{"id":76,"date":"2014-12-31T08:44:20","date_gmt":"2014-12-31T07:44:20","guid":{"rendered":"http:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=76"},"modified":"2024-05-12T12:18:07","modified_gmt":"2024-05-12T11:18:07","slug":"test-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/mediterranean.listephoenix.com\/?page_id=76","title":{"rendered":"1. INTRODUCTION"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>CHAPITRE I<\/strong><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">SOMMAIRE<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">1. UN PHENOMENE DE SOCIETE<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">2. TOUR ET TOURISME<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">3. TOURISME ET GEOGRAPHES<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">4. LOISIR ET MARCHANDISE<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">5. UNE HISTOIRE CONTROVERSEE <\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">6. TRADITION ET MODERNITE<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">7. L\u2019EXEMPLE DE LA COTE D&rsquo;AZUR<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\">8. PAYSAGES, TERRITOIRES ET IDENTITES<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><\/div>\n<h2>***<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">1. UN PHENOMENE DE SOCIETE<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Une science sans objet\u00a0?<\/strong><\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Il est d\u2019usage d\u2019introduire une recherche par la d\u00e9finition de son objet et par un r\u00e9sum\u00e9 des travaux qui lui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s. Une telle entreprise peut para\u00eetre superflue, s\u2019agissant d\u2019une institution aussi famili\u00e8re et aussi largement \u00e9tudi\u00e9e que le tourisme. D\u2019innombrables missions, commissions, bureaux d&rsquo;\u00e9tudes et autres indices statistiques se sont en effet attach\u00e9s \u00e0 d\u00e9crire et \u00e0 quantifier un ph\u00e9nom\u00e8ne qui repr\u00e9sente, par son ampleur, l\u2018une des institutions majeures de la modernit\u00e9. La bibliographie qui lui est consacr\u00e9e se chiffre en milliers de publications, sans parler des innombrables travaux consacr\u00e9s \u00e0 la litt\u00e9rature de voyage. Paradoxalement, malgr\u00e9 ces apparences d\u2019exhaustivit\u00e9, le tourisme semble \u00e9chapper, de l\u2019avis m\u00eame de ses analystes, \u00e0 toute tentative de d\u00e9finition : \u00ab L\u2019\u00e9largissement des \u00e9tudes sur le tourisme rend de plus en pus improbable une d\u00e9finition satisfaisante [de cette institution] et en fait un ph\u00e9nom\u00e8ne de plus en plus insaisissable \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">BARETJE R, DEFERT P, <em>Aspects \u00e9conomiques du tourisme<\/em>, Paris, Berger Levrault, 1972, p17.<\/span>]. On ne peut effectivement qu\u2019\u00eatre d\u00e9rout\u00e9 par l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 de ses pratiques. Qu\u2019ont donc en commun le baln\u00e9arisme, les sports d\u2019hiver, le tourisme d&rsquo;affaires ou le p\u00e8lerinage ? Et qu\u2019est-ce qui les distingue des sph\u00e8res traditionnelles de la vie sociale, comme la r\u00e9sidence secondaire, le loisir, le sport, l\u2019industrie, le commerce ou la religion ? D\u2019un point de vue institutionnel, on a \u00e0 la fois affaire \u00e0 une activit\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement encadr\u00e9e et r\u00e9glement\u00e9e voire planifi\u00e9e, et dans le m\u00eame temps \u00e0 un secteur relevant par excellence de l&rsquo;initiative priv\u00e9e\u2026 Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne touristique trouve un \u00e9cho dans les jugements dont il est l\u2019objet. Vilipend\u00e9 par les uns pour son caract\u00e8re n\u00e9o-colonial, le tourisme est d\u00e9fendu par d&rsquo;autres comme un vecteur important d&rsquo;\u00e9changes culturels, d&rsquo;\u00e9mancipation \u00e9conomique ou d&rsquo;affirmation identitaire, voire m\u00eame comme une incarnation de la modernit\u00e9.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">La diversit\u00e9 de ces opinions se traduit par celle des approches qui leur correspondent, lesquelles contribuent elles aussi \u00e0 multiplier les d\u00e9finitions et les interpr\u00e9tations de la r\u00e9alit\u00e9 apparemment insaisissable que recouvre le terme de tourisme. Si les d\u00e9finitions du tourisme posent probl\u00e8me, sa dimension de ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9 semble au moins faire consensus. Le tourisme concernerait en effet pr\u00e8s d\u2019un milliard de personnes sur ses destinations internationales, auxquels s\u2019ajoutent des flux nationaux nettement sup\u00e9rieurs mais difficilement quantifiables. Le ph\u00e9nom\u00e8ne touche \u00e0 la fois l\u2019Occident et le tiers monde, en passant par les ex pays socialistes o\u00f9 il a connu des d\u00e9veloppements importants et pr\u00e9coces. Il s\u2019agirait m\u00eame, si l\u2019on en croit l\u2019Organisation Mondiale du Tourisme, d\u2019une institution appel\u00e9e dans un prochain avenir \u00e0 constituer le principal secteur \u00e9conomique de la plan\u00e8te. [<span style=\"font-size: 12px;\">Voir \u00e0 ce sujet les chiffres fournis par WACKERMANN Gabriel, <em>Le tourisme international<\/em>, Paris, A. Colin, 1988.<\/span>] Cet universalisme a conduit certains auteurs \u00e0 rapprocher le tourisme de l\u2019un des aspects majeurs de la modernit\u00e9, celui des grandes migrations qui ont marqu\u00e9 durablement l\u2019histoire contemporaine. Ce rapprochement masque toutefois des diff\u00e9renciations importantes. Qu\u2019il s\u2019agisse des lieux d\u2019accueil ou de l\u2019origine de ses principaux flux, le tourisme demeure en effet un ph\u00e9nom\u00e8ne essentiellement occidental. Il est d\u2019ailleurs issu de la r\u00e9volution industrielle, qui vit le jour au tournant du XIX\u00b0 si\u00e8cle en Europe et aux Etats-Unis, et plus particuli\u00e8rement en Angleterre, principal foyer de son \u00e9laboration. Par ailleurs, l\u2019essor des migrations touristiques correspond \u00e0 un mouvement inverse en ce qui concerne les migrations de travail.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">2. TOUR ET TOURISME<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Une filiation probl\u00e9matique<\/strong><\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"3\"><span style=\"color: #000000;\">Bien que sa d\u00e9nomination vienne d\u2019un vieux vocable m\u00e9di\u00e9val fran\u00e7ais, le tourisme prend forme sous l\u2019influence des Britanniques, qui l\u2019adoptent au XVIII\u00b0 si\u00e8cle pour d\u00e9signer l\u2019institution aristocratique du voyage en France et en Italie, le <em>tour<\/em>. Cette filiation historique est cependant loin de rendre compte de la diversit\u00e9 des pratiques que recouvre le tourisme contemporain. Ses caract\u00e9ristiques innovantes ne se r\u00e9v\u00e8lent en effet qu\u2019\u00e0 la fin du XIX\u00b0 si\u00e8cle. En qualifiant le touriste de : \u00ab voyageur qui ne parcourt les pays que par curiosit\u00e9 et d\u00e9s\u0153uvrement \u00bb, les grands dictionnaires de l\u2019\u00e9poque, comme le LITTRE (ou le LAROUSSE) allaient faire d\u00e8s lors, et pour longtemps, de la notion de loisir l\u2019\u00e9l\u00e9ment caract\u00e9ristique de sa d\u00e9finition. La d\u00e9finition du tourisme s\u2019est pr\u00e9cis\u00e9e et \u00e9largie de nos jours, sous l\u2019influence de l\u2019Organisation Mondiale du Tourisme. Elle prend d\u00e9sormais en compte la dur\u00e9e des s\u00e9jours et la nature de leurs motivations. La dur\u00e9e du s\u00e9jour permet tout d\u2019abord de