{"id":206,"date":"2014-12-31T13:23:52","date_gmt":"2014-12-31T12:23:52","guid":{"rendered":"http:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=206"},"modified":"2024-05-12T12:19:18","modified_gmt":"2024-05-12T11:19:18","slug":"patrimoine","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=206","title":{"rendered":"7. PATRIMOINE"},"content":{"rendered":"<div style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><strong>CHAPITRE VII<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">SOMMAIRE<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">1. PATRIMOINE<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">2. OSTENTATION<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">3. SCIENCES SOCIALES<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<h2 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">1. PATRIMOINE<\/span><\/strong><\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Territoires et identit&eacute;s<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le tourisme est g&eacute;n&eacute;ralement per&ccedil;u comme une institution futile. Cette repr&eacute;sentation commune est loin de rendre compte des multiples influences qu&rsquo;il exerce sur nos modes de vie&nbsp;: &laquo;&nbsp;les signes du voyage impr&egrave;gnent sans cesse davantage notre vie de tous les jours, [tandis} que des gestes et des pratiques issus du nomadisme vacancier infiltrent la soci&eacute;t&eacute; s&eacute;dentaire et ses discours&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> URBAIN, <em>L&#39;idiot du voyage : histoires de touristes<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> pp259.<\/span>[\/ref] rappelait r&eacute;cemment un historien du tourisme. L&rsquo;apparition des &laquo;&nbsp;vacances&nbsp;&raquo; est par exemple un ph&eacute;nom&egrave;ne majeur, par sa remise en cause de la notion traditionnelle de travail. L&rsquo;impact du tourisme et de ses repr&eacute;sentations concerne plus sp&eacute;cifiquement encore les fondements traditionnels des cultures et des civilisations aux sources de la d&eacute;finition des identit&eacute;s. Ces influences s&rsquo;expliquent notamment par les rapports entretenus d&eacute;s l&rsquo;origine par le tourisme, avec la naissance des politiques patrimoniales qui ont envahi &agrave; pr&eacute;sent l&rsquo;ensemble de la sph&egrave;re sociale.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Un th&eacute;&acirc;tre de la m&eacute;moire<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"2\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Comme nous allons le montrer, les pratiques impuls&eacute;es par le tourisme recouvrent l&rsquo;ensemble du champ du patrimoine, de l&rsquo;inventaire des monuments historiques &agrave; leur mise en sc&egrave;ne, en passant par les collections, les cabinets de curiosit&eacute;s et l&rsquo;apparition des premiers mus&eacute;es, les descriptions naturalistes ou pittoresques des paysages ou les recherches &agrave; caract&egrave;re anthropologique de la litt&eacute;rature de voyage. Ces pratiques reposent en fait sur un proc&eacute;d&eacute; analogue, fond&eacute; sur un m&ecirc;me souci ostentatoire, lequel consiste &agrave; nier la r&eacute;alit&eacute; dont elles sont issues afin de produire des repr&eacute;sentations signifiantes de la nature ou de l&#39;identit&eacute; historique d&#39;un terroir, d&#39;une ville ou d&#39;une nation. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BERTHO LAVENIR, <em>La roue et le stylo&#8230;<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, pp18sq &agrave; propos de l&rsquo;impact du tourisme sur la naissance des soucis patrimoniaux modernes, et pp259sq sur la nature ostentatoire du &laquo;&nbsp;syst&egrave;me de construction du tourisme&nbsp;&raquo; reposant sur les pratiques de &laquo;&nbsp;recensement des monuments, protection de sites, r&eacute;alisation de tables d&rsquo;orientation&hellip;&nbsp;&raquo;.<\/span>[\/ref] Ce \u00ab\u00a0th&eacute;&acirc;tre de la m&eacute;moire\u00a0\u00bb est devenu le lieu privil&eacute;gi&eacute; de la r&eacute;actualisation d&rsquo;une culture, par son aptitude &agrave; produire du sens &agrave; partir des &eacute;l&eacute;ments emprunt&eacute;s au monde qui l&rsquo;entoure. Bien qu&rsquo;il en soit aujourd&rsquo;hui le principal acteur, l&rsquo;apport du tourisme &agrave; l&rsquo;&eacute;laboration de la notion &nbsp;de patrimoine est toutefois rarement mentionn&eacute;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Peu &eacute;tudi&eacute;s, les rapports du tourisme, du patrimoine et de la mus&eacute;ologie ont cependant fait l&rsquo;objet d&rsquo;un ouvrage dirig&eacute; par DAVALLON, <em>La mise en exposition, Claquemurer pour ainsi dire tout l&#39;univers<\/em>, <em>op. cit<\/em>., auquel on s&rsquo;est r&eacute;f&eacute;r&eacute; ici.<\/span>[\/ref] Il a en fait &eacute;t&eacute; &eacute;clips&eacute; par l&rsquo;institution mus&eacute;ale, laquelle est effectivement &agrave; l&rsquo;origine de ce terme, visant &agrave; rassembler l&rsquo;ensemble des monuments, objets ou lieux &agrave; caract&egrave;re artistique sous une m&ecirc;me d&eacute;nomination.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"3\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Dans l&rsquo;esprit de ses concepteurs, l&rsquo;emprunt d&rsquo;un terme juridique voulait avant tout souligner leur dimension commune d&rsquo;h&eacute;ritage collectif. Ce label s&rsquo;est toutefois &eacute;largi d&eacute;sormais &agrave; un vaste ensemble de pratiques sociales, s&rsquo;&eacute;loignant de sa d&eacute;finition originelle au point de devenir une notion difficile &agrave; cerner, mat&eacute;rialis&eacute;e dans des objets comme dans des traditions, mais aussi dans des sites, des paysages voire m&ecirc;me des &ecirc;tres vivants. On reconna&icirc;t l&agrave;, sans trop de peine, l&rsquo;influence de la litt&eacute;rature climat&eacute;rique et des principales rubriques des guides touristiques. L&rsquo;invention du terme de patrimoine consacre en effet des &eacute;volutions bien plus anciennes, dont l&rsquo;histoire se confond avec celle du tourisme et de ses plus lointains ant&eacute;c&eacute;dents. &nbsp;[ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera &agrave; ce propos au second chapitre de cet ouvrage, o&ugrave; l&rsquo;on a &eacute;voqu&eacute; l&rsquo;invention du patrimoine dans l&rsquo;Italie du <em>tour<\/em>.<\/span>[\/ref] Pr&eacute;sente dans l&rsquo;Antiquit&eacute; comme dans les soci&eacute;t&eacute;s primitives, la conscience patrimoniale rel&egrave;ve d&rsquo;une institution universelle, celle de la filiation et de la g&eacute;n&eacute;alogie. Expression des liens unissant les vivants et les morts, elle se mat&eacute;rialise g&eacute;n&eacute;ralement dans des objets ou des symboles, allant de la s&eacute;pulture aux rites fun&eacute;raires, en passant par les objets cultuels et les archives &eacute;crites ou orales. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera aux th&egrave;ses de LENIAUD<em>, Enc. Universalis, s.v. Patrimoine<\/em>.<\/span>[\/ref] On peut suivre au fil des si&egrave;cles, l&rsquo;histoire des pratiques fondatrices de l&rsquo;inventaire, de la collection, de la conservation et de l&rsquo;ostentation qui vont lui donner sa forme moderne. Elles entretiennent d&rsquo;&eacute;troits rapports avec la vill&eacute;giature. L&rsquo;histoire du patrimoine repr&eacute;sente, de ce point de vue, le fil directeur qui permet de comprendre l&rsquo;originalit&eacute; des influences exerc&eacute;es par le tourisme sur le monde contemporain.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Le gout des antiquit&eacute;s<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"4\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Aux alentours de 1750, sous l&rsquo;influence du <em>tour,<\/em> paraissent les <em>Antiquit&eacute;s de Rome<\/em> de Joachim DU BELLAY, suivies du <em>Compendio di Roma antica<\/em> de Lucio FAUNO et des <em>Antichita di Roma<\/em> d&#39;Andrea PALADIO. A la m&ecirc;me &eacute;poque, le comte de CAYLUS publie son <em>Recueil d&#39;Antiquit&eacute;s &eacute;gyptiennes, &eacute;trusques, grecques, romaines et gauloises<\/em>, suivi des <em>Ruines des plus beaux monuments de la Gr&egrave;ce<\/em> de LEROY, puis du <em>Voyage pittoresque de la Gr&egrave;ce<\/em> du comte de CHOISEUL-GOUFFIER. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MORTIER, <em>Les voyageurs en Italie; op. cit.<\/em>, p106 <\/span>[\/ref] Ces guides antiquisants vont rapidement donner lieu &agrave; de v&eacute;ritables op&eacute;rations d&rsquo;inventaire, au sens contemporain du terme. Les descriptions architecturales des monuments romains sont aussi &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;id&eacute;e de mus&eacute;e, avec les 23 volumes illustr&eacute;s du <em>Museo Cartaceo<\/em> (le mus&eacute;e de papier), auxquels aurait contribu&eacute; le peintre Nicolas POUSSIN. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MEROT, <em>Poussin<\/em>, <em>op. cit.<\/em> qui l&rsquo;attribue &agrave; l&rsquo;initiative du m&eacute;c&egrave;ne pi&eacute;montais CASSIANO DAL POZZO, &eacute;voqu&eacute; au chapitre pr&eacute;c&eacute;dent. <\/span>[\/ref] La notion de patrimoine va d&egrave;s lors &ecirc;tre domin&eacute;e pour longtemps par la seule prise en compte de la valeur historique des monuments et des architectures. Cet attrait marqu&eacute; pour le patrimoine monumental et les sites arch&eacute;ologiques conduit par ailleurs &agrave; leur &eacute;tude ou plut&ocirc;t, dans un premier temps, &agrave; leur d&eacute;chiffrement. Le go&ucirc;t antiquisant m&egrave;ne ainsi les premiers <em>tourists<\/em> sur les traces de Virgile, avec l&#39;En&eacute;ide pour guide, ou sur celles d&#39;Horace, de Cic&eacute;ron, de S&eacute;n&egrave;que et de Pline. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir les commentaires de CORBIN, <em>Le territoire du vide&hellip;,<\/em> <em>op. cit<\/em>., p179. <\/span>[\/ref] Il va cependant falloir pr&egrave;s d&#39;un si&egrave;cle de tourisme &eacute;rudit, avant que l&#39;on commence v&eacute;ritablement &agrave; porter un regard critique sur les textes antiques.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"5\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les voyageurs savants qui parcourent la &laquo;&nbsp;Grande Gr&egrave;ce&nbsp;&raquo;, se livrent ainsi &agrave; la seule recherche des sites mentionn&eacute;s par Pausanias, ignorant les riches informations fournies par les vestiges qu&rsquo;ils d&eacute;couvrent dans le m&ecirc;me temps. L&#39;arch&eacute;ologie moderne ne voit vraiment le jour qu&rsquo;avec les fouilles d&rsquo;Herculaneum, en 1748, suivies par celles de Pompei et par l&#39;essor contemporain des voyages en Gr&egrave;ce. C&rsquo;est alors qu&rsquo;&eacute;merge une d&eacute;marche scientifique autonome, fond&eacute;e sur l&#39;&eacute;tude des t&eacute;moignages mat&eacute;riels des civilisations. Les principales pr&eacute;occupations de l&rsquo;arch&eacute;ologie datent de cette &eacute;poque, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du souci du t&eacute;moignage mat&eacute;riel ou de celui de la s&eacute;pulture. Illustr&eacute; par d&rsquo;&eacute;minents auteurs comme Walter SCOTT, Michelet ou M&eacute;rim&eacute;e, l&#39;int&eacute;r&ecirc;t que vont porter les romantiques aux vestiges du pass&eacute;, rel&egrave;ve des m&ecirc;mes influences. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BECKER, <em>Les hauts lieux du romantisme en France; op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Ce souci de l&rsquo;&eacute;rudition historique est particuli&egrave;rement illustr&eacute; par les ouvrages de COCHIN, DE BROSSES, DUPATY, DE MONTFAUCON, WINCKELMANN ou encore par l&rsquo;Abb&eacute; BARTHELEMY [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BARTHELEMY Abb&eacute;, <em>Voyage en Italie<\/em>, Paris, Serieys, 1801, venu en Italie &agrave; la recherche des pi&egrave;ces destin&eacute;es au Cabinet des M&eacute;dailles dont il avait la responsabilit&eacute;. <\/span>[\/ref]. Ce tourisme savant va aussi favoriser l&rsquo;&eacute;mergence des pr&eacute;occupations encyclop&eacute;diques, qui s&rsquo;illustrent plus particuli&egrave;rement chez ROYER, RICHARD ou encore LALANDE [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera plus particuli&egrave;rement &agrave; LALANDE, <em>Voyages d&#39;un Fran&ccedil;ais en Italie&#8230;, op. cit, &nbsp;<\/em>dont l&#39;ouvrage ne compte pas moins de huit volumes&nbsp;! <\/span>[\/ref]. En retour, l&rsquo;encyclop&eacute;disme va contribuer significativement &agrave; l&rsquo;essor du tourisme, par la diversification des centres d&#39;int&eacute;r&ecirc;t des voyageurs qu&rsquo;il impulse.