{"id":209,"date":"2014-12-31T13:25:39","date_gmt":"2014-12-31T12:25:39","guid":{"rendered":"http:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=209"},"modified":"2024-05-12T12:19:28","modified_gmt":"2024-05-12T11:19:28","slug":"exotisme","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=209","title":{"rendered":"8. EXOTISME"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\"><strong>CHAPITRE VIII<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">SOMMAIRE<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">1. VOYAGEURS<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">2. NATURALISTES<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">3. TROPICALISATION<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">1. VOYAGEURS<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;invention de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">&laquo;&nbsp;Cette zone du littoral m&eacute;diterran&eacute;en [&#8230;\/&#8230;] qui s&rsquo;&eacute;tend de Hy&egrave;res jusqu&rsquo;&agrave; San Remo, a &eacute;t&eacute; chant&eacute;e par les po&egrave;tes, c&eacute;l&eacute;br&eacute;e par les voyageurs, d&eacute;crite par les &eacute;crivains, reproduite par les peintres, racont&eacute;e et diss&eacute;qu&eacute;e par les historiens, les g&eacute;ologues, les naturalistes et les arch&eacute;ologues&nbsp;&raquo;. Cet extrait d&rsquo;un guide touristique de la fin du XIXe si&egrave;cle [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LANGLOIS, <em>Album-guide illustr&eacute;&#8230;, op. cit.,<\/em> p1. <\/span>[\/ref], offre un bon r&eacute;sum&eacute; de l&rsquo;histoire des inventions paysag&egrave;res de la vill&eacute;giature. Les naturalistes, les &eacute;crivains, les peintres et les illustrateurs se sont effectivement attach&eacute;s, sous l&rsquo;influence du tourisme naissant, &agrave; l&rsquo;individualisation des &eacute;l&eacute;ments caract&eacute;ristiques du paysage m&eacute;diterran&eacute;en. On a cherch&eacute; ici, dans une optique inspir&eacute;e par les travaux des historiens du paysage, &agrave; mettre en parall&egrave;le les repr&eacute;sentations et les r&eacute;alisations paysag&egrave;res de la vill&eacute;giature, afin de mieux comprendre leur impact anthropologique sur les expressions contemporaines des identit&eacute;s et des appartenances.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;h&eacute;ritage m&eacute;di&eacute;val<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"2\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Pour mesurer la modernit&eacute; des paysages de la vill&eacute;giature, il faut prendre en compte l&rsquo;h&eacute;ritage d&#39;une &eacute;poque o&ugrave; la M&eacute;diterran&eacute;e et ses rivages font encore l&rsquo;objet de repr&eacute;sentations marqu&eacute;es par une r&eacute;elle ambivalence. Elles rel&egrave;vent &agrave; la fois de la m&eacute;fiance traditionnelle inspir&eacute;e par le monde marin, et de la fascination exerc&eacute;e par les r&eacute;miniscences litt&eacute;raires et artistiques de l&#39;Antiquit&eacute;. Dans la tradition biblique, la mer t&eacute;moigne en effet du caract&egrave;re inachev&eacute; de la cr&eacute;ation. La Gen&egrave;se la d&eacute;crit ainsi comme une substance primordiale, chaotique et indiff&eacute;renci&eacute;e. Pr&eacute;c&eacute;dant l&#39;av&egrave;nement de la civilisation, elle va jusqu&rsquo;&agrave; s&rsquo;y opposer, comme dans le r&eacute;cit du D&eacute;luge, qui en fait l&rsquo;instrument du ch&acirc;timent divin. Jusqu&#39;au XVIIIe si&egrave;cle, ces r&eacute;miniscences alimentent une imagerie mal&eacute;fique, renforc&eacute;e par la litt&eacute;rature antique et ses descriptions de monstres, de combats, de temp&ecirc;tes ou de naufrages. La mer est par ailleurs le vecteur redout&eacute; de toutes sortes de calamit&eacute;s, allant des invasions aux &eacute;pid&eacute;mies, tandis que les marins sont eux-m&ecirc;mes atteints d&rsquo;une maladie qui frappe les imaginations (le scorbut) par le fait qu&rsquo;elle putr&eacute;fie la chair des malades.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"3\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les repr&eacute;sentations de la M&eacute;diterran&eacute;e commencent &agrave; &eacute;voluer et &agrave; se diversifier sous les influences conjointes du tour et des d&eacute;veloppements de la vill&eacute;giature climatique. A c&ocirc;t&eacute; de la peinture des paysages de l&rsquo;Antiquit&eacute; et de la red&eacute;couverte de l&#39;Orient par les Romantiques, l&#39;&eacute;mergence de destinations touristiques rurales, d&eacute;pourvues de toute r&eacute;f&eacute;rence antique comme la Corse ou la Riviera, jouera un r&ocirc;le majeur dans ces &eacute;volutions. Ces r&eacute;gions furent en effet le laboratoire o&ugrave; prit forme une imagerie exotique et orientalisante, dont le tourisme &eacute;tait &agrave; la fois le principal artisan et le premier b&eacute;n&eacute;ficiaire. En ce qui concerne la Riviera, cette confrontation entre artistes, agronomes, botanistes, agriculteurs et touristes, a donn&eacute; naissance &agrave; un paysage d&rsquo;une grande originalit&eacute;. Dans le m&ecirc;me temps, ces repr&eacute;sentations allaient &ecirc;tre l&#39;objet, dans un jeu de miroir, d&#39;une n&eacute;gociation et d&#39;une r&eacute;appropriation aux connotations identitaires. Les cat&eacute;gories de sur lesquelles elles reposent, l&rsquo;exotisme et l&rsquo;orientalisme occupent toujours, par leur universalisme, une place &eacute;minente dans les principales destinations du tourisme contemporain.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La litt&eacute;rature de voyage<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"4\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Il faut attendre la fin du XVIIIe si&egrave;cle pour que voient le jour les premi&egrave;res descriptions &quot;&eacute;d&eacute;niques&quot; de la M&eacute;diterran&eacute;e, autour de la c&eacute;l&eacute;bration des paysages de la Corse et de la C&ocirc;te d&#39;Azur. Elles sont l&#39;&oelig;uvre des voyageurs fortun&eacute;s qui inventent le tourisme et ses itin&eacute;raires ritualis&eacute;s et initiatiques. Sous l&#39;impulsion de la litt&eacute;rature de voyage et des premiers guides climat&eacute;riques, ces paysages vont d&egrave;s lors conna&icirc;tre de profondes m&eacute;tamorphoses. Elles seront exemplaires, par leur impact et par l&#39;ampleur de leur diffusion. Jusqu&rsquo;&agrave; cette &eacute;poque, les repr&eacute;sentations de la Riviera &eacute;taient, comme dans l&#39;ensemble du monde m&eacute;diterran&eacute;en, plut&ocirc;t maritimes que terrestres. Cette particularit&eacute; s&rsquo;explique par l&#39;absence de routes littorales, obligeant les voyageurs &agrave; parcourir la r&eacute;gion en felouque ou en tartane. Malgr&eacute; leur superficialit&eacute;, ces descriptions mettaient d&eacute;j&agrave; en &eacute;vidence les caract&eacute;ristiques essentielles qui seront retenues par la suite, l&rsquo;exotisme de sa v&eacute;g&eacute;tation et le caract&egrave;re m&eacute;diterran&eacute;en de ses paysages. La future C&ocirc;te d&rsquo;Azur trouve donc assez tardivement place dans les r&eacute;cits des voyageurs. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On s&rsquo;est report&eacute; pour cette histoire des premi&egrave;res descriptions de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, aux ouvrages de ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit<\/em>., MARCENARO Giuseppe, <em>Viaggiatori stranieri in Liguria<\/em>, Genova, De Ferrari, 1990, et MERQUIOL Andr&eacute;, <em>La C&ocirc;te d&#39;Azur dans la litt&eacute;rature fran&ccedil;aise<\/em>, Nice, J. Dervyl, 1949. <\/span>[\/ref] L&rsquo;une de ses premi&egrave;res descriptions, est celle d&rsquo;un voyageur fran&ccedil;ais, Michel de l&rsquo;HOPITAL, qui fait bri&egrave;vement part de son &eacute;merveillement devant la campagne ni&ccedil;oise [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> L&#39;HOPITAL Michel de, <em>Po&eacute;sies compl&egrave;tes<\/em>, Paris, Hachette, 1857<em>, <\/em>Epitre 1&deg; &agrave; Jacques du Faur. <\/span>[\/ref]. Au d&eacute;but du XVIIe si&egrave;cle, un architecte allemand, Joseph FURTTENBACH consacre une vingtaine de pages &agrave; l&rsquo;ensemble de la Riviera, ins&eacute;r&eacute;es dans le journal d&rsquo;un voyage en Italie. S&#39;&eacute;tant embarqu&eacute; &agrave; Antibes, &agrave; bord d&rsquo;une <em>fregattina<\/em>, il d&eacute;peint de mani&egrave;re assez sommaire les principales villes du littoral. Au cours de ce p&eacute;riple, il s&#39;enthousiasme particuli&egrave;rement devant le paysage offert par la campagne de San Remo, qui est selon lui une sorte de &quot;Terre Promise&quot;, o&ugrave; les plus pauvres ne souffrent jamais de la faim car ils peuvent se nourrir des fruits qui poussent ici en abondance. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> FURTTENBACH J, <em>Itinerarium Italiae In welchem der Reisends &#8230;<\/em>, Ulm, Saurn, 1627. Furttenbach &eacute;voque &agrave; nouveau la Ligurie, avec plus de d&eacute;tails et tout autant de fantaisie, dans un autre ouvrage, <em>Mannohfer Kunst-Spiegel, oder Continuatio und Fortzetzung allerhand&#8230;<\/em>, Augsburg, Schultes, 1663, essentiellement consacr&eacute; &agrave; l&#39;architecture navale, civile et militaire, mais qui comporte aussi nombre de plans, cartes, vues et sch&eacute;mas. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"5\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ce r&eacute;cit est suivi par celui d&rsquo;un tourist anglais. Ag&eacute; de 20 ans, John RAYMOND se rend lui aussi en Italie, en compagnie de son oncle John BARGRAVE. Les deux voyageurs embarquent de m&ecirc;me &agrave; Antibes et font tout d&rsquo;abord &eacute;tape &agrave; Villefranche, pour &eacute;chapper &agrave; un navire turc, avant de poursuivre leur course tout au long de la c&ocirc;te jusqu&#39;&agrave; G&egrave;nes. Si les int&eacute;r&ecirc;ts principaux de Raymond sont plut&ocirc;t ceux d&#39;un collectionneur antiquaire (son &quot;Cabinet de Curiosit&eacute;s&quot; est d&rsquo;ailleurs conserv&eacute; dans la Cath&eacute;drale de Canterbury), il est cependant loin d&rsquo;&ecirc;tre insensible au paysage azur&eacute;en. A c&ocirc;t&eacute; des architectures et des antiquit&eacute;s (avec la description des tr&eacute;sors du Palais de Monaco et des &quot;Cabinets de Curiosit&eacute;s&quot; du Prince), il va ainsi s&rsquo;int&eacute;resser aux m&oelig;urs, aux costumes et au climat de la r&eacute;gion. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> RAYMOND John, <em>An itinerary containing a Voyage made through Italy in the years 1646 and 1647<\/em>, London, Moseley, 1648. <\/span>[\/ref] A la m&ecirc;me &eacute;poque, un voyageur fran&ccedil;ais, DASSOUCY, mentionne les jardins exotiques du Palais du Prince de Monaco, tandis qu&rsquo;un anonyme donne une liste int&eacute;ressante, bien que succincte, des \u00ab\u00a0Sept merveilles\u00a0\u00bb de la Riviera. Outre la Maison de Savoie, les forteresses de Nice, de Finale et de Savone et le p&egrave;lerinage de Notre Dame de Laghet, elle comprend l&agrave; encore les jardins de Monaco et les cultures exotiques de San Remo. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DASSOUCY Ch (vers 1655), <em>Aventures burlesques<\/em>, Nouvelle Edition avec Pr&eacute;face et Notes par Emile COLOMBEY, Paris, Delahaye, 1898, pp230-234, et <em>Journal (anonyme) d&#39;un voyage de France et d&#39;Italie fait par un gentilhomme fran&ccedil;ais en 1667<\/em>, d&rsquo;apr&egrave;s ASTENGO et alii, <em>La scoperta della Riviera, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Quelques ann&eacute;es plus tard Mme de SEVIGNE laisse &agrave; son tour une peinture idyllique du paysage ni&ccedil;ois, o&ugrave; la description de sa v&eacute;g&eacute;tation occupe une place privil&eacute;gi&eacute;e&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est le bel-air, mon cousin&nbsp;! [s&rsquo;exclame-t-elle devant le spectacle de ses cultures exotiques] toutes d&rsquo;orangers, de lauriers roses, de grenadiers ! [&#8230;\/&#8230;] Jamais il ne s&rsquo;est vu un aussi beau pays, ni si d&eacute;licieux.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> SEVIGNE Mme de (en 1691), <em>Lettres<\/em>, <em>op. cit<\/em>., tX, pp14-15. <\/span>[\/ref] Un tourist anglais en route vers l&rsquo;Italie, rel&egrave;ve lui aussi la douceur de son climat et l&rsquo;exotisme de sa v&eacute;g&eacute;tation. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ADDISON Joseph, <em>Remarks on several parts of Italy<\/em>, London, Jacob Tonson, 1705. <\/span>[\/ref] Comme l&rsquo;attestent ces quelques t&eacute;moignages, une nouvelle sensibilit&eacute; paysag&egrave;re est bel et bien en train de voir le jour. Elle va se pr&eacute;ciser au si&egrave;cle suivant, sous l&#39;influence des premiers d&eacute;veloppements du tourisme th&eacute;rapeutique.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Les premi&egrave;res descriptions<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"6\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au cours du XVIIIe si&egrave;cle, les descriptions de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur demeurent toujours aussi rares, mais deviennent plus d&eacute;taill&eacute;es. La peinture de sa v&eacute;g&eacute;tation exotique et luxuriante va plus particuli&egrave;rement s&rsquo;imposer comme un leitmotiv. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit.<\/em> et MERQUIOL, <em>La C&ocirc;te d&#39;Azur&hellip;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Dans le m&ecirc;me temps, s&rsquo;affirme paradoxalement l&rsquo;incompr&eacute;hension suscit&eacute;e par l&rsquo;irr&eacute;ductibilit&eacute; de son paysage agraire aux sch&eacute;mas habituels des voyageurs. Cette apparente contradiction n&rsquo;est en fait que l&rsquo;indice de la mise en &oelig;uvre d&rsquo;un processus paysager, dont nous avons &eacute;voqu&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment la nature et dont nous proposons &agrave; pr&eacute;sent d&rsquo;analyser les enjeux. Bien que visitant la r&eacute;gion, au tout d&eacute;but du si&egrave;cle, dans le but d&rsquo;&eacute;tudier ses fortifications, VAUBAN note ainsi que &laquo;&nbsp;le soleil de Saint-Paul [de Vence] est le plus beau de la Provence et le pays o&ugrave; croissent les plus belles oranges de toutes esp&egrave;ces.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> En 1701, d&rsquo;apr&egrave;s ROCHAS A, <em>Vauban, sa Famille et ses Ecrits, ses Oisivet&eacute;s et sa Correspondance. Analyse et extraits,<\/em> Paris, Berger Levrault, 1910, 2 vol., tII, pp497-498. <\/span>[\/ref]. Francesco SCOTTO, qui est malgr&eacute; son patronyme un jurisconsulte hollandais, consacre alors cinq chapitres de son r&eacute;cit de voyage en Italie &agrave; la C&ocirc;te, un ouvrage qui est traduit en latin, en italien, en anglais et en fran&ccedil;ais [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> SCOTTO Francesco, <em>Itinerario d&#39;Italia ove si descrivono tutte le principali citt&agrave; d&#39;Italia&#8230;, <\/em>Roma, Amidei, 1747. <\/span>[\/ref].<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"7\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Bien qu&#39;essentiellement relatives &agrave; l&#39;histoire, aux monuments et aux fortifications, ses descriptions ne manquent pas de relever l&#39;exotisme de l&#39;agriculture azur&eacute;enne, lequel attire de m&ecirc;me l&rsquo;attention de l&rsquo;un des pr&eacute;curseurs du s&eacute;jour th&eacute;rapeutique, le m&eacute;decin anglais Tobias SMOLETT&nbsp;: &laquo;&nbsp;Quand je regarde autour de moi, je crois vraiment &agrave; un enchantement [rapporte-t-il en ajoutant que] la petite campagne qui s&rsquo;&eacute;tend sous mes yeux est toute cultiv&eacute;e comme un jardin. D&rsquo;ailleurs on ne voit dans la plaine que des jardins pleins d&rsquo;arbres verdoyants, charg&eacute;s d&rsquo;oranges, de citrons, de c&eacute;drats et de bergamotes qui font un charmant tableau&nbsp;&raquo;, sans oublier les &oelig;illets dont SMOLETT nous apprend qu&rsquo;ils font d&eacute;j&agrave; l&rsquo;objet d&rsquo;un commerce en direction de Turin, Paris et Londres. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> SMOLLETT, <em>Travels through France and Italy&hellip;, op. cit.,<\/em> (1766), p138. <\/span>[\/ref] Le fran&ccedil;ais LALANDE publie &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque un r&eacute;cit de voyage en Italie, o&ugrave; l&rsquo;on trouve la premi&egrave;re description d&eacute;taill&eacute;e de ce &laquo;&nbsp;pays que la nature s&rsquo;est plu &agrave; favoriser&nbsp;&raquo;. Elle servira de mod&egrave;le &agrave; la litt&eacute;rature touristique du si&egrave;cle suivant. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LALANDE, <em>Voyages d&#39;un Fran&ccedil;ais en Italie&#8230;, op. cit.,<\/em> (1770), p364. et les commentaires de AMIC<em> et alii, Le pays de Nice et ses peintres&#8230;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Si la R&eacute;volution entrave provisoirement l&rsquo;essor du tourisme naissant, les rares voyageurs qui visitent la r&eacute;gion ne tarissent pas d&rsquo;&eacute;loges envers la beaut&eacute; et l&rsquo;exotisme de ses paysages et de sa v&eacute;g&eacute;tation. Mme de GENLIS d&eacute;crit ainsi la future station climatique de Menton, une ville &laquo;&nbsp;tr&egrave;s agr&eacute;able. Elle est situ&eacute;e sur le bord de mer et l&rsquo;on y trouve une quantit&eacute; de citronniers et d&rsquo;orangers dont l&rsquo;air est embaum&eacute;.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> GENLIS Mme de, <em>Ad&egrave;le et Th&eacute;odore, ou Lettres sur l&#39;Education<\/em>, Paris, Lambert et Baudouin, 1782, 3 vol., tII, Lettre XXXVIII, pp242-243. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"8\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Un obscur hivernant d&eacute;clare de m&ecirc;me jouir &agrave; Nice&nbsp;: &laquo;&nbsp;d&#39;un magnifique spectacle. Il n&#39;y a nulle part plus beau ciel, ni des promenades qui pr&eacute;sentent de plus beaux points de vue [&hellip;\/&hellip;] On y rencontre partout l&rsquo;olivier, le myrte, le citronnier, l&rsquo;oranger et sur ses pas le thym, le romarin, le lavandin et la sauge [&#8230;\/&#8230;] autour des montagnes couvertes de jardins.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> THOMAS, <em>&OElig;uvres compl&egrave;tes&hellip;, op. cit;<\/em> tVI, pp364-365. <\/span>[\/ref] Lors de son passage &agrave; Nice et &agrave; Menton, un touriste allemand contemporain estime pour sa part que &laquo;&nbsp;on a beau louer les environs de Paris [&#8230;\/&#8230;] je leur pr&eacute;f&egrave;re la France M&eacute;ridionale [&hellip;\/&hellip;] Quel d&eacute;licieux climat ! Quelle situation enchanteresse ! C&rsquo;est ici o&ugrave; l&rsquo;on jouit d&rsquo;un printemps perp&eacute;tuel [&#8230;\/&#8230;] La nature ici elle est enchanteresse, divine, elle forme des v&eacute;ritables Champs Elys&eacute;es.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ROTHENHAHN, <em>Voyage fait en MDCCXC dans une partie de la France &#8230;, op. cit.,<\/em> pp86 et 320. <\/span>[\/ref] Consacr&eacute; aux cultures exotiques de Hy&egrave;res et &agrave; la douceur du climat ni&ccedil;ois, le r&eacute;cit de voyage de LAVALLEE &eacute;voque lui aussi un &laquo;&nbsp;&eacute;ternel printemps. Nice en Europe et Los Ryos dans l&rsquo;Am&eacute;rique M&eacute;ridionale, voil&agrave; peut-&ecirc;tre les deux asiles que les Dieux choisiraient, [ajoute-t-il non sans lyrisme] s&rsquo;ils &eacute;taient r&eacute;duits &agrave; descendre parmi les hommes.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LAVALLEE J, <em>Voyage dans les d&eacute;partements de la France&hellip;, op. cit,<\/em> p17. <\/span>[\/ref] Au d&eacute;but du si&egrave;cle suivant, le po&egrave;te DELILLE consacre une vingtaine de vers de ses \u00ab\u00a0Jardins\u00a0\u00bb &agrave; la c&eacute;l&eacute;bration de la campagne ni&ccedil;oise. &laquo;&nbsp;O Nice ! Heureux s&eacute;jour, montagnes renomm&eacute;es. De lavande, de thym, de citrons parfum&eacute;es&nbsp;&raquo; &eacute;crit-il ainsi dans un texte consacr&eacute; par ailleurs &agrave; une r&eacute;habilitation enthousiaste du paysage marin de la C&ocirc;te. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DELILLE Jacques,<em> Georgiques, in<\/em> <em>&OElig;uvres<\/em>, Paris, Lef&egrave;vre, 1833, pp18-19. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">D&eacute;sert ou paradis&nbsp;?<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"9\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Malgr&eacute; leur caract&egrave;re sommaire, ces descriptions ont d&eacute;j&agrave; individualis&eacute; les principales caract&eacute;ristiques de la v&eacute;g&eacute;tation azur&eacute;enne. Elles vont se multiplier et se syst&eacute;matiser avec l&rsquo;apparition de la litt&eacute;rature climat&eacute;rique. Des critiques voient toutefois le jour, traduisant l&#39;&eacute;mergence d&#39;un processus d&#39;invention paysag&egrave;re dont les enjeux concernent, comme il se doit, la question du paysage rural. L&rsquo;auteur des Voyages de la raison en Europe [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> CARACIOLI, <em>Voyages de la raison en Europe, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] se plaint ainsi, en 1772, de l&rsquo;aridit&eacute; des campagnes de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, auxquelles il pr&eacute;f&egrave;re les paysages plus \u00ab\u00a0agricoles\u00a0\u00bb du Pi&eacute;mont. Il n&rsquo;est pas le seul &agrave; partager cette opinion, les paysages pi&eacute;montais (qui n&rsquo;ont rien de m&eacute;diterran&eacute;en), &eacute;tant souvent cit&eacute;s pour leur qualit&eacute; par les voyageurs de l&rsquo;&eacute;poque, par ailleurs fort critiques comme on l&rsquo;a vu envers l&rsquo;&eacute;tat de l&rsquo;agriculture dans le reste de l&rsquo;Italie. L&rsquo;un d&rsquo;eux d&eacute;crit par exemple la Ligurie comme &laquo;&nbsp;une nature st&eacute;rile&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] qui n&rsquo;offre qu&rsquo;une nudit&eacute; aride ou un inutile habitat luxueux.