distinguer le touriste, dont le s\u00e9jour comporte au moins une nuit\u00e9e, de l\u2019excursionniste, qui ne se d\u00e9place que le temps d\u2019une journ\u00e9e. En ce qui concerne les motivations du s\u00e9jour touristique, la plupart rel\u00e8vent du loisir et se partagent entre l\u2019agr\u00e9ment, la d\u00e9tente ou les vacances. Elles incluent cependant des d\u00e9placements d\u2019ordre familial (visites \u00e0 des parents ou \u00e0 des amis), religieux, professionnel, studieux ou sanitaire. Cette typologie conduit toutefois, de par sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, \u00e0 nier la sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne dont elle est par ailleurs incapable de rendre compte d\u2019une mani\u00e8re globale : \u00ab Selon cette d\u00e9finition, le tourisme appara\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue comme r\u00e9sultant d\u2019une simple d\u00e9marche individuelle. Mais lorsque des personnes se d\u00e9placent chaque ann\u00e9e pour des motifs semblables, il convient de replacer le ph\u00e9nom\u00e8ne dans un contexte plus global de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb rel\u00e8vent \u00e0 juste titre des auteurs qui se sont consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire du tourisme. [<span style=\"font-size: 12px;\">Notamment AISNER Pierre, PL\u00dcSS Christine, <em>La ru\u00e9e vers le soleil. Le tourisme \u00e0 destination du tiers monde<\/em>, Paris, Harmattan, 1983, p 6-9 et leurs commentaires sur les probl\u00e8mes que pose la d\u00e9finition du tourisme.<\/span>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">3. TOURISME ET GEOGRAPHES<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Migrations et mondialisation<\/strong><\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"4\"><span style=\"color: #000000;\">On pourrait \u00eatre tent\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 la question de la d\u00e9finition du tourisme de mani\u00e8re plus pragmatique, en constatant qu\u2019il est par nature l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude des g\u00e9ographes. Le probl\u00e8me de la confusion entre la science et son objet n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ces derniers : \u00ab Faut-il consid\u00e9rer les P\u00e9r\u00e9grinations hell\u00e9niques ou la Description de la Gr\u00e8ce de Pausanias comme un livre de g\u00e9ographie ou comme un guide de tourisme ? \u00bb se demande ainsi, non sans arguments, l\u2019un des principaux analystes du ph\u00e9nom\u00e8ne. [<span style=\"font-size: 12px;\">WACKERMANN, <em>Le tourisme international<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p4.<\/span>] Face \u00e0 ce d\u00e9sordre \u00e9pist\u00e9mologique, les g\u00e9ographes ont propos\u00e9 de rendre compte des diff\u00e9rentes dimensions prises par le tourisme en tant qu\u2019une : \u00ab activit\u00e9 li\u00e9e aux loisirs qui appelle des d\u00e9placements saisonniers de population essentiellement urbaine vers des r\u00e9gions favoris\u00e9es par leurs aptitudes naturelles \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019attente des touristes. \u00bb Au-del\u00e0 de la mise en avant de sa dimension ludique, cette attention port\u00e9e au caract\u00e8re migratoire du tourisme est assur\u00e9ment du plus haut int\u00e9r\u00eat : \u00ab Avec le tourisme nous sommes bien pass\u00e9s d\u2019un monde qui f\u00e9d\u00e9rait des s\u00e9dentaires, \u00e0 un autre qui superpose des transhumants. \u00bb note-t-on ainsi avec pertinence \u00e0 propos d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne qui repr\u00e9sente effectivement le plus important des courants migratoires contemporains. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN Jean-Didier, <em>L&rsquo;idiot du voyage : histoires de touristes<\/em>, Paris, 1991, p137.<\/span>] H\u00e9rit\u00e9e de la civilisation m\u00e9di\u00e9vale, marqu\u00e9e par l&rsquo;errance et le p\u00e8lerinage, cette dimension originale du tourisme rel\u00e8verait-elle de l\u2019influence des premi\u00e8res migrations internationales impuls\u00e9es par le projet colonial ? [<span style=\"font-size: 12px;\">BOYER Marc, \u00ab\u00a0Le caract\u00e8re saisonnier du tourisme entre tradition et modernit\u00e9\u00a0\u00bb, in <em>Le tourisme international entre tradition et modernit\u00e9, Actes du colloque de l&rsquo;Association internationale de Sociologie, Nice, 19-21\/11\/1992<\/em>, Nice, UNSA-CNRS, 1993<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"5\"><span style=\"color: #000000;\">Nous serons amen\u00e9s \u00e0 nous interroger plus longuement, sur les rapports que le tourisme entretient avec l\u2019h\u00e9ritage de la tradition m\u00e9di\u00e9vale du p\u00e8lerinage. Bien qu\u2019elle permette d\u2019\u00e9clairer sa fonction, en montrant sa participation \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation et \u00e0 la mondialisation des \u00e9changes, la reconnaissance du caract\u00e8re migratoire du tourisme est toutefois loin de r\u00e9gler le probl\u00e8me de sa d\u00e9finition. Les pratiques du tourisme \u00e9chappent en effet \u00e0 la cat\u00e9gorisation traditionnelle des ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires. Elles prennent place \u00e0 la fois dans les migrations nationales ou internationales, de loisirs ou de travail et rev\u00eatent m\u00eame parfois des formes proches de la diaspora. Les g\u00e9ographes ont aussi mis l\u2019accent sur la dimension spatiale du tourisme. Ils ont surtout cherch\u00e9, dans ce domaine, \u00e0 d\u00e9finir ses pratiques comme des ph\u00e9nom\u00e8nes globaux et quantifiables, en termes d&rsquo;urbanisme et d&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique\u00a0: \u00ab\u00a0La g\u00e9ographie du tourisme, appel\u00e9e par certains auteurs g\u00e9ographie de la r\u00e9cr\u00e9ation, comporte d\u2019une part un inventaire des r\u00e9gions d\u2019accueil et de leurs \u00e9quipements [\u2026\/\u2026] zones de plages, montagnes enneig\u00e9es propres aux sports d\u2019hiver, centres de cures ou de jeux, d\u2019autre part l\u2019\u00e9tude des mouvements saisonniers des touristes.\u00a0\u00bb [ref] <span style=\"font-size: 12px;\">GEORGE P, <em>Dictionnaire de la g\u00e9ographie<\/em>, Paris, Puf, 1970, 451p, qui cite G. CHABOT.<\/span>[\/ref] Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019\u00e9tude des migrations touristiques ou de l\u2019organisation territoriale d\u2019une station, cette dimension territoriale a retenu toute notre attention. Elle rejoint en effet des pr\u00e9occupations communes \u00e0 l\u2019ensemble des sciences sociales. [<span style=\"font-size: 12px;\">Voir \u00e0 ce propos les contributions rassembl\u00e9es dans \u00ab\u00a0Homo Turisticus. Du tourisme ordinaire en montagne\u00a0\u00bb<em>, Revue de G\u00e9ographie Alpine, 79, 4<\/em>, France, 1991, pp7-133.