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Inventaire et conservation<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"6\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les touristes vont trouver un relais efficace aupr&egrave;s des &eacute;lites locales, autour des mises en sc&egrave;ne du territoire qu&rsquo;ils impulsent, dans un jeu de miroir caract&eacute;ristique des processus identitaires. En France, les pr&eacute;occupations patrimoniales s&rsquo;institutionnalisent ainsi, d&egrave;s 1840, lors de la campagne de protection des monuments historiques anim&eacute;e par deux passionn&eacute;s du voyage d&#39;agr&eacute;ment, Victor Hugo et Prosper M&eacute;rim&eacute;e, adepte par ailleurs du voyage th&eacute;rapeutique. Elle donne naissance, en 1913, &agrave; la loi de conservation des Monuments Historiques qui annonce la notion moderne de patrimoine. En stipulant que le monument est ins&eacute;parable d&#39;un contexte paysager, dont rend bien compte la d&eacute;nomination &quot;Monuments et Sites&quot;, elle permet en effet l&#39;&eacute;volution du simple recensement &agrave; une vision historique plus large. La protection des Monuments Historiques vient ainsi consacrer la mus&eacute;alisation du territoire initi&eacute;e par les mises en sc&egrave;ne th&eacute;&acirc;trales du <em>tour<\/em>. L&rsquo;influence du tourisme se manifeste plus particuli&egrave;rement au travers du renouveau de la repr&eacute;sentation des espaces urbains et des conceptions paysag&egrave;res de l&#39;urbanisme qui accompagnent cet int&eacute;r&ecirc;t port&eacute; aux monuments et aux sites. Ces derni&egrave;res se fondent en effet sur le marquage de l&#39;espace de la ville par l&#39;&eacute;rection de monuments et d&#39;&eacute;l&eacute;ments architecturaux &agrave; caract&egrave;re monumental, lesquels se veulent autant de t&eacute;moignages de son pass&eacute;. Au cours du XIXe si&egrave;cle, les centres historiques des villes deviennent le souci principal des urbanistes.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"7\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Rejoignant le <em>prospect<\/em> des touristes, on d&eacute;cide alors d&rsquo;ouvrir l&#39;espace urbain &agrave; des perspectives paysag&egrave;res par le trac&eacute; de grandes avenues. On &eacute;tablit de m&ecirc;me une hi&eacute;rarchie des crit&egrave;res architecturaux en fonction de leur dimension signifiante. Tout d&#39;abord limit&eacute; aux grandes capitales et &agrave; l&rsquo;am&eacute;nagement de leurs centres historiques, le mouvement va s&rsquo;&eacute;largir au cours du XXe si&egrave;cle en direction des villes de province, des campagnes et des villages, servi par les progr&egrave;s de la cartographie et l&rsquo;activit&eacute; des soci&eacute;t&eacute;s savantes. Ces pratiques ostentatoires donnent plus particuli&egrave;rement naissance &agrave; l&#39;&eacute;dification g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e de monuments comm&eacute;moratifs, visant &agrave; inscrire l&#39;histoire nationale dans l&rsquo;espace v&eacute;cu. Le tourisme savant apportera une impulsion d&eacute;terminante &agrave; la diffusion de ces mises en sc&egrave;ne avec ses descriptions syst&eacute;matiques des monuments remarquables, lesquels demeurent un aspect incontournable de l&#39;image d&#39;une r&eacute;gion, et par l&agrave; m&ecirc;me l&rsquo;un des fondements de son identit&eacute;. Leur &eacute;largissement est plus particuli&egrave;rement illustr&eacute; par le genre d&rsquo;inventaires patrimoniaux initi&eacute;s au d&eacute;but du XX&deg; si&egrave;cle par l&#39;Acad&eacute;mie Celtique, avec un relev&eacute; syst&eacute;matique des pierres monumentales de l&rsquo;Ouest de la France. Ces repr&eacute;sentations st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;es de monuments et de sites historiques ou naturels ont conduit &agrave; un v&eacute;ritable balisage des paysages naturels et urbains, qui tend aujourd&rsquo;hui &agrave; s&rsquo;&eacute;tendre &agrave; l&rsquo;ensemble du monde. Les guides touristiques en sont l&rsquo;un des principaux ambassadeurs.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Panorama et territorialit&eacute;<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"8\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La dimension identitaire des repr&eacute;sentations paysag&egrave;res issues du <em>tour<\/em> s&rsquo;exprime plus particuli&egrave;rement &agrave; travers l&rsquo;attachement dont font preuve les <em>tourists<\/em> envers les points de vues dits &quot;panoramiques&quot;, le <em>prospect<\/em> des Anglais. Cette institution toujours bien vivante prend ses sources au tournant du XVIIe si&egrave;cle, avec l&rsquo;apparition des repr&eacute;sentations topographiques destin&eacute;es &agrave; arbitrer dans les conflits de d&eacute;limitation du territoire des communes ou &agrave; montrer la qualit&eacute; d&rsquo;un bon gouvernement. C&rsquo;est l&agrave; un premier indice de sa nature identitaire. Le Journal de voyage de MONTAIGNE r&eacute;v&egrave;le, &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que leur portent d&eacute;j&agrave; les voyageurs. Il d&eacute;crit ainsi les panoramas du lac de Garde, de Portofino ou encore de Livourne, o&ugrave; il pr&eacute;cise &ecirc;tre mont&eacute; sur une colline pour contempler la mer et les &icirc;les, ainsi que ceux de Florence, du Tivoli ou de Rome, vue de la colline du Janicule. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> D&rsquo;apr&egrave;s MARTINEL Marie Madeleine, <em>Le voyage d&#39;Italie dans les litt&eacute;ratures europ&eacute;ennes<\/em>, Paris, PUF, pp41-42. <\/span>[\/ref] Ce renouveau des repr&eacute;sentations doit beaucoup aux d&eacute;veloppements du tourisme dans les montagnes des Alpes. Lorsque MONTESQUIEU s&rsquo;efforce de th&eacute;oriser l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que le peuple des voyageurs attribue alors &agrave; la contemplation d&rsquo;une ville d&rsquo;un point &eacute;lev&eacute;, il avance le fait qu&rsquo;une vue perspective permet d&rsquo;en saisir l&rsquo;ensemble avant les d&eacute;tails&nbsp;: &laquo;&nbsp;Quand j&rsquo;arrive dans une ville, je vais toujours sur le plus haut clocher ou sur la plus haute tour, pour voir le tout ensemble, avant de voir les parties. Et en la quittant je fais de m&ecirc;me pour fixer mes id&eacute;es.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Cit&eacute; par ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera&hellip;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Diderot estime lui aussi que &laquo;&nbsp;[&agrave; peine] arriv&eacute; dans une ville, [il faut monter] sur quelque hauteur qui la domine, car c&rsquo;est l&agrave; que par une application rapide de l&rsquo;&eacute;chelle de l&rsquo;&oelig;il, vous prendrez une id&eacute;e juste de sa topographie.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Diderot, <em>Voyage en Hollande, op. cit.<\/em>, d&rsquo;apr&egrave;s WOLFZETTEL, <em>Le discours du voyageur, op. cit<\/em>., p25 qui rapporte aussi l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que portait GOETHE, <em>Voyage en Italie, op. cit<\/em>., aux vues panoramiques. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"9\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les villes se dotent d&egrave;s lors, sous l&rsquo;influence des voyageurs, de points de vue panoramiques dont la mention devient une rubrique oblig&eacute;e de tous les guides touristiques. Cette surprenante invention d&rsquo;une cartographie &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle du territoire va donner lieu, au cours du XX&deg; si&egrave;cle, &agrave; la mise en place des premi&egrave;res tables d&rsquo;orientation, une institution touristique aujourd&rsquo;hui incontournable. Derri&egrave;re l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t qu&rsquo;il porte au panorama, le tourisme r&eacute;v&egrave;le les enjeux de l&rsquo;entreprise paysag&egrave;re qu&rsquo;il impulse. Le nouveau regard qu&rsquo;il impose, s&rsquo;oppose en effet &agrave; l&rsquo;espace v&eacute;cu des soci&eacute;t&eacute;s traditionnelles, fond&eacute; sur l&rsquo;itin&eacute;raire ou plut&ocirc;t sur l&rsquo;itin&eacute;rance. L&rsquo;invention du paysage d&eacute;voile ainsi sa dimension de strat&eacute;gie urbaine. Elle participe en effet d&rsquo;un mouvement plus large de d&eacute;possession de l&#39;espace agraire, qui vise &agrave; effacer la trace de l&rsquo;agriculture dans le paysage. Il correspond &agrave; l&#39;exode massif des populations rurales qui accompagne alors les progr&egrave;s de l&rsquo;industrialisation. Cette dimension sociale du processus paysager repose sur un m&ecirc;me proc&eacute;d&eacute;, fond&eacute; sur la d&eacute;composition des &eacute;l&eacute;ments constitutifs de l&#39;espace agraire. Il s&rsquo;accompagne, sur un mode romantique ou exotisant, d&#39;une n&eacute;gociation et d&#39;une r&eacute;appropriation par les autochtones, des repr&eacute;sentations auxquelles il a donn&eacute; naissance. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LUGINB&Uuml;HL, <em>La gen&egrave;se du paysage,<\/em> <em>op. cit.<\/em>, pp27-44. <\/span>[\/ref] Sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, l&rsquo;horticulture offre un exemple typique de ces synergies, avec la mise en &oelig;uvre par la vill&eacute;giature d&rsquo;une agriculture &laquo;&nbsp;moins agricole&nbsp;&raquo;, parce que tourn&eacute;e vers des productions non plus alimentaires mais d&rsquo;agr&eacute;ment. En red&eacute;finissant les rapports entre ville et campagne, c&rsquo;est-&agrave;-dire, &agrave; bien des &eacute;gards, entre tradition et modernit&eacute;, ces inventions paysag&egrave;res vont apporter une contribution majeure &agrave; la construction des identit&eacute;s contemporaines, r&eacute;gionales le plus souvent, mais parfois aussi nationales. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir aussi les r&eacute;f&eacute;rences du chapitre pr&eacute;c&eacute;dent concernant la place des repr&eacute;sentations de la montagne dans la construction de l&rsquo;identit&eacute; suisse et sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">L&rsquo;espace des guides touristiques<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"10\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le d&eacute;veloppement de la vill&eacute;giature climat&eacute;rique s&rsquo;accompagne de l&rsquo;apparition des premiers guides touristiques &agrave; destination des voyageurs et des hivernants. On recense pour la France pr&egrave;s de 2000 publications de cette nature entre les seules ann&eacute;es 1814-1848. Ces ouvrages constituent un genre litt&eacute;raire innovant. Avec leurs notices artistiques et leurs renseignements pratiques, ils se pr&eacute;sentent sous la forme d&rsquo;une synth&egrave;se entre le r&eacute;cit de voyage intimiste, g&eacute;n&eacute;ralement r&eacute;dig&eacute; sous forme de courrier, l&#39;indicateur des routes destin&eacute; aux commer&ccedil;ants et les pr&eacute;occupations m&eacute;dicales de la climatoth&eacute;rapie. A la diff&eacute;rence de la litt&eacute;rature de voyage traditionnelle, ils proposent la vision d&rsquo;un espace &laquo;&nbsp;organis&eacute;, quadrill&eacute;, mesur&eacute;, chronom&eacute;tr&eacute;, tarif&eacute;&nbsp;&raquo;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Selon une expression fort pertinente extraite de l&rsquo;ouvrage d&eacute;j&agrave; cit&eacute; de AMIC <em>et alii<\/em>, 1991, pp6-13. <\/span>[\/ref] Ils se font en cela l&rsquo;outil et le porte parole de l&rsquo;homog&eacute;n&eacute;isation qu&rsquo;entra&icirc;ne dans le m&ecirc;me temps le d&eacute;veloppement des transports et de l&rsquo;&eacute;conomie marchande. Leur principale originalit&eacute; r&eacute;side, de ce point de vue, dans leur aptitude &agrave; g&eacute;n&eacute;raliser et &agrave; normaliser les exp&eacute;riences individuelles des voyageurs par l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;une liste organis&eacute;e des &eacute;l&eacute;ments qui les composent. Ils donnent ainsi au lecteur des r&eacute;f&eacute;rences conventionnelles et structur&eacute;es, visant &agrave; le diriger dans l&rsquo;&eacute;laboration de son propre p&eacute;riple. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se r&eacute;f&egrave;re ici &agrave; l&rsquo;analyse de la dimension p&eacute;dagogique du guide touristique propos&eacute;e par BERTHO LAVENIR, <em>La roue et le stylo&hellip;, op. cit<\/em>., p61. <\/span>[\/ref] Maximilien Misson fut le pr&eacute;curseur de cette v&eacute;ritable p&eacute;dagogie de l&rsquo;art de voyager, &agrave; laquelle il offre d&egrave;s le XVIIe si&egrave;cle un mod&egrave;le canonique. Il invente notamment les &eacute;toiles, une pour &laquo;&nbsp;un pays m&eacute;diocrement bon et beau&nbsp;&raquo;, deux pour une &laquo;&nbsp;route meilleure et plus belle&nbsp;&raquo;, trois pour un &laquo;&nbsp;pays extr&ecirc;mement beau et fertile&nbsp;&raquo;. Une signal&eacute;tique sp&eacute;cifique indique de m&ecirc;me les &laquo;&nbsp;mauvais pays&nbsp;&raquo; et les &laquo;&nbsp;routes difficiles&nbsp;&raquo;, ainsi que les &laquo;&nbsp;curiosit&eacute;s &agrave; voir&nbsp;&raquo;, lesquelles font par ailleurs l&rsquo;objet d&rsquo;une liste d&eacute;taill&eacute;e. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MISSON, <em>Un Nouveau Voyage d&#39;Italie fait en l&#39;ann&eacute;e 1688<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, d&rsquo;apr&egrave;s MORTIER, <em>Les voyageurs en Italie; op. cit. <\/em><\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"11\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au si&egrave;cle suivant para&icirc;t le guide REICHARD, qui conna&icirc;t une diffusion importante. Il se partage entre la description des h&ocirc;tels, des prix et des itin&eacute;raires, et celle des donn&eacute;es &eacute;rudites, statistiques (poids et mesures) ou patrimoniales (curiosit&eacute;s antiques et artistiques). [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> REICHARD Hans Ottokar, <em>Le Guide d&#39;Italie<\/em>, Weimar, Bureau d&#39;industrie, 1793, et du m&ecirc;me auteur&nbsp;: <em>Guide des voyageurs en Europe<\/em>, Weimar, Bureau d&#39;industrie, 1805. <\/span>[\/ref] Avec l&rsquo;essor de l&rsquo;encyclop&eacute;disme, des voyages statistiques ou pittoresques et surtout de la litt&eacute;rature climat&eacute;rique, la multiplication de ces ouvrages va donner le jour &agrave; de vastes compilations &eacute;rudites. Elles prennent leur forme d&eacute;finitive au milieu du XIXe si&egrave;cle, dans le cadre de la vill&eacute;giature. Leurs principaux repr&eacute;sentants sont le MURRAY, le JOANNE, le BAEDECKER et par la suite le Guide Bleu. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MURRAY, <em>Red Book, <\/em>1836, suivi de la premi&egrave;re &eacute;dition du BAEDECKER, <em>Un voyage sur le Rhin<\/em>, 1839, puis en 1841 du premier <em>Guide Joanne<\/em> qui prendra sa forme d&eacute;finitive en 1860 et donnera naissance en 1886 au <em>Guide bleu<\/em>. <\/span>[\/ref] A c&ocirc;t&eacute; de ces entreprises &eacute;ditoriales d&rsquo;envergure internationale, on trouve aussi des centaines d&rsquo;indicateurs &agrave; dimension locale ou r&eacute;gionale. Ces publications ont en commun, comme on l&rsquo;a vu pr&eacute;c&eacute;demment, leur institutionnalisation du renouvellement des centres d&#39;int&eacute;r&ecirc;t traditionnels des voyageurs, amorc&eacute; au si&egrave;cle pr&eacute;c&eacute;dent sous l&rsquo;influence des Lumi&egrave;res. Leur impact est particuli&egrave;rement sensible sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur. Les <em>tourists<\/em> qui se rendent jusqu&rsquo;alors en Provence ne s&rsquo;int&eacute;ressent en effet qu&rsquo;&agrave; l&#39;Antiquit&eacute; et aux monuments romains, du Pont du Gard aux lieux marqu&eacute;s par le souvenir de Laure et de P&eacute;trarque, en passant par les cabinets de curiosit&eacute;s et de m&eacute;dailles. Ils visitent aussi les ports et les fortifications de la r&eacute;gion, ainsi que quelques sites naturels pittoresques, comme la Fontaine de Vaucluse ou les paysages exotiques de Hy&egrave;res, de Nice, de San Remo ou de Finale. Les ouvrages du si&egrave;cle suivant attestent d&rsquo;&eacute;volutions significatives. Si le go&ucirc;t des touristes pour l&#39;histoire demeure une constante, il s&rsquo;&eacute;largit &agrave; pr&eacute;sent au Moyen Age et aux traces de la l&eacute;gende napol&eacute;onienne. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ATLAS BELFRAM, <em>op. cit<\/em>. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"12\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les pr&eacute;occupations naturalistes de la climatoth&eacute;rapie contribuent par ailleurs &agrave; enrichir les traditionnelles descriptions historiques et monumentales de longs chapitres consacr&eacute;s &agrave; la g&eacute;ologie, l&#39;orographie, la v&eacute;g&eacute;tation, la population et le climat. La premi&egrave;re &eacute;dition azur&eacute;enne des guides Murray se compose ainsi de publicit&eacute;s, d&rsquo;informations g&eacute;n&eacute;rales, de la liste des h&ocirc;tels, des routes, des douanes ou des services offerts aux voyageurs (consulats, biblioth&egrave;ques, adresses de collectionneurs ou d&#39;&eacute;rudits), d&rsquo;une bibliographie et d&rsquo;informations relatives au gouvernement, &agrave; la population, l&#39;&eacute;conomie, les langues, les arts, la litt&eacute;rature et la flore exotique. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Guide Murray (Palgrave Sir Francis Dir.), <em>De Nice &agrave; G&egrave;nes<\/em>. <em>Handbook for travellers in Northern Italia<\/em>, London, J. Murray, 1842. <\/span>[\/ref] Ce type d&rsquo;ouvrage va se multiplier gr&acirc;ce &agrave; la riche production litt&eacute;raire et scientifique redevable aux synergies cr&eacute;&eacute;es entre les voyageurs savants et l&rsquo;&eacute;lite locale. Ces collaborations d&eacute;passent par leur ampleur le simple cadre du loisir &eacute;rudit, destin&eacute; &agrave; agr&eacute;menter les longues journ&eacute;es de la vill&eacute;giature. Elles pr&eacute;sentent aussi une r&eacute;elle originalit&eacute;, par le souci de la mise en sc&egrave;ne qui les accompagne. Cette dimension ostentatoire constitue la caract&eacute;ristique essentielle des politiques actuelles du patrimoine. Le tourisme n&rsquo;est pas seulement &agrave; l&rsquo;origine de ces pratiques: il a conduit &agrave; leur g&eacute;n&eacute;ralisation &agrave; tous les domaines de la vie sociale. Pour mieux comprendre ce ph&eacute;nom&egrave;ne, qui d&eacute;borde de ce que l&rsquo;on qualifie g&eacute;n&eacute;ralement d&rsquo;&eacute;largissement du patrimoine, il faut s&rsquo;attacher &agrave; l&rsquo;histoire du tourisme &eacute;rudit et de ses influences. Le tourisme accompagnera ainsi la longue histoire des conqu&ecirc;tes impuls&eacute;es par l&#39;expansion de la soci&eacute;t&eacute; industrielle, au travers de sa participation &agrave; l&#39;homog&eacute;n&eacute;isation de l&#39;espace entra&icirc;n&eacute;e dans le m&ecirc;me temps par le d&eacute;veloppement des transports.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 20px;\"><strong>2. OSTENTATION<\/strong><\/span><\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Espace v&eacute;cu versus espace per&ccedil;u<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"13\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les pratiques de l&rsquo;ostentation mises en &oelig;uvre dans le cadre du <em>tour<\/em> allaient exercer une influence qui d&eacute;borde largement des seules politiques patrimoniales. Leurs premi&egrave;res manifestations rel&egrave;vent de l&#39;esth&eacute;tique classique du paysage, avec la repr&eacute;sentation syst&eacute;matique des ruines des monuments antiques. Portiques, colonnes, chapiteaux bris&eacute;s ou temples d&eacute;truits, se doivent d&egrave;s lors d&rsquo;animer tout bon paysage italien. Elles vont toutefois prendre une forme nouvelle, et moins connue, avec le d&eacute;veloppement des jardins d&rsquo;agr&eacute;ments de la vill&eacute;giature, source de l&rsquo;imagerie exotisante qui fonde encore le tourisme moderne et ses r&eacute;alisations. Les infrastructures de loisirs qui lui ont succ&eacute;d&eacute; ont achev&eacute; &agrave; pr&eacute;sent de transformer le littoral, la montagne et la campagne de nombreux pays, mais aussi les centres et les p&eacute;riph&eacute;ries de nos villes, en de vastes &laquo;&nbsp;terrains de jeux&nbsp;&raquo; qui en sont le moderne avatar. Si l&rsquo;on veut comprendre la p&eacute;rennit&eacute; et l&rsquo;impact du tourisme, il faut s&rsquo;attacher &agrave; la gen&egrave;se du concept de climat. Cette notion m&eacute;dicale est en effet l&rsquo;h&eacute;riti&egrave;re d&rsquo;une longue tradition, qui remonte aux premiers d&eacute;veloppements du <em>tour<\/em>.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">De l&rsquo;agronomie &agrave; l&rsquo;hygi&eacute;nisme<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"14\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Concernant &agrave; la fois les sciences, la litt&eacute;rature et les arts, un nouveau regard port&eacute; sur l&rsquo;espace v&eacute;cu va marquer durablement l&rsquo;&rsquo;histoire de nos soci&eacute;t&eacute;s sous l&rsquo;influence du climatisme. Il pr&eacute;figure la vaste entreprise de mise en sc&egrave;ne qui a conduit &agrave; qualifier les soci&eacute;t&eacute;s modernes de &laquo;&nbsp;soci&eacute;t&eacute;s du spectacle&nbsp;&raquo;, une mise en sc&egrave;ne dont l&rsquo;influence ne cesse de grandir de nos jours dans les d&eacute;finitions des appartenances et des identit&eacute;s. La notion de climat prend ses sources dans l&rsquo;id&eacute;e de nature, dont les pr&eacute;mices apparaissent d&egrave;s la fin du moyen-&acirc;ge, avec la litt&eacute;rature courtoise et ses descriptions de jardins et de vergers. En faisant de la campagne le cadre de pr&eacute;dilection de leurs sc&egrave;nes amoureuses, les troubadours annoncent l&rsquo;apparition d&#39;un th&egrave;me que le romantisme va populariser par la suite. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature&#8230;, op. cit<\/em>., pp20-21. <\/span>[\/ref] Cet int&eacute;r&ecirc;t port&eacute; au monde rural rencontre &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque les pr&eacute;occupations de la peinture paysag&egrave;re et de l&rsquo;agronomie. Un profond renouveau des repr&eacute;sentations du monde prend alors forme, lequel va toutefois s&rsquo;av&eacute;rer particuli&egrave;rement long et difficile. La cosmologie chr&eacute;tienne repose en effet sur le postulat biblique qui place l&rsquo;homme au centre de la cr&eacute;ation, ordonnant de ce point de vue l&rsquo;ensemble de l&rsquo;univers au travers de la th&eacute;orie des analogies et des correspondances. Les premi&egrave;res ruptures vont consister &agrave; envisager le monde comme un &laquo;&nbsp;spectacle&nbsp;&raquo; ext&eacute;rieur &agrave; l&rsquo;homme, c&rsquo;est-&agrave;-dire comme une r&eacute;alit&eacute; en soi, susceptible donc de devenir un &laquo;&nbsp;objet&nbsp;&raquo; de science, de litt&eacute;rature ou de peinture. Ces conceptions continuent cependant de relever d&rsquo;une vision anthropocentrique, l&rsquo;&eacute;rection de la nature en spectacle n&rsquo;ayant de sens que par l&rsquo;existence d&rsquo;un observateur privil&eacute;gi&eacute;. Comme l&rsquo;exprime avec concision la formule contemporaine de l&rsquo;abb&eacute; Pluche, &laquo;&nbsp;la Providence a rendu l&rsquo;air invisible pour nous permettre le spectacle de la nature&nbsp;&raquo;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Cit&eacute; par CORBIN, <em>Le territoire du vide&#8230;, op. cit<\/em>., pp35-36. On s&rsquo;est report&eacute; ici &agrave; DELEAGE Jean-Paul, <em>Histoire de l&#39;&eacute;cologie<\/em>, Paris, La D&eacute;couverte, 1991, pp259sq ainsi qu&rsquo;&agrave; KEITH Thomas, <em>Dans le jardin de la nature. La mutation des sensibilit&eacute;s en Angleterre &agrave; l&#39;&eacute;poque moderne (1500-1800),<\/em> Paris, Gallimard, 1985. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"15\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&#39;&eacute;mergence du sentiment de nature re&ccedil;oit une impulsion d&eacute;cisive au cours du XVIIe si&egrave;cle, avec l&rsquo;apparition de l&#39;agronomie et son impact dans l&rsquo;&eacute;largissement de l&rsquo;horizon des voyageurs &agrave; l&rsquo;&eacute;poque des Lumi&egrave;res. Les ouvrages de ses pr&eacute;curseurs, comme le <em>Th&eacute;&acirc;tre d&#39;agriculture<\/em> d&#39;Olivier de Serres ou le <em>Trait&eacute; d&#39;&eacute;conomie politique<\/em> de Montchr&eacute;tien, restent cependant consacr&eacute;s &agrave; une campagne humanis&eacute;e. L&#39;homme continue d&rsquo;occuper la place centrale, &agrave; l&rsquo;image d&rsquo;une nature-instrument d&eacute;j&agrave; pr&eacute;sente dans la Gen&egrave;se et largement reprise par le christianisme. Ils contribuent toutefois &agrave; l&rsquo;objectivation du monde qui va fonder la modernit&eacute;. L&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t port&eacute; &agrave; l&rsquo;agronomie atteint son paroxysme au cours du XVIIe si&egrave;cle. Elle &laquo;&nbsp;est devenue l&#39;objet d&#39;une foule de livres, de recherches et d&#39;exp&eacute;riences, [rel&egrave;ve ainsi l&rsquo;auteur d&rsquo;une nouvelle traduction des <em>Georgiques<\/em>, ajoutant que] dans toutes les parties du royaume je vois s&#39;&eacute;lever des soci&eacute;t&eacute;s d&#39;agriculture.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DELILLE cit&eacute; par CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature , op. cit.