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LULLIN DE CHATEAUVIEUX d&rsquo;apr&egrave;s ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera&hellip;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Si SULZER, membre de l&rsquo;Acad&eacute;mie Berlinoise des Sciences, se montre plus sensible aux qualit&eacute;s du paysage azur&eacute;en, il avoue lui aussi les difficult&eacute;s qu&rsquo;il &eacute;prouve &agrave; comprendre l&rsquo;esth&eacute;tique de ses violents contrastes&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le spectacle est d&rsquo;une beaut&eacute; surprenante |&eacute;crit-il &agrave; propos de la Baie des Anges, alors que dans le m&ecirc;me temps il se d&eacute;clare horrifi&eacute; par] la c&ocirc;te inculte et h&eacute;riss&eacute;e de rochers&nbsp;&raquo; s&rsquo;&eacute;tendant de Nice &agrave; Menton. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> SULZER, <em>Viaggio da Berlino a Nizza e ritorno&hellip;, op cit.<\/em> <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"10\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Bien qu&#39;agronome, et voyageant dans le but de d&eacute;crire l&#39;&eacute;tat de l&#39;agriculture en France et en Italie, Arthur Young exprime de m&ecirc;me son incapacit&eacute; &agrave; comprendre la nature m&eacute;diterran&eacute;enne du paysage de la C&ocirc;te&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le jardinage qui chez nous n&#39;est qu&#39;un objet d&#39;amusement devient ici un objet d&#39;&eacute;conomie et de revenu, deux choses incompatibles [s&rsquo;offusque-t-il du fait] qu&rsquo;une sc&egrave;ne de plaisir ne devrait pas former un objet de lucre&nbsp;&raquo;. D&eacute;plorant l&rsquo;esth&eacute;tique d&rsquo;un paysage o&ugrave; la couleur des oliviers lui semble nuire au verdoiement des vallons, tandis que les murs qui entourent les jardins font obstacle &agrave; leur contemplation, Young reconna&icirc;t &agrave; son tour avoir &eacute;prouv&eacute; le besoin de franchir les Alpes pour jouir du paysage des plaines du Pi&eacute;mont. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> YOUNG Arthur, <em>Travels in France during 1787&hellip;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Un voyageur fran&ccedil;ais (anonyme), qui s&eacute;journe sur la Riviera &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, regrette lui aussi l&rsquo;omnipr&eacute;sence de l&rsquo;olivier, &laquo;&nbsp;cet arbre triste avec son vert poudreux [qui] ne pla&icirc;t qu&rsquo;aux propri&eacute;taires.&nbsp;&raquo; S&rsquo;indignant par ailleurs des pratiques des parfumeurs grassois, et notamment du spectacle des d&eacute;chets malodorants de l&rsquo;industrie du parfum, (&laquo;&nbsp;Je ne sais lieu du monde o&ugrave; l&rsquo;odorat soit plus offens&eacute; que dans celui-ci&nbsp;&raquo;), il s&rsquo;extasie cependant devant les cultures d&rsquo;orangers, de citronniers, de figuiers ou de palmiers. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> F.M., <em>Premier grand-voyage avec Caroline-Tullie. De Paris &agrave; Nice. 242 lieues. Voyages d&#39;un Fran&ccedil;ais en 1788,<\/em> s.l., s.e., 1815. <\/span>[\/ref] Au tournant du XIXe si&egrave;cle, la physionomie g&eacute;n&eacute;rale du paysage azur&eacute;en est donc fix&eacute;e dans ses grandes lignes, malgr&eacute; les critiques relatives &agrave; ses pratiques agricoles qui r&eacute;v&egrave;lent, en fait, les enjeux urbanistiques du processus paysager. En quelques d&eacute;cennies, la litt&eacute;rature climatique va asseoir d&eacute;finitivement ses qualit&eacute;s, s&rsquo;appuyant pour cela sur le d&eacute;veloppement des pratiques naturalistes que pr&eacute;conise le tourisme th&eacute;rapeutique et sur le renouveau radical de l&rsquo;espace agraire qu&rsquo;il impulse simultan&eacute;ment.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">2. NATURALISTES<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&rsquo;essor des repr&eacute;sentations paysag&egrave;res<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"11\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Si les voyageurs ne s&#39;int&eacute;ressent aux paysages azur&eacute;ens que tardivement, et le plus souvent de mani&egrave;re superficielle, la C&ocirc;te fait par contre, d&egrave;s le XVIe si&egrave;cle, l&#39;objet d&#39;un int&eacute;r&ecirc;t soutenu de la part des naturalistes. Elle va ainsi attirer l&rsquo;attention des botanistes italiens des Universit&eacute;s de Pise et de Padoue, des fran&ccedil;ais de l&#39;Universit&eacute; de Montpellier, ainsi que des agronomes italiens et hollandais. Les voyageurs savants et les &eacute;rudits locaux collaborent d&egrave;s lors &eacute;troitement &agrave; l&#39;&eacute;tude du climat et de la v&eacute;g&eacute;tation de la r&eacute;gion. Relay&eacute;es par l&rsquo;essor de la climatoth&eacute;rapie, ces collaborations allaient s&rsquo;av&eacute;rer d&eacute;terminantes dans l&#39;invention du paysage de la C&ocirc;te d&#39;Azur.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La Riviera des botanistes<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"12\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le directeur du jardin Botanique de Pise, Francesco MALOCCHI, se rend ainsi d&egrave;s 1599 sur la Riviera, &agrave; la recherche de plantes m&eacute;dicinales et de min&eacute;raux pour le compte de la Galerie de l&#39;Universit&eacute;. Le jardin Botanique de Pise passe pour &ecirc;tre le plus ancien d&#39;Europe. Il a &eacute;t&eacute; fond&eacute; en 1543, deux ans avant celui de la ville voisine de Padoue. C&rsquo;est un agronome italien, FERRARI, qui &eacute;voque pour la premi&egrave;re fois les paysages de la Riviera. Publi&eacute; en 1646, son ouvrage t&eacute;moigne de l&rsquo;impact encore vivant du merveilleux l&eacute;gendaire. Consacr&eacute; aux trois grandes cultures d&#39;agrumes de l&#39;Italie, il attribue leur origine au passage dans la p&eacute;ninsule des trois Hesp&eacute;rides, lesquelles auraient introduit le c&eacute;dratier sur le lac de Garde, l&#39;oranger en Campanie et le citronnier sur la c&ocirc;te ligure&nbsp;! [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> FERRARI, <em>Horti Hesperides, sive de malorum aureorum cultura e usi,<\/em> Rome, 1664, subventionn&eacute; par CASSIANO DAL POZZO un m&eacute;c&egrave;ne pi&eacute;montais passionn&eacute; de sciences naturelles. Voir &agrave; ce propos MEROT, <em>Poussin, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] A la m&ecirc;me &eacute;poque le Jardin Botanique d&rsquo;Amsterdam, qui poss&egrave;de d&eacute;j&agrave; des collections d&rsquo;agrumes, s&rsquo;int&eacute;resse lui aussi &agrave; la v&eacute;g&eacute;tation exotique de la C&ocirc;te et plus particuli&egrave;rement &agrave; sa tradition d&rsquo;agrumiculture. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MALOCCHI Francesco et CASABONDA Joseph, d&rsquo;apr&egrave;s ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit<\/em>. <\/span>[\/ref] Au si&egrave;cle suivant, c&rsquo;est le m&eacute;decin turinois Carlo ALLIONI, directeur du Jardin Botanique de Turin, qui initie l&rsquo;&eacute;tude moderne de la v&eacute;g&eacute;tation r&eacute;gionale. Il s&rsquo;appuie largement dans son entreprise sur des collaborations locales. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Celles de GIUDICE, VERANI, BELLARDI et DANA, ainsi que de son jardinier Ignazio MOLINERI. Voir ALLIONI Carlo, <em>Flora Pedemontana<\/em>, 1785 et les commentaires de ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit<\/em>. <\/span>[\/ref] La r&eacute;gion fait aussi l&rsquo;objet, &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, des repr&eacute;sentations du Theatrum Sabaudiae. Bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une &oelig;uvre topographique, elle contribuera grandement &agrave; populariser dans toute l&rsquo;Europe les paysages des Alpes et de la Riviera, gr&acirc;ce &agrave; ses vues panoramiques richement colori&eacute;es. Au del&agrave; de son caract&egrave;re de commande consacr&eacute;e aux principales forteresses de l&rsquo;Etat alpin, l&rsquo;ouvrage veut par ailleurs t&eacute;moigner, par l&rsquo;harmonie de ses paysages, d&rsquo;un mod&egrave;le de bon gouvernement inspir&eacute; des id&eacute;es des Lumi&egrave;res. Le Theatrum va effectivement conna&icirc;tre un grand succ&egrave;s aupr&egrave;s des voyageurs &eacute;clair&eacute;s, avec quelque six r&eacute;&eacute;ditions et traductions. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ORTELIO Abramo (a cura di), <em>Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudia ducis, Pedemontii principis,<\/em> Amsterdam, Joan Blaeu, 1682 <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"13\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les contributions naturalistes vont d&egrave;s lors s&#39;&eacute;largir significativement, avec FAUJAS DE SAINT FOND, qui est un coll&egrave;gue de BUFFON, MARZARI PENCATI, lequel est affili&eacute; &agrave; la Soci&eacute;t&eacute; Genevoise d&#39;Histoire Naturelle, ou encore les italiens VALLISNERI, PALLANZANI, SPADONI, etc. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BURNAT E, &quot;Botanistes qui ont contribu&eacute; &agrave; faire conna&icirc;tre la flore des Alpes Maritimes. Biblioth&egrave;ques et collections botaniques&quot;, <em>Bulletin de la Soci&eacute;t&eacute; Botanique de France<\/em>, 1883 et ISSEL A, &quot;Naturalisti e viaggiatori liguri nel secolo XIX&quot;, <em>in Atti della Societ&agrave; italian Progresse delle Scienze, VI,<\/em> <em>Genova, 1912<\/em>, Roma, 1913. <\/span>[\/ref] L&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que suscite la botanique a fait &agrave; cette &eacute;poque le tour de l&rsquo;Europe, gr&acirc;ce notamment &agrave; ROUSSEAU qui d&eacute;fend la pratique de la botanique \u00ab\u00a0en plein air\u00a0\u00bb contre celle des cabinets savants et des jardins &laquo;&nbsp;o&ugrave; l&rsquo;on fait d&rsquo;une occupation inutile et d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;e, une activit&eacute; d&eacute;natur&eacute;e.