<\/span>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">4. LOISIR ET MARCHANDISE<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Tourisme et sociologie<\/strong><\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"6\"><span style=\"color: #000000;\">Le tourisme ne pouvait laisser indiff\u00e9rentes les sciences sociales, de par sa dimension de ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9 mais aussi par l\u2019impact de ses pr\u00e9occupations. Elles s\u2019expriment notamment dans l\u2019\u00e9laboration de leurs r\u00e9flexions relatives \u00e0 l&rsquo;histoire des rapports entre les cultures et les civilisations, les villes et les campagnes, la tradition et la modernit\u00e9. L\u2019institution touristique continue d\u2019ailleurs d\u2019occuper une place d\u00e9terminante dans les conceptions, les institutions et les pratiques de l\u2019anthropologie. Elle a ainsi fait l&rsquo;objet d&rsquo;une multitude d&rsquo;approches, qui se rejoignent pour souligner l\u2019importance de son impact et la diversit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s qu&rsquo;elle recouvre. De m\u00eame que l\u2019ensemble des sciences sociales, la sociologie n\u2019a pas vu venir la d\u00e9mocratisation d\u2019une institution originellement r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 un public restreint d\u2019aristocrates. Le tourisme demeure d\u2019ailleurs le plus souvent per\u00e7u, chez les sociologues, comme un ph\u00e9nom\u00e8ne limit\u00e9 \u00e0 la seule sph\u00e8re des loisirs. En rupture avec la vie quotidienne et ses imp\u00e9ratifs \u00e9conomiques ou marchands, cette dimension ludique est assur\u00e9ment l\u2019une de ses caract\u00e9ristiques majeures. Elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t consid\u00e9r\u00e9e comme une forme de revanche symbolique et ostentatoire de l&rsquo;aristocratie d\u00e9chue (ou en voie de d\u00e9ch\u00e9ance). Le tourisme moderne constituerait, de ce point de vue, une r\u00e9-appropriation des pr\u00e9rogatives de l\u2019ancienne classe dominante. Initi\u00e9e par la bourgeoisie, elle se serait rapidement \u00e9tendue \u00e0 l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, lors de sa d\u00e9mocratisation massive dans les premi\u00e8res d\u00e9cennies du XX\u00b0 si\u00e8cle. [<span style=\"font-size: 12px;\">VEBLEN Thorstein, <em>Th\u00e9orie de la classe de loisirs<\/em>, Paris, Gallimard, 1970, 278p.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"7\"><span style=\"color: #000000;\">Le tourisme allait d\u00e8s lors \u00eatre essentiellement envisag\u00e9 par les sociologues comme : \u00ab un reflet de la civilisation des loisirs [dont il assumerait les trois fonctions] le d\u00e9lassement, le divertissement et le d\u00e9veloppement de la personnalit\u00e9. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">WACKERMANN <em>Le tourisme international<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> WALWIN James, <em>Leisure and Society. 1830-1930<\/em>, London, 1978, et ses analyses de la culture des classes laborieuses, URRY John, <em>The Tourist Gaze. <\/em><em>Leisure and Travel in Contemporary Societies<\/em>, London, 1990.<\/span>] S\u2019il est effectivement \u00e9tabli que le tourisme a inaugur\u00e9 les pratiques du loisir [<span style=\"font-size: 12px;\">Voir notamment L\u2019AVENEMENT DES LOISIRS. 1850-1960 (CORBIN dir.), Paris, Aubier, 1995.<\/span>], cette dimension ludique se heurte cependant \u00e0 l\u2019histoire de ses origines. Comme nous le verrons par la suite, le tourisme a \u00e9t\u00e9 avant tout, et pendant longtemps, une institution m\u00e9dicale anim\u00e9e par des conceptions hygi\u00e9nistes et sanitaires. Il est vrai que les promoteurs du tourisme th\u00e9rapeutique pr\u00e9tendaient soigner le corps social dans son ensemble. Cette constatation ne suffit toutefois \u00e0 expliquer l\u2019\u00e9volution qui l\u2019a conduit de l\u2019hygi\u00e9nisme vers le loisir. Le m\u00eame probl\u00e8me se pose \u00e0 propos de l\u2019int\u00e9gration du tourisme dans la sph\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie marchande, alors qu\u2019il se d\u00e9finit justement par son ext\u00e9riorit\u00e9 aux pr\u00e9occupations marchandes, en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne relevant du loisir : \u00ab Le tourisme peut-\u00eatre d\u00e9fini comme l\u2019\u00e9change d\u2019une valeur \u00e9conomique (argent, usure de biens mat\u00e9riels) contre l\u2019acquisition de valeurs culturelles (esth\u00e9tiques, spirituelles, h\u00e9doniques) \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">ENZENSBERGER HM, \u00ab\u00a0Une th\u00e9orie du tourisme\u00a0\u00bb, in <em>Culture ou mise en condition<\/em>, Paris, Union G\u00e9n\u00e9rale d\u2019Edition, 1973, pp17-20.<\/span>] avancent \u00e0 ce propos certains \u00e9conomistes.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"8\"><span style=\"color: #000000;\">Cette dimension marchande du tourisme constitue toutefois, selon ses analystes, un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9licat \u00e0 appr\u00e9hender, toujours \u00e0 cause de la diversit\u00e9 de ses d\u00e9finitions et des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es pour quantifier sa part dans les flux mon\u00e9taires, les transports, l\u2019h\u00e9bergement, la restauration, les loisirs ou les services en g\u00e9n\u00e9ral : \u00ab L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du tourisme en tant qu\u2019objet de consommation conduit (\u00e0 la diff\u00e9rence des autres branches de l\u2019\u00e9conomie) \u00e0 le d\u00e9finir par rapport au sujet; la production touristique \u00e9tant celle qui satisfait les besoins des touristes. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">PY Pierre, <em>Le tourisme<\/em>, Paris, Presses Documentaires de France, 1996, 165 p., p9.<\/span>] \u00a0L\u2019histoire des \u00e9volutions qui ont conduit le tourisme de l\u2019hygi\u00e9nisme au loisir, puis \u00e0 la marchandise, forme l\u2019objet de notre \u00e9tude. Nous nous sommes toutefois efforc\u00e9s, \u00e0 l\u2019instar des g\u00e9ographes, de replacer cette histoire dans sa dimension spatiale et territoriale. Si l\u2019approche propos\u00e9e par la sociologie rencontre de r\u00e9elles difficult\u00e9s \u00e0 th\u00e9oriser la <em>marchandisation<\/em> du tourisme, elle s\u2019est par contre longuement attach\u00e9e \u00e0 la d\u00e9nonciation de ses effets n\u00e9gatifs sur les soci\u00e9t\u00e9s locales et aux manifestations de rejet qui l\u2019ont accompagn\u00e9 [<span style=\"font-size: 12px;\">LANQUAR R, <em>Sociologie du tourisme et des voyages<\/em>, Paris, Puf, 1985<\/span>] : \u00ab Le syst\u00e8me touristique va produire une colonisation douce \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">Voir notamment BERCHET JC, Le voyage en Orient. Anthologie des voyageurs fran\u00e7ais dans le Levant au XIX\u00b0 si\u00e8cle, Paris, Laffont, 1985.<\/span>] relevait-on ainsi \u00e0 propos des premiers d\u00e9veloppements du tourisme international. [<span style=\"font-size: 12px;\">NACIRI M, \u00ab\u00a0Une politique coloniale\u00a0\u00bb, <em>Herodote<\/em>, <em>Dominer\u00a0: cartes et quadrillages, n\u00b013<\/em>, France, 1979 qui d\u00e9crit comment la colonisation fran\u00e7aise du Maroc s\u2019est par exemple appuy\u00e9e sur le d\u00e9veloppement du tourisme afin de pacifier la montagne Berb\u00e8re.<\/span>] Dans cette perspective, r\u00e9ductrice, le tourisme a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d\u2019\u00eatre une forme d\u2019imp\u00e9rialisme, les \u00ab colonies \u00bb touristiques \u00e9tant assimil\u00e9es \u00e0 un prolongement du colonialisme, [<span style=\"font-size: 12px;\">NASH D, \u00ab\u00a0Tourism as a form of Imperialism\u00a0\u00bb, in <em>Hosts and guests, The anthropology of tourism, SMITH VL (dir.)<\/em>, USA, Pennsylvania Press, 1977; et CAZES, <em>Les nouvelles colonies de vacances, Le tourisme international \u00e0 la conqu\u00eate du tiers monde<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 1989, surtout pp277sq.<\/span>] tandis que le parall\u00e8le entre le touriste et l\u2019immigr\u00e9 allait passer pour r\u00e9v\u00e9ler la v\u00e9ritable nature d\u2019un \u00e9change in\u00e9gal.