<\/em>, pp37-40 et 84-88. <\/span>[\/ref] Son impact s&rsquo;&eacute;tend alors de la litt&eacute;rature, avec les &oelig;uvres consacr&eacute;es aux &quot;saisons&quot;, aux &quot;jardins&quot;, aux &quot;fleurs&quot;, aux &quot;oiseaux de la ferme&quot; ou au &quot;potager&quot;, &agrave; la multiplication des &eacute;tudes naturalistes et des repr&eacute;sentations paysag&egrave;res. Cette effervescence cr&eacute;atrice n&rsquo;est pas sans rapport avec les conceptions hygi&eacute;nistes qu&rsquo;&eacute;laborent alors les touristes &eacute;clair&eacute;s et les voyageurs savants. On en retrouve un &eacute;cho exemplaire chez Saint-Lambert, qui fait conna&icirc;tre en France le po&egrave;te bucolique anglais Thomson. Il d&eacute;crit ainsi la campagne dans des termes pr&eacute;romantiques, comme un &eacute;tat de nature peupl&eacute; d&#39;&acirc;mes innocentes et pures, antidote &agrave; la corruption des m&oelig;urs due &agrave; la civilisation. Au del&agrave; d&rsquo;une qu&ecirc;te du paradis perdu, issue des r&eacute;miniscences de la Gen&egrave;se ou des valeurs chr&eacute;tiennes attach&eacute;es au travail des champs, l&rsquo;id&eacute;e de nature est en train de prendre sa forme moderne. Son &eacute;laboration d&eacute;finitive sera largement redevable des conceptions climatiques et des pratiques &eacute;labor&eacute;es dans le cadre du <em>tour<\/em>.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Le tourisme et les sciences de la nature<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"16\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">&laquo;&nbsp;Un Voyageur Philosophe r&eacute;fl&eacute;chit sur les diff&eacute;rens Caract&egrave;res des Hommes qu&#39;il voit, qu&#39;il fr&eacute;quente, il examine la nature du Climat, la Temp&eacute;rature de l&#39;Air, la Disposition des Rochers, des Montagnes&nbsp;&raquo; &eacute;crit, au d&eacute;but du XVIIIe si&egrave;cle, l&rsquo;un des <em>tourists<\/em> &eacute;clair&eacute;s qui partagent les id&eacute;es des Lumi&egrave;res.&nbsp; Diderot affirme de m&ecirc;me, &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;un voyage en Hollande, qu&rsquo;il faut &laquo;&nbsp;au voyageur une bonne teinture de math&eacute;matiques, des &eacute;l&eacute;ments de calcul, de g&eacute;om&eacute;trie, de m&eacute;canique, d&#39;hydraulique, de physique exp&eacute;rimentale, d&#39;histoire naturelle, de chimie, de dessin, de g&eacute;ographie et m&ecirc;me un peu d&#39;astronomie; ce qu&#39;on a coutume de savoir &agrave; 22 ans quand on a re&ccedil;u une &eacute;ducation lib&eacute;rale.&nbsp;&raquo; L&#39;&eacute;ducation lib&eacute;rale &agrave; laquelle fait allusion Diderot, &nbsp;[ref]<span style=\"font-size:12px;\"> JORDAN Charles-Etienne, <em>Histoire d&#39;un voyage litt&eacute;raire fait en France, en Angleterre et en Hollande<\/em>, 1733, p25sq et Diderot, <em>Voyage en Hollande en 1793-1794<\/em>, Pr&eacute;liminaire, p23, cit&eacute;s par WOLFZETTEL, <em>Le discours du voyageur, op. cit.,<\/em> pp 231 et 274-276. <\/span>[\/ref] d&eacute;borde des seules id&eacute;es des Lumi&egrave;res et des pratiques aristocratiques du <em>tour<\/em> auxquelles elle fait r&eacute;f&eacute;rence. Elle permet en effet d&rsquo;associer les voyageurs &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre collective de la science, en leur proposant de recueillir des donn&eacute;es relatives &agrave; la g&eacute;ographie, &agrave; l&#39;histoire naturelle et aux soci&eacute;t&eacute;s humaines. En Angleterre, les <em>Profitables Instructions, describing what Special Observations are to be taken by Travellers in all Nations<\/em> donnent ainsi, d&egrave;s 1633, une liste d&eacute;taill&eacute;e d&#39;observations &agrave; l&lsquo;usage des voyageurs. Elles vont de la description du relief, des pays voisins, de la fertilit&eacute; du sol, de la mer et des qualit&eacute;s des ports, des montagnes, des c&ocirc;tes, for&ecirc;ts, marais, agriculture, &agrave; celle des gouvernements et des universit&eacute;s. La <em>Royal Society<\/em> publie &agrave; son tour, en 1665, des <em>Directions for Sea Men, Bound for Far Voyages<\/em>.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"17\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Elles sont destin&eacute;es dans un esprit voisin aux officiers de marine d&eacute;sireux de participer &agrave; la collecte de donn&eacute;es scientifiques. Ils doivent pour cela tenir un <em>Register of Wind and Weather,<\/em> dont on peut reconna&icirc;tre sans grande difficult&eacute; la parent&eacute; avec les futurs ouvrages de &quot;climatoth&eacute;rapie&quot;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Royal Society, <em>Directions for Sea Men, Bound for Far Voyages<\/em>, London, 1665, d&rsquo;apr&egrave;s VIVIES Jean, <em>Le r&eacute;cit de voyage en Angleterre au XVIII&deg; si&egrave;cle,<\/em> Toulouse, Presses Universitaires,1999, p48. <\/span>[\/ref] L&rsquo;envergure et le caract&egrave;re syst&eacute;matique des recherches d&rsquo;agronomie, de g&eacute;ographie, d&rsquo;histoire naturelle ou d&rsquo;ethnographie issues des r&eacute;cits de voyage, t&eacute;moignent du r&ocirc;le que vont jouer d&egrave;s lors les voyageurs dans le d&eacute;veloppement des sciences de l&rsquo;homme et de la nature. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DUCHET, <em>Anthropologie et histoire au si&egrave;cle des Lumi&egrave;res<\/em>, <em>op. cit.<\/em> mentionnant Buffon, Voltaire, Rousseau, Helvetius ou Diderot ainsi que LADOUSSE Andr&eacute;, &quot;Contribution de quelques voyageurs anglais en Egypte (1768-1801) &agrave; l&#39;&eacute;laboration d&#39;une strat&eacute;gie imp&eacute;riale&quot;, in <em>Le voyage aux XVIII&deg; et XIX&deg; si&egrave;cles, Actes du Congr&egrave;s de Nice de 1971<\/em>, Nice, UNSA, 1971, pp81\/90. <\/span>[\/ref] En ce qui concerne la naissance du sentiment de nature, ces influences ont g&eacute;n&eacute;ralement &eacute;t&eacute; &eacute;clips&eacute;es par l&rsquo;&oelig;uvre contemporaine de Rousseau et par l&rsquo;&eacute;mergence du romantisme. Comme le rel&egrave;ve cependant un contemporain averti&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est depuis que M. de Buffon a remu&eacute; toutes les t&ecirc;tes de l&rsquo;Europe, par la fiert&eacute; de ses pinceaux et par ses grands syst&egrave;mes sur les r&eacute;volutions successives du globe que tout le monde a &eacute;tudi&eacute; ou voulu conna&icirc;tre tout ce que la nature offre de grand ou de terrible. C&rsquo;est depuis ce temps l&agrave; que l&rsquo;Etna est devenu une d&eacute;coration pour la Sicile, le V&eacute;suve pour l&rsquo;Italie, les Alpes pour la Suisse; que des esprits cultiv&eacute;s et hardis ont &eacute;t&eacute; &agrave; la d&eacute;couverte de vos montagnes de glace, de vos rochers, de vos lacs, de vos cascades, de vos torrents.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> THOMAS AL, <em>&OElig;uvres compl&egrave;tes pr&eacute;c&eacute;d&eacute;es d&#39;une Notice sur la Vie et les Ouvrages de l&#39;auteur par M. Saint Surin<\/em>, Paris, Verdi&egrave;re, 1822-1825, et Buffon, <em>Histoire Naturelle et Th&eacute;orie de la Terre,<\/em> 1748, cit&eacute;s par CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature , op. cit.<\/em>, pp132-133. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"18\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">On s&rsquo;accorde aujourd&rsquo;hui &agrave; reconna&icirc;tre la place occup&eacute;e par l&rsquo;<em>Histoire Naturelle et Th&eacute;orie de la Terre<\/em> de Buffon dans le d&eacute;veloppement des sciences. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> WOLFZETTEL, <em>Le discours du voyageur&hellip;, op. cit<\/em>., p286 et CORBIN, <em>Le territoire du vide., op. cit<\/em>., pp130-131. <\/span>[\/ref] Tout en fractionnant ses domaines et en ignorant les perspectives totalisantes, la conception qu&rsquo;il d&eacute;fend est f&eacute;d&eacute;rative. Elle rejoint fort curieusement les pr&eacute;occupations des voyageurs &quot;&eacute;clair&eacute;s&quot; et des simples <em>tourists,,<\/em> auxquels elle permet de contribuer, en <em>dilettante<\/em>, &agrave; une &oelig;uvre collective. La min&eacute;ralogie, la botanique, l&#39;ornithologie et l&#39;entomologie sont plus particuli&egrave;rement &agrave; leur port&eacute;e. Outre le fait qu&rsquo;elles se pr&ecirc;tent &agrave; l&#39;observation directe, elles pr&eacute;sentent de plus l&rsquo;avantage d&rsquo;allier au souci scientifique l&#39;int&eacute;r&ecirc;t pictural et exotique. D&egrave;s le d&eacute;but du XVIIIe si&egrave;cle, l&#39;aristocratie anglaise, rapidement imit&eacute;e par le clerg&eacute; et les classes moyennes, va ainsi se prendre de passion pour la collecte des objets de la nature. Le go&ucirc;t du savoir et le souci d&#39;enrichir une collection stimulent les voyageurs et les touristes, tout autant que la perspective d&rsquo;une &eacute;ventuelle d&eacute;couverte scientifique ou esth&eacute;tique. Le mouvement s&rsquo;&eacute;tend rapidement &agrave; toute l&#39;Europe, qui voit prolif&eacute;rer les cabinets de physique, de chimie ou d&#39;histoire naturelle, ainsi que les premi&egrave;res soci&eacute;t&eacute;s savantes dont l&rsquo;impact se r&eacute;v&eacute;lera d&eacute;terminant dans la gen&egrave;se des identit&eacute;s r&eacute;gionales et nationales. Avec l&rsquo;essor de la litt&eacute;rature de voyage et de la climatoth&eacute;rapie, les descriptions &eacute;rudites vont d&egrave;s lors conna&icirc;tre d&rsquo;importants d&eacute;veloppements. Ces travaux d&#39;amateurs seront parfois m&ecirc;me &agrave; l&#39;origine de certaines disciplines, comme la g&eacute;ologie ou la botanique. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Il faudrait citer &agrave; ce propos les travaux des historiens des sciences relatifs au XVIIIe si&egrave;cle, ainsi que ceux concernant les collectionneurs et la naissance des mus&eacute;es (comme par exemple POMIAN Krzysztof, <em>Collectionneurs, amateurs et curieux. Paris-Venise, XVIe-XVIIIe si&egrave;cle<\/em>, Gallimard, Paris 1987.) <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Ruines et jardins<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"19\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les recherches naturalistes impuls&eacute;es par les voyageurs vont rapidement imposer, par leur dimension pragmatique et empirique, l&#39;id&eacute;e d&#39;une nature ext&eacute;rieure &agrave; l&#39;homme, fondant ainsi l&#39;objectivit&eacute; qui pr&eacute;side &agrave; la d&eacute;marche scientifique. Elles conduiront, comme on l&rsquo;a d&eacute;j&agrave; rapport&eacute; &agrave; propos de l&rsquo;histoire de la montagne, au &quot;d&eacute;senchantement&quot; d&rsquo;un monde habit&eacute; par les survivances d&#39;une &laquo;&nbsp;pens&eacute;e magique&nbsp;&raquo;, reposant sur la solidarit&eacute; de l&#39;homme et de l&#39;univers physique. La nature devient &agrave; pr&eacute;sent un &quot;objet&quot;, de conqu&ecirc;te, de science, de loisir ou de r&ecirc;verie, une entreprise &agrave; laquelle le tourisme offre un cadre particuli&egrave;rement appropri&eacute;. S&rsquo;il participe activement &agrave; ce &quot;d&eacute;senchantement&quot; du monde, le tourisme travaille dans le m&ecirc;me temps &agrave; son &quot;r&eacute;-enchantement&quot;. La fascination exerc&eacute;e par les paysages de la montagne, qui deviennent le terrain d&#39;aventure privil&eacute;gi&eacute; de la modernit&eacute;, atteste exemplairement du caract&egrave;re ambivalent de ses pr&eacute;occupations. Il en va de m&ecirc;me des pr&eacute;occupations sanitaires de la litt&eacute;rature climatique, notamment au travers de l&rsquo;imagerie paradisiaque qu&rsquo;elle &eacute;labore du monde m&eacute;diterran&eacute;en. Les touristes partagent en fait, avec les penseurs de la Renaissance, des Lumi&egrave;res ou de la tradition encyclop&eacute;dique, un m&ecirc;me souci consistant &agrave; faire coexister la critique des mythes et la r&eacute;introduction du merveilleux. Il est particuli&egrave;rement illustr&eacute; par la vaste entreprise de r&eacute;interpr&eacute;tation des anciennes fronti&egrave;res de la &quot;g&eacute;ographie mythique&quot; chr&eacute;tienne, la mer et la montagne, impuls&eacute;e par la climatoth&eacute;rapie. Toutefois, le tourisme n&rsquo;est pas une entreprise scientifique. Les nouveaux d&eacute;veloppements que l&rsquo;id&eacute;e de nature va conna&icirc;tre sous son influence, rel&egrave;vent avant tout des r&eacute;alisations paysag&egrave;res de la vill&eacute;giature, dont le jardin d&rsquo;agr&eacute;ment constitue le prototype.