&nbsp;&raquo; Le tourisme th&eacute;rapeutique donne naissance, au si&egrave;cle suivant, &agrave; un mouvement d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t sans pr&eacute;c&eacute;dent pour les paysages de la C&ocirc;te. Il reprend &agrave; son compte les pr&eacute;occupations contradictoires des voyageurs, contribuant par son &eacute;clectisme &agrave; leur essor et &agrave; leur diffusion. Dans les premi&egrave;res d&eacute;cennies du XIXe si&egrave;cle, on assiste ainsi &agrave; une investigation syst&eacute;matique des ressources naturelles des Alpes Maritimes, [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On trouve ainsi DE CANDOLLE en 1808-1809, AVE-LALLEMANT en 1826, KUNZE en 1834 ou encore REICHENBACH, de BOURGEAU, de SHUTTLEWORTH, ainsi que REUTER, le Directeur du Jardin Botanique de Gen&egrave;ve. Parmi les autochtones, on note &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque les contributions d&#39;ARDOINO &agrave; Menton, de MONTOLIVO, RISSO et BARLA &agrave; Nice, de PANIZZI &agrave; San Remo, de RICCA, BERTI et GENTILE &agrave; Porto Maurizio, de BADARO, &eacute;l&egrave;ve d&#39;AMORETTI, &agrave; Laigueglia ou de SASSI &agrave; Albenga. On se reportera pour plus de d&eacute;tails sur l&rsquo;histoire naturaliste de la r&eacute;gion &agrave; l&rsquo;ouvrage de BURNAT, <em>Botanistes&#8230;, op. cit<\/em>. <\/span>[\/ref] o&ugrave; il est extr&ecirc;mement difficile de distinguer les touristes des savants et les &eacute;trangers des autochtones. Sous l&#39;impulsion de la vill&eacute;giature, les paysages de la C&ocirc;te attirent dans le m&ecirc;me temps l&#39;attention des artistes et des illustrateurs. Par leurs riches productions picturales, ces derniers allaient fixer d&eacute;finitivement son image et assurer sa diffusion dans l&rsquo;ensemble de l&#39;Europe. L&#39;&eacute;mergence de nouveaux proc&eacute;d&eacute;s de reproduction vient par ailleurs perturber dans le m&ecirc;me temps les conventions bien &eacute;tablies de la tradition paysag&egrave;re.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Enchantement et f&eacute;&eacute;rie : les repr&eacute;sentations picturales<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"14\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">&laquo;&nbsp;Ici commence la f&eacute;&eacute;rie, en superbes actes et merveilleux tableaux. Elle a pour titre le Royaume du soleil, les d&eacute;cors en sont grandioses. Deux f&eacute;es, la lumi&egrave;re et la couleur accomplissent des prodiges&nbsp;&raquo;, &eacute;crit au d&eacute;but du XIX&deg; si&egrave;cle Constant de TOURS, se faisant le porte parole des peintres et des illustrateurs qui se sont massivement install&eacute;s &agrave; Nice dans les ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> TOURS Constant de, <em>De Lyon &agrave; l&#39;Italie. Voyage &agrave; travers la Provence et la C&ocirc;te d&#39;Azur au d&eacute;but du si&egrave;cle. 160 dessins d&#39;apr&egrave;s nature<\/em>, Rapha&egrave;le-l&egrave;s-Arles, Marcel Petit, 1991, r&eacute;&eacute;d. <\/span>[\/ref] L&rsquo;essor de la vill&eacute;giature azur&eacute;enne, qui remonte &agrave; la fin du si&egrave;cle pr&eacute;c&eacute;dent, s&rsquo;accompagne en effet d&rsquo;un r&eacute;el mouvement d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pictural pour les paysages azur&eacute;ens. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera, en ce qui concerne la c&ocirc;te fran&ccedil;aise, aux ouvrages de D&rsquo;EZE Sylvie, <em>La Provence vue par les peintres<\/em>, Lausanne, Edita, 1987, et de AMIC <em>et alii<\/em>, <em>Le pays de Nice et ses peintres<\/em>, <em>op cit<\/em>, ainsi que BAZZOLI, MUNTANER, <em>Les Provences de la peinture<\/em>, Marseille, Gar&ccedil;on, sd., et pour la <em>Riviera<\/em> italienne &agrave; ASTENGO Domenico, <em>Viaggiatori e vedutisti in riviera. Coste e valli del savonese (XVII- XIX sec.),<\/em> Genova, Sagep, 1975 ainsi qu&rsquo;&agrave; <em>Paesagisti nell&#39;estremo ponente ligure fra 800 e 900<\/em>, Imperia, Offset, 1988. <\/span>[\/ref] Il s&rsquo;agit d&rsquo;une nouveaut&eacute; dans une r&eacute;gion jusqu&rsquo;alors pauvre en expressions artistiques, &agrave; l&rsquo;exception d&rsquo;une importante tradition d&rsquo;art religieux primitif. La sc&egrave;ne locale se r&eacute;sume alors &agrave; deux peintres de renom, Jean Honor&eacute; FRAGONARD, originaire de Grasse, qui a introduit quelques vues paysag&egrave;res dans ses &oelig;uvres et Claude Joseph VERNET, originaire d&rsquo;Avignon, lequel a peint quelques marines proven&ccedil;ales. C&rsquo;est ainsi un ma&icirc;tre hollandais, le peintre VAN DERGHEM, qui r&eacute;alise la premi&egrave;re vue du paysage ni&ccedil;ois, extr&ecirc;mement diffus&eacute;e, &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;un voyage qui le conduisait en Italie.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"15\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les peintres qui parcourent alors la r&eacute;gion se partagent entre les invalids en s&eacute;jour th&eacute;rapeutique, o&ugrave; l&rsquo;on trouve &agrave; la fois des artistes de renoms et des amateurs se livrant &agrave; &quot;l&rsquo;aquarello-th&eacute;rapie&quot;, les pr&eacute;cepteurs venus en compagnie des hivernants pour donner des le&ccedil;ons de dessin &agrave; leurs enfants ainsi que les divers portraitistes et paysagistes professionnels, attir&eacute;s par l&#39;essor du march&eacute; touristique &eacute;mergent. L&rsquo;un des premiers illustrateurs du paysage ni&ccedil;ois, Albanis de BEAUMONT, est ainsi le pr&eacute;cepteur des enfants du Duc de Gloucester, auquel il d&eacute;dicace un ouvrage rassemblant une douzaine d&#39;aquarelles colori&eacute;es. On lui doit aussi une s&eacute;rie de lithographies de la montagne ni&ccedil;oise qui conna&icirc;t une importante diffusion. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ALBANIS de BEAUMONT, <em>Voyage historique et pittoresque du Comt&eacute; de Nice&#8230;, op. cit., <\/em>et du m&ecirc;me auteur, <em>Travels through the Maritime Alps&#8230;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] A la m&ecirc;me &eacute;poque deux hivernantes,&nbsp; Mary HARCOURT et Miss Scott of HARDEN, publient &agrave; leur tour leurs lithographies, tandis que les peintres BACLER D&rsquo;ALBE et Giuseppe Pietro BAZETTI fournissent des vues \u00ab\u00a0topographiques\u00a0\u00bb de la r&eacute;gion. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BACLER D&#39;ALBE, <em>Souvenirs pittoresques, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"16\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au d&eacute;but du XIXe si&egrave;cle, le peintre fran&ccedil;ais LOUVOIS relance la peinture des paysages azur&eacute;ens, avec un album de lithographies comprenant &laquo;&nbsp;vingt vues dessin&eacute;es d&#39;apr&egrave;s nature&nbsp;&raquo;, essentiellement des panoramas du littoral et de la route des Alpes. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LOUVOIS A. de, <em>Nice et ses environs, ou vingt vues dessin&eacute;es d&#39;apr&egrave;s nature en 1812 dans les Alpes-Maritimes,<\/em> Paris, 1814. <\/span>[\/ref] Son &oelig;uvre fait rapidement des &eacute;mules, dans le temps o&ugrave; nombre d&rsquo;artistes s&rsquo;installent dans la r&eacute;gion. Il s&rsquo;agit alors, comme &agrave; Rome, Naples ou Venise, &agrave; la fois de peintres &eacute;trangers, install&eacute;s sur la place ou voyageurs de passage, ainsi que d&rsquo;autochtones stimul&eacute;s par la demande touristique. Sous l&rsquo;influence de ces derniers, une \u00ab\u00a0&eacute;cole\u00a0\u00bb artistique ni&ccedil;oise prend ainsi forme. L&rsquo;un de ses principaux repr&eacute;sentants est le peintre Joseph FRICERO. Il s&eacute;journe en 1824-1828 &agrave; Florence, puis au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Russie, o&ugrave; il enseigne la peinture aux demoiselles de la cour. Il &eacute;pouse l&rsquo;une d&rsquo;elles et vit d&egrave;s lors entre Nice et Saint-Petersbourg. Son &oelig;uvre picturale contribue grandement &agrave; la diffusion internationale des paysages azur&eacute;ens. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ROMAIN Serge, <em>Joseph Fricero, 1807-1870. Ses voyages, Nice, saint-Petersbourg, la Cour de Nicolas I&deg;,<\/em> Paris, Ferrand, 1993. <\/span>[\/ref] A la m&ecirc;me &eacute;poque, s&rsquo;affirme aussi une g&eacute;n&eacute;ration de paysagistes proven&ccedil;aux, dont les tenants sont Jean Antoine CONSTANTIN, Emile LOUBON et Fran&ccedil;ois Marius GRANET.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"17\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">A l&rsquo;image de celui-ci, qui passe pr&egrave;s de 17 ans &agrave; Rome, l&rsquo;&eacute;cole proven&ccedil;ale naissante est extr&ecirc;mement redevable des influences du tour et notamment de la pratique de la peinture en ext&eacute;rieur. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> D&rsquo;EZE, <em>La Provence vue par les peintres, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Des peintres &eacute;trangers s&rsquo;installent par ailleurs sur la C&ocirc;te, &agrave; Marseille comme &agrave; Nice, les deux stations phares du tourisme azur&eacute;en. En quelques d&eacute;cennies, la r&eacute;gion va ainsi conna&icirc;tre l&rsquo;afflux d&rsquo;artistes de renom. La sc&egrave;ne internationale qui voit le jour pr&eacute;sente l&agrave; encore de grandes similitudes avec ses homologues italiennes. Comme dans le reste de l&rsquo;Italie, ses repr&eacute;sentants se consacrent essentiellement &agrave; la production de vues panoramiques ou folklorisantes, ainsi qu&rsquo;&agrave; celle de portraits destin&eacute;s aux hivernants. Il s&#39;agit g&eacute;n&eacute;ralement, dans la tradition italo-touristique, d&#39;aquarelles r&eacute;alis&eacute;es dans de petits formats. Quant aux influences entre les artistes &eacute;trangers et les autochtones, elles sont tout aussi affirm&eacute;es. D&egrave;s 1820, Lancelot Th&eacute;odore TURPIN, professeur de dessin de la reine Hortense, r&eacute;alise ainsi des vues des villas, des jardins et des plages de Nice. Dans le m&ecirc;me temps, l&rsquo;influence italienne s&rsquo;affirme avec l&rsquo;arriv&eacute;e de Paul Emile BARBERI, architecte et peintre romain, lequel ouvre une &eacute;cole d&rsquo;art consacr&eacute;e &agrave; la formation des fresquistes, orf&egrave;vres, &eacute;b&eacute;nistes et autres corps de m&eacute;tiers indispensables au d&eacute;veloppement de la vill&eacute;giature.