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"9\"><span style=\"color: #000000;\">On lui reprocha notamment, non sans raisons, de donner du tiers monde une image th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e, folklorisante, archa\u00efque et spectaculaire, en r\u00e9duisant les paysages et les hommes \u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes ethniques. Quand \u00e0 son apologie de la rencontre et des vertus de l\u2019hospitalit\u00e9, elle a de m\u00eame \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e comme un souci de transcender son statut marchand : \u00ab Dans le fond le tourisme est fait pour emp\u00eacher les gens de rencontrer les autres \u00bb \u00e9crivait \u00e0 ce propos un sociologue. [<span style=\"font-size: 12px;\">Edgar MORIN, cit\u00e9 par CAZES, <\/span><em><span style=\"font-size: 12px;\">Les nouvelles colonies de vacances, Le tourisme international \u00e0 la conqu\u00eate du tiers monde, Paris, L\u2019Harmattan, 1989, 333p.<\/span><\/em>] La sociologie a tendance, depuis quelques temps, \u00e0 relativiser ces griefs. On rel\u00e8ve ainsi que les principaux foyers de la colonisation touristique, l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique du Nord, sont aussi les principaux pays d\u2019accueil des touristes. Le nomade n\u2019a jamais bien \u00e9t\u00e9 accueilli et le touriste n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle, rappellent par ailleurs les partisans d\u2019une revalorisation du tourisme. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage : histoires de touristes<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p11<\/span>] Entre loisir et marchandise, la sociologie du tourisme a le m\u00e9rite d\u2019avoir \u00e9tabli, malgr\u00e9 ses errances et ses contradictions, la fonction d\u2019une institution domin\u00e9e par les soci\u00e9t\u00e9s industrielles, et qui vise \u00e0 l\u2019int\u00e9gration du reste du monde dans une \u00e9conomie fond\u00e9e sur la marchandise : \u00ab Par le biais du tourisme, les soci\u00e9t\u00e9s locales participent aux r\u00e9seaux \u00e9conomiques, sociaux et culturels qui se fa\u00e7onnent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">WACKERMANN <em>Le tourisme international<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> p8.<\/span>] Nous nous sommes plus particuli\u00e8rement attach\u00e9s, tout au long de cette recherche, \u00e0 un exemple embl\u00e9matique de cette int\u00e9gration, le cas de la C\u00f4te d\u2019Azur, \u00e0 partir d\u2019un riche corpus litt\u00e9raire et iconographique qui fait largement appel \u00e0 la contribution de l\u2019histoire des repr\u00e9sentations et des mentalit\u00e9s.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">5. UNE HISTOIRE CONTROVERSEE<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Ant\u00e9c\u00e9dents et p\u00e9riodisation<\/strong><\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"10\"><span style=\"color: #000000;\">Si le tourisme est une institution moderne, il est aussi le produit d&rsquo;une histoire et de la synth\u00e8se de diverses influences. On pourrait penser que le tourisme est plus facile \u00e0 appr\u00e9hender d\u2019un point de vue historique. Il n&rsquo;en est rien. Le tourisme pose autant de probl\u00e8mes aux historiens qu\u2019aux g\u00e9ographes ou aux sociologues. Ses ant\u00e9c\u00e9dents sont en effet extr\u00eamement h\u00e9t\u00e9roclites, allant du thermalisme \u00e0 la vill\u00e9giature, en passant par les traditions du p\u00e8lerinage ou du voyage. Ces difficult\u00e9s \u00e0 faire l\u2019histoire du tourisme et de ses ant\u00e9c\u00e9dents, con\u00e7us comme les embryons d\u2019une institution ult\u00e9rieurement d\u00e9finie, proviennent peut-\u00eatre du fait que le tourisme demeure de nos jours une institution en voie de formation. Pour certains historiens, les premi\u00e8res formes du tourisme seraient apparues dans les cit\u00e9s grecques. [<span style=\"font-size: 12px;\">SIGAUX G, <em>Histoire du tourisme<\/em>, Gen\u00e8ve, Edito Suisse, 1965.<\/span>] D\u2019autres affirment, dans une perspective voisine, qu\u2019elles remonteraient \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Empire alexandrin et \u00e0 la \u00ab complexification sociale \u00bb qui accompagna ses d\u00e9veloppements. Ces analyses reposent sur la prise en compte de la nature essentiellement urbaine du ph\u00e9nom\u00e8ne touristique, les soci\u00e9t\u00e9s \u00ab urbanis\u00e9es et claustrophobes \u00bb de l\u2019Antiquit\u00e9 ayant invent\u00e9 en r\u00e9action l\u2019exotisme. L\u2019institutionnalisation du tourisme aurait ainsi vu le jour dans le monde romain.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"11\"><span style=\"color: #000000;\">Alors que les Grecs s\u2019\u00e9taient content\u00e9s de tracer la fronti\u00e8re avec les Barbares, l\u2019expansion urbaine de la Rome antique aurait d\u00e9velopp\u00e9 les figures majeures de l\u2019exotisme, les jeux du cirque, les voyages d\u2019\u00e9tudes ou d\u2019agr\u00e9ment en Gr\u00e8ce ou en Egypte, la vill\u00e9giature estivale et le thermalisme avec ses plaisirs mondains. [<span style=\"font-size: 12px;\">ASH John, TURNER Louis, <em>The Golden hordes. International tourism and the Pleasure periphery<\/em>, London, Constable, 1975.<\/span>] Le moyen-\u00e2ge allait par la suite reprendre et renouveler ces pratiques, avec les foires et les p\u00e8lerinages, le \u00ab tour de France \u00bb des Compagnons ou encore le \u00ab tourisme universitaire \u00bb, qui donn\u00e8rent naissance au <em>Continental tour<\/em> des Britanniques. [<span style=\"font-size: 12px;\">PY, <em>Le tourisme, op. cit<\/em>. et DUPUY Maurice, <em>Mille ans de tourisme<\/em>, 1994.<\/span>] Malgr\u00e9 leur apport ind\u00e9niable \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019institution touristique, ces interpr\u00e9tations ont cependant pour principal d\u00e9faut de conduire, contre toute \u00e9vidence, \u00e0 nier sa modernit\u00e9. Des travaux historiques r\u00e9cents, consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire des mentalit\u00e9s et des repr\u00e9sentations, ont r\u00e9cemment contribu\u00e9 \u00e0 offrir un \u00e9clairage nouveau sur la question [<span style=\"font-size: 12px;\">La r\u00e9f\u00e9rence majeure en la mati\u00e8re est l\u2019ouvrage de CORBIN Alain, <em>Le territoire du vide. L&rsquo;Occident et le d\u00e9sir de rivage. 1750-1840<\/em>, Paris, Plon, 1992.<\/span>]. Ils ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019histoire du voyage et des voyageurs. [<span style=\"font-size: 12px;\">On s\u2019est principalement report\u00e9 \u00e0 ANCONA d&rsquo;Alessandro, <em>Saggio di una bibliografia ragionato dei viaggi in Italia<\/em>, 1895, BABEAU Albert, Les voyageurs en France depuis la Renaissance jusqu&rsquo;\u00e0 la R\u00e9volution, Paris, Firmin-Didot, 1885, BERTAUD Jules, <em>L&rsquo;Italie vue par les Fran\u00e7ais<\/em>, Paris, Lib des Annales, sd, BLACK Jeremy, <em>The British and the Grand Tour<\/em>, Dover, New Heaven, Croom Helm, 1985, BONNAFFE Edmond, <em>Voyages et voyageurs de la Renaissance<\/em>, Paris, 1895, COSULICH Alberto, <em>Viaggi e turismo a Venezia dal 1500 al 1900<\/em> , Venezia, I Sette, 1990, EBANO Gabriella, \u00ab\u00a0Le guide di Roma nel settecento e la loro influenza sulla letteratura di viaggio\u00a0\u00bb, <em>Studi Romani, 37(3-4),<\/em> Italy, 1989, pp.329-335, HIBBERT Christopher, <em>The Grand Tour<\/em>, London, Weidenfeld &amp; Nicolson, 1969 ou encore les travaux du <em>Centre de Recherche sur le Voyage en Italie<\/em>, KANCEFF E, \u201c\u00a0La letteratura del viaggio in Italia e le origine del Romantismo\u00a0\u201d, in <em>L\u2019Italie dans l\u2019Europe Romantique, Actes du Colloque<\/em>, <em>LA LETTERATURA DI<\/em><em> VIAGGI dal Medioevo al Rinascimento. <\/em><em>Generi e problemi<\/em>, BENSO Silvia (dir.), Alessandria, Dell&rsquo;Orso, 1989<\/span>] Aux th\u00e9oriciens d\u2019une p\u00e9riodisation sur la longue dur\u00e9e du ph\u00e9nom\u00e8ne touristique, ils opposent une histoire plus r\u00e9cente de ses origines. Les partisans de la modernit\u00e9 du tourisme, font ainsi remonter au XX\u00b0 si\u00e8cle la naissance du tourisme moderne. [<span style=\"font-size: 12px;\">Voir par exemple PY, <em>Le tourisme<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> p6 et BERTHO LAVENIR Catherine, <em>La roue et le stylo : comment nous sommes devenus touristes<\/em>, Paris, O. Jacob, 1999.