d&eacute;gel&eacute; depuis la cr&eacute;ation [o&ugrave;] les curieux osent cependant faire de petits voyages&nbsp;&raquo;. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Boccage, <em>Lettres de Mme du, contenant ses voyages en France, en Angleterre, en Hollande et en Italie, &eacute;crites pendant les ann&eacute;es 1756, 1757 et 1758<\/em>, Dresde, 177, p.349. <\/span>[\/ref] Ces voyageurs restent dans leur grande majorit&eacute; insensibles aux beaut&eacute;s du paysage montagnard. &laquo;&nbsp;Ce pays-ci ressemble &agrave; l&rsquo;enfer comme si l&rsquo;on y &eacute;tait, except&eacute; pourtant qu&rsquo;on y meurt de froid; mais c&rsquo;est une horreur &agrave; la glace&nbsp;&raquo; rapportent-ils ainsi dans leurs r&eacute;cits [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Voisenon, <em>Cauterets<\/em>, 1761<em>.<\/em> <\/span>[\/ref].<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"23\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les repr&eacute;sentations commencent malgr&eacute; tout &agrave; &eacute;voluer sous l&rsquo;influence des voyageurs, la montagne devenant le lieu privil&eacute;gi&eacute; d&#39;une rencontre esth&eacute;tique avec la nature. Dans sa <em>Th&eacute;orie des sensations et des sentimens que l&#39;on &eacute;prouve sur les monts Pyr&eacute;n&eacute;es,<\/em> Dusaulx affirme &agrave; ce propos avoir &laquo;&nbsp;voulu peindre les sensations et les sentiments, que tout homme instruit, sensible et suffisamment organis&eacute; doit &eacute;prouver sur des monts de premier ordre.&nbsp;&raquo; Son discours est effectivement novateur. Une curiste rencontr&eacute;e aux bains de Bar&egrave;ges, lui demandant au sujet des sommets qui entourent la station, &laquo;&nbsp;Que pensez-vous de ces horreurs&nbsp;? [il r&eacute;plique avec indignation] Des horreurs&nbsp;! Quand il s&rsquo;agit de l&rsquo;un des sanctuaires des plus v&eacute;n&eacute;rables de la nature&nbsp;!&nbsp;&raquo;. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Dusaulx, <em>Voyage &agrave; Bar&egrave;ges et dans les Hautes-Pyr&eacute;n&eacute;es en 1788. Th&eacute;orie des sensations et des sentimens que l&#39;on &eacute;prouve sur les monts Pyr&eacute;n&eacute;es<\/em>, Paris, 1796, d&rsquo;apr&egrave;s BABEAU, <em>Les voyageurs en France, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Les premi&egrave;res repr&eacute;sentations<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"24\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La litt&eacute;rature touristique est l&rsquo;une des principales sources de l&rsquo;&eacute;volution des repr&eacute;sentations de la montagne, avec l&rsquo;essor du voyage pittoresque. Elle va s&rsquo;assurer pour cela du concours de la cartographie, impuls&eacute;e par les militaires et les topographes, ainsi que de celui de la peinture paysag&egrave;re &eacute;labor&eacute;e dans l&rsquo;Italie du <em>tour<\/em>. Les premi&egrave;res repr&eacute;sentations touristiques de la montagne apparaissent au cours du XVIII&deg; si&egrave;cle, avec en 1741 les <em>Lettres<\/em> de WINDHAM, un voyageur britannique, d&eacute;peignant pour la premi&egrave;re fois Chamonix et la Mer de Glace, suivies entre 1777 et 1784 des <em>Tableaux de la Suisse et de l&#39;Italie<\/em>. Elles vont conna&icirc;tre une grande diffusion. Dans le m&ecirc;me temps, les &eacute;diteurs mettent au point les techniques de l&#39;estampe en couleurs, avec les <em>Vues remarquables des Montagnes de la Suisse<\/em>. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> On s&rsquo;est report&eacute; ici aux commentaires de BERALDI, <em>Le Pass&eacute; du Pyr&eacute;n&eacute;isme.., op. cit.<\/em>, pp6 et 286, et &agrave; RABUT Elisabeth, &laquo;&nbsp;L&rsquo;&eacute;volution du regard sur la haute montagne au tournant du XVIII&deg; si&egrave;cle&nbsp;: l&rsquo;exemple de la gravure&nbsp;&raquo;, <em>La haute montagne, visions et repr&eacute;sentations<\/em>, <em>Revue R&eacute;gionale d&rsquo;Ethnologie, n&deg;1-2,<\/em> Grenoble, Centre Alpin et Rhodanien d&rsquo;ethnologie, 1988, 258p., pp133-141. <\/span>[\/ref] Publi&eacute;es au rythme de plusieurs fascicules mensuels, elles rassemblent quelques centaines de planches, accompagn&eacute;es entre autres des dessins de LEBARBIER, PERIGON ou FRAGONARD. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un v&eacute;ritable manifeste de la peinture de montagne, o&ugrave; l&rsquo;on remarque notamment les paysages fantastiques et tourment&eacute;s de Claude Louis CHATELET. Agr&eacute;ment&eacute;s de nombreuses descriptions du climat, de la faune, de la population, de l&rsquo;&eacute;conomie, des langues et des cultes, ces ouvrages sont pr&eacute;sent&eacute;s comme la &laquo;&nbsp;description la plus exacte, soit des merveilles de la nature [&#8230;\/&#8230;] soit des chefs d&rsquo;&oelig;uvre&nbsp; de l&rsquo;art.&nbsp;&raquo; Ce souci &eacute;rudit atteste de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que les voyageurs savants et les touristes &eacute;clair&eacute;s portent alors &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de la nature. L&rsquo;une des premi&egrave;res publications &agrave; s&rsquo;attacher &agrave; une description d&eacute;taill&eacute;e des Alpes est ainsi l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;un ing&eacute;nieur-cartographe, ALBANIS DE BEAUMONT, qui travaille pour le compte du roi de Pi&eacute;mont Sardaigne mais aussi comme pr&eacute;cepteur des enfants d&rsquo;un illustre touriste azur&eacute;en, le Duc de Gloucester. Dans un souci proche du &laquo;&nbsp;tourisme &eacute;clair&eacute;&nbsp;&raquo; des Lumi&egrave;res, ses travaux associent la g&eacute;ologie, la flore, les cultures, les coutumes et l&rsquo;arch&eacute;ologie. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Install&eacute; &agrave; Londres et naturalis&eacute; anglais, Beaumont &eacute;tait en fait originaire de Chamb&eacute;ry, ce qui le rendit probablement plus r&eacute;ceptif au spectacle de la montagne. Lui m&ecirc;me fils de peintre, Il s&rsquo;&eacute;tait assur&eacute; des services d&#39;un illustrateur de talent, le hollandais Cornelius APOSTOOL, auteur de la majorit&eacute; des aquarelles ornant ses ouvrages. On se reportera &agrave; ce propos &agrave; ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera&hellip;, op. cit<\/em>. ALBANIS DE BEAUMONT s&rsquo;attacha aussi &agrave; la description des Alpes Maritimes avec <em>Voyage historique et pittoresque du Comt&eacute; de Nice&hellip;,<\/em> en 1787, <em>Selected views in the south of France&hellip;, op. cit.,<\/em> en 1794 et en 1795, <em>Travels through the Maritime Alps<\/em>. <\/span>[\/ref] Autre pionnier de la litt&eacute;rature pittoresque, le baron BACLER D&rsquo;ALBE est quand &agrave; lui le directeur du bureau topographique de Bonaparte, o&ugrave; il occupe le poste d&rsquo;ing&eacute;nieur g&eacute;ographe en chef. Il peint ainsi la campagne d&rsquo;Italie et d&eacute;veloppe en cette occasion la technique de la lithographie, qui va jouer un grand r&ocirc;le dans la diffusion des repr&eacute;sentations paysag&egrave;res. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ASTENGO, <em>ibidem. <\/em>On doit aussi &agrave; BACLER D&rsquo;ALBE une vingtaine de vues des Alpes Maritimes, publi&eacute;es dans ses <em>Souvenirs pittoresques<\/em> en 1819. <\/span>[\/ref] La contribution de ces voyageurs savants au &quot;d&eacute;senchantement&quot; de contr&eacute;es encore redout&eacute;es de leurs contemporains, conduit rapidement &agrave; une rupture affirm&eacute;e avec l&#39;ancienne cosmographie h&eacute;rit&eacute;e du moyen-&acirc;ge chr&eacute;tien. Elle s&rsquo;inscrit en fait dans une longue tradition naturaliste, remontant &agrave; la Renaissance italienne et aux premiers d&eacute;veloppements du <em>tour<\/em>.