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"18\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Ses &eacute;l&egrave;ves se rendent parfois &agrave; Rome, pour &eacute;tudier l&rsquo;art touristique de la veduta, comme Fran&ccedil;ois BENSA. BARBERI aura de plus un impact direct sur la diffusion des paysages ni&ccedil;ois, avec son Album ou souvenir du Comt&eacute; de Nice. Dans ce bel ouvrage, richement illustr&eacute;, il affirme explicitement son souci de peindre &laquo;&nbsp;dans le but de rappeler aux &eacute;trangers ces contr&eacute;es d&eacute;licieuses.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BARBERI Paul Emile, <em>Album ou souvenir de Nice (Maritime) et de ses environs dessin&eacute; et lithographi&eacute; par le Chevalier&#8230;,<\/em> Nice, Soc. typogr., 1834. <\/span>[\/ref] William BROCKEDON publie alors les lithographies r&eacute;alis&eacute;es lors de son passage sur la Riviera [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BROCKEDON, <em>Illustrations of the passes of the Alps, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref], tandis qu&rsquo;Auguste Xavier LEPRINCE effectue un s&eacute;jour probablement th&eacute;rapeutique, puisqu&rsquo;il meurt &agrave; Nice. Le ma&icirc;tre du paysage anglais, William TURNER, se rend &agrave; son tour &agrave; Marseille et &agrave; Nice, entre 1828 et 1840, r&eacute;alisant une trentaine d&rsquo;esquisses paysag&egrave;res de la r&eacute;gion. Dans les m&ecirc;mes ann&eacute;es, le fran&ccedil;ais Louis Joseph LEGALL DUTERTRE s&rsquo;installe &agrave; Nice pour enseigner la peinture, tandis que son compatriote Alexandre Gabriel DECAMPS hiverne &agrave; Hy&egrave;res et fait une excursion sur la C&ocirc;te ni&ccedil;oise, suivi de personnalit&eacute;s comme Jean-Baptiste COROT, JONGKIND ou encore Paul HUET. Accompagnant &agrave; Nice sa femme atteinte de la tuberculose, ce dernier retournera &agrave; plusieurs reprises sur la Riviera en s&eacute;jour th&eacute;rapeutique. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> L&eacute;on COGNIER peignait alors les p&eacute;cheurs de Nice, tandis que les dessins de COCKX &eacute;taient publi&eacute;s dans Nice et ses environs, et que Louis Godefroy JADIM s&eacute;journait &agrave; Nice avec Alexandre Dumas p&egrave;re. A la m&ecirc;me &eacute;poque, le Marquis Hippolyte de CHATEAUGIRON, Consul de France &agrave; Nice et ami de MERIMEE, publiait un Album du Comt&eacute; de Nice, tandis que le peintre zurichois Ludwig VOGEL s&rsquo;attachait &agrave; l&rsquo;illustration des paysages de la capitale azur&eacute;enne. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">L&#39;impact de l&#39;illustration<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"19\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">A partir de 1850, les ouvertures d&rsquo;ateliers se multiplient dans la capitale azur&eacute;enne, passant d&rsquo;une quinzaine &agrave; plus de cinquante &agrave; la fin du si&egrave;cle. Louis GARNERAY, l&rsquo;un des principaux peintres de marines fran&ccedil;ais, ouvre ainsi un atelier ni&ccedil;ois apr&egrave;s un premier s&eacute;jour dans la station voisine d&rsquo;Antibes. F&eacute;lix ZIEM l&rsquo;imitera, avant de s&rsquo;installer aux Martigues, dans un jardin orn&eacute; de kiosques orientalisants o&ugrave; il fait de longs s&eacute;jours, entrecoup&eacute;s d&rsquo;une croisi&egrave;re &agrave; Hy&egrave;res &agrave; l&rsquo;invitation du duc d&rsquo;HAMILTON. Dans le m&ecirc;me temps, des galeries ouvrent leurs portes, proposant aux hivernants un vaste choix d&#39;objets d&#39;art destin&eacute;s &agrave; la d&eacute;coration de leurs int&eacute;rieurs. Des librairies-papeteries voient aussi le jour. Elles exposent les tableaux des artistes auxquels elles offrent des fournitures. Fond&eacute;e dans l&rsquo;esprit d&rsquo;un club anglais, la librairie VISCONTI est un v&eacute;ritable cercle artistique, consid&eacute;r&eacute; par les hivernants comme &laquo;&nbsp;l&rsquo;un des meilleurs et des plus vastes cabinets de lecture qui soient en Europe [proposant expositions, concerts et conf&eacute;rences] avec jouissance d&rsquo;un gracieux petit jardin semi tropical.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> MORNAND, <em>La vie des eaux, op. cit.,<\/em> p284. <\/span>[\/ref]. Le peintre fran&ccedil;ais Paul DELAROCHE va jouer un grand r&ocirc;le dans cet essor de la sc&egrave;ne artistique ni&ccedil;oise, en recevant lors de ses s&eacute;jours azur&eacute;ens nombre d&rsquo;artistes reconnus. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Parmi les invit&eacute;s de DELAROCHE, on relevait entre autres Jean Fran&ccedil;ois HEBERT, Gustave JALABERT, David BOULANGER, Horace D&#39;ANGERS ou Horace VERNET. <\/span>[\/ref] A la m&ecirc;me &eacute;poque, on note encore la pr&eacute;sence de Gaspard HAUSER et d&rsquo;Eug&egrave;ne DELACROIX, lui aussi en s&eacute;jour th&eacute;rapeutique, tandis que l&rsquo;influence italienne continue de s&rsquo;affirmer avec l&rsquo;arriv&eacute;e d&rsquo;Ippolito CAFFI, un peintre de marines v&eacute;nitien, qui s&rsquo;installe &agrave; Nice pour enseigner la peinture et de Raffaele PONTREMOLI, originaire de Turin [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Il faudrait encore citer, parmi les peintres de cette &eacute;poque, le suisse Jean Baptiste BONJOUR et le fran&ccedil;ais F&eacute;lix PASSAT. <\/span>[\/ref].<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"20\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Avec l&rsquo;annexion de Nice &agrave; la France et l&rsquo;impulsion qu&rsquo;elle apporte au d&eacute;veloppement de sa vocation touristique, la colonie des peintres paysagistes install&eacute;s sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur va encore s&rsquo;&eacute;toffer. L&rsquo;impact du climatisme concerne directement un grand nombre d&rsquo;entre eux, et non des moindres, comme Eug&egrave;ne BOUDIN qui fait de fr&eacute;quents s&eacute;jours pour raisons de sant&eacute; &agrave; Nice, Villefranche et Antibes, Jean Baptiste CARPEAUX qui effectue un s&eacute;jour th&eacute;rapeutique &agrave; Nice en 1875 et peint ses plages, ou encore Narcisse Virgile DIAZ DE LA PENA dont le s&eacute;jour de sant&eacute; &agrave; Menton conna&icirc;tra une issue fatale. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> A partir de l&#39;annexion de Nice &agrave; la France en 1860, on rel&egrave;ve entre autres la pr&eacute;sence d&rsquo;Auguste ANASTASI, de Frederick Arthur BRIGDMAN, de Louis CAHAR, d&rsquo;Armand CASSAGNE, du Suisse Charles Samuel DELAPEINE, de Louis Fran&ccedil;ois FRANCAIS qui peignit plus particuli&egrave;rement les jardins ni&ccedil;ois, d&rsquo;Eug&egrave;ne FROMENTIN avec une &laquo;&nbsp;moisson en Provence&nbsp;&raquo; en 1875, d&rsquo;Angelo GARINO, d&rsquo;Armand GUILLAUMIN qui peint le littoral de l&rsquo;Est&eacute;rel en 1895, d&rsquo;Henri HARPIGNIES d&rsquo;Auguste Cl&eacute;ment HERST, d&rsquo;Eug&egrave;ne ISABEY, d&rsquo;Ernest MESSONIER qui fit de fr&eacute;quents s&eacute;jours &agrave; Antibes, d&rsquo;Alfred WAHLBERG, de Nicolas YOURASSOF, d&#39;Arthur Burrington, ou encore de Benjamin JM DONNE; L&eacute;on FLEURY, Jean Antoine LUCAS avec de nombreux paysages de la C&ocirc;te, Claude Constantin SPERO qui peint la C&ocirc;te de Marseille &agrave; Naples et l&#39;expose &agrave; Londres, David SUTTER s&#39;installant &agrave; Nice pour enseigner la peinture de m&ecirc;me que Joseph FELON et Jacques GUIAUD, qui publiait ses toiles sous forme de lithographies dans <em>Nice vues et costumes<\/em>. A la m&ecirc;me &eacute;poque les peintres modernes d&eacute;couvraient &agrave; leur tour la C&ocirc;te, sous l&rsquo;impulsion de CEZANNE, MONET et RENOIR dont les apports &agrave; la repr&eacute;sentation de ses paysages fait l&rsquo;objet du chapitre suivant. <\/span>[\/ref] La production picturale azur&eacute;enne voit alors ses centres d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t et sa diffusion s&rsquo;&eacute;largir, avec l&rsquo;essor des guides climat&eacute;riques et des revues pittoresques comme Le Monde Illustr&eacute; ou l&rsquo;Illustration. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Parmi les principaux promoteurs de la litt&eacute;rature de voyage illustr&eacute;e concernant la <em>Riviera<\/em>, on trouve Ferdinand PERROT, un peintre de marines qui participa aux <em>Voyages Pittoresques<\/em>, (PERROT Ferdinand, <em>Rivi&egrave;re de G&egrave;n<\/em>es, Paris, Delarue, 1838), Luigi CRETTE et Jacques GUIAUD <em>(<\/em>CRETTE Luigi, GUIAUD Jacques, <em>Nice pittoresque<\/em>, Paris, Lemercier, 1860), Xavier DESSAIX (BENOIST, DESSAIX, <em>Nice et Savoie, op. cit.<\/em>), le po&egrave;te, musicien, historien des religions et peintre Henry Dean ALFORD of Canterbury (ALFORD Henry Dean of Canterbury, BROOKS Vincent, <em>The Riviera, pen and pencils skeches from Cannes to Genua<\/em>, London: Bell &amp; Daldy, 1870), Charlotte de ROTHSCHILD (ROTHSCHILD Charlotte de, <em>Souvenir d&#39;un voyage de Nice &agrave; G&egrave;nes par la corniche. 23 derniers dessins, eaux fortes<\/em>, s.l., s.e., 1869) ou encore Waldemar KADEN et Herman NESTEL avec <em>Die Riviera, op. cit., <\/em>MONTAUT <em>(<\/em>MONTAUT de, <em>Voyage au pays enchant&eacute;&nbsp;: Cannes, Nice, Monaco, Menton<\/em>, Paris, Dentu, 1880), Victor PETIT (PETIT Victor, <em>Nice et Villefranche. Nouveaux panoramas imprim&eacute;s en couleurs d&#39;apr&egrave;s les dessins de M<\/em>., Nice, Chartier, S.d.), Richard Whately WEST, qui publia en 1883, dans la revue <em>Art Journal,<\/em> une trentaine de toiles sur la <em>Riviera<\/em> de Hy&egrave;res &agrave; Bordighera, lesquelles furent reprises dans le Guide MACMILLIAN&#39;S <em>RIVIERA<\/em>. (il s&#39;installera d&eacute;finitivement &agrave; Alassio o&ugrave; il laissera ses &oelig;uvres), ou encore&nbsp; Walter TYNDALE avec <em>An artist in the Riviera<\/em>, London, Hutchinson, sd <\/span>[\/ref] A c&ocirc;t&eacute; de la lithographie, qui domine toujours le genre, le progr&egrave;s des proc&eacute;d&eacute;s de reproduction va en effet permettre &agrave; la peinture paysag&egrave;re de toucher un large public. L&rsquo;eau forte devient &agrave; la mode, [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Alexander ANSTED, qui exposa &agrave; la <em>Royal Academy<\/em> et <em>au Victoria and Albert Museum<\/em> ses incisions sur bois, d&eacute;crivit et illustra la C&ocirc;te de Hy&egrave;res &agrave; Lerici avec 20 eaux fortes et 46 vignettes (ANSTED Alexander, <em>The Riviera, Etching and vignettes withe the notes by the artist,<\/em> London, Seeley, 1894), de m&ecirc;me que Val&egrave;re LEFEBVRE avec <em>C&ocirc;te d&#39;Azur. 40 croquis &agrave; l&#39;eau forte d&#39;apr&egrave;s des aquarelles ex&eacute;cut&eacute;es en 1883 et 1884 entre Toulon et Diano Marina<\/em>, s.l., s.e., 1898. <\/span>[\/ref] ainsi que la photographie, invent&eacute;e &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque. Cette derni&egrave;re occupera rapidement une situation privil&eacute;gi&eacute;e dans la promotion de l&rsquo;imagerie touristique de la Riviera &eacute;labor&eacute;e par les peintres et les illustrateurs. Sous l&rsquo;influence conjointe des &eacute;crivains, des naturalistes, des artistes et des photographes, qui se sont attach&eacute;s &agrave; un inventaire syst&eacute;matique de ses &eacute;l&eacute;ments constitutifs, la mer, la lumi&egrave;re et la flore, le paysage azur&eacute;en poss&egrave;de ainsi, au tournant du XX&deg; si&egrave;cle, une personnalit&eacute; affirm&eacute;e. Si les vues panoramiques &ldquo;&agrave; l&rsquo;italienne&rdquo; demeurent toujours une constante st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e, la mer occupe &agrave; pr&eacute;sent de plus en plus de place dans leurs repr&eacute;sentations, de m&ecirc;me que la peinture de sa v&eacute;g&eacute;tation. Un v&eacute;ritable exotisme v&eacute;g&eacute;tal et m&eacute;diterran&eacute;en a pris forme, au travers d&rsquo;une simplification et d&rsquo;une stylisation des repr&eacute;sentations qui trouvent, dans un jeu de miroir, un &eacute;cho significatif dans les &eacute;volutions contemporaines du paysage de la vill&eacute;giature.