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"20\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">&nbsp;&laquo;&nbsp;Les d&eacute;bris des monuments&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] jettent l&rsquo;&acirc;me dans une sorte de m&eacute;lancolie qui n&rsquo;est pas de la tristesse&nbsp;&raquo; estime DUCLOS, lors de son s&eacute;jour italien. &laquo;&nbsp;Je vous salue, ruines solitaires, tombeaux saints, murs silencieux&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] Mon c&oelig;ur trouve &agrave; vous contempler le charme de mille sentiments et de mille pens&eacute;es&nbsp;&raquo; &eacute;crit de m&ecirc;me Volney, dans des termes qui annoncent la naissance de l&rsquo;un des th&egrave;mes majeurs du romantisme. &laquo;&nbsp;Les ruines o&ugrave; la nature combat l&rsquo;art des hommes&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] montrent la vanit&eacute; de nos travaux et la perp&eacute;tuit&eacute; des siens&nbsp;&raquo;, rapporte de son c&ocirc;t&eacute; l&rsquo;un des ma&icirc;tres &agrave; penser des romantiques, Bernardin de Saint-Pierre. Au si&egrave;cle suivant, la repr&eacute;sentation des ruines devient un &eacute;l&eacute;ment incontournable du voyage pittoresque, comme le rapporte alors Chateaubriand jugeant que &laquo;&nbsp;les ruines, consid&eacute;r&eacute;es sous le rapport du paysage, sont plus pittoresques dans un tableau que le monument frais et entier&nbsp;&raquo;. &nbsp;[ref]<span style=\"font-size:12px;\"> VOLNEY, <em>Ruines<\/em> (XI-XII), 1791, DUCLOS, <em>Voyage en Italie,<\/em> <em>op. cit<\/em>., p58, et Chateaubriand, <em>G&eacute;nie du Christianisme<\/em>, O.C. XIII, p116. Voir aussi sur ce sujet les commentaires de GAUTIER Jean-Maurice, &quot;Chateaubriand&quot;,<em> Le pr&eacute;romantisme&#8230;, in Actes du colloque de Clermont-Ferrand de juin 1972<\/em>, Paris, Klincksieck, 1975, pp219-228. <\/span>[\/ref] Cet engouement est largement redevable de l&rsquo;essor de la vill&eacute;giature et des innovations architecturales de l&rsquo;urbanisme de stations. Accompagn&eacute;s de toute la flore des cimeti&egrave;res, ifs, sapins et cypr&egrave;s ou de murs crevass&eacute;s et couverts de mousse, les urnes et les tombeaux sont en effet devenus les &eacute;l&eacute;ments essentiels de l&rsquo;art du jardin d&rsquo;agr&eacute;ment. La &lsquo;templomanie&rsquo; va d&egrave;s lors s&rsquo;&eacute;tendre au moyen-&acirc;ge, mis &agrave; la mode sous la d&eacute;nomination de gothique &agrave; l&rsquo;instigation de Walter SCOTT, de LAMARTINE ou encore de Victor Hugo qui l&#39;exalte dans <em>Notre-Dame de Paris<\/em>. Dans les jardins des vill&eacute;giatures, les ruines religieuses, abbayes, chapelles et clo&icirc;tres, de pr&eacute;f&eacute;rence d&eacute;labr&eacute;es et envahies par la v&eacute;g&eacute;tation, viennent d&egrave;s lors concurrencer les architectures inspir&eacute;es de l&#39;Antiquit&eacute;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera &agrave; ce propos aux travaux de CHARLIER, <em>Le sentiment de la nature&#8230;, op. cit<\/em>., pp120-127 et de MORTIER, <em>Les voyageurs en Italie; op. cit,,<\/em> p21 ainsi que, du m&ecirc;me auteur&nbsp;: <em>La po&eacute;tique des ruines en France. Ses origines, ses variations de la Renaissance &agrave; Victor Hugo<\/em>, Gen&egrave;ve, Groz, 1974 <\/span>[\/ref] Les pratiques paysag&egrave;res de la vill&eacute;giature apportent ainsi, par leur caract&egrave;re ostentatoire marqu&eacute;, une contribution majeure et m&eacute;connue &agrave; la naissance de la notion moderne de patrimoine.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Folies et &quot;fabriques&quot;&nbsp;: aux sources du patrimoine<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"21\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">&laquo;&nbsp;Plusieurs Anglais t&acirc;chent de donner [&agrave; leurs jardins] un air qu&#39;ils appellent en leur langue <em>romantic<\/em>, c&#39;est &agrave; dire &agrave; peu pr&egrave;s pittoresque&nbsp;&raquo; nous apprend l&#39;Abb&eacute; Le Blanc, &agrave; l&#39;&eacute;poque o&ugrave; le continent d&eacute;couvre et adopte ces pratiques. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MALNIC Evelyne, <em>Folies de jardin. Arts et architecture des fabriques de jardins du XVIII&deg; si&egrave;cle &agrave; nos jours<\/em>, Paris, Ch&ecirc;ne, 1996, pp109-118. <\/span>[\/ref] L&rsquo;originalit&eacute; des jardins anglais r&eacute;side en fait dans leur souci affich&eacute; de r&eacute;habiliter la nature \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb. Leurs auteurs r&eacute;cusent ainsi la tradition de la taille des arbres, afin de laisser libre cours &agrave; une v&eacute;g&eacute;tation plus proche de son &eacute;tat originel. Malgr&eacute; les pr&eacute;tentions de leurs promoteurs, ces jardins sont cependant aux antipodes d&rsquo;une simple reproduction de la nature. Ils font au contraire appel &agrave; des proc&eacute;d&eacute;s sc&eacute;nographiques tr&egrave;s &eacute;labor&eacute;s, reposant sur la prolif&eacute;ration de collines artificielles, de faux rochers, de grottes, de cascades, de ponts, de kiosques, de temples ou de fausses ruines. On va dans le m&ecirc;me esprit jusqu&rsquo;&agrave; planter des arbres morts&nbsp;! &nbsp;[ref]<span style=\"font-size:12px;\"> CHARLIER , <em>Le sentiment de la nature&#8230;, op. cit<\/em>. pp106-120. <\/span>[\/ref] Cette omnipr&eacute;sence de la mise en sc&egrave;ne doit beaucoup aux d&eacute;veloppements de la peinture de paysage. Elle s&#39;apparente en effet &agrave; une succession de tableaux, inspir&eacute;s par les grands ma&icirc;tres de l&rsquo;art paysager. On se rend d&rsquo;ailleurs dans ces parcs pour s&#39;exercer &agrave; l&#39;art pictural. Le paysage n&#39;existant, selon les peintres, qu&#39;en fonction du regard de l&#39;observateur, on a ainsi am&eacute;nag&eacute; des points de vue panoramiques et organis&eacute; de mani&egrave;re plus ou moins syst&eacute;matique, ou du moins sugg&eacute;r&eacute;, des parcours. Le go&ucirc;t de l&#39;exotisme constitue l&#39;une des principales caract&eacute;ristiques de ces promenades paysag&egrave;res. Tout au long de leurs itin&eacute;raires &laquo;&nbsp;pittoresques&nbsp;&raquo;, se succ&egrave;dent ainsi des mises en sc&egrave;ne agr&eacute;ment&eacute;es d&#39;architectures tr&egrave;s typ&eacute;es, les <em>folies<\/em> ou fabriques, install&eacute;es dans un cadre naturel exotisant. Une v&eacute;ritable mode orientalisante multiplie notamment les pagodes chinoises, les kiosques turcs ou les villages tartares. Emprunt&eacute; &agrave; la peinture, le terme de fabrique d&eacute;signe, selon l&#39;Encyclop&eacute;die, &laquo;&nbsp;tout b&acirc;timent dont la peinture offre une repr&eacute;sentation&nbsp;&raquo;, c&#39;est &agrave; dire &agrave; l&rsquo;origine les ruines antiques figur&eacute;es dans les paysages italiens, puis par extension &laquo;&nbsp;toute construction &eacute;lev&eacute;e dans un jardin dans un but ornemental ou pittoresque.&nbsp;&raquo;<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"22\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Son &eacute;quivalent anglais de <em>folies<\/em> le supplante rapidement en introduisant une connotation d&#39;extravagance et de d&eacute;mesure. Les catalogues des paysagistes anglais proposent en effet plus d&#39;une trentaine d&#39;&eacute;l&eacute;ments architecturaux relevant de cette d&eacute;nomination : kiosques, laiteries, fermettes, tombes, <em>pergola<\/em> et tonnelles, rochers, tentes, arches, maisons de banquets, pavillons de bains ou de bateaux, ponts, rivi&egrave;res, cascades, pagodes, &eacute;glises ou chapelles, colonnes, ruines, grottes, ermitages, loges, mausol&eacute;es, monuments, ob&eacute;lisques, pyramides, orangeraies, roseraies, rotondes, bancs, pavillons, temples, tours, chaumi&egrave;res ou glaci&egrave;res. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> D&rsquo;apr&egrave;s MALNIC <em>Folies de jardin&hellip;,<\/em> <em>op. cit.,<\/em>&nbsp; pp109 &amp; 119. <\/span>[\/ref] On recr&eacute;e de cette mani&egrave;re, dans un espace r&eacute;duit, toute la vari&eacute;t&eacute; des paysages du monde, selon l&rsquo;expression inspir&eacute;e du peintre CARMONTELLE, le cr&eacute;ateur du Parc Monceau, avouant son souci de r&eacute;unir en un seul endroit &laquo;&nbsp;tous les temps et tous les lieux&nbsp;&raquo;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"><em> Ibidem<\/em>, p8. <\/span>[\/ref] On va m&ecirc;me jusqu&rsquo;&agrave; construire des &icirc;les artificielles, abritant un simulacre de volcan qui crache des flammes&nbsp;! &nbsp;[ref]<span style=\"font-size:12px;\"> En Allemagne, &agrave; W&uuml;rlitz.<em> Ibidem<\/em>, p10. <\/span>[\/ref] Inspir&eacute;s de pr&eacute;occupations voisines, les jardins zoologiques qui voient alors le jour s&rsquo;inscrivent dans une entreprise analogue de mise en sc&egrave;ne ostentatoire du patrimoine naturel. Dans le microcosme du jardin, zoologique ou paysager, la g&eacute;ographie, l&rsquo;histoire et les sciences de la nature fusionnent ainsi dans un souci &eacute;rudit et identitaire d&rsquo;illustration du g&eacute;nie des nations. Au XVIIIe si&egrave;cle, le Prince de LIGNE va jusqu&rsquo;&agrave; proposer, en s&rsquo;inspirant de cet art des jardins, de rapporter la diversit&eacute; des civilisations &agrave; une s&eacute;rie d&rsquo;arch&eacute;types bas&eacute;s sur le climat. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MORTIER , <em>Les voyageurs en Italie; op. cit<\/em> , p107. <\/span>[\/ref] Grandement redevables des go&ucirc;ts nouveaux impuls&eacute;s par les voyageurs et les adeptes du tourisme climat&eacute;rique, ces mises en sc&egrave;ne pr&eacute;figurent la naissance de la notion moderne de patrimoine, m&ecirc;me si le souci de l&#39;ostentation l&#39;emporte largement sur celui de la conservation. Cette distinction r&eacute;v&egrave;le la nature originale de l&rsquo;institution touristique et permet de comprendre son impact sur le monde contemporain.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 20px;\"><strong>3. TOURISME ET SCIENCES SOCIALES<\/strong><\/span><\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Civilisation des loisirs et soci&eacute;t&eacute; du spectacle<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"23\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">On pourrait &ecirc;tre enclin &agrave; penser que les dimensions artistiques et savantes du tourisme originel ont aujourd&rsquo;hui disparu. Elles perdurent certes au travers du &quot;tourisme culturel&quot;, des politiques du patrimoine ou des diverses formes de tourisme vert ou sportif. Mais que repr&eacute;sentent-elles r&eacute;ellement dans la vaste entreprise mercantile de loisirs de masse que nous connaissons aujourd&rsquo;hui&nbsp;? La pr&eacute;dominance prise par l&rsquo;image sur la r&eacute;alit&eacute; dans l&rsquo;histoire contemporaine du tourisme, explique la nature de ces &eacute;volutions. Par sa nature ostentatoire, elle pose la question des relations qu&rsquo;elle entretient avec l&rsquo;&eacute;mergence de la &laquo;&nbsp;soci&eacute;t&eacute; du spectacle&nbsp;&raquo; et de son corollaire, la &laquo;&nbsp;civilisation des loisirs&nbsp;&raquo;. La conqu&ecirc;te du temps des loisirs entretient en effet d&rsquo;&eacute;troites relations avec la mise en sc&egrave;ne des lieux ludiques qui l&rsquo;accompagne, laquelle permet sa r&eacute;actualisation. Elle pose par l&agrave; m&ecirc;me la question des rapports entre le tourisme et le patrimoine autour de l&rsquo;impact conjoint qu&rsquo;ils exercent sur la d&eacute;finition des identit&eacute;s.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">L&rsquo;impact des voyages statistiques<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"24\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">La litt&eacute;rature climat&eacute;rique entretient des rapports &eacute;troits avec les d&eacute;veloppements contemporains des sciences sociales, qui voient le jour avec les &eacute;tudes dites statistiques. Ces &eacute;tudes trouvent leurs sources &agrave; la fois dans la litt&eacute;rature de voyage &agrave; l&rsquo;usage des marchands, la presse p&eacute;riodique litt&eacute;raire ou historique et les descriptions &eacute;rudites des &laquo;&nbsp;&eacute;tats, empires et principaut&eacute;s du monde&nbsp;&raquo;, plus particuli&egrave;rement illustr&eacute;es par les <em>Petites R&eacute;publiques<\/em> et les <em>Present States. <\/em>Les ouvrages statistiques se pr&eacute;sentent comme une synth&egrave;se de l&rsquo;ensemble des connaissances tir&eacute;es de l&rsquo;&eacute;tude du climat, des sols, de l&rsquo;hydrographie, des ressources, de la population, de l&rsquo;&eacute;conomie, des mentalit&eacute;s et des coutumes. N&eacute;cessitant le concours du botaniste, du g&eacute;ologue, du chimiste, du g&eacute;om&egrave;tre et du manufacturier, ils donnent rapidement lieu &agrave; de vastes investigations reposant sur des questionnaires sp&eacute;cialis&eacute;s.