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La montagne savante<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"25\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le renouveau des repr&eacute;sentations de la montagne impuls&eacute; par les voyageurs du XVIIIe si&egrave;cle, trouve une part importante de ses sources dans l&rsquo;essor que connaissent les sciences de la nature &agrave; l&rsquo;&eacute;poque du <em>tour<\/em>. L&rsquo;un des principaux ma&icirc;tres &agrave; penser de la Renaissance italienne, L&eacute;onard de Vinci, s&rsquo;est ainsi rendu au Mont-B&ocirc; (le Monboso), un sommet atteignant les 3000 m&egrave;tres d&#39;altitude, pour des observations savantes&nbsp;: &laquo;&nbsp;J&#39;affirme que l&#39;azur que nous voyons dans l&#39;atmosph&egrave;re n&#39;est pas sa couleur propre, mais est caus&eacute; par une humidit&eacute; chaude qui s&#39;&eacute;vapore [rapporte-t-il &agrave; propos de son excursion] Cela pourrait &ecirc;tre vu, comme je l&rsquo;ai vu moi-m&ecirc;me, par quiconque montera sur le Monboso&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] qui s&eacute;pare la France de l&rsquo;Italie.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Cit&eacute; par CHAMSON Max, <em>Les grandes heures des Alpes, op cit<\/em>, p98. <\/span>[\/ref] Pour bien comprendre le caract&egrave;re novateur de ces pr&eacute;occupations, il faut les replacer dans leur contexte. L&rsquo;exemple de Jean BURIDAN en offre une illustration embl&eacute;matique. Ce contemporain de PETRARQUE a lui aussi gravi le sommet du Mont Ventoux, afin d&rsquo;en mesurer l&rsquo;altitude qu&rsquo;il estime proche des 18 000 m&egrave;tres&nbsp;! Il s&rsquo;agit en fait, pour la science de l&rsquo;&eacute;poque, de savoir si la montagne est ou non plus haute que la mer. Une telle interrogation n&rsquo;est pas seulement due &agrave; l&rsquo;effet d&rsquo;optique qui r&eacute;sulte de la rencontre de l&rsquo;horizon marin et du ciel, mais aussi &agrave; l&rsquo;autorit&eacute; des textes bibliques relatifs au d&eacute;luge. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> JOUTY S, &laquo;&nbsp;Connaissance et symbolique de la montagne chez les &eacute;rudits m&eacute;di&eacute;vaux&raquo;, in <em>HOMO TURISTICUS, op. cit.<\/em>, pp21-34. <\/span>[\/ref] C&#39;est tout naturellement en Suisse, o&ugrave; la montagne est une r&eacute;alit&eacute; quotidienne, que va se d&eacute;velopper une v&eacute;ritable approche scientifique du milieu montagnard. La Suisse est aussi, &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, le point de passage oblig&eacute; des <em>tourists<\/em> de plus en plus nombreux &agrave; se rendre en Italie. L&#39;Universit&eacute; de B&acirc;le a ainsi inscrit, d&egrave;s le XVIe si&egrave;cle, l&#39;&eacute;tude de la montagne dans ses enseignements, tandis que Josias Simler, de l&#39;Universit&eacute; de Z&uuml;rich, publie (en latin) le premier ouvrage consacr&eacute; aux Alpes et &agrave; leur description. Il ne s&#39;agit certes que d&#39;un travail d&#39;&eacute;rudition, se contentant de collationner tous les documents relatifs &agrave; la montagne depuis l&#39;Antiquit&eacute;, mais c&rsquo;est pour l&#39;&eacute;poque une r&eacute;elle nouveaut&eacute;. Au si&egrave;cle suivant, Jean Jacques SCHEUCHZER, lui aussi professeur &agrave; l&#39;Universit&eacute; de Z&uuml;rich, produit un premier inventaire v&eacute;ritablement scientifique et syst&eacute;matique des cha&icirc;nes, sommets, cols et glaciers des Alpes, tandis qu&rsquo;Albrecht VON HALLER, un autre &quot;physiologiste&quot; suisse, s&rsquo;attache pour la premi&egrave;re fois &agrave; un &eacute;loge litt&eacute;raire des charmes de la montagne. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Simler Josias, <em>De Alpibus commentarus<\/em>., Zurich, 1574; SCHEUCHZER Jean, 1700; VON HALLER Jacques Albrecht, <em>Les Alpes<\/em>, 1732, cit&eacute;s par WACKERMANN Gabriel, <em>Le tourisme international, op. cit<\/em>., pp24 et 31. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"26\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ces premi&egrave;res &eacute;tudes savantes de la montagne ne sortent toutefois gu&egrave;re de la description des grands itin&eacute;raires alpins traditionnels, c&rsquo;est &agrave; dire des principaux cols des Alpes. Il faut en fait attendre le XVIIIe si&egrave;cle, avec un autre &eacute;rudit helv&eacute;tique, Horace Benedict de Saussure, pour trouver une v&eacute;ritable description scientifique d&#39;envergure de la g&eacute;ologie alpine, incluant celle de ses sommets. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> BROC Numa, <em>Les montagnes au si&egrave;cle des Lumi&egrave;res<\/em>, Paris, CTHS, 1991. <\/span>[\/ref] Fils d&rsquo;un agronome r&eacute;put&eacute;, titulaire de la Chaire de Philosophie exp&eacute;rimentale de l&rsquo;Universit&eacute; de Gen&egrave;ve, Saussure est l&rsquo;auteur de travaux qui vont former la base de cette science, portant &agrave; la fois sur la min&eacute;ralogie, la physique, la chimie, la botanique, la zoologie et la m&eacute;t&eacute;orologie de la montagne, dans l&rsquo;esprit des ouvrages climat&eacute;riques contemporains. Il fait aussi preuve d&rsquo;une r&eacute;elle sensibilit&eacute; pour l&rsquo;esth&eacute;tique des paysages de la montagne. Lors de son passage sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, il relate ainsi l&rsquo;&eacute;motion forte que lui procure la vue des Alpes Maritimes&nbsp;: &laquo;&nbsp;On y jouit d&rsquo;une vue extr&ecirc;mement &eacute;tendue, mais celle du c&ocirc;t&eacute; de la mer est la seule qui puisse plaire&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] de la plus grande beaut&eacute;&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] un spectacle infiniment vari&eacute; [rapportait-il en pr&eacute;cisant que] malgr&eacute; ma pr&eacute;vention pour nos montagnes, je trouvais cette situation plus belle que tout ce que j&rsquo;avais vu jusque alors.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> SAUSSURE Horace Benedict De, <em>Voyage dans les Alpes pr&eacute;c&eacute;d&eacute;s d&#39;un essai sur l&#39;histoire naturelle des environs de Gen&egrave;ve<\/em>, Neuchatel, Faucle-Borel, 1796, d&rsquo;apr&egrave;s ASTENGO<em> et alii, La scoperta della Riviera&hellip;, op. cit. <\/em>SAUSSURE parcourut la Riviera d&#39;Alassio &agrave; Nice &agrave; dos de mulet. <\/span>[\/ref] Si l&#39;investissement de la montagne par les scientifiques occupe une place d&eacute;terminante dans l&rsquo;&eacute;volution de ses repr&eacute;sentations, il n&rsquo;aurait cependant pu voir le jour sans le tourisme. Comme pour le baln&eacute;arisme, l&rsquo;invention de la montagne passe par la m&eacute;diation de la vill&eacute;giature, avec les d&eacute;veloppements de l&#39;alpinisme dont les touristes sont &agrave; la fois les pionniers et les principaux acteurs. Leurs pratiques vont grandement contribuer &agrave; donner au tourisme sa physionomie moderne. Sous ces influences conjugu&eacute;es, le &quot;d&eacute;senchantement&quot; de la montagne est en marche. Il s&rsquo;accompagne paradoxalement d&#39;une r&eacute;habilitation de ses qualit&eacute;s esth&eacute;tiques.