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">3.TROPICALISATION<\/span><br \/>\n<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Le renouveau du paysage<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"21\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">&laquo;&nbsp;Connais-tu le pays&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] o&ugrave; fleurit l&rsquo;oranger, Le pays des fruits d&rsquo;or et des roses vermeilles, O&ugrave; la brise est plus douce et l&rsquo;oiseau plus l&eacute;ger, O&ugrave; dans toute saison butinent les abeilles, O&ugrave; palpite et sourit comme un bienfait de Dieu, Un &eacute;ternel printemps sous un ciel toujours bleu.&nbsp;&raquo; Si la po&eacute;sie na&iuml;ve du RIVIERA GUIDE [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> RIVIERA GUIDE. <em>Annuaire complet 1912, San Remo, La Riviera<\/em>, 1912. <\/span>[\/ref] ne manque pas de faire sourire, elle t&eacute;moigne exemplairement de la gen&egrave;se d&rsquo;une imagerie paradisiaque qui continue de fonder le tourisme moderne. La riche production litt&eacute;raire et picturale consacr&eacute;e aux paysages de la Riviera a jou&eacute; un r&ocirc;le d&eacute;terminant dans l&rsquo;histoire de cette r&eacute;f&eacute;rence touristique incontournable. Les traditions culturales azur&eacute;ennes rejoignaient en effet, par bien des aspects, les principales pr&eacute;occupations des promoteurs du tourisme de stations. La v&eacute;g&eacute;tation m&eacute;diterran&eacute;enne de la r&eacute;gion &eacute;tait ainsi pr&eacute;sent&eacute;e comme l&rsquo;indice par excellence d&#39;un climat chaud et salutaire, &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; les parcs et les jardins d&#39;agr&eacute;ment occupaient une place centrale dans la panoplie th&eacute;rapeutique du climatisme. Sous son influence, les paysages de ces r&eacute;gions allaient conna&icirc;tre de profondes mutations, dont les connotations identitaires sont abord&eacute;es ci-dessous.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">La question du paysage agraire<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"22\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">A l&rsquo;instar de toutes les inventions paysag&egrave;res, l&rsquo;exotisme azur&eacute;en s&rsquo;est efforc&eacute; d&rsquo;effacer les traces de l&#39;agriculture dans le territoire. Les r&eacute;criminations des voyageurs relatives aux &quot;mauvaises habitudes&quot; des paysans se sont ainsi multipli&eacute;es avec l&rsquo;essor de la vill&eacute;giature. Individualis&eacute;es par les voyageurs et les premiers touristes, les singularit&eacute;s du paysage agraire azur&eacute;en ont donn&eacute; lieu &agrave; d&rsquo;int&eacute;ressants d&eacute;bats. Ils s&rsquo;inscrivent dans le contexte d&rsquo;une tradition agricole dont les principes, relevant d&rsquo;un mod&egrave;le typiquement m&eacute;diterran&eacute;en, sont totalement &eacute;trangers &agrave; leurs commentateurs. Au-del&agrave; des critiques dont la litt&eacute;rature de voyage se fait l&rsquo;&eacute;cho, une &eacute;troite collaboration voit le jour entre les touristes et les agriculteurs, se traduisant par des exp&eacute;riences d&rsquo;acclimatation et d&#39;introduction de mat&eacute;riel v&eacute;g&eacute;tatif men&eacute;es &agrave; grande &eacute;chelle. Elles vont d&eacute;boucher sur une reconversion radicale de l&#39;agriculture locale dans la production de plantes &rdquo;d&#39;agr&eacute;ment&rdquo;. Cette vaste entreprise de &ldquo;tropicalisation&rdquo; du littoral azur&eacute;en va donner naissance &agrave; un paysage dont la modernit&eacute; demeure d&rsquo;une grande actualit&eacute;. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Pour l&#39;histoire de l&#39;acclimatation sur la C&ocirc;te fran&ccedil;aise on s&rsquo;est report&eacute; pour l&rsquo;essentiel &agrave; BURNAT, <em>Botanistes&#8230; op. cit<\/em>.; SAUVAIGO E, &quot;Expos&eacute; historique sur l&#39;horticulture m&eacute;diterran&eacute;enne, Hy&egrave;res, Cannes, Nice, Menton, San Remo&quot;, in <em>Atti del Congresso Botanico Internazionali di Genova 1892<\/em>, Italia, Genova, Sordomuti, 1893, pp 532-52, GADE D.W, &quot;Tropicalisation de la v&eacute;g&eacute;tation ornementale de la C&ocirc;te d&#39;Azur&quot;, <em>M&eacute;diterran&eacute;e<\/em>, <em>Quelques contributions &agrave; l&#39;&eacute;tude des r&eacute;gions touristiques, n&deg;4,<\/em> France, 1987-1988, pp. 19-25, et pour la Ligurie, QUAINI, <em>Per la storia del paesaggio agrario in Liguria&hellip;, op. cit.<\/em>. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"23\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les descriptions des voyageurs s&rsquo;attachent plus particuli&egrave;rement dans ce domaine &agrave; l&rsquo;une des caract&eacute;ristiques majeures de l&rsquo;agriculture locale, l&rsquo;absence g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e d&rsquo;engrais compens&eacute;e par une science &eacute;labor&eacute;e de l&rsquo;irrigation. Si SULZER d&eacute;plore ainsi le manque d&#39;initiative des paysans ni&ccedil;ois, leur conservatisme, l&#39;archa&iuml;sme de leur habitat, les cultures extensives de f&egrave;ves et d&#39;olives ou encore la raret&eacute; des fruits, il leur reconna&icirc;t par exemple un r&eacute;el savoir-faire en mati&egrave;re d&rsquo;optimisation des maigres ressources en sol et en eau, et notamment &agrave; propos de la question controvers&eacute;e de l&#39;utilisation des engrais humains &agrave; des fins agricoles. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> SULZER, <em>Viaggio da Berlino a Nizza&#8230;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Elis&eacute;e RECLUS fait lui aussi preuve, sur ce m&ecirc;me sujet, d&rsquo;un indiscutable relativisme culturel en rattachant l&rsquo;emploi unanimement d&eacute;cri&eacute; par les touristes des engrais humains, &agrave; des pratiques orientales similaires&nbsp;: &laquo;&nbsp;La coutume pratiqu&eacute;e par les cultivateurs chinois de construire dans un coin de leurs champs ou de leurs jardins de petites caisses &agrave; l&rsquo;usage des passants, est g&eacute;n&eacute;rale aussi dans la campagne de Nice [rappelle-t-il en ajoutant] qu&rsquo;il est inutile de dire qu&rsquo;un tel bon sens pratique des Ni&ccedil;ois les expose aux sarcasmes des touristes.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> RECLUS E, <em>Atlas pittoresque de la France<\/em>, Paris, Attinger, s.d. <\/span>[\/ref]&nbsp;<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"24\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les voyageurs s&rsquo;attardent encore &agrave; la discussion d&rsquo;une autre singularit&eacute; majeure de l&rsquo;agriculture m&eacute;diterran&eacute;enne, sa ma&icirc;trise architecturale d&rsquo;un r&eacute;gime pluvial particuli&egrave;rement ingrat et irr&eacute;gulier, dont les effets d&eacute;vastateurs sont accentu&eacute;s par un relief extr&ecirc;mement accident&eacute;. Un voyageur am&eacute;ricain, g&eacute;ologue de formation, qui s&rsquo;avoue frapp&eacute; par la st&eacute;rilit&eacute; du midi de la France, exprime ainsi son admiration pour l&rsquo;art de la culture en terrasses caract&eacute;ristique de la r&eacute;gion. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> HALLFrederick, &ldquo;&nbsp;Notes on a tour in France, Italy, and Elba&#8230;&nbsp;&rdquo;, <em>American Journal of Science and Arts<\/em>, XXXII, USA, 1837, pp 74-8. <\/span>[\/ref] Comme le rapporte &agrave; ce propos, au d&eacute;but du XIXe si&egrave;cle, un manuscrit anonyme&nbsp;: &laquo;&nbsp;L&rsquo;industrie de ces habitants est sans doute sup&eacute;rieure &agrave; tout ce que l&rsquo;on conna&icirc;t au monde en ce genre. Toutes les campagnes, m&ecirc;me les plus fertiles, ne sont que ma&ccedil;onneries, qui soutiennent un peu de terre en escaliers, comme dans autant de pots. Les colons laborieux brisent les roches &agrave; l&rsquo;aide de la poudre et de la masse, &eacute;levant des murs sans chaux sur le rebord des excavations d&rsquo;o&ugrave; ils ont tir&eacute; ces rochers et avec les morceaux des pierres qu&rsquo;ils ont rompues, m&eacute;lang&eacute;s au peu de terre qui se trouve avec ces cailloux, ils emplissent les vides, comme dans un pot, et y plantent la vigne et l&rsquo;olivier. Au bout de quelque temps les ann&eacute;es et les pluies ont ruin&eacute; les sout&egrave;nements fragiles de ces campagnes, et ils sont contraints &agrave; r&eacute;p&eacute;ter le m&ecirc;me travail, allant souvent bien loin &agrave; extraire d&rsquo;autres pierres pour suppl&eacute;er &agrave; la corrosion que le temps a produit sur celles qu&rsquo;il a ruin&eacute;es. Tout ce travail peut para&icirc;tre incroyable &agrave; qui ne le voit pas et les immenses oliveraies qui couvrent ce pays, toutes form&eacute;es et soutenues de cette mani&egrave;re, sont un prodige d&rsquo;activit&eacute; et d&rsquo;industrie agraire qui &eacute;tonne le philosophe lorsqu&rsquo;il y r&eacute;fl&eacute;chit.&nbsp;&raquo; &nbsp;[ref]<span style=\"font-size:12px;\"> B.U.G., ms. G V 18 (Notizie statistiche sulla Giurisdizione delle Arene Candide), 1802, Manuscrit anonyme, in QUAINI, &nbsp;<em>Per la storia del paesaggio agrario in Liguria&#8230;,<\/em> <em>op. cit.