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"25\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ces publications sont inaugur&eacute;es, au cours du XVIIIe si&egrave;cle, par des topographies m&eacute;dicales dont les pr&eacute;occupations sont &eacute;tonnamment proches de celles de la cliimatoth&eacute;rapie. Elles ont en effet pour but de mettre en parall&egrave;le le temp&eacute;rament, la constitution et les maladies des habitants de chaque province avec la nature du sol et de son exploitation. Ces synergies s&rsquo;expliquent par les acquis du mouvement encyclop&eacute;diste, lesquels avaient offert aux entreprises empiriques de collectes de savoirs initi&eacute;es par les voyageurs un cadre organis&eacute;. La statistique se partage entre l&rsquo;&eacute;tude des causes dites objectives, c&rsquo;est &agrave; dire mat&eacute;rielles (territoire et population), formelles (droits et coutumes) ou efficientes (administration et justice), et celles relevant des repr&eacute;sentations. Les rubriques retenues englobent l&rsquo;&eacute;tude des sols et des eaux, de l&rsquo;altitude et des vents dominants, du climat et des cultures, de l&rsquo;alimentation et des types de maisons, ainsi que des manufactures, v&ecirc;tements, outils ou maladies professionnelles.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"26\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ces enqu&ecirc;tes s&rsquo;institutionnalisent sous la R&eacute;volution fran&ccedil;aise. Elles comprennent alors une centaine de rubriques, pour moiti&eacute; agricoles, le reste concernant les richesses min&eacute;rales, la p&ecirc;che, les sciences, les arts, les fabriques et les manufactures, le commerce, les finances et les domaines nationaux, ainsi que la population. Les donn&eacute;es qui les composent sont collect&eacute;es dans l&rsquo;unit&eacute; territoriale du d&eacute;partement, qui prend fort curieusement pour crit&egrave;re la journ&eacute;e de cheval d&rsquo;un voyageur. Sous l&rsquo;Empire, le Bureau de la Statistique syst&eacute;matise ces recueils d&rsquo;observations sur l&rsquo;&eacute;tat g&eacute;n&eacute;ral du pays, allant de la m&eacute;t&eacute;orologie &agrave; l&rsquo;agriculture, en passant par l&rsquo;&eacute;conomie, le commerce, l&rsquo;emploi, la population, la justice, la sant&eacute;, l&rsquo;enseignement et la litt&eacute;rature [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> PERROT J.C, <em>L&#39;&acirc;ge d&#39;or de la Statistique<\/em>, Paris, 1977 et BROC Numa, <em>La g&eacute;ographie des philosophes<\/em>, Paris, Ophrys, 1974. En ce qui concerne la production statistique, on se reportera notamment, outre les auteurs cit&eacute;s, &agrave; QUESNAY, <em>Questions int&eacute;ressantes sur la population, l&rsquo;agriculture et le commerce propos&eacute;es aux acad&eacute;mies et autres soci&eacute;t&eacute;s savantes des Provinces<\/em>, Paris, L&rsquo;Ami des Hommes, 1758, ainsi qu&rsquo;&agrave; VOLNEY Constantin Fran&ccedil;ois, <em>Questions de statistiques &agrave; l&#39;usage des voyageurs<\/em>, Paris, 1795. <\/span>[\/ref]. Alors que le genre d&eacute;p&eacute;rit &agrave; la fin de cette p&eacute;riode troubl&eacute;e, les <em>Voyages statistiques<\/em> trouvent dans la litt&eacute;rature touristique un regain d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t, m&ecirc;me si le r&eacute;cit de voyage intimiste, de type <em>Journal<\/em> ou <em>Correspondance<\/em>, redevient dans le m&ecirc;me temps &agrave; la mode avec le go&ucirc;t romantique. L&rsquo;influence de leurs riches illustrations est nettement perceptible dans la litt&eacute;rature pittoresque, contribuant notablement au renouvellement des repr&eacute;sentations des paysages de la M&eacute;diterran&eacute;e et de la montagne des Alpes impuls&eacute; par le tourisme naissant.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"27\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le <em>Voyage aux Alpes Maritimes <\/em>de FODERE atteste plus particuli&egrave;rement de cette continuit&eacute;. Ce m&eacute;decin parisien, qui a pour &eacute;l&egrave;ve et collaborateur le naturaliste ni&ccedil;ois RISSO, rapporte ainsi avoir parcouru les Alpes du Sud, &laquo;&nbsp;voyageant sur ces pics &eacute;lev&eacute;s, entour&eacute; de l&#39;atmosph&egrave;re la plus pure, ayant &agrave; mes pieds toute la majest&eacute; de la nature, la t&ecirc;te occup&eacute;e d&#39;une mission qui me semblait devoir contribuer au bonheur d&#39;un peuple pauvre; r&ecirc;vant &agrave; la fois physique, op&eacute;rations militaires, agriculture, industrie, m&eacute;decine, civilisation.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> FODERE Fran&ccedil;ois Emmanuel, <em>Voyage aux Alpes-Maritimes&hellip;, op. cit.<\/em>, tI, p.337<em>sq<\/em>. <\/span>[\/ref] Au del&agrave; de son souci purement statistique, FODERE s&rsquo;int&eacute;resse aussi aux cultures locales. Il s&rsquo;interroge par exemple, &agrave; propos du pastoralisme et des routes de la transhumance, sur les savoirs dont les bergers lui semblent d&eacute;positaires en mati&egrave;re de zoologie, de botanique et d&rsquo;astronomie. Les<em> Voyages Statistiques<\/em> contemporains de CHABROL DE VOLVIC [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> CHABROL DE VOLVIC, <em>Voyages Statistiques<\/em>, <em>op. cit<\/em>. <\/span>[\/ref] reposent sur un esprit similaire, illustr&eacute; par les nombreuses contributions d&#39;ing&eacute;nieurs, de topographes, de fonctionnaires ou d&#39;&eacute;rudits locaux auxquelles ils font appel, contributions qui vont par la suite se p&eacute;renniser dans le cadre de la litt&eacute;rature climat&eacute;rique.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"28\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les &eacute;tudes statistiques ont pour principal objet d&rsquo;informer les gouvernants sur l&rsquo;&eacute;tat du pays. Elles se diff&eacute;rencient en cela des guides touristiques qui vont leur succ&eacute;der. Le <em>Viaggio nella Liguria Marittima<\/em> de 1834 de BERTOLOTTI, qui fait preuve d&#39;une &eacute;rudition historique &eacute;tonnante, n&rsquo;est ainsi malgr&eacute; son intitul&eacute; qu&rsquo;une commande publique de l&#39;Etat de Savoie. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BERTOLOTTI Davide,<em> Viaggio nella Liguria Marittima<\/em>, Torino, Botta, 1834. <\/span>[\/ref] Il pr&eacute;sente toutefois de profondes similitudes avec le <em>Handbuch<\/em> de NEIGEBAUR, un guide touristique publi&eacute; en 1833, qui offre une description syst&eacute;matique des r&eacute;gions et les villes de l&rsquo;Italie, leurs monuments et leurs chefs d&rsquo;&oelig;uvre artistiques, les revues et les journaux, les transports et les routes, les temp&eacute;ratures et le climat. Il s&rsquo;accompagne aussi d&rsquo;une importante bibliographie (avec pr&egrave;s de 150 titres) et surtout d&rsquo;une liste tr&egrave;s d&eacute;taill&eacute;e d&rsquo;itin&eacute;raires th&eacute;matiques. Ils sont destin&eacute;s &laquo;&nbsp;au g&eacute;ologue, au botaniste, au zoologue, au touriste, au m&eacute;decin, au militaire, &agrave; l&rsquo;arch&eacute;ologue, au peintre, &agrave; l&rsquo;historien, au politicien&nbsp;&raquo;, ainsi qu&rsquo;&agrave; &laquo;&nbsp;l&rsquo;ami de la nature&nbsp;&raquo; et au &laquo;&nbsp;voyageur sentimental&nbsp;&raquo;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> NEIGEBAUR Dr, <em>Handbuch fur Reisende in Italien<\/em>, Leipzig, Brodhaus, 1833. <\/span>[\/ref] Si l&rsquo;on veut mieux comprendre la nature savante de ces pr&eacute;occupations originelles du tourisme, il faut effectivement se tourner, comme nous y invite l&rsquo;ouvrage de NEIGEBAUR, vers ses rapports aux &eacute;volutions contemporaines des sciences et notamment aux premiers d&eacute;veloppements de l&rsquo;anthropologie.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Costumes et coutumes<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"29\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Issues du souci &eacute;ducatif du <em>tour<\/em>, les pr&eacute;occupations anthropologiques des voyageurs trouvent leurs sources dans l&rsquo;&eacute;laboration de la notion de climat, comme le montre l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t port&eacute; par les premiers touristes &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de la nature, de la collecte de min&eacute;raux lors de leurs excursions alpestres &agrave; la description de la flore exotique du littoral m&eacute;diterran&eacute;en. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera &agrave; ALBANIS DE BEAUMONT, <em>Travels through the Maritime Alps&hellip;, op. cit.<\/em>, p69 en ce qui concerne la min&eacute;ralogie, et &agrave; nos commentaires sur l&rsquo;histoire touristique de la botanique sur la Riviera. Il faudrait citer aussi les travaux sur l&rsquo;histoire des sciences au XVIIIe si&egrave;cle, ainsi que ceux concernant les collectionneurs, la naissance des mus&eacute;es etc (par ex POMIAN, <em>Collectionneurs, amateurs et curieux&#8230;, op.cit.<\/em>.) <\/span>[\/ref], puis par la suite l&rsquo;&eacute;largissement et la diversification de leurs investigations, de la botanique &agrave; la zoologie [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir notamment les travaux de BARLA Jean-Baptiste, <em>Flore illustr&eacute;e de Nice et des Alpes-Maritimes : Iconographie des orchid&eacute;es<\/em>, Nice, Caisson et Mignon,&lrm; 1868, dont les collections donn&egrave;rent naissance au premier mus&eacute;e ni&ccedil;ois, ou ceux de RISSO Antoine, <em>Ichtyologie de Nice, <\/em>Paris, 1810, et <em>Histoire nafurelle des crustac&eacute;s de la mer de Nice, <\/em>Paris, 1813, pour les autochtones. Un touriste anonyme laissait &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque un bel album d&#39;aquarelles intitul&eacute; <em>Birds to be seen in Bordighera and in neighbourhood<\/em>. Dans cette station de la Riviera ligure, le banquier Giulio GIRIBALDI rassemblait alors la plus importante collection italienne d&#39;oiseaux naturalis&eacute;s comprenant plus d&rsquo;un millier d&rsquo;esp&egrave;ces (voir ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera,<\/em> <em>op. cit<\/em>.) tandis que SCHNEIDER O, publiait <em>San Remo und seine Thierwelt im Winter<\/em>, Dresden, 1893 <\/span>[\/ref], en passant par les descriptions orographiques, climatiques ou g&eacute;ologiques. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera &agrave; ce propos &agrave; notre chapitre consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de la litt&eacute;rature climatique. <\/span>[\/ref] Les voyageurs azur&eacute;ens se sont aussi livr&eacute;s &agrave; de nombreuses &eacute;tudes historiques, &eacute;conomiques et sociales qui s&rsquo;apparentent, par bien des aspects, &agrave; l&rsquo;essor contemporain de l&rsquo;anthropologie culturelle. Cette derni&egrave;re repose effectivement sur des conceptions analogues, auxquelles le concept tr&egrave;s englobant de climat allait assurer une r&eacute;elle unit&eacute; par leur r&eacute;union dans les guides touristiques ou climat&eacute;riques. La litt&eacute;rature touristique azur&eacute;enne est ainsi &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;un grand nombre de travaux pr&eacute;sentant un r&eacute;el caract&egrave;re ethnographique. Il n&rsquo;existait alors, en la mati&egrave;re, que le tout r&eacute;cent <em>Recueil G&eacute;n&eacute;ral des modes d&#39;habits des femmes des Etats de Sa Majest&eacute; le Roi de <\/em>Sardaigne. Publi&eacute; en 1780, il comprenait une quarantaine de tables illustr&eacute;es.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"30\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Avec ses recherches statistiques et ses remarques sur le costume ni&ccedil;ois, MILLIN prolonge dans les ann&eacute;es suivantes ce tout nouveau mouvement d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pour les coutumes locales. Ses travaux vont &ecirc;tre d&eacute;velopp&eacute;s par l&rsquo;une des figures de la colonie touristique locale, le peintre romain BARBERI, au travers de ses repr&eacute;sentations des costumes populaires du Comt&eacute; de Nice [ref]<span style=\"font-size:12px;\"><em> Recueil G&eacute;n&eacute;ral des modes d&#39;habits des femmes des Etats de Sa Majest&eacute; le Roi de Sardaigne<\/em>, An., Torino, Stagnon, 1780; MILLIN Aubin-Louis, <em>Atlas pour servir au voyage dans les d&eacute;partements du midi de la France<\/em>, Paris, Impr. imp&eacute;riale, 1807, et du m&ecirc;me auteur&nbsp;: <em>Voyage dans les d&eacute;partements du Midi de la France<\/em>, Paris, Imp. Imp&eacute;riale, 1807-1811, <em>Voyage en Savoie, en Pi&eacute;mont, &agrave; Nice et &agrave; G&ecirc;nes,<\/em> Paris, Wasserman, 1816; BARBERI, <em>Paul Emile, Album ou souvenir de Nice (Maritime) et de ses environs dessin&eacute; et lithographi&eacute; par le Chevalier&#8230;,<\/em> Nice, Soc. typogr., 1834. <\/span>[\/ref]. Venu &agrave; Nice pour un s&eacute;jour de sant&eacute;, apr&egrave;s avoir &eacute;tudi&eacute; l&rsquo;ornithologie de l&rsquo;Am&eacute;rique Latine, le miniaturiste fran&ccedil;ais Adolphe DELATTRE publie &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque un ensemble de lithographies du costume ni&ccedil;ois, accompagn&eacute;es des premi&egrave;res &eacute;tudes photographiques sur ce sujet. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera,<\/em> <em>op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Au del&agrave; de l&rsquo;exotisme pittoresque des costumes, encore confondus avec les coutumes selon une tradition qui remonte au moyen-&acirc;ge, les publications ult&eacute;rieures des voyageurs &eacute;rudits attestent d&lsquo;int&eacute;r&ecirc;ts plus larges, d&eacute;passant le cadre r&eacute;ducteur du folklore. A la suite de DELATTRE, les photographes vont d&rsquo;ailleurs rapidement prendre leur place en mati&egrave;re de costumes et de m&eacute;tiers, avec des productions g&eacute;n&eacute;ralement r&eacute;alis&eacute;es en studio, &agrave; l&rsquo;attention des touristes. Les premi&egrave;res v&eacute;ritables descriptions ethnographiques de la soci&eacute;t&eacute; locale voient ainsi le jour d&egrave;s le d&eacute;but du XIXe si&egrave;cle, &agrave; l&rsquo;occasion des voyages de l&rsquo;Abb&eacute; Carlo AMORETTI [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> AMORETTI, <em>Viaggio da Milano a Nizza<\/em>, <em>op. cit<\/em>. <\/span>[\/ref], un pionnier du baln&eacute;arisme. Ce dernier a laiss&eacute; de nombreux manuscrits, touchant &agrave; la fois &agrave; la botanique, &agrave; la g&eacute;ologie, &agrave; la zoologie, &agrave; l&#39;agriculture, &agrave; l&#39;histoire et &agrave; l&#39;arch&eacute;ologie locale, dans une &oelig;uvre &eacute;rudite agr&eacute;ment&eacute;e par ailleurs de po&egrave;mes galants.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"31\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Sous l&rsquo;impulsion des ouvrages de climatoth&eacute;rapie, les descriptions des coutumes et des dialectes deviennent d&egrave;s lors une rubrique obligatoire des guides touristiques. Elles pr&eacute;figurent les travaux anthropologiques plus syst&eacute;matiques initi&eacute;s &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle par Kalden, un voyageur allemand, qui d&eacute;crit la C&ocirc;te de Nice &agrave; La Spezia. Outre les classiques notices botaniques, historiques et climatiques, cet ouvrage renferme des informations relatives &agrave; la litt&eacute;rature, aux dialectes et au folklore, illustr&eacute;es par des photographies d&rsquo;une grande qualit&eacute;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> KADEN Waldemar, NESTEL Herman,<em> Die Riviera. Wanderziele und Winterasyle der Ligurischen K&uuml;ste von Nizza bis Spezia, <\/em>Berlin-Stuttgart, Spemann, sd (1880) avec les photographies de NESTEL, originaire de Stuttgart. <\/span>[\/ref] Un touriste anglais publie &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque un ouvrage consacr&eacute; &agrave; la soci&eacute;t&eacute; rurale de la r&eacute;gion fronti&egrave;re, bas&eacute; sur une &eacute;tude des archives, des rencontres avec les autorit&eacute;s et des observations relatives aux m&eacute;tiers, aux coutumes, aux jeux et aux dialectes. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> SCOTT William, <em>Rock villages of the Riviera<\/em>, London, Black, 1898. <\/span>[\/ref] Un g&eacute;ologue britannique, le docteur Henry JOHNSTON LAVIS, s&rsquo;installe en cette m&ecirc;me fin de si&egrave;cle &agrave; Beaulieu, apr&egrave;s une carri&egrave;re &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Naples. Lors des travaux d&rsquo;am&eacute;nagement de la station, il se livre &agrave; des fouilles arch&eacute;ologiques qui donnent naissance &agrave; un mus&eacute;e d&rsquo;histoire locale. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Le docteur Henry JOHNSTON LAVIS a constitu&eacute; une riche collection de min&eacute;raux qui sera offerte au <em>British Museum<\/em>. Voir CANE<em>, Anglais et Russes &agrave; Villefranche\/Mer&hellip;<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, pp31-33. <\/span>[\/ref] Il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une innovation. Le premier mus&eacute;e r&eacute;gional, &agrave; vocation naturaliste et anthropologique a &eacute;t&eacute; fond&eacute; quelques ann&eacute;es plus t&ocirc;t par l&rsquo;ancien pasteur de la colonie anglaise de Bordighera, Clarence Bicknell.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"32\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Cet esprit &eacute;clectique s&#39;int&eacute;resse &agrave; la fois &agrave; l&#39;histoire naturelle, &agrave; l&#39;arch&eacute;ologie, &agrave; la pal&eacute;ontologie et &agrave; l&#39;anthropologie physique. Il d&eacute;couvre notamment le Val des Merveilles, le plus important site de gravures rupestres en Europe, auquel il consacre une grande partie de sa vie. Ce touriste &eacute;rudit re&ccedil;oit beaucoup dans le chalet o&ugrave; il passe plus de dix &eacute;t&eacute;s &agrave; r&eacute;aliser quelque sept mille relev&eacute;s. Il travaille aussi &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de la flore locale, avec la collaboration du botaniste anglais MOGGRIDGE et du naturaliste prussien DIECK, un proche parent de Bismarck. A sa mort, Bicknell fait don de son mus&eacute;e-biblioth&egrave;que &agrave; la ville de Bordighera, la communaut&eacute; anglaise prenant en charge l&#39;entretien des lieux. Son &oelig;uvre scientifique est poursuivie par sa fille Margaret, qui publie le premier ouvrage ethnographique consacr&eacute; aux villages de la r&eacute;gion, dans les ann&eacute;es 1930. L&#39;ann&eacute;e suivante, le mus&eacute;e Bicknell devient le si&egrave;ge de la premi&egrave;re soci&eacute;t&eacute; savante ligure, la <em>Societa Archeologica Ingauna e Intemelia<\/em>. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BICKNELL Clarence, <em>Flowering plants and ferns of the Riviera<\/em>, Londres, 1885, dont la personnalit&eacute; &eacute;clectique a exerc&eacute; un grand impact sur l&rsquo;histoire du tourisme azur&eacute;en. On se reportera aussi &agrave; MOGGRIDGE J.Traherne, <em>Contribution to the Flora of Mentone<\/em>, Londres, Lovell Reeve,1867, &agrave; BERRY Edward &amp; Margaret, <em>At the western gates of Italy<\/em>, ainsi qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;tude de BERNARDINI Enzo<em>, Clarence Bicknell, Edward e Margaret Berry<\/em>, Bordighera, Inst. Int. di Studi Liguri, 1972. <\/span>[\/ref] Un autre touriste a de m&ecirc;me fond&eacute;, d&egrave;s le d&eacute;but du si&egrave;cle, la premi&egrave;re revue savante de la <em>Riviera<\/em>, [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> GRABERG DI HEMSO, <em>Annale di Geografia e di Statistica<\/em>, G&egrave;nes, 1802, d&rsquo;apr&egrave;s ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera<\/em>, <em>op. cit<\/em>.. <\/span>[\/ref] tandis qu&rsquo;un &eacute;rudit allemand install&eacute; &agrave; G&egrave;nes a cr&eacute;&eacute; une revue de <em>Correspondance astronomique, g&eacute;ographique, hydrographique et statistique,<\/em> avec la participation de nombreux correspondants locaux. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DE ZACH Francesco (Baron), <em>Correspondance astronomique, g&eacute;ographique, hydrographique et statistique<\/em>, 1818, d&rsquo;apr&egrave;s ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera<\/em>, <em>op. cit<\/em>. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"33\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">James Bruyn ANDREWS, un linguiste am&eacute;ricain, s&rsquo;installe vers 1870 en vill&eacute;giature dans la station de Menton, pour des raisons de sant&eacute;. Il s&rsquo;y consacre &agrave; l&rsquo;&eacute;tude des coutumes, des traditions et des dialectes de la r&eacute;gion. Le souci qu&rsquo;il porte &agrave; comprendre la place occup&eacute;e par ces dialectes entre les langues proven&ccedil;ale et g&eacute;noise rejoint de mani&egrave;re exemplaire les pr&eacute;occupations identitaires des historiens ni&ccedil;ois. Entre 1875 et 1894, il publie le r&eacute;sultat de ses recherches dans de nombreux ouvrages et revues. Il est notamment &agrave; l&rsquo;origine de la premi&egrave;re publication locale en langue dialectale, avec son <em>Vocabulaire Fran&ccedil;ais\u2011Mentonnais <\/em>et son <em>Essai de grammaire du dialecte Mentonnais<\/em>, lesquels demeurent des ouvrages de r&eacute;f&eacute;rence. ANDREWS collabore aussi &agrave; <em>Romania<\/em> et &agrave; la <em>Revue des Traditions Populaires<\/em> et publie encore un recueil de<em> Contes Ligures<\/em>, compos&eacute; de proverbes, l&eacute;gendes, fables, formulettes, couturnes et superstitions locales. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Parmi les nombreuses publications d&rsquo;ANDREWS, on rel&egrave;ve <em>Contes populaires mentonnais en langue du pays recueillis par J.B. Andrews<\/em>, Nice, Malvano\u2011Mignon, 1882, <em>Contes ligures : Traditions de la Riviera recueillies entre Menton et G&ecirc;nes<\/em>, Paris, Emest Leroux, 1892, <em>Essai de grammaire du dialecte mentonnais avec quelques contes. chansons et musique du pays<\/em>, Nice, Verani, 1875, <em>Tradition, superstitions et coutumes du Mentonnais<\/em>, Paris, E. Lechevalier, 1894. Andrews &eacute;tait aussi le pr&eacute;sident actif de la Soci&eacute;t&eacute; d&#39;Horticulture et d&#39;Agriculture de Menton et publia &quot;L&quot;hiver &agrave; Menton&quot; suivi de la liste des plantes en fleurs &agrave; Menton dans la Revue Horticole de Janvier 1881. <\/span>[\/ref] Au d&eacute;but du XX&deg; si&egrave;cle, l&#39;&oelig;uvre de l&rsquo;arch&eacute;ologue fran&ccedil;ais Th&eacute;odore REINACH, membre de l&rsquo;Institut, prolonge cette tradition d&rsquo;&eacute;rudition dans l&rsquo;esprit des pr&eacute;occupations nouvelles qui animent alors le tourisme azur&eacute;en. Elle rejoint en effet l&rsquo;imagerie m&eacute;diterran&eacute;enne &agrave; laquelle travaillent alors les ma&icirc;tres de la peinture install&eacute;s sur la C&ocirc;te.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"34\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Edifi&eacute;e au c&oelig;ur de la toute r&eacute;cente station climat&eacute;rique de Beaulieu, sa reconstitution historique d&rsquo;un palais de la Gr&egrave;ce antique, annonce l&rsquo;&eacute;mergence de soucis patrimoniaux d&#39;une grande modernit&eacute;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> PONTREMOLI Emmanuel, CHAMONARD Joseph, <em>K&eacute;rylos la villa grecque<\/em>, 1934, suivi de <em>: Beaulieu &agrave; la Belle Epoque<\/em>, r&eacute;&eacute;d. 1994, Paris, Jeanne Lafitte. <\/span>[\/ref] Bien que s&rsquo;inscrivant, en apparence, dans le cadre des pratiques ostentatoires impuls&eacute;es par la vill&eacute;giature, la Villa grecque de REINACH se d&eacute;marque par sa dimension mus&eacute;ale affirm&eacute;e, de l&#39;ensemble des <em>folies<\/em> qui voient alors le jour sur la C&ocirc;te d&#39;Azur. En concr&eacute;tisant l&rsquo;inscription, dans le paysage azur&eacute;en, des recherches &eacute;rudites impuls&eacute;es par les d&eacute;veloppements du tourisme de stations, elle occupe en effet une position charni&egrave;re, qui invite &agrave; se pencher plus largement sur la nature des relations du tourisme &agrave; l&rsquo;histoire des pratiques du patrimoine. Ce type d&rsquo;ouvrage va se multiplier gr&acirc;ce &agrave; la riche production litt&eacute;raire et scientifique redevable aux synergies cr&eacute;&eacute;es entre les voyageurs savants et l&rsquo;&eacute;lite locale. Ces collaborations d&eacute;passent par leur ampleur le simple cadre du loisir &eacute;rudit, destin&eacute; &agrave; agr&eacute;menter les longues journ&eacute;es de la vill&eacute;giature. Elles pr&eacute;sentent aussi une r&eacute;elle originalit&eacute;, par le souci de la mise en sc&egrave;ne qui les accompagne. Cette dimension ostentatoire constitue la caract&eacute;ristique essentielle des politiques actuelles du patrimoine. Le tourisme n&rsquo;est pas seulement &agrave; l&rsquo;origine de ces pratiques: il a conduit &agrave; leur g&eacute;n&eacute;ralisation &agrave; tous les domaines de la vie sociale. Pour mieux comprendre ce ph&eacute;nom&egrave;ne, qui d&eacute;borde de ce que l&rsquo;on qualifie g&eacute;n&eacute;ralement d&rsquo;&eacute;largissement du patrimoine, il faut s&rsquo;attacher &agrave; l&rsquo;histoire du tourisme &eacute;rudit et de ses influences.