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">4. ALPINISME<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La montagne colonis&eacute;e<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"27\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&#39;exploration touristico-scientifique de la montagne ne voit vraiment le jour qu&rsquo;&agrave; la fin du XVIIIe si&egrave;cle, avec &quot;l&rsquo;invention&quot; de l&#39;alpinisme. Ses pionniers rassemblent un &eacute;tonnant m&eacute;lange de savants, d&rsquo;eccl&eacute;siastiques, de simples curieux, de sportifs ou encore d&rsquo;excentriques, sans oublier les adeptes du romantisme naissant. Il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une v&eacute;ritable innovation. Les relations d&#39;ascensions sont en effet quasiment inexistantes jusqu&#39;au XVIIe si&egrave;cle, o&ugrave; elles demeurent encore une rare curiosit&eacute;. Le d&eacute;veloppement que connaissent les communications transalpines &agrave; partir de la fin du XVIIe si&egrave;cle, joue assur&eacute;ment un r&ocirc;le majeur dans le go&ucirc;t naissant pour la montagne, ainsi que dans l&#39;essor contemporain du Voyage &agrave; l&#39;Italie. Les itin&eacute;raires alpins sont en effet consid&eacute;rablement am&eacute;nag&eacute;s &agrave; cette &eacute;poque. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Voir &agrave; ce propos Arnod P.A, <em>Relation des passages de tout le circuit du Duch&eacute; d&#39;Aoste, venant des provinces circonvoisines<\/em>, 1691-1694. <\/span>[\/ref] Le tourisme n&rsquo;est pas &eacute;tranger &agrave; ces travaux. Il va d&rsquo;ailleurs accompagner, jusqu&rsquo;&agrave; nos jours, la r&eacute;volution des transports et celle des perceptions du monde qu&rsquo;elle allait entra&icirc;ner.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Les pr&eacute;curseurs<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"28\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le premier historien de la montagne, Josias Simler, ne rel&egrave;ve que quelques rares mentions antiques tr&egrave;s &eacute;vasives, comme l&#39;ascension du sommet du mont Hermas par Philippe de Mac&eacute;doine ou encore celle de l&#39;Etna par Hadrien. Le premier t&eacute;moignage relatif &agrave; l&rsquo;ascension d&rsquo;une montagne, la Rochemelon (<em>Roccia Melone<\/em>), situ&eacute;e au voisinage de Suse &agrave; quelques 3538 m&egrave;tres d&#39;altitude, ne remonterait selon lui qu&rsquo;au XIe si&egrave;cle. Il faut attendre le XIIIe si&egrave;cle, avec Pierre III d&#39;Aragon, pour qu&#39;une nouvelle tentative soit rapport&eacute;e, avec l&rsquo;ascension du Mont Canigou dans les Pyr&eacute;n&eacute;es. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> COOLIDGE WAB, <em>Josias Simler et les origines de l&#39;alpinisme jusqu&#39;en 1600<\/em>, Grenoble, Glenst, 1989. <\/span>[\/ref] Le XIVe si&egrave;cle n&rsquo;est gu&egrave;re plus attir&eacute; par l&rsquo;aventure alpestre que ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs. Le seul exemple apparemment connu est celui de Bonifacio Rotaro [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> CHAMSON, <em>Les grandes heures des Alpes, op. cit.<\/em>, p88. <\/span>[\/ref], un moine italien qui se rend &agrave; nouveau au sommet de la Rochemelon. Le but de son ascension est purement religieux. Il souhaite d&eacute;poser sur son sommet une ic&ocirc;ne en <em>ex-voto<\/em>. Le roi Charles VIII est, au si&egrave;cle suivant, le pr&eacute;curseur des exp&eacute;ditions quasi militaires qui marqueront durablement l&#39;histoire de l&#39;alpinisme moderne. Il ordonne ainsi l&#39;ascension d&#39;une montagne &agrave; la d&eacute;nomination &eacute;loquente, le <em>Mons Inascensibilis <\/em>(le Mont-Aiguille); qui domine la r&eacute;gion d&#39;Embrun dans les Alpes fran&ccedil;aises. Men&eacute;s par un sp&eacute;cialiste dans l&#39;art des si&egrave;ges (!), les pr&eacute;paratifs de cette ascension durent quelque deux ans. Il para&icirc;t que Rabelais &eacute;voque allusivement l&#39;&eacute;pisode dans le <em>Quart Livre<\/em>. Quand au vainqueur du Mont-Aiguille, il affirme significativement que &laquo;&nbsp;s&#39;cet le plus orrible et expouvantable paysage que je viz james, ne homme de la compaignie.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> CHAMSON, <em>ibidem<\/em>, p94. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"29\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au XVIe si&egrave;cle, qu&rsquo;un r&eacute;el int&eacute;r&ecirc;t pour la montagne commence timidement &agrave; se manifester, sous l&rsquo;influence des pr&eacute;occupations savantes de la Renaissance et de celles plut&ocirc;t religieuses des p&egrave;lerins. Apr&egrave;s l&rsquo;excursion de L&eacute;onard de Vinci sur le Mont-B&ocirc;, en 1511, Vladianus se rend ainsi au sommet du Pilate en 1518, suivi par Jean Rhelicanus sur le <em>Stockhorn<\/em> en 1536, tandis que Candale laisse, en 1555, le r&eacute;cit de son ascension du Pic du Midi, dans les Pyr&eacute;n&eacute;es. Les t&eacute;moignages d&rsquo;ascensions se multiplient d&egrave;s lors, avec Conrad Gesner, Benoit Marti, Jean Fabricius et Thomas Sch&ouml;pf, lequel d&eacute;crit en 1577 les montagnes de l&#39;Oberland bernois. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> COOLIDGE, <em>Josias Simler&hellip;,<\/em> <em>op. cit.,<\/em> p28. <\/span>[\/ref] En 1588, un p&egrave;lerin breton qui traverse les Alpes en direction de la Terre Sainte, relate son ascension de la <em>Roccia Melone<\/em>. Il use d&eacute;j&agrave; de crampons et d&eacute;crit les pr&eacute;cipices et les ab&icirc;mes &quot;profonds et effroyables&quot; rencontr&eacute;s dans son aventure. Une chapelle abritant l&rsquo;ic&ocirc;ne d&eacute;pos&eacute;e par Bonifacio ROTARIO est toutefois &eacute;difi&eacute;e, comme il nous l&#39;apprend lui-m&ecirc;me, sur le sommet de la montagne, ce qui relativise la port&eacute;e de l&rsquo;exp&eacute;dition. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Villemont Jacques de, cit&eacute; par CHAMSON, <em>Les grandes heures des Alpes, op. cit<\/em>., p90. <\/span>[\/ref] Ces premiers pr&eacute;curseurs de l&rsquo;alpinisme ne feront gu&egrave;re d&rsquo;&eacute;mules. La haute montagne va en fait demeurer une <em>terra incognita<\/em> jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;entr&eacute;e en sc&egrave;ne, au XVIIIe si&egrave;cle, des voyageurs de plus en plus nombreux &agrave; traverser les Alpes sur les chemins du <em>tour<\/em>. C&#39;est toutefois un religieux, un moine d&#39;Engelberg, qui laisse en 1739 la premi&egrave;re relation connue de l&#39;ascension d&#39;un sommet couvert de neiges &eacute;ternelles, le <em>Titlis<\/em>. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> WACKERMANN, <em>Le tourisme international, op. cit.<\/em> p31. <\/span>[\/ref] Au m&ecirc;me moment, les touristes partent &agrave; la conqu&ecirc;te des Alpes.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Les alpinistes<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"30\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">En 1741, deux voyageurs britanniques, William Windham et Richard Pococke, se rendent, en compagnie de cinq autres <em>tourists<\/em> et de leurs domestiques, &agrave; Chamonix, dont ils veulent explorer les &quot;glaci&egrave;res&quot;. Ils ont pris pour guides des autochtones qui les conduisent &agrave; la &quot;mer de Glace&quot;. Le r&eacute;cit illustr&eacute; de cette exp&eacute;dition am&egrave;ne rapidement leurs compatriotes &agrave; investir ce petit village de montagnards, o&ugrave; voient le jour premi&egrave;res formes de la vill&eacute;giature alpestre. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> WINDHAM William, <em>Voyage aux glaci&egrave;res de Savoie<\/em>, Journal Helv&eacute;tique, 1743, mentionn&eacute; par CHAMSON, <em>Les grandes heures des Alpes, op. cit.,<\/em> p123. <\/span>[\/ref] Le titulaire de la Chaire de Philosophie exp&eacute;rimentale de l&#39;Universit&eacute; de Gen&egrave;ve, Horace Benedict de Saussure, se rend &agrave; son tour &agrave; Chamonix d&egrave;s 1760, &agrave; la suite des descriptions qu&#39;en ont faites les voyageurs britanniques. A cette occasion, il propose un soutien financier cons&eacute;quent pour organiser l&#39;exploration du massif du Mont-Blanc, que l&#39;on nomme alors le &quot;Mont-Maudit&quot;.