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"12\"><span style=\"color: #000000;\">Il ne se serait v\u00e9ritablement d\u00e9velopp\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s la 2<sup>nde<\/sup> guerre mondiale, ajoutent-ils, en tant que r\u00e9action de fuite et de compensation face aux conditions de travail et aux nuisances de la civilisation industrielle\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un fils de la vitesse et de la d\u00e9mocratie, qui s\u2019int\u00e8gre \u00e9troitement dans l\u2019\u00e9volution industrielle dont il a du reste enti\u00e8rement suivi les \u00e9tapes.\u00a0\u00bb allant de l\u2019artisanat \u00e0 l\u2019industrialisation et \u00e0 la m\u00e9canisation, font-ils valoir \u00e0 l\u2019appui de cette th\u00e8se. [ref] <span style=\"font-size: 12px;\">SIEGFRIED A, <em>Les aspects du XX\u00b0 si\u00e8cle<\/em>, Paris, Hachette, 1955.<\/span>[\/ref] Leur argumentation, qui s\u2019appuie elle aussi sur la dimension urbaine du tourisme, repose sur le fait que la ville condense les valeurs d\u2019une civilisation. La proportion de touristes, font ainsi remarquer leurs auteurs, est fortement li\u00e9e \u00e0 la taille d\u2019une agglom\u00e9ration, passant de 50% pour une ville moyenne \u00e0 quelques 80% pour une m\u00e9galopole des pays industrialis\u00e9s. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage\u2026<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> p144.<\/span>] Notre \u00e9tude s\u2019inscrit dans cette perspective, ainsi que dans celle des recherches actuelles consacr\u00e9es \u00e0 la dimension anthropologique du ph\u00e9nom\u00e8ne touristique. Elle nous a conduits \u00e0 nous interroger plus sp\u00e9cifiquement sur les principales caract\u00e9ristiques qui fondent son originalit\u00e9 et sa modernit\u00e9.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">6. TRADITION ET MODERNITE<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Tourisme et anthropologie<\/strong><\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"13\"><span style=\"color: #000000;\">Le tourisme ne pouvait manquer d\u2019int\u00e9resser l\u2019anthropologie, par sa dimension interculturelle comme par sa place originale dans l&rsquo;histoire des sciences sociales : \u00ab Quelle est la valeur anthropologique de ce nomade inscrit au c\u0153ur d\u2019une \u00e9volution sociale profond\u00e9ment marqu\u00e9e par le cosmopolitisme et le d\u00e9veloppement des voyages internationaux ? \u00bb s\u2019interroge-t-on ainsi, \u00e0 propos de l\u2019impact du ph\u00e9nom\u00e8ne touristique dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN<\/span><span style=\"font-size: 12px;\">, <em>ibidem.,<\/em> p254.<\/span>] Il ne suffit pas effectivement de se contenter d\u2019\u00e9tudier les effets du tourisme sur les soci\u00e9t\u00e9s dites primitives ou arri\u00e9r\u00e9es. Il faut aussi s\u2019attacher \u00e0 son influence en retour sur les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es et notamment au fait : \u00ab que les signes du voyage impr\u00e8gnent sans cesse davantage notre vie de tous les jours, que des gestes et des pratiques issus du nomadisme vacancier infiltrent la soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9dentaire et ses discours. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>ibidem.,<\/em> pp259.<\/span>] Dans cette perspective, l\u2019institution touristique serait donc une sorte \u00abd\u2019interface\u00bb, un lieu privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019\u00e9changes, que certains sont all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 comparer \u00e0 la notion d\u2019objet transitionnel chez les psychanalystes [<span style=\"font-size: 12px;\">AMIROU Rachid, \u00ab\u00a0Le tourisme comme objet transitionnel\u00a0\u00bb, in <em>Le tourisme international entre tradition et modernit\u00e9, Actes du colloque de l&rsquo;Association internationale de Sociologie, Nice, 19-21 novembre 1992<\/em>, Nice, UNSA-CNRS, 1993, pp389-400<\/span>]. \u00ab Le touriste n\u2019est pas seulement un exportateur d\u2019influence, il en est aussi un importateur [note-t-on ainsi \u00e0 propos des] rites de ressouvenance, exhibition de photos, r\u00e9cits pittoresques parfois autour d\u2019un repas [typique] \u00bb, de l\u2019impact du tourisme sur l\u2019\u00e9volution des habitudes alimentaires, ou encore de l\u2019apparition de la notion de \u00ab c\u00e9libataire campeur \u00bb comme cat\u00e9gorie sociologique. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage\u2026<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> p110 citant MAC CANNELL Dean, <em>The Tourist. A new Theory of Leisure Class, <\/em>New-York, 1976, p42 et ses investigations s\u00e9miologiques du tourisme.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"14\"><span style=\"color: #000000;\">On a de m\u00eame cherch\u00e9, dans une perspective voisine, \u00e0 analyser le tourisme comme un simulacre de situations ou de repr\u00e9sentations refoul\u00e9es par la norme sociale : \u00ab Faute de pouvoir changer le monde, le tourisme change de monde. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">ENZENSBERGER HM, <em>Une th\u00e9orie du tourisme<\/em>,<\/span><em><span style=\"font-size: 12px;\"> op. cit.<\/span><\/em>] Afin de cerner les m\u00e9canismes de ces influences r\u00e9ciproques, l\u2019anthropologie s\u2019est par ailleurs propos\u00e9 d\u2019analyser les codes que le voyageur rend manifeste par son p\u00e9riple, et la transformation du monde en un vaste dispositif symbolique qu\u2019ils entra\u00eenent. La vision du monde \u00e9labor\u00e9e par le tourisme, implique en effet : \u00ab un imaginaire de l\u2019espace qui donne sens \u00e0 la circulation touristique et diff\u00e9rencie ses tribus [par ses r\u00e9f\u00e9rences aux] rites et c\u00e9r\u00e9monies collectives [\u2026\/\u2026] qui manifestent son tribalisme. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">DEBORD Guy, <em>La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em> <\/span>] Une typologie des vacances opposant \u00ab nature et culture \u00bb a ainsi \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e, pour classifier les pratiques touristiques. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage\u2026<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> pp166sq.<\/span>] Ces analyses ne sont pas sans rappeler l\u2019approche des \u00e9conomistes, concernant la g\u00e9n\u00e9ralisation des \u00e9changes marchands \u00e0 tous les aspects de la vie sociale et la mise en sc\u00e8ne des rapports sociaux sous forme de spectacle qu\u2019elle pr\u00e9suppose. Ces r\u00e9flexions nous ont conduit \u00e0 mettre au premier plan de nos pr\u00e9occupations la dimension identitaire du ph\u00e9nom\u00e8ne touristique, au travers de l\u2019\u00e9tude des repr\u00e9sentations \u00e9labor\u00e9es sous son influence. Cette dimension identitaire du tourisme nous confrontera \u00e0 notre tour, comme pour tous ceux qui se sont attach\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tude du tourisme, \u00e0 la d\u00e9licate question consistant \u00e0 d\u00e9limiter l\u2019objet de notre \u00e9tude. L\u2019anthropologie n\u2019a pas manqu\u00e9 de relever \u00e0 ce propos la parent\u00e9 des comportements du touriste et de l\u2019anthropologue.