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Tourisme et anthropologie<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"35\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;apport majeur du tourisme r&eacute;side, en mati&egrave;re de patrimoine, dans la remise en cause d&rsquo;une vision de la culture domin&eacute;e par les seuls chefs-d&rsquo;&oelig;uvre de l&rsquo;art. Son impact sur le monde contemporain se r&eacute;v&egrave;le plus particuli&egrave;rement avec l&rsquo;&eacute;largissement de la notion de patrimoine, [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BOURDIN Alain, <em>Le Patrimoine r&eacute;invent&eacute;<\/em>, Paris, 1984, JEUDY Henri Pierre (dir.), <em>Patrimoines en folie<\/em>, Paris, 1990, DESVALLEES Andr&eacute; dir., <em>Vagues. Une anthologie de la nouvelle mus&eacute;ologie<\/em>, t.I, Paris, 1992. <\/span>[\/ref] laquelle ne concernait originellement que les monuments historiques et les collections des mus&eacute;es. Il explique notamment l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que lui ont imm&eacute;diatement port&eacute; les sciences de la nature et de l&rsquo;environnement, avec l&rsquo;&eacute;mergence des notions de patrimoine g&eacute;n&eacute;tique et naturel. Le caract&egrave;re englobant que rev&ecirc;t &agrave; pr&eacute;sent la notion de patrimoine trouve en effet ses origines dans les relations entretenues par les th&eacute;orisations anthropo-g&eacute;ographiques issues des sciences sociales et les conceptions d&eacute;velopp&eacute;es &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque par la litt&eacute;rature climato-th&eacute;rapique. On a r&eacute;cemment propos&eacute; de voir dans le tourisme une version populaire de l&rsquo;anthropologie. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir notamment URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage&hellip;, op. cit.<\/em> et les r&eacute;f&eacute;rences que nous avons mentionnes dans l&rsquo;introduction de cet ouvrage. <\/span>[\/ref] La d&eacute;marche et les motivations du touriste s&rsquo;apparentent en effet, par bien des aspects, &agrave; celles de l&rsquo;anthropologue. L&rsquo;un de leurs points communs r&eacute;side assur&eacute;ment dans la d&eacute;couverte d&rsquo;autres cultures, pays ou civilisations. Les deux institutions remontent par ailleurs &agrave; une m&ecirc;me &eacute;poque, o&ugrave; il est fort difficile de distinguer leurs pratiques et leurs protagonistes. La r&eacute;duction du tourisme &agrave; une vulgarisation de l&rsquo;anthropologie se heurte toutefois, comme on vient de le voir, au caract&egrave;re v&eacute;ritablement scientifique ou artistique des recherches et des travaux mis en oeuvre sous son impulsion. Cette dimension ressort plus particuli&egrave;rement de la mise en parall&egrave;le de ses principales pr&eacute;occupations avec celles qui animent les fondateurs des sciences modernes de l&rsquo;homme et de la nature.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"36\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les sciences sociales partagent en effet avec le tourisme &eacute;rudit les m&ecirc;mes interrogations fondatrices. Elles tournent autour de la question des rapports entre nature et culture qui sont au centre des pr&eacute;occupations de la litt&eacute;rature climat&eacute;rique. Taine ne cherche ainsi, avec la notion de race, qu&rsquo;&agrave; th&eacute;oriser les rapports de l&rsquo;homme au milieu et &agrave; l&rsquo;histoire, dans la production religieuse, politique, intellectuelle et artistique. Karl Marx s&rsquo;efforce de m&ecirc;me de relier organisation sociale, modes de production et culture, autour du concept voisin d&rsquo;infrastructure &eacute;conomique et sociale. Les g&eacute;ographes &eacute;laborent de leur c&ocirc;t&eacute; la notion d&rsquo;&eacute;cosyst&egrave;me, laquelle va donner naissance &agrave; l&rsquo;&eacute;cologie et &agrave; l&rsquo;anthropog&eacute;ographie. On ne peut qu&rsquo;&ecirc;tre frapp&eacute; par les similitudes entre ces mod&egrave;les th&eacute;oriques et l&rsquo;&eacute;laboration &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque de la notion de climat, due aux promoteurs du tourisme th&eacute;rapeutique. La g&eacute;ographie offre une illustration exemplaire de la r&eacute;alit&eacute; de ces synergies. Fortement institutionnalis&eacute;e, elle a en effet &eacute;t&eacute; tr&egrave;s t&ocirc;t confront&eacute;e &agrave; la concurrence des pratiques de la g&eacute;ologie, de la zoologie, de la biologie, de la botanique, de la toponomastique ou de la statistique. Sous leur influence, relay&eacute;e par l&rsquo;essor du tourisme, elle a ainsi vu son objet d&#39;&eacute;tudes se r&eacute;duire &agrave; une peau de chagrin. L&rsquo;histoire a elle aussi &eacute;t&eacute; remise en cause, dans ses fondements, avec l&#39;apparition de l&#39;arch&eacute;ologie et de l&#39;ethnologie, des disciplines tout autant redevables des d&eacute;veloppements contemporains du <em>tour<\/em> et des voyages. Le tourisme th&eacute;rapeutique et la climatologie ont enfin largement empi&eacute;t&eacute; sur les domaines traditionnellement r&eacute;serv&eacute;s &agrave; la m&eacute;decine et aux sciences de la nature.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"37\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Face &agrave; cette dilution irr&eacute;sistible des savoirs issus de la tradition antique et m&eacute;di&eacute;vale, les premi&egrave;res r&eacute;actions voient le jour avec l&#39;&oelig;uvre d&rsquo;Alexandre de HUMBOLT, qui propose une synth&egrave;se des composantes g&eacute;ologiques, climatiques, botaniques, zoologiques et humaines, autour des notions de climat et de paysage. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir &agrave; ce propos les commentaires de BERNARDI C, PAPPALARDO ML, &quot;Rivoluzione francese e sviluppo della scienza geografica&quot;, in <em>Voyage et R&eacute;volution, Actes du Centre Interuniversitaire sul Viaggio in Italia<\/em>, Gen&egrave;ve, Slatkine, 1993, pp88-96. <\/span>[\/ref] Ernst HAECKEL va par la suite, dans l&rsquo;esprit de <em>l&#39;Origine des esp&egrave;ces<\/em> de DARWIN, inventer l&#39;&eacute;cologie, originellement consacr&eacute;e &agrave; l&#39;analyse des relations entre les &ecirc;tres vivants et leur milieu. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DARWIN, <em>De l&#39;Origine des e<\/em>sp&egrave;ces, 1859. <\/span>[\/ref] Elle prendra sa forme moderne avec un zoologiste darwinien, Moris WAGNER, et sa th&eacute;orisation du r&ocirc;le des migrations dans l&rsquo;&eacute;volution des &ecirc;tres vivants. Friedrich RATZEL va la d&eacute;velopper, dans sa th&egrave;se consacr&eacute;e &agrave; l&rsquo;immigration chinoise en Californie. Les ph&eacute;nom&egrave;nes migratoires lui apparaissent ainsi constitutifs de la nature humaine, et il propose de qualifier \u00ab\u00a0d&rsquo;anthropog&eacute;ographie\u00a0\u00bb, l&rsquo;&eacute;tude de la r&eacute;partition des hommes sur la terre. RATZEL s&rsquo;attache pour cela &agrave; d&eacute;crire les Etats et les Nations comme des organismes luttant pour leur survie, dans une optique darwinienne bas&eacute;e sur la s&eacute;lection des esp&egrave;ces par le contr&ocirc;le du territoire. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BAUD Pascal, BOURGEAT Serge, BRAS Catherine, <em>Dictionnaire de g&eacute;ographie<\/em>, Paris, Hattier, 2003, pp11-14. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"margin-left: 40px; text-align: justify;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Tourisme et &eacute;cologie<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"38\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les voyageurs vont tout naturellement reprendre &agrave; leur compte ces r&eacute;flexions nouvelles, qui rejoignent les notions de paysage, de nature et de climat auxquelles ils sont familiaris&eacute;s depuis longtemps. Leur apport r&eacute;v&egrave;le l&rsquo;originalit&eacute; des savoirs d&eacute;velopp&eacute;s par le tourisme, comme le montre l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t port&eacute; aux pr&eacute;occupations &eacute;cologistes par les <em>Touring Clubs<\/em> naissants. La premi&egrave;re assembl&eacute;e des Syndicats d&rsquo;Initiative, qui se d&eacute;roule &agrave; Nice en 1907, s&rsquo;attache ainsi &agrave; l&rsquo;&eacute;num&eacute;ration des menaces que font peser les activit&eacute;s humaines sur l&rsquo;une de ses destinations principales, la montagne. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Rapport&eacute; par BERTHO LAVENIR, <em>La roue et le stylo&hellip;, op. cit<\/em>., pp 243 &amp; 255, citant la multiplication de pr&eacute;occupations &eacute;cologiques relatives &agrave; la protection des paysages qui virent le jour au tournant du si&egrave;cle, associant les touristes aux arch&eacute;ologues, peintres, enseignants, &eacute;crivains et membres des soci&eacute;t&eacute;s savantes. <\/span>[\/ref] Ses inqui&eacute;tudes donnent le jour, dans les ann&eacute;es suivantes, &agrave; la cr&eacute;ation des Parcs Nationaux. Elle s&rsquo;inspire &agrave; la fois des r&eacute;alisations qui se d&eacute;veloppent alors aux Etats Unis, avec le parc national de Yellowstone (Wyoming) cr&eacute;&eacute; en 1872, &nbsp;et des pratiques de mus&eacute;alisation de l&rsquo;espace naturel inaugur&eacute;es par la vill&eacute;giature avec la vogue du jardin paysager. C&#39;est dans le m&ecirc;me esprit que la for&ecirc;t de Fontainebleau, investie &agrave; la fin du XIX&deg; si&egrave;cle par les peintres de l&#39;Ecole de Barbizon, voit la cr&eacute;ation de &quot;r&eacute;serves artistiques&quot;, destin&eacute;es &agrave; pr&eacute;server ces paysages o&ugrave; les artistes trouvaient leur inspiration. L&#39;Union mondiale pour la nature (UICN) en fait son embl&egrave;me en 1948. On est en droit de s&rsquo;interroger, au-del&agrave; des politiques patrimoniales, sur la place que les r&eacute;f&eacute;rences territoriales et paysag&egrave;res issues de la vill&eacute;giature continuent d&rsquo;occuper dans la gen&egrave;se des identit&eacute;s modernes. Les inventions paysag&egrave;res du voyage aristocratique et du tourisme &quot;th&eacute;rapeutique&quot; participent en effet d&rsquo;un processus bien plus vaste.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"39\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Parmi les nombreux &eacute;l&eacute;ments susceptibles de d&eacute;finir et de hi&eacute;rarchiser l&rsquo;expression des appartenances collectives, le paysage rev&ecirc;t une place essentielle par les r&eacute;f&eacute;rences territoriales dont il est porteur. Ces influences r&eacute;v&egrave;lent l&rsquo;originalit&eacute; de la fonction sociale du tourisme dans le monde contemporain. Au del&agrave; d&rsquo;une &laquo;&nbsp;civilisation des loisirs&nbsp;&raquo;, qui lui est grandement redevable de ses principales institutions, le tourisme est ainsi &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une &laquo;&nbsp;soci&eacute;t&eacute; du spectacle&nbsp;&raquo; dont il demeure l&rsquo;un des principaux acteurs. Le tourisme a jou&eacute; de ce point de vue un r&ocirc;le majeur sur les perceptions de l&rsquo;espace v&eacute;cu qui pr&eacute;sident &agrave; l&rsquo;&eacute;mergence des identit&eacute;s modernes, notamment au travers de l&rsquo;invention du paysage de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur et de son impact sur les repr&eacute;sentations exotiques du monde m&eacute;diterran&eacute;en. Ses pratiques ont d&eacute;bouch&eacute; de nos jours sur l&rsquo;institutionnalisation d&rsquo;un monde &laquo;&nbsp;organis&eacute;, quadrill&eacute;, mesur&eacute;, chronom&eacute;tr&eacute;, tarif&eacute;&nbsp;&raquo; dont les guides avaient assur&eacute; l&rsquo;&eacute;laboration. Si les voyageurs ont &eacute;t&eacute; les premiers &agrave; d&eacute;noncer les dangers et les m&eacute;faits du tourisme, ils ont paradoxalement permis son int&eacute;gration &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie marchande. L&rsquo;esprit qui animait les promoteurs de la vill&eacute;giature conserve ainsi une r&eacute;elle actualit&eacute;, m&ecirc;me si le tourisme ne pr&eacute;tend plus de nos jours gu&eacute;rir les maladies de la modernit&eacute;. Il demeure en effet, au del&agrave; de ses ambigu&iuml;t&eacute;s et de ses contradictions, l&rsquo;un des rares espaces informels encore ouverts au dialogue des cultures et des civilisations, par l&rsquo;attention qu&rsquo;il porte aux fondements existentiels des identit&eacute;s, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de &laquo;&nbsp;climat&nbsp;&raquo;, de &laquo;&nbsp;nature&nbsp;&raquo; ou de paysage&nbsp;&raquo;, du fait de son aptitude &agrave; les mettre en sc&egrave;ne dans un dialogue permanent.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHAPITRE VII SOMMAIRE 1. PATRIMOINE 2. OSTENTATION 3. SCIENCES SOCIALES &nbsp; 1. PATRIMOINE Territoires et identit&eacute;s Le tourisme est g&eacute;n&eacute;ralement per&ccedil;u comme une institution futile.&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=206\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">7. 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