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"31\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le savant helv&eacute;tique devra patienter pr&egrave;s de vingt ans avant que l&#39;ascension du point culminant des Alpes n&#39;aboutisse, apr&egrave;s une dizaine de tentatives infructueuses. Dans le m&ecirc;me temps, plusieurs de ses compatriotes et amis, eux aussi f&eacute;rus d&#39;histoire naturelle, se sont cependant lanc&eacute;s avec plus de succ&egrave;s dans l&#39;exploration des sommets de la r&eacute;gion. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Les fr&egrave;res DELUC s&#39;engag&egrave;rent ainsi &agrave; plusieurs reprises, d&egrave;s 1765, dans l&#39;ascension du Buet, une excursion facile mais qui leur demanda trois tentatives avant d&#39;aboutir. L&#39;abb&eacute; MURITH atteignit en 1779 le sommet du V&eacute;lan, culminant &agrave; plus de 4000 m&egrave;tres, une excursion d&eacute;j&agrave; plus technique. Cf. ENGEL, <em>Histoire de l&#39;alpinisme&#8230;, op. cit.<\/em>, pp26-28. <\/span>[\/ref] C&rsquo;est en 1786 qu&rsquo;a lieu la premi&egrave;re ascension du sommet du Mont-Blanc. Elle est due &agrave; la collaboration d&rsquo;un amateur local de cristaux, Jacques Balmat, et du m&eacute;decin de Chamonix, Michel-Gabriel Paccard, lui aussi passionn&eacute; de min&eacute;ralogie ainsi que de botanique et d&rsquo;astronomie. Paccard emporte avec lui un barom&egrave;tre, un thermom&egrave;tre et une boussole. L&rsquo;ann&eacute;e suivante, Balmat accompagne Saussure avec une caravane plus consistante, compos&eacute;e de dix-huit porteurs charg&eacute;s de nombreux instruments de mesure, qui permettent entre autres de relever la temp&eacute;rature de l&rsquo;&eacute;bullition de l&rsquo;eau, &agrave; 85&deg;, la densit&eacute; de l&rsquo;air et l&rsquo;altitude exacte du point culminant des Alpes. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ENGEL, <em>ibidem.<\/em>, pp38sq, qui rel&egrave;ve avec humour l&#39;une des constantes de la pr&eacute;histoire de l&#39;alpinisme, celle de la perte ou de la destruction des instruments scientifiques emport&eacute;s par les touristes savants, thermom&egrave;tre ou barom&egrave;tre. <\/span>[\/ref] Ces pr&eacute;occupations scientifiques rejoignent fort significativement celles des promoteurs de la climatoth&eacute;rapie dont on vient de d&eacute;crire les th&eacute;ories et les pratiques.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"32\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;ascension du Mont-Blanc aura un retentissement consid&eacute;rable dans l&rsquo;Europe des Lumi&egrave;res. Elle est l&rsquo;objet de nombreux r&eacute;cits et illustrations qui vont grandement contribuer au d&eacute;veloppement de la litt&eacute;rature de voyage. Une soixantaine de relations de voyages en Suisse voient ainsi le jour entre les seules ann&eacute;es 1750 et 1795&nbsp;! &nbsp;[ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Ebel, <em>Manuel du voyageur en Italie<\/em>, 1810, tI. <\/span>[\/ref] Outre les &eacute;crits de SAUSSURE, et les d&eacute;veloppements d&eacute;j&agrave; &eacute;voqu&eacute;s de la litt&eacute;rature pittoresque, cette riche production est marqu&eacute;e par les ouvrages de BOURRIT [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> BOURRIT MT, <em>Description des glaciers de la Savoie<\/em>, 1773. <\/span>[\/ref], un &eacute;rudit excentrique qui est l&#39;un des principaux protagonistes et propagandistes de la saga alpine, ainsi que par les <em>Lettres<\/em> de Coxe sur les Alpes. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> SAUSSURE Horace Benedict De, <em>Journal d&rsquo;un voyage &agrave; Chamouni et &agrave; la cime du Mont Blanc en juillet et aoust 1787<\/em> et BOURRIT M T, <em>Lettres sur le premier voyage au sommet du Mont Blanc<\/em>, Gen&egrave;ve, 1786. <\/span>[\/ref] Il faut aussi citer leur traducteur, Ramond de CARBONNIERES, qui est &agrave; la fois \u00ab\u00a0philosophe\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0physicien\u00a0\u00bb, et qui a fait auparavant l&rsquo;ascension des principaux sommets pyr&eacute;n&eacute;ens. Il a d&eacute;crit &agrave; cette occasion la cha&icirc;ne dans son ensemble. Le lyrisme de ses commentaires et de ses descriptions annonce par bien des aspects la sensibilit&eacute; romantico-climatique&nbsp;: &laquo;&nbsp;Je sentois ce charme que j&rsquo;ai tant connu, tant go&ucirc;t&eacute; sur les montagnes, ce contentement vague, cette l&eacute;g&egrave;ret&eacute; du corps, cette agilit&eacute; des membres, cette s&eacute;r&eacute;nit&eacute; de la pens&eacute;e, si doux &agrave; &eacute;prouver, si difficile &agrave; peindre.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> CARBONNIERES Ramond, <em>Observations faites dans les Pyr&eacute;n&eacute;es pour servir de suite &agrave; des observations sur les Alpes<\/em>, Paris, Belin, 1789, cit&eacute; par CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature chez les Romantiques fran&ccedil;ais, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Les tourists<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"33\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Apr&egrave;s une interruption due &agrave; la R&eacute;volution, la conqu&ecirc;te et l&rsquo;&eacute;tude des Alpes connaissent un essor prodigieux, qui co&iuml;ncide avec celui du tourisme th&eacute;rapeutique. Les points culminants des Alpes autrichiennes sont ainsi atteints en 1800 pour le Grossclockner et en 1804 pour l&#39;Ortler, par des exp&eacute;ditions scientifiques qui associent des eccl&eacute;siastiques et des savants, des botanistes et des g&eacute;ologues, ainsi qu&rsquo;un m&eacute;decin, le docteur Gebhart, missionn&eacute; par l&#39;Archiduc. En 1819, le Mont-Rose, 4638 m&egrave;tres, est &agrave; son tour &quot;vaincu&quot; dans des conditions analogues. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> CHAMSON, <em>Les grandes heures des Alpes, op. cit,.<\/em> p185. <\/span>[\/ref] La Compagnie des Guides de Chamonix est fond&eacute;e vers la m&ecirc;me &eacute;poque, en 1821, alors qu&#39;une quinzaine de caravanes atteignent &agrave; leur tour le sommet des Alpes. Les alpinistes c&egrave;dent &agrave; pr&eacute;sent la place &agrave; la foule des touristes<em>, <\/em>lesquels d&eacute;couvrent Zermatt, Grindelwald, Lauterbrunnen, les montagnes du Tyrol et inaugurent leurs stations. Lorenzo PARETTO offre une bonne illustration de la physionomie des <em>dilettante<\/em> &eacute;rudits et des voyageurs &laquo;&nbsp;&eacute;clair&eacute;s&nbsp;&raquo; qui composent le bataillon des nouveaux adeptes de la montagne. Cet homme politique italien, promoteur actif de l&#39;alpinisme qui parcourt les Alpes &agrave; dos de mulet est ainsi en relation &eacute;troite avec des g&eacute;ologues fran&ccedil;ais. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Vers 1820 selon ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera&hellip;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Il en va de m&ecirc;me de William BROCKEDON, qui s&rsquo;attache au cours de ses voyages dans les Alpes italiennes, &agrave; &eacute;tablir une description pr&eacute;cise des cols alpins nouvellement am&eacute;nag&eacute;s sous l&rsquo;Empire, r&eacute;digeant &agrave; ce propos un guide comportant des cartes des routes et sentiers, pi&eacute;tons et muletiers. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> BROCKEDON William, <em>Illustrations of the passes of the Alps<\/em>, London, 1826. Fils d&#39;un horloger, BROCKEDON avait fait ses &eacute;tudes &agrave; la Royal Academy Schools et se consacra &agrave; la peinture. Il devint plus tard l&#39;ami de l&#39;un des hommes politiques italiens les plus &eacute;minents, CAVOUR. Pour son enqu&ecirc;te, accompagn&eacute;e des illustrations de William et Edward FINDEN, il traversa une cinquantaine de vall&eacute;es alpines, &eacute;voquant v&eacute;g&eacute;tation, paysages, et histoire. Il d&eacute;crivit notamment la route de Nice &agrave; G&egrave;nes et celle de Tende en &eacute;t&eacute;. <\/span>[\/ref] On pourrait encore citer Louis Agassiz, un naturaliste suisse de Neufchatel, lequel s&eacute;journe pendant une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es &agrave; Chamonix, pour &eacute;tudier la marche des glaciers. [ref] <span style=\"font-size: 12px;\">CHAMSON<em>, Les grandes heures des Alpes, op. cit.<\/em>, p190. <\/span>[\/ref] ou encore James D. Forbes, un g&eacute;ologue anglais, qui explore les Alpes &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, et qui publie, avec Albert Richard SmitH, le premier ouvrage anglais de g&eacute;ologie alpine. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Forbes James D., <em>Peaks, Parses and Glaciers<\/em>, London, Alpine Club 1859-1862. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"34\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les Alpes sont &agrave; pr&eacute;sent &quot;lanc&eacute;es&quot;, d&eacute;bordant du seul registre de la montagne savante avec l&rsquo;irruption des pr&eacute;occupations plus romantiques de l&#39;aventure moderne, incarn&eacute;es par la conqu&ecirc;te de leurs &quot;sanctuaires&quot;. La civilisation des loisirs est en marche, avec des personnalit&eacute;s pittoresques, dont le m&eacute;decin et journaliste anglais Albert Richard Smith offre une illustration haute en couleurs. Ce touriste excentrique se rend ainsi au sommet du Mont-Blanc avec une caravane compos&eacute;e de dix-huit porteurs, acheminant quelques cent six bouteilles de vins, cognac et champagne (!), et une impressionnante provision de victuailles. Toute la nuit, la caravane installa son &quot;bivouac&quot; au pied du sommet, autour des foyers o&ugrave; cuisent les provisions de viande, avant d&#39;attaquer l&#39;ascension au petit matin pour un nouveau banquet pantagru&eacute;lique sur le toit de l&#39;Europe. [ref] <span style=\"font-size: 12px;\">ENGEL, <em>Histoire de l&#39;alpinisme, op. cit.,<\/em> pp90-91 et JOUTARD Philippe, <em>L&#39;invention du Mont Blanc<\/em>, Paris, Gallimard, 1986. <\/span>[\/ref] Par ses excentricit&eacute;s, Smith restera un personnage tr&egrave;s populaire &agrave; Chamonix, et plus encore en Angleterre. De retour &agrave; Londres, il cr&eacute;e en effet le <em>Mount Blanc Smith&#39;s Show<\/em>, une histoire du Mont-Blanc pr&eacute;figurant nos modernes &quot;son et lumi&egrave;re&quot;, avec marionnettes et lanternes magiques. Il inaugure en cela les strat&eacute;gies promotionnelles et ostentatoires du tourisme contemporain. La Reine Victoria en personne assiste par deux fois &agrave; ce spectacle, qui reste huit ans &agrave; l&#39;affiche. Le Genevois L&eacute;onard GAUDIN l&#39;a en fait pr&eacute;c&eacute;d&eacute; dans ce domaine, avec une maquette des montagnes suisses expos&eacute;e &agrave; Londres vingt ans plus t&ocirc;t. Alexandre DUMAS d&eacute;crit lui aussi, dans ses <em>Impressions de voyage,<\/em> un &laquo;&nbsp;diorama&nbsp;&raquo; de la vall&eacute;e de Chamonix, peut &ecirc;tre celui de BAKER, pr&eacute;sent&eacute; &agrave; Londres &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, tandis que le massif du Faulhorn est &agrave; son tour mis en sc&egrave;ne dans les ann&eacute;es suivantes. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ENGEL, <em>Ibidem<\/em>, p89. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"35\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Chamonix devient d&egrave;s lors l&#39;&eacute;tape oblig&eacute;e de tout voyage alpestre et surtout la capitale de la vill&eacute;giature britannique, dont elle re&ccedil;oit pour la seule ann&eacute;e 1862 quelques 4000 ressortissants&nbsp;! 250 alpinistes ont alors r&eacute;&eacute;dit&eacute; l&#39;ascension du toit de l&rsquo;Europe, parmi lesquels on d&eacute;nombre 185 Anglais. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> GERBOT, <em>Voyage au pays des mangeurs de grenouilles&hellip;, op. cit.<\/em>, p119. <\/span>[\/ref] <em>L&rsquo;Alpine Club, <\/em>qui voit le jour en 1857, contribue grandement &agrave; ce succ&egrave;s qui donnera par la suite naissance &agrave; un tourisme de montagne v&eacute;ritablement sp&eacute;cifique, avec l&rsquo;invention des sports d&rsquo;hiver. De par leurs connotations hygi&eacute;niques, ces innovations pr&eacute;figurent par bien des aspects les pratiques du loisir qui dominent la physionomie actuelle de l&rsquo;institution. On trouve un pr&eacute;cieux t&eacute;moignage de cette transition dans la chronique de la prestigieuse station climatique de Davos, due au romancier Thomas MANN, lequel avait d&eacute;j&agrave; d&eacute;peint la station climatique de Venise. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> MANN Thomas, <em>La montagne magique<\/em>, trad; fran&ccedil;aise, Paris, Fayard, 1931, et auparavant, <em>Mort &agrave; Venise<\/em>. <\/span>[\/ref] L&rsquo;auteur de la fascinante <em>Montagne magique<\/em>, une &oelig;uvre aux dimensions identitaires affirm&eacute;es, s&eacute;journe &agrave; Davos au d&eacute;but du XXe si&egrave;cle en compagnie de sa femme, atteinte de la tuberculose. L&rsquo;&eacute;vocation de l&rsquo;irruption des sports d&#39;hiver dont il se fait l&rsquo;&eacute;cho, rend notamment compte de l&rsquo;introduction de la pratique norv&eacute;gienne du ski &agrave; Davos par un <em>tourist<\/em> britannique, Sir Arnold Lunn. Apr&egrave;s le succ&egrave;s du <em>British Ski Club of Davos<\/em>, le ski alpin se propage d&egrave;s lors dans l&#39;ensemble des stations &quot;climat&eacute;riques&quot; des Alpes et des Pyr&eacute;n&eacute;es. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> BOYER, <em>Le caract&egrave;re saisonnier du tourisme entre tradition et modernit&eacute;&hellip;, op. cit,<\/em> p232. <\/span>[\/ref] Il demeure de nos jours l&rsquo;une des principales destinations du tourisme moderne.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">5. ROMANTISME<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La montagne revisit&eacute;e<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"36\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">C&rsquo;est au travers de la place occup&eacute;e par la montagne dans la litt&eacute;rature romantique que se r&eacute;v&egrave;le plus particuli&egrave;rement l&rsquo;influence du tourisme climatique sur le renouveau de nos perceptions du territoire et de l&rsquo;espace v&eacute;cu&nbsp;: &laquo;&nbsp;Jamais pays de plaine, quelque beau qu&#39;il f&ucirc;t, ne parut tel &agrave; mes yeux. Il me faut des torrens, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux &agrave; monter et &agrave; descendre, des pr&eacute;cipices &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s qui me fassent bien peur&nbsp;&raquo;, &eacute;crivait ainsi Jean Jacques ROUSSEAU dans ses <em>Confessions<\/em>. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ROUSSEAU, <em>Confessions<\/em> (I, IV), mentionn&eacute; par CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature chez les Romantiques, op. cit.<\/em>, p68. <\/span>[\/ref] L&#39;enthousiasme suscit&eacute; par ses descriptions des paysages alpestres a g&eacute;n&eacute;ralement fait passer ROUSSEAU pour le principal artisan du renouveau des repr&eacute;sentations de la montagne. Il s&rsquo;inscrivait en fait, comme on vient de le voir, dans une longue tradition inaugur&eacute;e par les humanistes de la Renaissance et les premiers <em>tourists<\/em>. Le sentiment de la montagne qui voit le jour sur les routes du <em>tour<\/em> aura un impact majeur dans la rupture avec les conceptions du monde issues de la cosmographie chr&eacute;tienne. Les voyageurs aux origines de la conqu&ecirc;te des Alpes et plus g&eacute;n&eacute;ralement du tourisme, sont d&rsquo;ailleurs dans leur ensemble des protestants. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> JOUTARD Philippe, &laquo;&nbsp;La haute montagne, une invention protestante&nbsp;?&nbsp;&raquo;, in <em>La haute montagne, visions et repr&eacute;sentations, <\/em>Grenoble, Centre Alpin et Rhodanien d&rsquo;ethnologie, 1988 pp123-132. <\/span>[\/ref] Cela n&rsquo;est pas sans influencer l&rsquo;entreprise de d&eacute;senchantement qu&rsquo;ils impulsent.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La montagne des romantiques<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"37\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le d&eacute;senchantement de la montagne s&rsquo;accompagne, comme on l&rsquo;a relev&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, d&rsquo;un paradoxal effort de &quot;r&eacute;enchantement&quot;. Redevable pour l&rsquo;essentiel des pr&eacute;occupations hygi&eacute;nistes et climatiques diffus&eacute;es par la vill&eacute;giature, il va &ecirc;tre largement popularis&eacute; par le mouvement romantique. Le &quot;r&eacute;enchantement&quot; de la montagne, dont les touristes romantiques sont les principaux artisans voit le jour avec la r&eacute;habilitation par les universitaires suisses des vertus de la montagne, comme antidote &agrave; la corruption engendr&eacute;e par l&rsquo;atmosph&egrave;re des villes. A la fin du XVIIIe si&egrave;cle, on explore par exemple le massif du Mont Rose, &agrave; la recherche d&#39;une vall&eacute;e paradisiaque l&eacute;gendaire que ZURLAUBEN situe alors &agrave; Zermatt. &laquo;&nbsp;Y a-t-il un paysage de l&#39;&acirc;ge d&#39;or ? Oui, tout au fond du Valais, &agrave; Praborgne.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Cit&eacute; par BERALDI, <em>Le Pass&eacute; du Pyr&eacute;n&eacute;isme, op. cit.,<\/em> p 75. <\/span>[\/ref] Rejoignant les d&eacute;veloppements contemporains de la climatoth&eacute;rapie, ces th&egrave;ses se font aussi l&rsquo;&eacute;cho des conceptions de la philosophie anglo-saxonne.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"38\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La montagne offre en effet une illustration de &quot;l&rsquo;&eacute;tat de nature&quot;, plus famili&egrave;re que celle du &quot;bon sauvage&quot; am&eacute;ricain mais non moins exotique. Elle passe ainsi pour le refuge de la vertu et de la simplicit&eacute; ancestrale des premiers &acirc;ges, de m&ecirc;me que la &quot;d&eacute;mocratie directe&quot; pratiqu&eacute;e par ses populations, r&eacute;tives &agrave; toute forme de domination &eacute;trang&egrave;re. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Voir &agrave; ce propos CANDAUX Jean Daniel, &laquo;&nbsp;Claudine ou la Savoie gagn&eacute;e par l&rsquo;Helv&eacute;tisme&nbsp;&raquo;, in <em>La haute montagne, op. cit.<\/em>, pp225-236. <\/span>[\/ref] L&rsquo;histoire des repr&eacute;sentations de la montagne va d&egrave;s lors attester, de mani&egrave;re exemplaire, de l&rsquo;&eacute;troite parent&eacute; des conceptions hygi&eacute;nistes de la m&eacute;decine et des pr&eacute;occupations philosophiques des Lumi&egrave;res. Les premiers touristes sont les v&eacute;ritables promoteurs de ces id&eacute;es que ROUSSEAU, en situant son mod&egrave;le social primitif dans le Valais, [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> BOZONNET, <em>Des monts et des mythes&#8230;, op. cit.,<\/em> p34. <\/span>[\/ref] ne fera en fait que syst&eacute;matiser et populariser. ROUSSEAU &eacute;tait en r&eacute;alit&eacute; bien loin d&rsquo;admirer les horizons aust&egrave;res de la haute montagne. Ses pr&eacute;f&eacute;rences vont plut&ocirc;t &agrave; des paysages humanis&eacute;s. Il aurait d&rsquo;ailleurs emprunt&eacute; l&rsquo;essentiel de ses descriptions alpestres &agrave; ses compatriotes &eacute;rudits cit&eacute;s pr&eacute;c&eacute;demment, DELUC et surtout VAN HALLER. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ENGEL, <em>Histoire de l&#39;alpinisme&#8230;, op. cit.,<\/em> p33 et CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature&hellip;, op. cit.<\/em>, pp68-69. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"39\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Dans la <em>Nouvelle H&eacute;lo&iuml;se<\/em>, qui joue un r&ocirc;le majeur dans la naissance du sentiment de montagne, on retrouve par ailleurs des opinions attestant plus directement de l&#39;influence des pr&eacute;occupations hygi&eacute;niques du climatisme naissant&nbsp;: &laquo;&nbsp;Sur les hautes montagnes l&#39;air est plus pur et subtil, on se sent plus de facilit&eacute; dans la respiration, plus de l&eacute;g&egrave;ret&eacute; dans le corps, plus de s&eacute;r&eacute;nit&eacute; dans l&#39;esprit, les plaisirs y sont moins ardents, les passions plus mod&eacute;r&eacute;es {affirme ainsi ROUSSEAU, ajoutant dans des termes que n&#39;auraient pas d&eacute;savou&eacute;s les climatoth&eacute;rapeutes] je doute qu&#39;aucune agitation violente, aucune maladie de vapeurs p&ucirc;t tenir contre un pareil s&eacute;jour prolong&eacute;, et je suis surpris que des bains de l&#39;air salutaire et bienfaisant des montagnes ne soient pas un des grands rem&egrave;des de la m&eacute;decine.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> ROUSSEAU, <em>La Nouvelle H&eacute;lo&iuml;se<\/em>, 1761, d&rsquo;apr&egrave;s JAKOB Michael, &quot;Panorama litt&eacute;raire&quot;, in <em>Le sentiment de la montagne, <\/em>Catalogue de l&#39;exposition des Mus&eacute;es de Grenoble et-Turin 1998, Grenoble, Gl&eacute;nat, pp264-280. <\/span>[\/ref] Un si&egrave;cle plus tard, Victor Hugo, qui a pourtant longuement fr&eacute;quent&eacute; les Alpes et les Pyr&eacute;n&eacute;es, &eacute;prouve encore de grandes difficult&eacute;s &agrave; comprendre l&#39;esth&eacute;tique de leurs paysages. Il d&eacute;crit ainsi l&#39;ambivalence que lui inspire le spectacle de la montagne, &agrave; propos de l&#39;ascension du Rigi-Kulm (au sommet duquel se trouve d&eacute;j&agrave; une auberge)&nbsp;: &laquo;&nbsp;Est-ce beau ou horrible ? Je ne sais vraiment. C&#39;est beau et c&#39;est horrible tout &agrave; la fois. Ce ne sont plus des paysages, ce sont des aspects monstrueux. L&#39;horizon est invraisemblable, la perspective est impossible; c&#39;est un chaos d&#39;exag&eacute;rations absurdes et d&#39;amoindrissements effrayants&nbsp;&raquo;.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Montagne et vill&eacute;giature<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"40\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Si Victor Hugo d&eacute;peint la mer de glace dans des termes empreints d&rsquo;une religiosit&eacute; romantique, comparant leur paysage aux cath&eacute;drales, il ajoute toutefois que&nbsp;: &laquo;&nbsp;en pr&eacute;sence de ce spectacle inexprimable, on comprend les cr&eacute;tins dont pullulent la Suisse et la Savoie. Les Alpes font beaucoup d&#39;idiots. Il n&#39;est pas donn&eacute; &agrave; toutes les intelligences de faire m&eacute;nage avec de telles merveilles.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> HUGO Victor, <em>Voyages<\/em>, Oeuvres compl&egrave;tes, Paris, Laffont, 1987, p677. <\/span>[\/ref] Si l&rsquo;on peut s&rsquo;interroger sur une &eacute;ventuelle influence des conceptions climat&eacute;riques dans cette th&eacute;orie bien singuli&egrave;re, leur impact s&rsquo;exprime par contre de mani&egrave;re incontestable dans le r&eacute;cit contemporain de S&eacute;nancour. Lors de son ascension de la Dent du Midi, l&rsquo;un des principaux sommets des Pyr&eacute;n&eacute;es, il d&eacute;clare ainsi appr&eacute;cier les&nbsp;: &laquo;&nbsp;dangers d&rsquo;une nature difficile, loin des entraves factices et de l&rsquo;industrieuse oppression des hommes {o&ugrave; l&rsquo;on respire] l&rsquo;air sauvage, loin des &eacute;manations sociales [des terres basses], cette atmosph&egrave;re sociale si &eacute;paisse, si nuageuse, si pleine de fermentations, toujours &eacute;branl&eacute;e par le bruit des arts, le fracas des plaisirs ostensibles, les cris de la haine et les perp&eacute;tuels g&eacute;missements de l&rsquo;anxi&eacute;t&eacute; et des douleurs.