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"15\"><span style=\"color: #000000;\">Elle a par exemple montr\u00e9 que leur souci commun de pr\u00e9servation et de sauvegarde des coutumes, des paysages et des traditions, reposait sur une m\u00eame vision nostalgique d\u2019un pass\u00e9 id\u00e9alis\u00e9 et mythique. [<span style=\"font-size: 12px;\">ERRINGTON F., GERWERTZ D, \u00ab\u00a0Tourisme and Anthropology in a Post-Modern World\u00a0\u00bb, <em>Oceania, Vol VX, n\u00b04<\/em>, France, 1989, pp37-54<\/span>] Elle a aussi mis en \u00e9vidence les troublantes similitudes existant entre le guide touristique et l\u2019informateur de l\u2019ethnologue [<span style=\"font-size: 12px;\">CRICK M, \u00ab\u00a0The Anthropologist as Tourist\u00a0: an Identity in Question.\u00a0\u00bb, in ALLCOCK <em>et alii<\/em>, <em>International Tourism. Identity and Change<\/em>, London, Sage, 1995, p215<\/span>]. Elle a encore montr\u00e9 l\u2019impact de l\u2019ethnographie dans la main mise des historiens de l\u2019art (et des marchands) sur la \u00abmus\u00e9ification\u00bb des cultures du tiers monde [<span style=\"font-size: 12px;\">CLIFFORD J, <em>Malaise dans la culture. L\u2019ethnographie et l\u2019art au XX\u00b0 si\u00e8cle<\/em>, Paris, ENSBN, 1996, PRICE S, <em>Arts primitifs, regards civilis\u00e9s<\/em>, Paris, ENSBN, 1995.<\/span>], dont les liens au tourisme sont bien \u00e9tablis, les \u0153uvres authentiques \u00e9tant dans les collections des mus\u00e9es occidentaux, tandis que leurs copies sont destin\u00e9es aux touristes. Certains anthropologues sont m\u00eame all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 se demander si \u00ab le touriste et l\u2019anthropologue, et plus encore le voyageur et l\u2019ethnographe [\u2026\/\u2026] ne sont pas simplement deux branches plus ou moins distinctes du m\u00eame arbre ? \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">MICHEL Frank, \u00ab\u00a0Des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de faire du touriste et de l\u2019anthropologue. Une rencontre impossible et\/ou impensable\u00a0?\u00a0\u00bb, in <em>Tourisme, touristes, soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, MICHEL F (dir.), Paris, Harmattan, 1998, p35.<\/span>] Aux origines de la discipline, le <em>Manuel d\u2019ethnographie<\/em> de Marcel MAUSS est effectivement une transcription des \u00ab Instructions d\u2019ethnographie descriptives \u00e0 l\u2019usage des voyageurs, administrateurs et missionnaires \u00bb, [<span style=\"font-size: 12px;\">MICHEL F, <em>Des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de faire du touriste et de l\u2019anthropologue<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> p36.<\/span>] rel\u00e8vent-ils en ajoutant que \u00ab le non ordinaire du touriste se vit dans l\u2019ordinaire de l\u2019h\u00f4te. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">LAPLANTE Marc, <em>L\u2019exp\u00e9rience touristique. Fondements sociaux et culturels<\/em>, Montr\u00e9al, Presses Universitaires du Qu\u00e9bec, 1996, p92, et SMITH VL, <em>Host and Guest. <\/em><em>The anthropology of tourism<\/em>, USA, Un. Of Pennsylvania, 1977<\/span>] Issus du m\u00eame type de soci\u00e9t\u00e9, touristes et anthropologues se comporteraient tous deux en consommateurs des espaces qu\u2019ils visitent et sur lesquels ils agissent, allant jusqu\u2019\u00e0 les transformer radicalement. [<span style=\"font-size: 12px;\">URRY John, <em>Consuming Places<\/em>, London, Routledge, 1995.<\/span>]. \u00ab Je hais les voyages \u00bb affirme Claude LEVI STRAUSS [<span style=\"font-size: 12px;\">LEVI STRAUSS, <em>Tristes Tropiques<\/em><\/span>], se faisant l\u2019\u00e9cho de la distinction bien commode selon laquelle \u00ab le chercheur travaille, le touriste s\u2019amuse ; l\u2019un est pay\u00e9, l\u2019autre paie ; le premier produit, le second consomme. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">GUEUNIER Nicole, \u00ab\u00a0Le fant\u00f4me de l\u2019ethnographe\u00a0\u00bb, <em>Soci\u00e9t\u00e9s<\/em> <em>n\u00b08, Tourisme et Soci\u00e9t\u00e9s, <\/em>France, 04\/1986, p17<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"16\"><span style=\"color: #000000;\">Les anthropologues contemporains proposent <em>a contrario<\/em> de consid\u00e9rer l\u2019ethnologue comme \u00ab un touriste subventionn\u00e9 [de m\u00eame que] son double grima\u00e7ant, l\u2019explorateur \u00bb, [<span style=\"font-size: 12px;\">GUIART Jean, \u00ab\u00a0L\u2019ethnologie\u00a0: qu\u2019est-elle\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Cahiers Internationaux de sociologie, vol. XLII<\/em>, France, 1967, p86.<\/span>] et le tourisme comme \u00ab une ethnologie de masse \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage : histoires de touristes<\/em>,<\/span><em><span style=\"font-size: 12px;\"> op. cit.<\/span><\/em>], voire comme \u00ab le bouc \u00e9missaire pratique d\u2019une anthropologie indispensable \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de notre propre soci\u00e9t\u00e9. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">MICHEL, <em>Des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de faire du touriste et de l\u2019anthropologue<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> p44.<\/span>] \u00ab Le tourisme transforme les autres en accessoires de th\u00e9\u00e2tre que l\u2019on peut photographier et collectionner. Et je ne suis pas s\u00fbr que l\u2019ethnographie n\u2019en fasse pas autant. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">BARLEY Nigel, <em>L\u2019anthropologie n\u2019est pas un sport dangereux<\/em>, cit\u00e9 par MICHEL, <em>Des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de faire du touriste et de l\u2019anthropologue<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> p35.<\/span>] Nous nous sommes content\u00e9s, pour notre part, de nous interroger sur les rapports entretenus par le tourisme \u00e9rudit et le projet anthropologique, ou plut\u00f4t \u00abanthropo-g\u00e9ographique\u00bb, qui voit le jour \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Anim\u00e9s par des pr\u00e9occupations voisines, ces voyageurs savants sont \u00e0 la fois des touristes, des linguistes, des botanistes, des g\u00e9ographes, des ethnologues ou des historiens. Par sa dimension empirique, le caract\u00e8re dilettante et amateur de leurs pratiques va jouer un r\u00f4le majeur dans l\u2019essor contemporain des sciences sociales : \u00ab Le positivisme des enqu\u00eates scientifiques [et la] qu\u00eate impressionniste du paysage rare ou la contemplation des monuments historiques. \u00bb vont ainsi aboutir \u00e0 deux types de discours, l\u2019un scientifique, l\u2019autre touristique. [<span style=\"font-size: 12px;\">BLANCKAERT Claude, \u00ab\u00a0Histoire de terrains. Entre savoir et savoir-faire\u00a0\u00bb, in <em>Le terrain des sciences humaines,<\/em> Paris, l\u2019Harmattan, 1996, p24.<\/span>] On s\u2019est attach\u00e9 ici, dans une perspective ethnographique, \u00e0 l\u2019\u00e9tude des pratiques, des discours et des repr\u00e9sentations \u00e9labor\u00e9es par les premiers touristes. A d\u00e9faut d\u2019une d\u00e9finition, nous avons \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 un essai d\u2019interpr\u00e9tation de la nature et de la fonction sociale d\u2019une institution majeure de la modernit\u00e9.