<\/em> (trad. R.C.). <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"25\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Un autre th&egrave;me de la litt&eacute;rature touristique tourne autour de la question des pratiques de cultures associ&eacute;es. Nombre de touristes &ldquo;&eacute;clair&eacute;s&ldquo; vont se montrer extr&ecirc;mement sensibles &agrave; cette particularit&eacute; de l&rsquo;agriculture locale, que l&rsquo;on consid&egrave;re de nos jours comme une caract&eacute;ristique majeure de l&rsquo;agriculture m&eacute;diterran&eacute;enne. VAUBAN est l&rsquo;un des premiers &agrave; relever, d&egrave;s 1701, cette originalit&eacute; des pratiques agricoles azur&eacute;ennes. Bien que sommaire, sa description &eacute;voque indiscutablement un mod&egrave;le m&eacute;diterran&eacute;en, fond&eacute; sur l&#39;autosuffisance, l&#39;omnipr&eacute;sence de l&#39;arboriculture et la pratique de la polyculture et de l&#39;agroforesterie : &laquo;&nbsp;Ce territoire est couvert de vignes, d&#39;oliviers et de figuiers, et l&#39;on y voit commun&eacute;ment de ces trois sortes de plantes, dispos&eacute;es par alignement, avec des bl&eacute;s entre les deux, de sorte que le m&ecirc;me h&eacute;ritage porte du bl&eacute;, du vin, des olives et des figues.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> D&rsquo;apr&egrave;s ROCHAS A, <em>Vauban, op. cit.,<\/em> tII, pp497-498. <\/span>[\/ref] A la suite de VAUBAN, le peintre britannique ALBANIS DE BEAUMONT donne de son c&ocirc;t&eacute; une description des pratiques agro-foresti&egrave;res locales suffisamment pr&eacute;cise pour permettre de les rattacher &agrave; celles de la <em>coltora promiscua <\/em>toscane&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il y a alternativement une couche de bl&eacute; et une couche de f&egrave;ves, s&eacute;par&eacute;es par des all&eacute;es de vignes qui sont entrelac&eacute;es &agrave; diff&eacute;rents arbres fruitiers, tels que des amandiers, figuiers, etc. De sorte que la terre [est] sans cesse cultiv&eacute;e et couverte d&rsquo;oliviers, orangers, c&eacute;drats, grenadiers, lauriers et myrtes.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> ALBANIS DE BEAUMONT, <em>Selected views in the south of France, op. cit., <\/em>p3. <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"26\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Cette description est confirm&eacute;e par un autre artiste, le fran&ccedil;ais LOUVOIS, d&eacute;peignant les plantations de m&ucirc;riers &laquo;&nbsp;entrelac&eacute;s jusqu&#39;&agrave; leurs sommets par des ceps de vigne [&#8230;\/&#8230;] Ils sont plant&eacute;s en all&eacute;es, ainsi que les orangers, tandis que le terrain qu&rsquo;ils ombragent est divis&eacute; par carr&eacute;s sem&eacute;s de f&egrave;ves, bl&eacute;, pomme de terre, etc. Il n&rsquo;existe pas une seule once de terre qui ne soit cultiv&eacute;e avec le plus grand soin [ajoutait-il] formant autant de jardins [&#8230;\/&#8230;] consacr&eacute;s &agrave; l&rsquo;utile; une all&eacute;e servant uniquement &agrave; la promenade serait regard&eacute;e comme un vol fait &agrave; l&rsquo;agriculture.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> LOUVOIS, <em>Nice et ses environs , op. cit.,<\/em> p1<strong>. <\/strong><\/span>[\/ref] Giulio CAPPI va, quand &agrave; lui, r&eacute;v&eacute;ler l&rsquo;existence des cultures d&rsquo;agrumes sous le couvert des oliviers, dont il condamne toutefois la pratique. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> CAPPI Giulio, <em>Da Mentone a Genova (la cornice). Bozzetti per marine, citt&agrave;, paesi e castella,<\/em> Milano, Bortolotti, 1880. <\/span>[\/ref] Malgr&eacute; leur sensibilit&eacute; &agrave; ces savoir-faire, les voyageurs s&rsquo;av&egrave;rent en effet tout aussi incapables que les agronomes &agrave; rattacher l&rsquo;originalit&eacute; des paysages azur&eacute;ens &agrave; un mod&egrave;le m&eacute;diterran&eacute;en. Gian-Maria PICCONE sera vraisemblablement le seul &agrave; avoir l&rsquo;intuition qu&rsquo;il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une v&eacute;ritable tradition agricole, qu&rsquo;il d&eacute;nommera \u00ab\u00a0de Chiavari\u00a0\u00bb en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la localit&eacute; azur&eacute;enne du m&ecirc;me nom. Elle est fond&eacute;e selon lui sur la pratique des cultures associ&eacute;es, par opposition &agrave; la monoculture proven&ccedil;ale de l&rsquo;olivier&nbsp;: &laquo;&nbsp;La plaine, et en beaucoup d&rsquo;endroits les collines les plus &eacute;lev&eacute;es pr&eacute;sentent un spectacle d&eacute;licieux&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] consid&eacute;r&eacute; par le voyageur comme le miracle de l&rsquo;industrie g&eacute;noise&nbsp;&raquo;, &eacute;crit-il &agrave; ce propos. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> PICCONE Gian-Maria, d&rsquo;apr&egrave;s ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"27\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Agostino BIANCHI se livre dans le m&ecirc;me temps &agrave; une analyse d&eacute;taill&eacute;e de l&#39;agriculture locale, qui demeure sans &eacute;quivalent connu. S&#39;il met en &eacute;vidence ses principes g&eacute;n&eacute;raux, dont l&#39;optimisation des ressources, des sols et des expositions, avec notamment une &eacute;tude exemplaire de la pratique des cultures en terrasses, il ne r&eacute;ussit pas cependant &agrave; les rattacher &agrave; un mod&egrave;le m&eacute;diterran&eacute;en. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BIANCHI Agostino, <em>Osservazioni sul clima, sul territorio e sulle acque della Liguria marittima di un coltivatore di Diano,<\/em> G&ecirc;nes, De Grossi, 1817-1818. <\/span>[\/ref] C&rsquo;est en fait tout r&eacute;cemment que les agronomes ont compris l&#39;originalit&eacute; et l&#39;unit&eacute; des pratiques culturales m&eacute;diterran&eacute;ennes, avec notamment la red&eacute;couverte de la riche tradition de l&#39;agronomie arabo-andalouse. Entre-temps, les promoteurs de la vill&eacute;giature azur&eacute;enne surent en revanche largement tirer parti, de mani&egrave;re empirique, des savoir-faire des paysans du cru ainsi que des potentialit&eacute;s du terroir. Ces synergies allaient donner naissance au paysage moderne de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, et plus g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; celui de la vill&eacute;giature de stations.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Au pays des fruits d&#39;or<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"28\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Les profondes mutations de l&rsquo;espace agraire azur&eacute;en impuls&eacute;es par la vill&eacute;giature climatique, r&eacute;v&egrave;lent pleinement leur dimension d&rsquo;invention paysag&egrave;re dans leurs rapports aux traditions de l&rsquo;agriculture locale. Sous l&rsquo;influence de l&#39;importante demande touristique, les cultures florales et horticoles vont ainsi envahir l&#39;ensemble du littoral, se partageant entre les jardins d&rsquo;ornements et la production de plantes destin&eacute;es &agrave; l&#39;industrie de la parfumerie. Ces innovations culturales rejoignent en fait les m&eacute;tamorphoses paysag&egrave;res qui affectent alors une grande partie de l&rsquo;Europe. Il s&rsquo;agit l&agrave; d&#39;un m&ecirc;me processus, visant &agrave; faire dispara&icirc;tre la vocation utilitaire du paysage agraire. Sur la C&ocirc;te d&rsquo;Azur, l&rsquo;essor des jardins d&rsquo;agr&eacute;ment et de l&rsquo;horticulture en est la pi&egrave;ce ma&icirc;tresse. L&rsquo;image de luxe et d&rsquo;exotisme orientalisant &agrave; laquelle elle donne naissance, va en effet servir d&rsquo;embl&egrave;me aux d&eacute;veloppements de la promotion touristique. C&rsquo;est l&rsquo;agrumiculture qui est, dans un premier temps, l&#39;ambassadeur par excellence de la r&eacute;putation climatique de la r&eacute;gion. Il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une tradition fort ancienne et bien &eacute;tablie. Elle concerne, depuis le moyen-&acirc;ge, l&#39;ensemble du littoral azur&eacute;en, de Hy&egrave;res sur la c&ocirc;te proven&ccedil;ale &agrave; Finale sur la Riviera ligure. Servie par le voisinage de l&#39;Universit&eacute; de Montpellier, la r&eacute;gion de Hy&egrave;res joue un r&ocirc;le majeur dans l&rsquo;histoire de la tropicalisation de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur. Son orangeraie est en effet d&eacute;j&agrave; c&eacute;l&egrave;bre dans l&#39;Europe m&eacute;di&eacute;vale, de m&ecirc;me que ses cultures de palmiers, de poivriers et d&#39;autres plantes exotiques. D&egrave;s le XVIe si&egrave;cle, Fran&ccedil;ois DESRUES rapporte par exemple que &laquo;&nbsp;en Y&egrave;res, les cannes &agrave; sucre; le safran, le riz, le pastel y abondent en plusieurs lieux.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DESRUES Fran&ccedil;ois, <em>Description de la France,<\/em> 1611 d&rsquo;apr&egrave;s DENIS, <em>Hy&egrave;res ancien et moderne, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"29\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Au d&eacute;but du XIXe si&egrave;cle, l&#39;orangeraie hy&eacute;roise recense quelque vingt vari&eacute;t&eacute;s d&#39;orangers et trente et une de citronniers. Avec l&#39;essor du tourisme th&eacute;rapeutique, l&#39;acclimatation conna&icirc;t rapidement de nouveaux d&eacute;veloppements. Comme le pr&eacute;cise &agrave; ce propos l&#39;un des promoteurs de la vill&eacute;giature hy&eacute;roise, &laquo;&nbsp;la production et le commerce des v&eacute;g&eacute;taux exotiques [&#8230;\/..] dans toutes les villes d&rsquo;Europe [&#8230;\/&#8230;] ont contribu&eacute; pour une grande part &agrave; r&eacute;pandre &agrave; l&rsquo;Etranger la r&eacute;putation du climat d&rsquo;Hy&egrave;res.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> DENIS, <em>Ididem.<\/em> <\/span>[\/ref] Du c&ocirc;t&eacute; italien, la r&eacute;gion de Finale, proche des universit&eacute;s de Pise et de Florence, constitue l&rsquo;autre grand centre historique de l&rsquo;agrumiculture azur&eacute;enne. Les jardins d&rsquo;Alizeri et de Piaggia, et surtout le jardin exp&eacute;rimental de GALLESIO auteur du premier trait&eacute; scientifique consacr&eacute; aux agrumes, sont abondamment d&eacute;crits par les agronomes et les voyageurs. VALERY d&eacute;clare ainsi que &laquo;&nbsp;Finale est&nbsp; [&#8230;\/&#8230;] &agrave; la fois le Paradis Terrestre et le Jardin des Hesp&eacute;rides.