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> S&Eacute;NANCOUR Ch. P de, <em>Lettres<\/em>, Paris, Charpentier, 1852,<em> Lettre VI<\/em>, d&rsquo;apr&egrave;s CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature&hellip;, op. cit.,<\/em> p248. <\/span>[\/ref] L&rsquo;influence du tourisme va se r&eacute;v&eacute;ler dans toute sa pl&eacute;nitude au travers des pratiques du p&egrave;lerinage alpestre institutionnalis&eacute;es par les Romantiques. [ref] <span style=\"font-size: 12px;\">BECKER, <em>Les hauts lieux du romantisme en France<\/em>, <em>op. cit.<\/em> et GIRARDIN Emile de, <em>Promenade ou Itin&eacute;raire des jardins d&#39;Ermenonville&#8230;<\/em>, Paris, M&eacute;rigot, 1788 qui r&eacute;alisa une mise en sc&egrave;ne paysag&egrave;re exemplaire du site o&ugrave; mourut Jean Jacques ROUSSEAU. Visant explicitement le touriste, comme il l&#39;indiquait lui-m&ecirc;me dans l&#39;introduction de son ouvrage, elle est &agrave; rapprocher des pratiques ostentatoires impuls&eacute;es par le tourisme. <\/span>[\/ref] A Chamb&eacute;ry par exemple, o&ugrave; Rousseau a s&eacute;journ&eacute; aux Charmettes, le cahier des visiteurs ouvert &agrave; la fin du XVIIIe si&egrave;cle porte d&eacute;j&agrave; la trace de plusieurs milliers de signatures de touristes. La vogue de la station thermale voisine d&#39;Aix-les-Bains n&rsquo;est pas &eacute;trang&egrave;re &agrave; cette affluence.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"41\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">A la m&ecirc;me &eacute;poque, un monument est &eacute;lev&eacute; &agrave; Annecy, une autre station climatique de premier plan, o&ugrave; ROUSSEAU relate dans ses <em>Confessions<\/em> sa rencontre avec Mme de Warens. Non loin de l&agrave;, &agrave; Clarens, la foule des voyageurs se rend au ch&acirc;teau pour voir la chambre de Julie. Le concierge se contente de leur faire visiter la chambre de sa fille, qui porte le m&ecirc;me pr&eacute;nom, leur vendant &agrave; l&rsquo;occasion quelques morceaux du couvre lit&nbsp;! [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> SOURIAU Maurice, <em>Histoire du romantisme en France<\/em>, Paris, Spes, 1927, tI, p7. <\/span>[\/ref] La litt&eacute;rature n&rsquo;est pas en reste, mettant en sc&egrave;ne &laquo;&nbsp;la maison de JJ ROUSSEAU &agrave; Moutiers Travers [o&ugrave; il est] repr&eacute;sent&eacute; sur un banc offrant des g&acirc;teries aux enfants&nbsp;&raquo; avec force illustrations. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"><em> Tableaux de la Suisse<\/em>, LABORDE (dir.), textes de ZURLAUBEN, Paris, 1777-1784, 200 planches de LEBARBIER et PERIGON, cit&eacute; par BERALDI, <em>Le Pass&eacute; du Pyr&eacute;n&eacute;isme&#8230;, op. cit.,<\/em> p6<em>.<\/em> <\/span>[\/ref] Les Romantiques vont par la suite &eacute;largir ces pratiques comm&eacute;moratives &agrave; l&rsquo;ensemble des Alpes, avec la c&eacute;l&eacute;bration des principaux &eacute;pisodes historiques de la culture classique, du passage d&#39;Hannibal &agrave; celui de C&eacute;sar, r&eacute;actualis&eacute;s au travers de l&rsquo;&eacute;pop&eacute;e r&eacute;volutionnaire et bonapartiste. L&rsquo;histoire des repr&eacute;sentations de la montagne d&eacute;bouche ainsi sur leur mise en sc&egrave;ne. Elle va renouveler durablement les perceptions de l&rsquo;espace v&eacute;cu. Principal artisan de ces &eacute;volutions, le concept de climat participe en effet d&rsquo;un mouvement d&rsquo;invention paysag&egrave;re bien plus large. Aux sources de la notion moderne de patrimoine, il trouve l&agrave; encore ses origines dans les pratiques &eacute;labor&eacute;es par les voyageurs sur les routes du <em>tour<\/em>. L&rsquo;impact de ce mouvement d&eacute;borde le seul domaine des sciences, des arts et des repr&eacute;sentations. Il poss&egrave;de aussi une dimension identitaire affirm&eacute;e, dont rend plus particuli&egrave;rement compte l&rsquo;histoire contemporaine de la montagne des Alpes.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;exemple de la Suisse Ni&ccedil;oise<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"42\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Dans une contribution remarqu&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;tude du climat de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, le naturaliste ni&ccedil;ois RISSO se fait l&rsquo;&eacute;cho des pr&eacute;occupations paysag&egrave;res qui animent alors les promoteurs du tourisme th&eacute;rapeutique. &laquo;&nbsp;Arr&ecirc;t&eacute; souvent sur les sommets de ces cha&icirc;nes alti&egrave;res, d&#39;o&ugrave; l&rsquo;&oelig;il contemple &agrave; la fois une immense portion des territoires fran&ccedil;ais et italiens et la M&eacute;diterran&eacute;e qui s&#39;efface &agrave; l&#39;horizon, j&#39;ai comparativement interrog&eacute; le fond de celle-ci et les points les plus &eacute;lev&eacute;s des montagnes sur lesquelles je me trouvais plac&eacute;, lieux extr&ecirc;mes que l&#39;absence de chaleur cr&eacute;atrice semble avoir faits le s&eacute;jour du silence et de la mort [&hellip;\/&hellip;]. Mon imagination &eacute;tait frapp&eacute;e de l&rsquo;analogie qui existe [&#8230;\/&#8230;] entre ces gouffres t&eacute;n&eacute;breux [&#8230;\/&#8230;] et ces cimes neigeuses&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] Elle me repr&eacute;sentait &eacute;galement comme analogues la zone sous-marine o&ugrave; se d&eacute;veloppent et vivent les brillantes polypes corallig&egrave;nes et les contr&eacute;es fertiles et d&eacute;licieuses situ&eacute;es au pied de nos montagnes. Le niveau de la mer me semblait former la ligne de s&eacute;paration de ces deux syst&egrave;mes renvers&eacute;s.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> RISSO A, <em>Histoire naturelle des principales productions de l&#39;Europe m&eacute;ridionale et particuli&egrave;rement de celles des environs de Nice et des Alpes Maritimes<\/em>, Paris, Levrault, 1826. <\/span>[\/ref] Les d&eacute;veloppements du tourisme alpestre vont avoir de profonds retentissements sur la gen&egrave;se des identit&eacute;s nationales dans l&rsquo;ensemble du monde alpin. Il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une caract&eacute;ristique majeure du tourisme moderne, qui demeure d&rsquo;une grande actualit&eacute;. Ces influences ont &eacute;t&eacute; bien &eacute;tudi&eacute;es, en ce qui concerne l&rsquo;image de la montagne, dans le discours et l&#39;imagerie national-socialiste du IIIe Reich et l&rsquo;institution fasciste italienne des &laquo;&nbsp;chasseurs-alpins&nbsp;&raquo;, les <em>Alpini<\/em>, dont la popularit&eacute; reste de nos jours bien vivante, ainsi que dans l&rsquo;id&eacute;ologie fran&ccedil;aise des fronti&egrave;res naturelles ou encore dans l&rsquo;histoire de la nation suisse. L&#39;obsession des Suisses pour la propret&eacute;, qui passe pour un de ces traits de caract&egrave;re national sp&eacute;cifique dont le tourisme est friand, a par ailleurs &eacute;t&eacute; attribu&eacute;e, pour ces m&ecirc;mes raisons, aux cons&eacute;quences du d&eacute;veloppement massif du tourisme th&eacute;rapeutique dans ce pays. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> En ce qui concerne la Suisse, on consultera WALTER Fran&ccedil;ois, &ldquo;La montagne des Suisses. Invention et usage d&rsquo;une repr&eacute;sentation paysag&egrave;re (XVIII&deg;-XX&deg; si&egrave;cle)&rdquo;, <em>Etudes Rurales n&deg; 121-124<\/em>, pp 93-107, et BERTHO LAVENIR, <em>La roue et le stylo&hellip;, op. cit<\/em>., p243 &agrave; propos de la constitution du mouvement du <em>Heimatschutz<\/em> et de la reconstitution d&rsquo;un village suisse lors de l&rsquo;exposition internationale de 1896. Pour l&#39;Allemagne, on se reportera &agrave; EWIG Isabelle, &quot;La montagne suspecte&quot;, in <em>LE SENTIMENT DE LA MONTAGNE, op. cit.<\/em>, pp97-107. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"43\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le r&ocirc;le identitaire jou&eacute; par le tourisme dans l&rsquo;histoire de la conqu&ecirc;te des Alpes ni&ccedil;oises est moins connu. Cette derni&egrave;re fut plut&ocirc;t tardive, de m&ecirc;me que le d&eacute;veloppement de la vill&eacute;giature d&rsquo;altitude dans la r&eacute;gion. Ce n&#39;est qu&rsquo;en 1864, que le comte Paolo BALLAD DE SAINT ROBERT organise l&#39;ascension de leur point culminant, le G&eacute;las, une montagne pourtant facile d&rsquo;acc&egrave;s, dominant de ses 3143 m&egrave;tres le littoral de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur. On rel&egrave;vera &agrave; ce propos la contemporan&eacute;it&eacute; de l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement avec l&rsquo;annexion de la r&eacute;gion &agrave; la France. BALLAD DE SAINT ROBERT est aussi, avec Quintino SELLA, le fondateur du <em>Club Alpino Italiano,<\/em> lequel est suivi de la cr&eacute;ation du <em>Club Alpino Accademico<\/em>. Les promoteurs de l&#39;alpinisme azur&eacute;en rassemblent un notable ni&ccedil;ois, le Comte Victor de CESSOLE [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> CESSOLE est l&rsquo;auteur de plusieurs centaines d&rsquo;articles relatant la conqu&ecirc;te des sommets des Alpes Maritimes, qui forment une v&eacute;ritable chronique de l&rsquo;alpinisme azur&eacute;en. On se reportera notamment &agrave; CESSOLE Victor de, &quot;En hiver: Ascensions dans les Alpes-Maritimes&quot;, Ann. CAF, 1897, Paris, Chamerot &amp; Renouard, 1898. <\/span>[\/ref], animateur infatigable du Club Alpin Fran&ccedil;ais, le mon&eacute;gasque Louis MAUBERT, l&rsquo;autrichien Ludwig PURTSCHELLE, l&rsquo;allemand Fritz MADER [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> MADER F, <em>Die h&ouml;chstenn teile der Seealpen und der Ligurischen Alpen in physiographischer beziehung<\/em>, Leipzig, Fock, 1897. <\/span>[\/ref], l&rsquo;anglais John BALLA, sans oublier l&rsquo;am&eacute;ricain William August COOLIDGE. [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Coolidge est l&#39;un des plus importants alpinistes de sa g&eacute;n&eacute;ration, avec l&#39;ascension de quelques mille sept cent sommets&nbsp;! Professeur d&rsquo;histoire &agrave; Oxford, il prend go&ucirc;t tr&egrave;s t&ocirc;t &agrave; la montagne azur&eacute;enne, lors de ses premiers s&eacute;jours en famille en 1864 sur la C&ocirc;te. Ses parents comptent sur les bienfaits que son climat peut exercer sur cet enfant ch&eacute;tif (et donc pr&eacute;dispos&eacute; &agrave; la tuberculose). Dans les ann&eacute;es suivantes, ils poursuivent ainsi leurs s&eacute;jours climatiques en Suisse, et le jeune coolidge passe d&egrave;s lors chaque &eacute;t&eacute; dans les Alpes. En 1904, il &eacute;voque la C&ocirc;te dans le m&ecirc;me temps o&ugrave; il r&eacute;&eacute;dite et compl&egrave;te le <em>De Alpibus<\/em> de Simler,<em> op. cit<\/em>., dans COOLIDGE W.A.B, <em>Souvenirs de mon voyage en 1879 &agrave; travers les Alpes-Maritimes<\/em>, Nice, Gauthier, 1904.<\/span>[\/ref] Malgr&eacute; cet ind&eacute;niable cosmopolitisme, l&rsquo;alpinisme devient pourtant, en cette fin de si&egrave;cle, de plus en plus anim&eacute; par un esprit patriotique affirm&eacute;. Les anciennes fronti&egrave;res mal d&eacute;finies de la g&eacute;ographie mythique m&eacute;di&eacute;vale sont &agrave; pr&eacute;sent les limites bien r&eacute;elles des nations modernes.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"44\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le pays ni&ccedil;ois sera particuli&egrave;rement concern&eacute; par ces &eacute;volutions identitaires lors de sa partition, cons&eacute;cutive au rattachement de Nice &agrave; la France sur fonds de <em>Risorgimento<\/em>. Elle va nourrir pr&egrave;s d&#39;un si&egrave;cle de tensions et de conflits entre la France et l&#39;Italie, exemplairement anim&eacute;s par la participation des alpinistes &agrave; la d&eacute;limitation des fronti&egrave;res. La conqu&ecirc;te touristique des montagnes azur&eacute;ennes s&rsquo;accompagne plus particuli&egrave;rement de leur inscription dans l&rsquo;espace v&eacute;cu, une relecture du territoire mat&eacute;rialis&eacute;e par la vaste entreprise de militarisation de la nouvelle fronti&egrave;re qui a fait parler &agrave; juste titre d&rsquo;une &laquo;&nbsp;ligne Maginot des Alpes&nbsp;&raquo;. Le personnage du docteur Paschetta, un m&eacute;decin ni&ccedil;ois, fournit une illustration exemplaire et contemporaine du r&ocirc;le jou&eacute; par les alpinistes dans la d&eacute;limitation des nouvelles fronti&egrave;res. Il est ainsi l&rsquo;auteur d&rsquo;un rapport m&eacute;ticuleusement document&eacute; qui servira de base aux n&eacute;gociations franco-italiennes de l&rsquo;apr&egrave;s-guerre. Son guide topographique des Alpes du Sud fait par ailleurs toujours r&eacute;f&eacute;rence chez les randonneurs &nbsp;[ref]<span style=\"font-size: 12px;\"> Vincent PASCHETTA fut le disciple de Victor DE CESSOLE au Club Alpin Fran&ccedil;ais.<\/span>[\/ref]. Le r&ocirc;le jou&eacute; par les repr&eacute;sentations &eacute;labor&eacute;es (ou v&eacute;hicul&eacute;es) par les pionniers du tourisme alpin d&eacute;borde en fait le seul cadre du Vieux Continent. La d&eacute;couverte et la conqu&ecirc;te des montagnes accompagnent en effet, avec une grande constance, l&rsquo;expansion de la civilisation occidentale dans son ensemble. Elles vont donner naissance, des montagnes de l&rsquo;Europe aux lointaines colonies, &agrave; un v&eacute;ritable \u00ab\u00a0exotisme du vertical\u00a0\u00bb, [ref]<span style=\"font-size: 12px;\"><em> Le sentiment de la montagne&#8230;, op. cit.,<\/em> p34.<\/span>[\/ref] lequel pr&eacute;sente bien des similitudes avec la r&eacute;habilitation contemporaine des paysages touristiques m&eacute;diterran&eacute;ens et l&rsquo;exotisme orientalisant qui en est le corollaire. Par leur universalisme, ces productions paysag&egrave;res r&eacute;v&egrave;lent la nature identitaire du projet touristique, dont rend plus particuli&egrave;rement compte sa contribution contemporaine &agrave; l&rsquo;invention de la notion moderne de patrimoine.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>II&deg; PARTIE PAYSAGES ET IDENTITES &nbsp; CHAPITRE VI SOMMAIRE 1. PAYSAGE 2. PITTORESQUE 3. MONTAGNE 4. ALPINISME 5. ROMANTISME &nbsp; Le tourisme est &agrave; l&rsquo;origine&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=171\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">6. PITTORESQUE<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":6,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-171","page","type-page","status-publish","hentry","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/171","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=171"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/171\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":460,"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/171\/revisions\/460"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=171"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}