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">7. L\u2019EXEMPLE DE LA COTE D&rsquo;AZUR<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Epoques et r\u00e9gions \u00e9tudi\u00e9es<\/strong><\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"17\"><span style=\"color: #000000;\">On s\u2019est principalement int\u00e9ress\u00e9 ici \u00e0 l\u2019\u00e9tude des premi\u00e8res manifestations du tourisme moderne, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00e9poque (r\u00e9cente) o\u00f9 il a commenc\u00e9 \u00e0 se distinguer des pratiques du voyage et de la vill\u00e9giature. Notre attention s\u2019est plus particuli\u00e8rement port\u00e9e sur l\u2019histoire de l\u2019une de ses destinations fondatrices, la C\u00f4te d\u2019Azur. Cette d\u00e9nomination recouvre grosso modo les r\u00e9gions littorales qui vont de Marseille \u00e0 G\u00e8nes (<em>French et Italian Riviera<\/em>). Nous nous sommes efforc\u00e9s de les situer plus largement dans leur contexte g\u00e9ographique et historique, c\u2019est \u00e0 dire pour l\u2019essentiel dans le cadre des fronti\u00e8res du monde transalpin, la M\u00e9diterran\u00e9e et les Alpes. La p\u00e9riode concern\u00e9e par cette recherche s\u2019\u00e9tend de la seconde moiti\u00e9 du XVIII\u00b0 si\u00e8cle aux premi\u00e8res d\u00e9cennies du XX\u00b0, p\u00e9riode qui voit la lente \u00e9laboration des formes contemporaines du tourisme. Nous avons fait essentiellement appel au riche corpus laiss\u00e9 par les inventeurs du tourisme azur\u00e9en. La documentation consult\u00e9e compte quelques 200 ouvrages, g\u00e9n\u00e9ralement qualifi\u00e9s de guides ou d\u2019indicateurs.<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"18\"><span style=\"color: #000000;\">Nous nous sommes par ailleurs appuy\u00e9s sur un grand nombre de travaux d\u2019\u00e9rudition consacr\u00e9s \u00e0 des th\u00e9matiques sp\u00e9cialis\u00e9es ou \u00e0 des monographies locales, ce qui n\u2019\u00f4te rien \u00e0 leur int\u00e9r\u00eat. [<span style=\"font-size: 12px;\">A l\u2019exception de l\u2019<em>ATLAS BELFRAM, Atlas historique Provence&#8230;,<\/em> Paris, A. Colin, 1969.et surtout de l\u2019ouvrage tr\u00e8s document\u00e9 d\u2019ASTENGO D, DURETTO E, QUAINI M, <em>La scoperta della Riviera, viaggiatori, immagini, paesaggi<\/em>, Genova, Sagep, 1982, les \u00e9tudes relatives au tourisme sur la C\u00f4te d\u2019Azur rel\u00e8vent de points pr\u00e9cis de l\u2019histoire r\u00e9gionale ou de l\u2019histoire de l\u2019architecture et de l\u2019art. Elles se sont toutefois r\u00e9v\u00e9l\u00e9es tr\u00e8s utiles pour cette recherche. Il en va de m\u00eame pour les r\u00e9gions voisines de la <em>Riviera<\/em> italienne, qui ont partag\u00e9 avec la C\u00f4te fran\u00e7aise une communaut\u00e9 de destin. En ce qui concerne la Corse le tourisme demeure un sujet encore peu \u00e9tudi\u00e9 en dehors notamment de JEOFFROY-FAGIANELLI Pierrette, <em>L\u2019image de la Corse dans la litt\u00e9rature romantique fran\u00e7aise,<\/em> Paris, PUF, 1979, et d\u2019une r\u00e9cente exposition du Mus\u00e9e R\u00e9gional d\u2019Anthropologie consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019imagerie touristique de l\u2019\u00eele. Quand \u00e0 la montagne des Alpes, elle a par contre fait l\u2019objet d\u2019ouvrages fort document\u00e9s, comme celui de ENGEL Claire Eliane, <em>Histoire de l&rsquo;alpinisme des origines jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, <\/em>Paris, Je Sers, 1950 ou encore de CHAMSON Max, <em>Les grandes heures des Alpes<\/em>, Paris, Perrin, 1990, ainsi les travaux de Philippe JOUTARD, et bien d\u2019autres. L\u2019histoire de l\u2019alpinisme \u00e9clipse cependant le plus souvent celle du tourisme.<\/span>] Cette abondante litt\u00e9rature int\u00e9resse plus sp\u00e9cialement l&rsquo;ethnologie par la richesse de ses descriptions et le statut ambigu d\u2019un genre qui oscille en permanence entre l&rsquo;\u00e9criture et l&rsquo;oralit\u00e9, l\u2019art et la science. A c\u00f4t\u00e9 de ces t\u00e9moignages litt\u00e9raires, nous avons aussi pu faire appel \u00e0 l\u2019ensemble des pratiques, architecturales, paysag\u00e8res ou hygi\u00e9niques, mises en \u0153uvre dans le cadre de la vill\u00e9giature, ainsi qu\u2019\u00e0 la vaste production iconographique \u00e9labor\u00e9e sous son influence. Cette derni\u00e8re allait vite se r\u00e9v\u00e9ler comme l\u2019une de ses principales caract\u00e9ristiques et l\u2019un de ses apports majeurs. La p\u00e9riode abord\u00e9e \u00a0va de la seconde moiti\u00e9 du XVII\u00b0 si\u00e8cle \u00e0 l\u2019entre deux guerres, une p\u00e9riode inaugur\u00e9e par le <em>tour<\/em> de Boswell (<em>vers<\/em> 1730) et qui se termine avec l\u2019institution des cong\u00e9s pay\u00e9s (vers 1930). Ces deux si\u00e8cles virent en effet la mise en place, l\u2019individualisation puis la d\u00e9mocratisation de l\u2019institution touristique. Cette p\u00e9riodisation, qui peut sembler un peu longue du point de vue des historiens, est celle de notre principale source documentaire, la litt\u00e9rature dite \u00ab\u00a0climatoth\u00e9rapique\u00a0\u00bb. Cette dimension th\u00e9rapeutique du tourisme est un fait singulier, caract\u00e9ristique de sa gen\u00e8se. Inconnue auparavant, malgr\u00e9 quelques ant\u00e9c\u00e9dents dont nous ferons l\u2019histoire, elle dispara\u00eet tout aussi brutalement avec l\u2019av\u00e8nement du tourisme de masse.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h2 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"font-size: 20px;\">8. PAYSAGES, TERRITOIRES ET IDENTITES<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: justify; margin-left: 40px;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Tourisme et repr\u00e9sentations<\/strong><\/span><\/h4>\n<ol>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"19\"><span style=\"color: #000000;\">La question des repr\u00e9sentations territoriales \u00e9labor\u00e9es par le tourisme est au c\u0153ur de cette recherche. Elle concerne plus particuli\u00e8rement, au travers de l\u2019exemple de la C\u00f4te d\u2019Azur et d\u2019autres r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes, les rapports complexes entretenus par la notion de territoire et l\u2019expression des identit\u00e9s. Les voyages sont, depuis l\u2019Antiquit\u00e9, la source d\u2019un renouveau permanent des repr\u00e9sentations du monde. Ils ont donn\u00e9 naissance \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une v\u00e9ritable g\u00e9ographie mythique, enrichie au cours du moyen-\u00e2ge par la d\u00e9couverte et les premi\u00e8res explorations d\u2019autres continents et d\u2019autres civilisations. A partir de la Renaissance, le <em>tour <\/em>allait conduire \u00e0 un renouveau radical des repr\u00e9sentations du monde et de l\u2019espace v\u00e9cu, au travers de son apport \u00e0 l\u2019histoire des repr\u00e9sentations du paysage. D\u00e8s la Renaissance, les artistes, peintres, illustrateurs, po\u00e8tes ou \u00e9crivains s\u2019associ\u00e8rent ainsi aux premiers touristes, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat commun qu\u2019ils portaient aux paysages de l\u2019Italie. Le tourisme sut donner \u00e0 ces synergies une place d\u00e9bordant le seul cadre de l\u2019histoire de l\u2019art et de la litt\u00e9rature. Les r\u00e9f\u00e9rences au paysage allaient ainsi occuper une place majeure dans l&rsquo;\u00e9laboration des ressources symboliques qui pr\u00e9sid\u00e8rent \u00e0 ses d\u00e9veloppements. [<span style=\"font-size: 12px;\">Sur ce sujet, on s\u2019est notamment report\u00e9 \u00e0 CHARLIER Gustave, <em>Le sentiment de la nature chez les Romantiques fran\u00e7ais (1762-1830)<\/em>, Paris, 1912, 419p., \u00e0 DAVALLON Jean, <em>La mise en exposition, Claquemurer pour ainsi dire tout l&rsquo;univers<\/em>, Paris, Flammarion, 1986, \u00e0 DUBOST Fran\u00e7ois, \u00ab\u00a0La probl\u00e9matique du paysage. Etat des lieux\u00a0\u00bb, Etudes Rurales, \u00ab\u00a0De l&rsquo;Agricole au paysage\u00a0\u00bb, N\u00b0 121-124, France, EHESS, 1991, pp. 219-234, \u00e0 QUAINI Massimo, \u00ab\u00a0Per la storia del paesaggio agrario in Liguria: note di geografia storica sulle strutture della Liguria medioevale e moderna\u00a0\u00bb, <em>Atti della Societa Ligure di Storia Patria<\/em>, XII (LXXXVI), II, Genova, 1972, pp. 201-360, \u00e0 WEILL Alain, <em>L&rsquo;invitation au voyage. L&rsquo;affiche de tourisme dans le monde<\/em>, Paris, Somogy, 1994, ou encore \u00e0 WILLIAMS R, \u00ab\u00a0Plaisantes perspectives. Invention du paysage et abolition du paysan.