&nbsp;&raquo; [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> GALLESIO Giorgio, <em>Trait&eacute; du citrus,<\/em> Paris, Fantin, 1811, CHABROL DE VOLVIC Gilbert Joseph Gaspard de, <em>Statistique des provinces de Savone, d&#39;Oneille, d&#39;Acqui et de partie de la Province de Mondovi formant l&#39;ancien d&eacute;partement de Montenotte, <\/em>Paris, Didot, 1824, AMORETTI, <em>Viaggio da Milano a Nizza, op. cit,<\/em> et VALERY Paul (A.C PASQUIN), <em>L&#39;Italie confortable, manuel du touriste. Appendice aux voyages historiques, litt&eacute;raires et artistiques en Italie,<\/em> Paris, Renouard (ca 1840), d&rsquo;apr&egrave;s par ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] On cultive en fait les agrumes dans l&#39;ensemble des stations climat&eacute;riques de la r&eacute;gion, de San Remo &agrave; Grasse, en passant par Bordighera, Menton, Monaco, Villefranche, Antibes et Cannes. Ces cultures comprennent des plantes particuli&egrave;rement d&eacute;licates, comme le citronnier, dont les fruits sont l&rsquo;objet d&rsquo;un important n&eacute;goce, ou encore le c&eacute;dratier, destin&eacute; aux communaut&eacute;s juives de l&rsquo;ensemble de l&#39;Europe. Ces traditions culturales vont jouer un r&ocirc;le majeur dans les m&eacute;tamorphoses du paysage azur&eacute;en impuls&eacute;es par la vill&eacute;giature.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\">\n\t<span style=\"color:#000000;\">Les jardins d&#39;agr&eacute;ment<\/span><br \/>\n<\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"30\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Le renouveau de la tr&egrave;s ancienne tradition d&#39;acclimatation dont la Riviera est d&eacute;positaire, est largement redevable de l&#39;essor du tourisme. Sous son impact, les jardins exotiques vont ainsi se multiplier sur l&rsquo;ensemble du littoral, conduisant &agrave; l&#39;invention d&#39;un nouveau paysage. Il est toutefois difficile de faire la part des influences de la vill&eacute;giature, de l&#39;agriculture, de l&#39;agronomie ou de la botanique dans ces &eacute;volutions. C&rsquo;est notamment &agrave; Nice, o&ugrave; l&#39;agrumiculture est attest&eacute;e d&egrave;s le XIVe si&egrave;cle, que l&#39;acclimatation conna&icirc;t des d&eacute;veloppements majeurs, avec d&egrave;s 1795 Jean Fran&ccedil;ois BERMOND, qui introduit entre autres plantes exotiques le bananier, la canne &agrave; sucre, la goyave et le cotonnier, ainsi que BOUYON et son jardinier CRUTI, ou encore le naturaliste RISSO avec ses jardins d&rsquo;agrumes [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir HADJI MINAGLOU Jean Luc, <em>Les jardins d&rsquo;agr&eacute;ment de Nice et du Pays Ni&ccedil;ois de 1850 &agrave; nos jours&hellip;<\/em>, M&eacute;moire, Nice, UNSA, 1991, pp91-97 et RISSO A, Essai sur l&#39;histoire naturelle des Orangers, Bigaradiers&#8230; cultiv&eacute;s dans le d&eacute;partement des Alpes-Maritimes, Dufour, Paris, 1813, ainsi que son Histoire naturelle des Orangers, Paris, Audot, 1818-1822, illustr&eacute;e par POITEAU. <\/span>[\/ref]. Auteur du premier ouvrage d&#39;ensemble consacr&eacute; au genre citrus, ce dernier re&ccedil;oit ainsi les visites de voyageurs savants comme CANDOLLE, CUVIER et LAMARCK. Autre grand centre traditionnel de l&#39;agrumiculture et de l&#39;acclimatation, la r&eacute;gion de Grasse s&rsquo;est sp&eacute;cialis&eacute;e depuis le moyen-&acirc;ge dans des cultures &agrave; destination de la parfumerie avec, outre la fleur d&#39;oranger, la rose et le jasmin. Stimul&eacute;e par la demande touristique, l&#39;essor de la parfumerie grassoise conduit &agrave; des introductions massives de mat&eacute;riel v&eacute;g&eacute;tatif, dont on ne conna&icirc;t pas d&rsquo;&eacute;quivalent en Europe, ni dans aucune autre r&eacute;gion du monde.<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"31\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">C&rsquo;est au d&eacute;but du XIXe si&egrave;cle, que le botaniste Gustave THURET cr&eacute;e dans la ville voisine d&rsquo;Antibes un jardin d&#39;acclimatation, l&rsquo;un des premiers de la C&ocirc;te fran&ccedil;aise en dehors des jardins historiques de Finale, Toulon et Montpellier. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> BORNET Edouard, <em>Notice biographique sur M. Gustave Adolph Thuret<\/em>, Paris, Masson, 1876 <\/span>[\/ref] Les jardins d&rsquo;agr&eacute;ment se multiplient d&egrave;s lors dans l&rsquo;ensemble de la r&eacute;gion avec l&rsquo;essor de la station cannoise. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> On se reportera &agrave; MARCHAIS A, <em>Les jardins dans la r&eacute;gion des orangers<\/em>, Nice, Cauvin-Empereur, 1865. Le d&eacute;veloppement des jardins d&rsquo;agr&eacute;ment fut particuli&egrave;rement important, outre Nice, &agrave; Menton et &agrave; Cannes. Pour Cannes, voir BRESSON Jean, <em>La fabuleuse histoire de Cannes. Ces demeures qui ont fait Cannes<\/em>, Monaco, Ed du Rocher, 1975, p23, qui donne une liste d&eacute;taill&eacute;e des principaux jardiniers cannois : Claude PERRIN le jardinier de BROUGHAM qui inventa le for&ccedil;age du mimosa, John TAYLOR le jardinier de Sir Thomas Robinson WOOLFIELD, qui s&#39;&eacute;tait install&eacute; &agrave; Cannes en 1838 apr&egrave;s sept ann&eacute;es de voyage en M&eacute;diterran&eacute;e orientale, ainsi que STABILE, MACCARY, GOURDELON, WORTHAM, PRECELLE, VERGALET, CROTTA, DENERY (qui exposa des cannes &agrave; sucre), OPOIX (des cultures d&#39;ananas), GERBOWSKY (des dattes). Le &quot;jardin des Hesp&eacute;rides&quot;, consacr&eacute; aux agrumes, cr&eacute;&eacute; vers 1860 par AUNE, renfermait quelques 2000 orangers, dont 900 &quot;chinois&quot;, 160 citronniers, 250 mandariniers, 20 c&eacute;dratiers et environ 10000 arbres en p&eacute;pini&egrave;res (d&rsquo;apr&egrave;s<em>VALCOURT, Sketch on Cannes and its climate, op. cit<\/em>., p38) <\/span>[\/ref] Sur la Riviera italienne, l&rsquo;acclimatation se d&eacute;veloppe dans le m&ecirc;me temps sous l&rsquo;impulsion d&rsquo;un aristocrate anglais ayant s&eacute;journ&eacute; aux Indes, Lord HANBURY. Il fait pour cela l&rsquo;acquisition de quelque dix-huit hectares de terrain en bord de mer, o&ugrave; il introduit des plantes import&eacute;es d&rsquo;Australie, d&rsquo;Afrique du Sud, d&rsquo;Inde, du Mexique, de Chine et du Japon. Son jardin devient rapidement le principal centre botanique de la r&eacute;gion. Il aura par ailleurs un impact consid&eacute;rable sur l&rsquo;agriculture locale, HANBURY formant les paysans du voisinage, qu&rsquo;il emploie massivement, par des s&eacute;jours &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger et des &eacute;changes avec des jardiniers et botanistes du nord de l&rsquo;Europe. Il fait ainsi appel &agrave; un paysagiste allemand, Ludwig Winter lequel d&eacute;veloppe plus particuli&egrave;rement, avec la collaboration des agriculteurs locaux, la palmiculture et la floriculture, lesquelles vont en quelques d&eacute;cennies r&eacute;volutionner le paysage agraire azur&eacute;en. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> Voir VIACAVA Luigi, <em>Ludovico Winter, Giardiniero a Bordighera<\/em>, Bordighera, Erga Edizioni, 1996, et KIERMAN Grace, MURATORIO Maura, <em>Thomas Hanbury e il suo giardino<\/em>, Arma di Taggia, S.Giuseppe, 1992. San Remo connut aussi un important d&eacute;veloppement des jardins de vill&eacute;giature du au baron HUTTNER qui &eacute;difia en 1876 le jardin du <em>Berigo<\/em>, ainsi qu&rsquo;&agrave; PATRONE, MARSAGLIA et ZIRIO. Cf ASTENGO <em>et alii, La scoperta della Riviera, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref]<\/span>\n\t<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"32\">\n\t\t<span style=\"color:#000000;\">Winter s&rsquo;&eacute;tablit pour cela &agrave; Bordighera, une station climatique en pleine expansion. Elle poss&egrave;de alors, outre ses cultures d&#39;agrumes, une importante palmeraie, fond&eacute;e &agrave; la fin du moyen-&acirc;ge et destin&eacute;e &agrave; des productions rituelles &agrave; l&rsquo;attention des f&ecirc;tes religieuses juives et chr&eacute;tiennes. On trouve aussi &agrave; Bordighera le plus ancien jardin d&#39;acclimatation de la r&eacute;gion. Cr&eacute;&eacute; par un n&eacute;gociant local, MORENO, &agrave; partir des plantes ramen&eacute;es de ses voyages outre-mer, il prend rapidement place dans tous les guides touristiques. Initi&eacute;e &agrave; Nice, notamment avec Alphonse KARR, la floriculture fera rapidement de cette r&eacute;gion sa terre d&rsquo;&eacute;lection. [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> VIACAVA, <em>Ludovico Winter&hellip;, op. cit.<\/em> <\/span>[\/ref] Par l&rsquo;ampleur de ces r&eacute;alisations, un nouveau paysage voit le jour. Les descriptions illustr&eacute;es qu&rsquo;en donnent les guides touristiques contribuent grandement &agrave; son &eacute;laboration et &agrave; sa diffusion. Les paysages de la vill&eacute;giature deviennent d&egrave;s lors l&#8217;embl&egrave;me d&rsquo;un exotisme m&eacute;diterran&eacute;en et orientalisant. Dans le m&ecirc;me temps, les jardins anglais s&rsquo;ouvrent largement au public, sous l&rsquo;influence d&rsquo;HIRSCHFELD qui pr&eacute;conise d&egrave;s la fin du XVIIIe si&egrave;cle cette d&eacute;mocratisation, dans le souci que les classes sociales se r&eacute;concilient et se r&eacute;g&eacute;n&egrave;rent au contact de la nature [ref]<span style=\"font-size:12px;\"> HIRSCHFELD, pp273-274. <\/span>[\/ref]. L&#39;invention du paysage azur&eacute;en rejoint ainsi les pr&eacute;occupations philanthropiques du christianisme social et les conceptions hygi&eacute;niques du tourisme naissant. Elle va toutefois se singulariser par la dimension identitaire des repr&eacute;sentations auxquelles elle donne le jour, dont l&rsquo;invention de la M&eacute;diterran&eacute;e demeure de nos jours l&rsquo;ambassadeur par excellence.<\/span>\n\t<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"margin-left: 32.2pt; text-align: justify;\">\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHAPITRE VIII SOMMAIRE 1. VOYAGEURS 2. NATURALISTES 3. TROPICALISATION &nbsp; 1. VOYAGEURS L&rsquo;invention de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur &laquo;&nbsp;Cette zone du littoral m&eacute;diterran&eacute;en [&#8230;\/&#8230;] qui s&rsquo;&eacute;tend&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=209\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">8. EXOTISME<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":8,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-209","page","type-page","status-publish","hentry","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/209","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=209"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/209\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":462,"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/209\/revisions\/462"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=209"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}