\u00a0\u00bb, <em>Actes de la Recherche en Sciences Sociales,<\/em> n\u00b017-18, Paris, 1977, p29sq.<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"20\"><span style=\"color: #000000;\">On est m\u00eame all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 dire, \u00e0 ce propos, que le tourisme repose pour l\u2019essentiel sur une vision esth\u00e9tique du territoire : \u00ab Comprendre le touriste, c\u2019est aussi r\u00e9inscrire la diversit\u00e9 de ses itin\u00e9raires et de ses comportements dans une cosmographie du voyage [qui pr\u00e9suppose] un imaginaire de l\u2019espace. [Le touriste est en effet porteur] d\u2019une vision du monde, une fa\u00e7on de voir, un code de perception \u00e0 partir duquel il interpr\u00e8te les espaces [\u2026\/\u2026] un syst\u00e8me de territoire symboliques [\u2026\/\u2026] la Carte du touriste \u00bb, \u00e0 l\u2019image de la Carte du Tendre. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage\u2026<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> pp110-111, citant MAC CANNEL, <em>The Tourist<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> pp109sq. Voir aussi BORGES, \u00e9voquant l\u2019image litt\u00e9raire d\u2019une carte \u00e0 \u2018\u00e9chelle du paysage et les commentaires qu\u2019en donne CAISSON Max, \u00ab\u00a0Fronti\u00e8res et limites\u00a0\u00bb, in <em>Pieve e Paesi, ouvrage collectif<\/em>, Marseille, CNRS, 1978.<\/span>] A la suite de la red\u00e9finition brutale du statut et de l\u2019utilisation des espaces qu\u2019elles entra\u00een\u00e8rent, ces repr\u00e9sentations paysag\u00e8res allaient rapidement interf\u00e9rer avec la gen\u00e8se contemporaine des identit\u00e9s. Cette dimension identitaire du ph\u00e9nom\u00e8ne touristique est particuli\u00e8rement sensible au travers du renouveau des valeurs attach\u00e9es \u00e0 la montagne et \u00e0 la mer, qui accompagne l\u2019incorporation de ces territoires fantasmatiques dans l\u2019espace v\u00e9cu : \u00ab Que recherche donc la vill\u00e9giature baln\u00e9aire ? Non pas les r\u00e9alit\u00e9s indig\u00e8nes [\u2026\/\u2026] mais une sc\u00e8ne, un d\u00e9cor, des r\u00f4les et des symboles \u00bb a-t-on par exemple relev\u00e9 \u00e0 propos du rejet des p\u00eacheurs dans l\u2019appropriation touristique de la plage. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>ibidem.,<\/em> p173<\/span>]<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"21\"><span style=\"color: #000000;\">Comme nous le verrons, les inventions paysag\u00e8res du tourisme d\u00e9bouch\u00e8rent sur l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un exotisme m\u00e9diterran\u00e9en et orientalisant qui allait marquer durablement la modernit\u00e9. Elles conduisirent pour une part tout aussi importante, \u00e0 la folklorisation des identit\u00e9s r\u00e9gionales. [<span style=\"font-size: 12px;\">LUNGINB\u00dcHL Y, \u00ab\u00a0D\u00e9sir du rivage\u00a0\u00bb, <em>Ateliers du Conservatoire du littoral, Des nouvelles repr\u00e9sentations aux nouvelles images du littoral, n\u00b03, <\/em>France, Octobre 1993, p7.<\/span>] Le tourisme r\u00e9\u00e9crivait ainsi la g\u00e9ographie imaginaire d&rsquo;un monde dont les rep\u00e8res traditionnels avaient \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment boulevers\u00e9s. [<span style=\"font-size: 12px;\">KNAFOU R, \u00ab\u00a0L\u2019invention du lieu touristique\u00a0: la passation d\u2019un contrat et le surgissement simultan\u00e9 d\u2019un nouveau territoire\u00a0\u00bb, in <em>Homo Turisticus<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> pp11-19.<\/span>] Cette \u00ab cosmologie \u00bb moderne se construisit autour d\u2019une relecture et d\u2019une mise en sc\u00e8ne des trois espaces issus de la g\u00e9ographie mythique chr\u00e9tienne, opposant les espaces humanis\u00e9s de la ville et de la campagne aux \u00ab d\u00e9serts \u00bb, for\u00eats, c\u00f4tes ou montagnes, lesquels repr\u00e9sentaient alors une variante du \u00ab voyage dans l\u2019au-del\u00e0 \u00bb. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage\u2026<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> pp118-119 &amp; 172<em>sq.<\/em><\/span>] L\u2019imagerie touristique contemporaine repose toujours sur ces m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s. En offrant la possibilit\u00e9 de varier consid\u00e9rablement les points de vue et de multiplier les regards, le d\u00e9veloppement des transports modernes, corollaire de celui du tourisme, joua un r\u00f4le majeur dans ce processus. [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>ibidem.,<\/em> p89.<\/span>].<\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\" value=\"22\"><span style=\"color: #000000;\">Derri\u00e8re la stigmatisation du touriste comme mauvais voyageur : \u00ab l\u2019idiot du voyage, [on allait ainsi assister \u00e0] la fin d\u2019une id\u00e9ologie : celle du regard unique [\u2026\/\u2026] L\u2019univers du voyage [devenait] territoire d\u2019une exp\u00e9rience universelle aux multiples regards [\u2026\/\u2026] port\u00e9e par un m\u00eame flux qui irrigue et reconstruit sans cesse notre vision du monde. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>ibidem.,<\/em> p136.<\/span>] La litt\u00e9rature des guides touristiques a occup\u00e9 une place centrale dans ces \u00e9volutions. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine d\u2019une v\u00e9ritable p\u00e9dagogie de l\u2019art de voyager, en donnant naissance \u00e0 des mod\u00e8les de comportements normalis\u00e9s. A c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rences historiques, qui apportaient du sens aux descriptions des monuments et des sites et r\u00e9pondaient aux canons de l\u2019esth\u00e9tique picturale, les anecdotes plus personnelles, personnes rencontr\u00e9es, incidents divers, etc., permettaient en effet de passer de l\u2019exp\u00e9rience singuli\u00e8re \u00e0 des comportements collectifs. \u00a0[<span style=\"font-size: 12px;\">BERTHO LAVENIR, <em>La roue et le stylo\u2026<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> pp 54sq., analysant la satyre de J\u00e9rome K. JEROME, <em>Journal d\u2019un touriste<\/em>, 1900.<\/span>] Le tourisme s\u2019affirmait ainsi comme : \u00ab la g\u00e9n\u00e9ralisation d\u2019un nouveau mode de connaissance, c\u00e9r\u00e9monie d\u2019initiation sans cesse recommenc\u00e9e, rite de d\u00e9couverte et de reconnaissance [au travers duquel] notre culture sauvegarde avant tout son imaginaire. \u00bb [<span style=\"font-size: 12px;\">URBAIN, <em>L&rsquo;idiot du voyage\u2026<\/em>,<em> op. cit.,<\/em> p119.<\/span>] C\u2019est la nature de ce savoir touristique que nous avons cherch\u00e9 ici \u00e0 mettre en \u00e9vidence, dans ses manifestations \u00e0 la fois populaires et savantes, au travers d\u2019un jeu de miroirs qui participe aux expressions contemporaines des identit\u00e9s collectives.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHAPITRE I SOMMAIRE 1. UN PHENOMENE DE SOCIETE 2. TOUR ET TOURISME 3. TOURISME ET GEOGRAPHES 4. LOISIR ET MARCHANDISE 5. 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